Les étudiants de Paris 1 au secours de la radicalisation

Panthéon Sorbonne.jpgQu’est-ce que la radicalisation et comment y parer ?

Les 21 et 22 novembre 2019, eût dû se tenir, dans les locaux de l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne, une formation destinée aux acteurs politiques, aux responsables religieux et avant tout, aux cadres de la fonction publique (Éducation nationale, policiers, gendarmes). Son titre : « Prévention de la radicalisation : compréhension d’un phénomène et détection des signaux faibles ».

Eût dû, parce que Ubu est passé par là et qu’elle a été annulée, malgré (ou à cause de) sa potentielle efficacité. À Ubu roi, Ubu imam et demi : « Le CFCM (conseil français du culte musulman, NDLR) s’est très vite engagé dans la lutte contre toute forme de radicalisation en mettant au point une charte de l’Imam rappelant les obligations de tous les ministres du culte musulman. D’ailleurs, une formation approfondie de prévention de la radicalisation destinée aux imams vient d’être tout juste initiée par la Grande Mosquée de Paris et l’Université de Paris1/Sorbonne (Mosquée de Paris). »

« L’idée consistait à armer idéologiquement les imams en les dotant d’un contre-discours républicain pour faire face à des “radicalisés” (le Figaro) », explique l’un des concepteurs du module.

De quoi s’agissait-il ?

Le bénéfice apporté aux acteurs chargés de repérer le danger de radicalisation dans leurs services, en amont d’un possible attentat, ne pourra, n’aurait pu, s’estimer qu’en terme de manque à exploser (l’équivalent sécuritaire du « manque à gagner » commercial). Mais on peut aussi mesurer la pertinence des intervenants et le contenu de la formation pour se faire une idée de ce qu’on a perdu…

Les intervenants ? Les têtes de liste, rejoints par des psychologues, des enseignants et d’autres professionnels, sont le Professeur Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb et des mondes arabo-berbères, titulaire d’une chaire d’histoire contemporaine à Paris 1, et Mohammed Sifaoui, écrivain, journaliste et polémiste franco-algérien, ennemi déclaré du salafisme, des Wahhabites et des Frères Musulmans, comme en témoignent ses livres, notamment Taqiyya ! : comment les Frères musulmans veulent infiltrer la France (Amazon) et ses reportages, souvent à base d’infiltrations dans des milieux dangereux, mêlant islamistes et crime organisé : Infiltrer al-Qaïda (Amazon), Sur les traces de Ben Laden (Fandor)

Le contenu ? Cela allait de « la naissance de l’islam politique » et « du droit français face à la menace terroriste », au « fanatisme non violent comme antichambre du djihadisme » en passant par « la perception de la démocratie et de la laïcité dans la rhétorique des radicalisés (Capital) », un panorama large et varié apportant ce qui manque, au quotidien, aux acteurs concernés. Voilà enfin une formation qui eût dû permettre de répondre à la question qui suit immédiatement chaque attentat : « comment ce charmant garçon en est-il arrivé là ? » et surtout : « comment aurait-on pu le repérer et donc l’en empêcher ? »

Qu’est-ce qui a tant agité le Landernau ?

La réponse est résumée dans la présentation de la formation par Mediapart : « Le très controversé journaliste et écrivain Mohammed Sifaoui, était annoncé comme l’un des intervenants du programme. (Mediapart) »

Dans le PAF, paysage anti-français, Mohammed Sifaoui a le douteux privilège de déclencher les réflexes conditionnés qui inhibent la raison et excitent la passion haineuse. Musulman né en Algérie, on ne peut le taxer d’islamophobie et les crétins de base[1], qui ânonnent « l’islam est religion de paix et d’amour, mais le Coran a été mal traduit » ne peuvent lui opposer ce dernier argument.

Alain Chouet, ancien officier du renseignement français et coauteur de plusieurs ouvrages concernant l’islamisme et le terrorisme, analyse bien le mécanisme : « Dans la novlangue bobo, « controversé » veut dire d’extrême droite, proche ou membre du Rassemblement National, et cet adjectif discrédite d’avance – et sans qu’il y ait lieu à débat ou explication – la personne à laquelle il s’applique et lui interdit toute forme d’expression publique (Amazon). »

À Paris 1, ce sont les « usual suspects » qui ont pris l’initiative : « Dans un contexte d’offensive islamophobe menée par le gouvernement pour instaurer un climat de peur et de délation contre les musulmans, forcément suspects de “radicalisation” », s’insurge par exemple l’organisation étudiante d’extrême gauche Le Poing levé, mettre en avant le thème de la “radicalisation” dans une université pour lui fournir une caution scientifique est d’autant plus inacceptable ». On retrouve là tous les poncifs utilisés, tout au long de notre histoire, pour justifier la déportation des « intellectuels » du temps de la Révolution culturelle[2], le meurtre des patrons, à l’époque d’Action Directe et des Brigades rouges[3], puis pour s’opposer farouchement à ce que les victimes désignées par les terroristes et les commissaires politiques se défendent de quelque manière que ce soit, en construisant un mur destiné à empêcher les attentats[4] ou en formant les professionnels à détecter le radicalisation.

