Le glyphosate israélophobié !

glyphosate.jpgLa grâce est tombée d’une journaliste

Save the date : le 7 novembre 2019 à 10h33, Virginie Garin a fait découvrir aux auditeurs de RTL que la protection de l’environnement ne se résumait pas à des Yaka Faukon. Modérons cependant notre enthousiasme : l’éclair de lucidité n’a pas dépassé les bornes d’un verger. Mais après tout, c’est avec une pomme qu’a commencé la période terrestre de l’histoire humaine, alors on peut considérer cette prise de conscience comme un bon présage.

La journaliste de « C’est notre planète » a conduit une exploration dans une contrée ignorée des berges piétonnisées de la Seine : le Limousin, d’où proviennent les pommes Golden AOP. L’AOP, c’est l’appellation d’origine protégée, à ne pas confondre avec l’AOC, origine contrôlée, encore qu’on imagine mal la protection sans le contrôle, mais ne nous égarons pas du côté du danger islamiste : on risquerait d’être bombardés de tomates pourries !

Depuis la version tu-ne-goûteras-pas-au-fruit-de-la-connaissance, l’agriculture a fait d’immenses progrès. Sauf qu’il y a eu l’offensive du LRC, le lobby du réchauffement climatique, porteur d’un fromage que ses bénéficiaires ne sont pas prêts à laisser échapper, aussi le progrès est-il devenu, comme la réussite, synonyme de péché.

Marche arrière, toute !

Que ceux qui n’ont jamais recraché une pomme véreuse nous jettent la première pierre… et mangent leur récolte. On la leur laisse : les arbres non traités donnent, dans l’immense majorité des cas, des fruits immangeables, véreux, infestés, pourris de l’intérieur voire les trois à la fois. La légende du survivaliste qui, du jour au lendemain, se mue en fermier capable de vivre de la production artisanale et bio de son jardin n’est que cela : une légende.

La journaliste, confrontée au réel, a essayé de le concilier avec les légendes urbaines qui perpétuent les fromages institutionnels : « 250 producteurs ont décidé de se passer du désherbant pour respecter l’interdiction voulue par le gouvernement. C’est donc possible, mais leur exemple le montre, ce n’est pas simple. »

On peut trouver bizarre, cette formulation : « l’interdiction voulue par le gouvernement ». Pas bizarre : descriptive. Le gouvernement prend souvent de mauvaises décisions pour de bonnes raisons, notamment en matière environnementale, où la force des convictions du public est inversement proportionnelle à sa connaissance des sujets. Le raisonnement qui sous-tend lesdites décisions est qu’il vaut mieux faire plaisir aux chers électeurs, en flattant leurs préjugés écologistes, quitte à commettre des crimes contre l’environnement, plutôt que de pratiquer la pédagogie nécessaire pour leur faire comprendre la nécessité des bons choix.

L’environnement est ce domaine particulier, où le cœur a des raisons que la raison ne veut connaître sous aucun prétexte, car cela demanderait un minimum d’effort. Le consommateur, réchauffé par ses doux préjugés, est d’autant moins prêt à l’entreprendre que, si les préjugés tombent, le complotiste en lui en sera frustré. Or en politique, c’est bien connu, il n’y a rien de pire qu’un électeur irrité et rien de plus doux qu’un consommateur encouragé à se prendre pour un héros parce qu’il a troqué son sac en plastique réutilisable gratuit contre un sachet biodégradable payant à usage unique.

« L’interdiction voulue par le gouvernement » 

On ne peut pas, on ne veut pas imaginer que le gouvernement prend des décisions au doigt mouillé, sans s’appuyer sur les avis incontestables d’experts incontestés. Eh bien, on a tort. Le glyphosate en est un parfait exemple : il a été interdit à la suite de la divulgation, le 16 mai 2019, du rapport parlementaire sur l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux dans notre pays. Un esprit simpliste en conclurait… que les conclusions du rapport sont catégoriques. Ben non. D’abord, le rapport ne se prononce pas sur les dangers, mais sur la façon de les évaluer. Vous savez, comme quand on vote sur la nécessité de désigner une commission, dont on votera sur la manière de désigner les membres, pour qu’ils évaluent les modalités du vote permettant d’évaluer s’il faut organiser un vote sur un sujet « controversé ». Henri Queuille[1] disait : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. » La tendance actuelle remplace « absence de solution » par « création d’une commission » ou « commande d’un rapport ». Preuve de l’efficacité de la méthode, il aura fallu 206 pages pour expliquer qu’il est très « difficile d’évaluer les risques de produits qui nous entourent. » Ça l’est d’autant plus, que l’on n’hésite pas à mélanger les choux et les carottes en testant l’évaluation des « pesticides, ondes de portables, terrains de sport ou encore ondes d’éoliennes (RTL) ».

