Romain Gary l’Européen

Romain Gary.jpgAujourd’hui, je vais vous parler de Romain Gary, ou plutôt d’Émile Ajar… ou devrais-je dire Shatan Bogat… ne serait-ce pas plutôt Fosco Sinibaldi ?

Permettez ces interrogations, mais vous comprendrez bien qu’avec tous ces pseudonymes on commence à s’y perdre…

Je dis pseudonyme mais le terme n’est pas exact. Je devrais dire « être ». Romain Gary n’est pas le même être qu’Émile Ajar ou que Shatan Bogat ou que Fosco Sinibaldi.

Mais alors qui est Romain Gary ?

Je ne prétends pas pouvoir répondre à cette question. Mais sachez qu’avant d’être Romain Gary, il était en fait Romain Kacew.

Romain Kacew, un enfant d’Europe

1- L’enfance

Romain Kacew est né juif dans l’Empire Russe le 21 mai 1914, deux mois avant l’éclatement de la 1ère Guerre Mondiale. Il est né à Vilna, devenue Wilno en Pologne, puis l’actuelle Vilnius en Lituanie. Pierre Assouline constatera à cet égard que la ville natale de Romain Kacewe « est déjà à son image : à triple entrée ».

Romain est le fils de Arieh-Leib Kacew et de Nina Owcznska, deux juifs ashkénazes.

Le rêve de Nina est de devenir une actrice reconnue et admirée de tous ! Elle se trouve même un nom de scène : Nina Borisovskaia. Elle jouera quelques pièces à Moscou, tout juste avant la 1ère Guerre Mondiale, sur la scène du théâtre français. Et déjà son amour sans borne pour la France se fait sentir. Attention, Mesdames et Messieurs, Nina Borisovskaia joue en langue française, une langue qu’elle aura apprise exprès pour ses rôles ! Mais, elle ne connaîtra aucun triomphe. Sa carrière d’actrice ne décollera jamais et prendra fin avec les révolutions russes en 1917.

Quant à Arieh-Leib Kacew, le père de Romain, il est inexistant. Romain Kacew n’en parlera jamais. Après avoir combattu lors de la 1ère Guerre Mondiale, il quitte le foyer, laissant Romain et sa mère Nina, seuls…

… Et c’est là que débute l’histoire d’amour la plus belle, la plus forte qui puisse exister entre une mère et son fils

Nina et Romain Kacew vivent dans la pauvreté à Vilna, ville russe depuis le XVIIIᵉ siècle, occupée pour lors par les troupes allemandes du Général Von Eichorn. Nina élève seule son unique fils sans aucun soutien d’homme. Tous deux s’accrochent à la vie sans jamais abandonner. C’est alors que Nina eut l’idée incroyable d’ouvrir une maison de couture à Vilna.

Mais sa réussite est freinée par l’antisémitisme ambiant. Expulsés de Vilna parce que juifs, ils sont obligés de s’installer à Varsovie en Pologne pendant sept ans. Mais la mère de Romain Kacew rêvait d’un autre destin pour son fils prodige. Un destin français !

« La France, l’incarnation de la grandeur, de la beauté, de la justice, des droits de l’homme », selon les termes de Romain Gary lui-même.

En 1928, les Kacew s’installent enfin à Nice : le début d’une nouvelle vie !

Pendant que Nina travaillait dans des bijouteries de grands hôtels pour devenir ensuite directrice d’hôtel, Romain, 14 ans, allait au lycée à Nice. Premier de sa classe en français, le petit romain faisait l’honneur de sa mère

« Tu seras un grand écrivain, tu seras ambassadeur de France », lui répétait-elle sans cesse.

Hors de question de la décevoir. Romain Kacew fera tout pour la rendre fière. L’espoir de Nina que son fils devienne diplomate, représentant de la France à l’étranger, est omniprésent dans ses pensées. Destin lourd à porter pour le petit juif russe que représentait Romain Kacew à une époque où l’antisémitisme était très fort en France.

Romain Gary l'Orage.jpegEn 1935, à la faculté d’Aix-en-Provence, Romain Kacew publie sa première nouvelle dans l’hebdomadaire Grimoire, l’Orage, premier écrit publié sous son vrai nom. Mais finalement après la publication de propos antisémites dans le journal, Romain renonce aux généreuses contributions de 1000 francs la page que lui devait le journal pour sa publication.

« Je ne mange pas de ce pain-là » écrira-t-il à ce sujet.