Il est discriminant de réserver la thérapie aux seuls malades

Une campagne sur les réseaux sociaux a repris la bronca des étudiants communistes et des enseignants conformistes de Paris 1 et hop ! la formation a été annulée. Humour involontaire ? Le Président de Paris 1 a expliqué sa décision par la crainte que la formation soit réellement efficace : « La question de la radicalisation est un enjeu majeur de notre société et il est normal qu’une université citoyenne s’en saisisse, mais je pense qu’il est dangereux et réducteur de cibler uniquement l’islam »

Ne cibler que l’islam quand on parle de radicalisation et d’attentats, c’est comme si la Sécurité Sociale n’envoyait des courriers sur le dépistage du cancer du côlon qu’aux seniors de plus de 60 ans, sur la nécessité des mammographies qu’aux femmes de plus de 50 ans, ou comme si les fédérations sportives n’analysaient que les athlètes pour dépister le dopage. Il est, apparemment, discriminant de se fier aux probabilités statistiques pour s’adresser à des catégories particulières au sujet de pathologies spécifiques. Quand on confond statistiques et stigmatisation, pour éviter la seconde, il faut oublier la première et tester les femmes ménopausées pour le dopage, les hommes pour le cancer du sein et les athlètes pour celui du côlon.

Le danger déjà décrit dans un Rapport de la DGSI

Il s’appelle « État des lieux de la pénétration de l’islam fondamentaliste en France », il a été réalisé par la DGSI et rendu au Président de la république en août 2019. Il prend le parti d’éviter le «recours systématique à la psychiatrie, la réduction au fait individuel et isolé (loup solitaire) ou encore à la précarité socioéconomique » et cherche à « mesurer à quel point les réseaux islamistes possèdent la capacité de fabriquer des individus en rupture partielle voire totale avec la société française, de fabriquer une hostilité ou une volonté de domination à l’encontre de celle-ci. »

Le rapport s’attache à donner tous les outils au gouvernement pour qu’il prenne, d’abord, la mesure du danger, à savoir l’avènement d’une contre-société sur le territoire national, et ensuite, les décisions nécessaires pour le contrer.

« Ce risque se matérialise et s’intensifie alors que près de 53% de Français de confession musulmane pratiquent un islam “conservateur” voire “autoritaire” qui confine à une forme de sécessionnisme politique et social pour 28% d’entre eux. La puissance des réseaux islamistes et leur prolifération sont la résultante d’une incapacité chronique à analyser leurs stratégies et leurs moyens d’action de manière globale dans des champs aussi névralgiques que l’éducation, le monde de l’entreprise, le contrôle des lieux de culte, internet et les réseaux sociaux, les œuvres caritatives. Ceux-ci ne doivent pas être interprétés comme des actions contingentes, mais prises dans la cohérence des stratégies de chaque réseau, qui répondent à des fondements idéologiques et théologiques bien souvent oblitérés. »

Guerre des représentations et vision sectaire

Les auteurs du rapport décrivent une vision sectaire du monde, entre hypocrisie et complotisme, sur les nouveaux terrains du djihad : judiciaire, médiatique et numérique. Grâce à la novlangue, outil de l’offensive terminologique et grâce, notamment, à son arme de destruction massive, l’islamophobie, «La première réussite de cette guérilla informationnelle et idéologique est de parvenir à confondre dans l’opinion cible et l’opinion générale, les discriminations à l’égard des musulmans (rejet massif et haineux de l’Islam en tant que religion, sanctionné par les lois de la République), et le rejet du fondamentalisme musulman, légitime car contraire aux valeurs de la République, notamment en matière de laïcité et de droits humains. »

Il est rendu compte ici, de ce que décrivent, depuis 2002, les démocrates inquiets, et systématiquement décriés : « L’objectif final recherché est double : premièrement, une stratégie de victimisation systématique de la communauté musulmane fondamentaliste et, deuxièmement, un positionnement de défenseur de ladite discrimination. L’utilisation du retournement rhétorique des thématiques républicaines et l’appropriation des thématiques antiracistes est caractéristique. » Cette stratégie, rappelle le rapport, « est parfaitement analogue aux systèmes sectaires, et appliquée ici à un ensemble d’une ampleur inégalée en France. »