La science serait-elle affaire d’opinion ?

Le glyphosate, l’herbicide le plus efficace sur le marché, est-il vraiment difficile à évaluer ? Les agences sanitaires européenne et française (la plus sévère de toutes les agences européennes, qui sont, elles-mêmes les plus strictes du monde) sont d’accord pour dire qu’il ne présente aucun danger. Oui, mais il se trouve quelques médecins d’un Centre international de Recherche sur le Cancer, qui ne sont pas d’accord avec les agences. Ils estiment qu’il pourrait être « un probable cancérogène » pour l’homme. Pierre Miédevielle, sénateur UDI de Haute Garonne et vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPESCT de son imprononçable petit nom), a piloté, ès qualité, cette enquête. Il explique : « Nous avons auditionné tous les acteurs, l’INRA et le CNRS bien sûr, car il nous importait d’apporter des réponses scientifiques à un sujet où désormais, la science est passée au second plan. Je rappelle que le glyphosate a été décrété cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de Lyon, en contradiction avec les études menées par l’ Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) dont le président a affirmé que le glyphosate a été surclassé au rang de substance cancérogène sous la pression médiatique. Il faut savoir en effet, et nous le rappelons dans notre rapport, que l’Europe se montre d’une intransigeance absolue avec les produits réputés cancérogènes ou perturbateurs endocriniens. Si l’on veut se débarrasser d’une substance, il suffit, en définitive, d’obtenir son classement dans l’une ou l’autre de ces catégories (la Dépêche). » Et de conclure : « en l’état actuel de nos connaissances, le glyphosate est moins cancérogène que la charcuterie ou la viande rouge. » Il serait pas vendu aux véganes, des fois, Pierre Miédevielle ?

« Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n’ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas ; ils peuvent leur infliger les plus constants démentis sans les affaiblir », constatait Marcel Proust il y a pile un siècle.

Glyphosatophobie

Revenons-en à nos pommes. Les agriculteurs du Limousin ignorent que les décisions prises au plus haut sommet de l’État, qui se traduisent, pour eux, par des cascades de difficultés, ne sont qu’une pomme de discorde tombée au pied du pommier de la soumission au politiquement correct. Au lieu de la laisser pourrir de sa belle mort, c’est leurs exploitations qu’ils mettent en péril, pour suivre des diktats dénués de rationalité scientifique. Pour avoir de bons fruits, il faut que les arbres soient bien nourris. La situation optimale est donc l’absence de végétaux susceptibles de taper dans leurs réserves. Jusqu’à présent, les agriculteurs désherbaient les rangées de pommiers. Pour ce faire, ils vaporisaient deux fois par an du glyphosate et roule, ma poule ! Les vaches étaient bien gardées, les pommiers bien arrosés et les pommes bien rondes dans nos paniers.

Le gouvernement ayant voulu interdire les méthodes qui gagnent, place aux invocations. Les agriculteurs se retrouvent dans la position d’un particulier devant le frigo duquel un plaisantin aurait placé un pot d’orties, pour lui en barrer l’accès. Plutôt que d’empêcher le facétieux de nuire (pas dans notre culture), de déplacer le pot (pas dans notre modèle), ou d’arracher les orties (pas dans notre politiquement correct), il doit chanter des chansons douces aux orties et négocier en douceur avec elles. Aussi efficace que le remplacement de deux vaporisations annuelles par six ou sept passages de deux machines, la première qui désherbe et la deuxième qui rainure le sol.

Les machines, elles fonctionnent à l’amour et à l’eau fraîche ? Non, classiquement au gazole.