Après une année de droit, Romain s’installe à Paris pour continuer ses études. Il enchaîne alors les petits boulots : serveurs, glaciers… Pendant ces années parisiennes, il passe beaucoup de temps à l’hôtel de l’Europe, où se retrouvent ses amis, juifs ou non juifs, russes, polonais ou français. Un endroit où européens se retrouvent pour échanger, discuter, rire…

Tout en poursuivant ses études de droit, Romain continue d’écrire. Pourquoi ? Est-ce parce que la pire chose qui pourrait arriver à Romain serait de décevoir sa mère qui a mis tant d’espoirs en lui ?

« Tu seras un grand écrivain… ». ces mots résonnaient-ils en boucle dans l’esprit de Kacew quand celui-ci écrivit son premier roman « Le vin des morts » ? S’accrochait-il à l’image que sa mère se faisait de lui comme on s’accroche à une bouée de sauvetage ?

A 19 ans, son premier roman fut un échec. Le seul éditeur de l’époque, Robert Denoël, lui renvoya son roman avec une psychanalyse de trente pages faite par le plus grand psychanalyste de l’époque, Sigmund Freud lui-même. Roger Martin du Gard dira de son premier manuscrit, « C’est ou bien le livre d’un fou ou bien celui d’un mouton enragé ».

Mais c’est la rencontre avec André Malraux qui fut l’élément déclencheur dans la carrière de Romain Kacew. Il dira plus tard à propos de Malraux : « Il m’a témoigné une bienveillance et une gentillesse que je n’oublierai jamais »

Pendant cette période, Romain ne publiera plus rien… et ce fut la Seconde Guerre Mondiale…

2- La Guerre

1938, Romain Kacew entre dans l’armée française. Il voulait faire carrière dans l’aviation et demande à faire ses classes à l’école Abord dans le Cher, école militaire d’aviation où est accepté avec trois semaines de retard par rapport à ses camarades. La raison reste un mystère pour Romain à cette époque. Ce n’est que plus tard qu’il comprendra.

En effet, Romain Kacew se voit déjà officier dans l’aviation française. Sa mère serait si fière ! Cependant, sur 320 élèves, Romain Kacew fut le seul à ne pas avoir été nommé officier.

Un juif russe aviateur dans l’armée française en 1938 ? Vous l’auriez cru ? Romain l’a cru ! Imaginez sa déception quand on lui annonce qu’il est seulement nommé caporal-chef et instructeur de tirs aériens à l’école de l’air de Salon-en-Provence.

Le dire à sa mère ? Jamais ! « Parce qu’elle avait une telle idée, une si haute idée de la France, que c’eût été pour elle une déception terrible sur le plan patriotique », expliquera plus tard Romain lors d’une interview.

Mentir pour l’honneur de la France, et des siens, était la seule solution. Il s’invente alors une aventure amoureuse avec la femme du commandant de l’école. Son échec fut vite oublié, et la Seconde Guerre Mondiale éclata.

Il fit plusieurs missions pour la France comme pilote. Un accident d’avion lui vaut une fracture au nez et une fêlure à la mâchoire gauche qu’il cachera pour ne pas être déclaré inapte au service. Ce fut la défaite de la France en 1940 et le régime de Vichy.

Kacew refuse la défaite de la France. Il essaye de convaincre trois sous-officiers de se rallier à l’Angleterre. Il se fait alors frapper, traiter de sale juif et de déserteur.

Le 15 juin 1940 alors que Romain Kacew s’apprête à piloter un Den 55 pour partir en mission, sa mère Nina, jamais très loin, lui téléphone pour la première fois et la dernière. Romain Kacew parlera plus tard d’un appel providentiel. Il rate son avion qui explose au décollage tuant trois de ses camarades. Sa mère Nina vient de lui sauver la vie, et pas pour la première fois.

L’horreur de la guerre, la révolte, l’indignation le consument…

« Tu seras Ambassadeur de France », lui répétait sa mère. Sa décision est prise en juillet 40. Il part rejoindre la résistance à Londres et incorpore les Forces Aériennes Françaises libres le 8 août.

Romain Kacew est devenu français libre et gaulliste. Pour se donner de la force, il choisit un nom de guerre. Gary, du russe à l’impératif signifie « brûle ».

Romain Kacew devient alors Romain Gary de Kacew. La particule lui donne des intonations aristocratiques et de la poésie selon lui.