Les exemples donnés, par exemple de la réappropriation de la lutte féministe au bénéfice de la burqa et du voile, font froid dans le dos : enfermée dans sa secte, la femme musulmane peut être séduite par l’oppression masculine, vue comme de l’amour vache, qui justifie la dissimulation de son corps, vu (ou plutôt caché) comme une tentation irrésistible. C’est une rhétorique centrifuge, qui atteint l’extérieur du harem, où s’installe l’idée d’un féminisme communautaire. Du coup, le voile devient légitime dans l’espace public, non pas comme un objet religieux fondamentaliste, mais comme un droit de la femme musulmane. Au temps pour « le voile dans l’espace public n’est pas l’affaire de l’État ou du Président de la république (Mabatim.info) » !

Les rapports se suivent et se ressemblent

En juin 2019 était sorti un Rapport officiel de la radicalisation des services publics en France, réalisé par une mission d’information de l’Assemblée nationale, sous la direction de deux rapporteurs, un duo de deux Éric (comme Nolleau et Zemmour !), le LREM Éric Poulliat et le LR Éric Diard. Il donnait de la radicalisation la définition du site http://www.stop-djihadisme.gouv.fr : « se radicaliser, ce n’est pas seulement contester ou refuser l’ordre établi. La radicalisation djihadiste est portée par la volonté de remplacer la démocratie par une théocratie basée sur la loi islamique (la charia) en utilisant la violence et les armes. Elle suppose donc l’adoption d’une idéologie qui donne un cadre de vie et des repères guidant l’ensemble des comportements. Les personnes radicalisées divisent les hommes et les femmes en deux catégories : ceux qui adhèrent à leur cause et ceux qui ne la partagent pas et sont, à ce titre, appelés à mourir. »

En juillet 2018, un rapport commandé par le Sénat sur « l’organisation et les moyens des services de l’État pour faire face à l’évolution de la menace terroriste après la chute de l’État islamique », concluait déjà que, malgré les moyens mis en place, le risque terroriste était encore très élevé. On ne peut reprocher au ton du rapport d’adopter un train de sénateurs, aussi faut-il voir une volonté euphémistique dans la conclusion : « Qu’il s’agisse du traitement de la menace, de la prise en charge de la radicalisation en prison et des détenus radicalisés, de la propagande islamiste et djihadiste en ligne ou encore des carences des contre-discours, il reste des marges de progression dans la lutte antiterroriste. » En entreprise, quand on indique à un salarié qu’il a « des marges de progression », ça signifie que s’il n’a pas bouché les trous béants de sa mission avant la fin de l’année, il ira s’inscrire à Pôle-Emploi.

Au Sénat, on se contente de constater que « L’inquiétante expansion du discours salafiste ne rencontre pas d’obstacles de la part des pouvoirs publics. Ce discours, qui normalise l’ultra-orthodoxie religieuse et se place en rupture avec le mode de vie occidental, constitue également une menace pour les valeurs de la République. »

Et alors ? et alors ? On attendait Zorro, on a vu zéro.

Les suites de ces rapports aussi se suivent et se ressemblent

Puisqu’on a renoncé à liberté, égalité, fraternité, il semble qu’on a adopté à la place : omerta et inaction. Un des outils qui aurait pu permettre de contrer l’offensive islamiste décrite dans tous ces rapports était la fameuse formation à la reconnaissance de la radicalisation. La guerre des trois[5] n’aura pas lieu, les idiots utiles de Paris 1 ont confisqué le prototype de sa première arme et le gouvernement n’est pas prêt à utiliser les conclusions des rapports qu’il commande régulièrement. CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

[1] Attention à la stigmatisation : le « crétin de base » n’a rien à voir avec « victime du système en échec scolaire ». Rien n’empêche qu’il soit étudiant en troisième cycle, voire pharmacien diplômé, mais il NE VEUT pas croire ce qu’il a sous les yeux, préférant insulter le doigt de ceux qui lui montrent la lune.
[2] Pour les moins de 60 ans : Wikipedia
[3] Pour les moins de 40 ans : Wikipedia
[4] Il y a des moins de 10 ans qui nous lisent ? Super ! « Le nombre d’attentats-suicide passe de 73 (de 2000 à 2003) à 12 (de 2003 à 2006), après la construction de la barrière » (Wikipedia).
[5] La guerre de défense des trois vertus républicaines : liberté, égalité et fraternité.

Un commentaire

  1. Toute la France tourne en rond .l économie ,le chômage ,les grandes réformes impossibles ,l enseignement ,l information ,la politique.
    Le pays s enfoncé dans le sable du désert français.
    Si les Juifs persistent a y demeurer ils subiront le même sort ,peut être avant .

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