L’idéologie, arme de destruction massive

Du temps du glyphosate, un producteur de pommes utilisait 50 litres de gazole par an. Maintenant, il lui en faut 1.200. « En un sens », conclut Virginie Garin, « se passer du glyphosate peut être contradictoire avec la lutte contre le réchauffement. »

Faux ! De deux choses l’une : soit le réchauffement climatique est dû à l’inclinaison de la terre par rapport au soleil et à l’orbite de notre planète, auquel cas la lutte contre le réchauffement est juste un bon fromage pour les lobbies et, glyphosate ou pas glyphosate, on aura fait des efforts pour des prunes. Soit le réchauffement peut être influencé par des mesures humaines et dans ce cas, se passer du glyphosate EST contradictoire avec la lutte contre le réchauffement, puisque cela multiplie les coûts énergétiques et les pollutions induites.

Il se trouve qu’on sait que le réchauffement climatique, attesté scientifiquement, ne dépend pas de l’activité humaine, mais de trois paramètres découverts par un savant serbe : Milankovic’.

Son premier est l’obliquité (inclinaison) de la Terre, qui varie tous les 41.000 ans et qui conditionne les saisons en concentrant les rayons du soleil sur l’un ou l’autre hémisphère.

Son deuxième est l’excentricité de notre planète. Pas parce qu’elle s’habille chez Desigual, mais parce que sa trajectoire oscille (s’excentre) tous les 100.000 ans entre un cercle presque parfait et une ellipse. En fonction de ces variations, la terre est donc plus ou moins proche du soleil, d’où les épisodes de glaciation et de réchauffement.

Son troisième, la précession des équinoxes, rend compte de la façon dont notre globe tourne sur lui-même, à la façon d’une toupie : la direction de son axe varie et décrit un cercle en 23.000 ans.

Et mon tout est une petite vidéo pédagogique, admirablement bien faite, qui permet de comprendre tout ça en images et en moins de 5 minutes (YouTube).

Supprimer un herbicide va-t-il changer l’orbite de la Terre ?

Nul besoin d’être astrophysicien pour comprendre la vanité des prétentions européennes et/ou la malhonnêteté intellectuelle de ses dirigeants (cocher la/les case/s correspondante/s). Les grands raouts, qui donnent à la petite Greta l’occasion de venir engueuler des grandes personnes, n’ont d’autre vocation que de convaincre les votants que leur sort et celui de leur planète sont entre de bonnes mains.

Certes, économiser les ressources ne peut faire de mal à personne et fera même beaucoup de bien aux deux milliards et quelque de Terriens qui ont faim et soif, à condition que l’on prenne de bonnes mesures. La première, de simple bon sens, serait de répartir les ressources en fonction des besoins et non de préjugés idéologiques. Parmi ceux-là, l’OGM-ophobie, est la championne du monde, sans laquelle on multiplierait les récoltes et pourrait vaincre la plupart des famines. Mais les bobos parisiens qui élèvent des poules sur leur balcon ne veulent pas entendre parler des semences Monsanto. Ils préfèrent que soit surtaxé le diesel et doublée la pollution des embouteillages parisiens en les déplaçant de quelques centaines de mètres. Ces mesures ajouteront quelques votes bienpensants au règne impérial de l’Hidalgo parisienne à la triste figure, mais n’influenceront en rien le réchauffement climatique ni ne ressusciteront les dinosaures.

L’environnement n’obéit ni à Greta ni à Harry Potter

En matière d’environnement, il faut envisager le temps long. On ne peut espérer changer quoi que ce soit par coups successifs de baguette magique : Paf, on supprime le glyphosate ! Hop on interdit les pailles en plastique ! Pschiiitt, on jette un sort à l’incinération des ordures ! Toc, on ferme les centrales nucléaires. Un proverbe chinois conseille : « si tes projets portent à un an, plante du riz ; à vingt ans, plante un arbre ; à plus d’un siècle, développe les hommes. »

Nos dirigeants hors sol ne veulent surtout pas que les hommes deviennent lucides. Quant à leurs mesurettes, elles ne visent pas à être efficaces, mais à occuper le terrain médiatique. De toute façon, les cycles des paramètres de Milankovic’ dépassent l’espérance de vie de nos politiques autant que leur compréhension des phénomènes naturels, alors pourquoi se donneraient-ils du mal ? Parce que l’on n’hérite pas la terre de nos ancêtres, mais qu’on l’emprunte à nos enfants, selon la belle formule de Saint-Exupéry ? Nos politiques s’en fichent et d’ailleurs, la plupart des dirigeants européens n’a pas d’enfants.