Romain Gary Le_sens_de_ma_vie.jpgRomain Gary de Kacew apprend alors à piloter des avions britanniques dans la Royal Air Force. Il rencontre pour la première fois le Général de Gaulle. Rencontre assez pénible, rapporte-t-il dans le Sens de ma vie :« Je suis arrivé dans le bureau, je salue, je fais le garde-à-vous et tout ce que l’on veut, et il me dit : « Vous voulez partir vous battre ? Partez, et surtout n’oubliez pas de vous faire tuer ». C’était évidemment très dur et assez vache, mais le Général était un homme de cœur, de grande délicatesse et de beaucoup de tact, mais cela lui avait échappé dans un moment d’irritation. Il avait voulu se rattraper, mais comme ce n’était pas un homme qui s’excusait, je venais d’atteindre la porte, je venais de mettre la main sur la poignée de la porte lorsque j’entends le Général me lancer : « D’ailleurs, il ne vous arrivera rien, il n’y a que les meilleurs qui se font tuer ».

Romain Gary de Kacew apprend l’anglais et part en mission pour la Résistance Française. Il échappe alors à trois accidents tragiques et à la typhoïde. La rage de vivre est plus forte que la mort ou devrais-je dire la rage d’écrire ?

Même la guerre n’a pas pu effacer les mots prononcés par sa mère dans une époque si lointaine… :

« Tu seras un grand écrivain »…

Alors Romain Gary de Kacew écrit. Sur quoi ? Sur ce qui l’obsède… sur ce qu’il ne comprend pas… sur l’inexplicable… la guerre dans son absurdité totale, dans sa violence inouïe, dans son horreur absolue. Il écrit alors son premier grand roman pendant ses missions pour la Résistance en Afrique et en France : Éducation européenne. Il y décrit l’histoire de la résistance polonaise pendant l’hiver 1942-43. Cachés dans les immenses forêts qui entourent Wilno occupée par les allemands, les partisans vivent dans des abris qu’ils ont creusés sous la terre comme des taupes. Janek, personnage principal, adolescent pour lequel la guerre est une absurdité totale, ne croit en aucune politique, en aucune idéologie. À travers ce personnage, Gary exprime un pessimisme profond et définitif. Comme toujours dans ses livres, le personnage juif est présent. C’est Yankel Cukier, boucher juif qui va prier dans la forêt avec d’autres juifs le vendredi soir. Deux extraits de ce roman montrent clairement la vision de Romain Gary concernant l’Europe.

Premier extrait

« Je ne suis pas en colère, Sosie, mais j’ai fini tout de même par apprendre : ça a fini par rentrer ». Ils nous ont mis à une bonne école, et j’ai toujours été un bon élève. On a reçu une fameuse éducation. Tu te souviens de Tadek Chmura ? Il appelait cela notre « éducation européenne ». Je n’avais pas compris, à l’époque : j’étais trop jeune, et puis il savait qu’il allait mourir, alors il mettait de l’ironie partout. Mais maintenant, j’ai compris. Il avait raison. Cette éducation européenne dont il parlait si moqueusement, c’est lorsqu’ils fusillent votre père, ou lorsque toi-même tu tues quelqu’un au nom de quelque chose d’important, ou lorsque tu crèves de faim, ou lorsque tu rases une ville. Je te dis, on a été à la bonne école, toi et moi, on a vraiment été éduqués ».

Second extrait :

« Tadek Chmura avait raison. En Europe on a les plus vielles cathédrales, les plus veilles et les plus célèbres universités, les plus grandes librairies et c’est là qu’on reçoit la meilleure éducation – de tous les coins du monde, il paraît, on vient en Europe pour s’instruire. Mais à la fin tout ce que cette fameuse éducation européenne vous apprend, c’est comment trouver le courage et de bonnes raisons, bien valables, bien propres, pour tuer un homme qui ne vous a rien fait, et qui est assis là sur la glace avec ses patins, en baissant la tête, et en attendant que ça vienne ».

Romain Gary Education européenne.jpgÉducation européenne est publié en 1945 et édité en Angleterre sous le nom de Romain Gary. Il rencontre un vif succès. C’est un triomphe. La carrière littéraire de Romain Gary débute enfin.

C’est la fin de la guerre et Romain est impatient de retrouver sa mère Nina qui l’a soutenue pendant toutes ces années de guerre avec de nombreuses lettres pleines d’espoir et d’optimisme. Cependant, Gary apprend en 1945 le décès de sa mère Nina qui n’aura jamais connu aucun succès de son fils. Elle est morte d’un cancer en 1942, et, pressentant sa mort, elle a rédigé des lettres qu’une amie a adressées à Romain, l’une après l’autre, tout au long de la guerre…

Nina savait-elle que sans ses lettres, sans sa présence, sans l’espoir de la revoir vivante, Romain se serait abandonné à la typhoïde ou aux balles ennemies ?