Dans l’idéal, ils ajouteraient un peu de pédagogie de l’environnement aux programmes scolaires des enfants des autres, non pas en professant le bien (les éoliennes) et le mal (le plastique), mais en prenant la science, les faits et les chiffres en compte. Pour tous les produits susceptibles d’être classés en termes écologiques, ces données figurent dans l’ACV, l’analyse de cycle de vie, qui mesure des centaines de paramètres (matières premières, énergie, transport…), du berceau à la tombe, c’est-à-dire de la conception à l’élimination des déchets.

Cela éviterait qu’on tombe de son cocotier en s’apercevant que supprimer le glyphosate au pied des pommiers ajoute des pollutions, des dépenses et des inconvénients, mais n’empêche pas les parasites, les pucerons et les vers de s’attaquer à nos pommes. Quelle importance, tout est dans l’image, dans le symbole, dans la petite satisfaction égotique des écolos : alors adieu le glyphosate, qui porte le stigmate de la grande méchante chimie, mais bienvenue à d’autres substances aux noms encore inconnus, notamment les vaporisations d’hormones qui doivent perturber la reproduction de certaines vermines. Après, yaurapuka se concentrer sur le sauvetage des insectes que cela aura tués.

La pensée fragmentaire nuit à tous les domaines

Les écolos picorent dans un stock de préjugés et d’idées toutes faites qui sont rarement soumises à l’examen rationnel et encore moins à la confrontation avec des opinions divergentes. L’Histoire souffre des mêmes approximations et des mêmes biais idéologiques. Un sujet rassemble les sectaires des deux obédiences : le plastique chez les premiers, Israël chez les seconds, réunis dans la même ferveur haineuse, qui a conduit à qualifier le plastique de « juif des matériaux ».

La méthode est toujours la même : être d’autant plus péremptoire qu’on ne connaît rien au sujet et ne considérer que les aspects qui permettent d’alimenter le préjugé.

Le plastique est jeune, bon marché, bas de gamme, fragile et on le déteste aussi parce qu’il est cher, sophistiqué, résistant et imputrescible.

Les incohérences historiques de la haine anti-israéliennes sont, elles, dues à la chronopathie, un trouble psychologique lié au temps, à une crise mémorielle ou à une vie uniquement dans le présent (Cordial.fr). Ainsi les antisémites, devenus antisionistes, ne reconnaissent pas la légitimité du peuple qu’ils vouent aux gémonies sur sa terre ancestrale, considérant que les habitants originels de la Palestine mandataire sont les « réfugiés palestiniens : « les personnes dont la résidence normale était la Palestine pendant la période du 1er juin 1946 au 15 mai 1948 et qui ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948. Les descendants de Palestiniens mâles, y compris les enfants légalement adoptés, sont également concernés (UNRWA). »

5000 ans d’histoire attestés par pléthore de textes et de vestiges archéologiques sont dédaignés en faveur des deux ans précédant la renaissance de l’État juif sur la terre qui vit régner les rois David et Salomon.

Vladimir Jankélévitch avait décrit ce syndrome, en 1978 : « L’antisionisme est la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle qui réconcilie la gauche anti-impérialiste et la droite antisémite; l’antisionisme donne la permission d’être démocratiquement antisémite. Qui dit mieux ? Il est désormais possible de haïr les juifs au nom du progressisme ![2]»

Haïr le progrès au nom du progressisme, ça aussi, c’est un progrès. Et qui en subit les conséquences ? Ma pomme ! CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

[1] Homme d’état radical-socialiste (1894-1970), ministre de l’agriculture sous la Troisième République et trois fois président du Conseil sous la Quatrième.
[2] Quelque part dans l’inachevé – Entretiens avec Béatrice Berlowitz, Gallimard, Paris, 1978.

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