Le 18 juin 1944, romain reçoit à Nancy des mains du Général Valin la Croix de la Libération.

Le 14 juillet 1945, le Général de Gaulle le décore de la Légion d’Honneur sous l’Arc de Triomphe. Ce même été, Calmann-Lévy publie Éducation européenne en France, qui obtiendra à l’automne le Grand Prix des Critiques.

Romain Gary de Kacew devient alors Romain Gary.

De Kacew à Gary

1- Carrière politique

« Tu seras ambassadeur de France ». Et il le sera.

Romain Gary devient diplomate français. À ce titre, il séjourne en Bulgarie (1946-47), à Paris (1948-49), en Suisse (1950-51), et même à New York (1951-54), à Londres (1955) et en qualité de Consul à Los Angeles (1956-60).

Malgré le pessimisme d’Éducation européenne, Romain Gary croit en l’Europe. Il s’engage dans la diplomatie pendant 17 ans et devint porte-parole de la délégation française devant la télévision.

Sa carrière de diplomate ne le satisfait pas complètement. En pleine guerre froide, il doit faire face à des contradictions idéologiques entre ce qu’il ressent et ce qu’il est obligé de dire au nom de la France. Il n’est pas un partisan de la guerre froide, ni suffisamment pro-américain, ni suffisamment anticommuniste. Mais l’idée d’une Europe forte face à l’Amérique, le séduit. L’Europe demeure sa vraie patrie.

Du temps où il passait ses après-midi à l’hôtel de l’Europe, rien n’a changé. Romain Gary soutient l’idée d’une armée européenne, d’une Europe unie, dans la puissance, une union des peuples européens pour mettre fin à la guerre. Une idée non partagée par les députés français qui votent contre le texte d’une armée européenne. Il ressent ce vote du parlement comme une offense personnelle. Les députés deviennent ses bêtes noires, il les déteste.

Accablé par l’absurdité de la politique française, il se laisse envahir par un profond dégoût devant le jeu vide de l’ONU qui n’a que faire du génocide arménien ou de la déportation des Tatars. En bref, l’ONU n’a que faire de la paix. Il décrit cette organisation avec mépris dans un écrit satirique signé Fosco Sinibaldi.

« L’ONU c’est le viol permanent d’un grand rêve humain », écrit-il. Ces mots sont forts et chocs. À tel point qu’il ne pourra plus utiliser le nom de Fosco Sinibaldi pour d’autres écrits. Il donne sa démission d’Ambassadeur de l’ONU.

2- Carrière littéraire

En parallèle de sa carrière de diplomate, Romain Gary ne cesse d’écrire. L’horreur de la Seconde Guerre Mondiale et de la Shoah est omniprésente dans de nombreux livres. Elle l’interpelle, l’interroge, le bouleverse.

Ainsi, il obtint le prix Goncourt en 1956 avec le livre Les racines du ciel. Morel, protagoniste principal du roman, veut faire cesser l’extermination des éléphants en Afrique au XXe siècle. L’histoire raconte la lutte de Morel, ses actions en faveur des éléphants, la traque dont il fait l’objet de la part des autorités. Ce livre fut adapté au cinéma en 1958 par John Huston. Roman à double sens, à double langage. On n’en attend pas moins de Gary.

Romain Gary Promesse de l'aube.jpgPuis, c’est la publication du célèbre roman La promesse de l’aube en 1960. Roman autobiographique écrit en hommage à sa mère Nina, qu’il n’oubliera jamais. Un film magnifique a été réalisé en 2017 avec Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg. Les acteurs sont vraiment exceptionnels et le film est très fidèle au livre. C’est au moment de la publication de cet ouvrage que Romain Gary fait la rencontre de Jean Seberg aux États-Unis dont il tombe amoureux. À cette époque, Romain Gary était déjà marié à Lesley Blanch depuis avril 1945. Il divorce pour épouser Jean Seberg, grande actrice américaine, avec qui il aura un fils Alexandre Diego Gary.

Pour la petite histoire, en 1968, Romain Gary apprend la romance entre Clint Eastwood et sa femme Jean Seberg, lors du tournage de la Kermesse de l’ouest. Il prend alors l’avion, provoque l’acteur en duel mais Romain Gary le rapportera plus tard, « le cow-boy américain se défile ».

En 1970, Gary publie Chien blanc. Il s’agit d’un roman en partie autobiographique. Le couple Gary et Seberg adopte un chien berger allemand. Seberg est très engagée aux côtés des Noirs américains et de leur cause. A leur grand désarroi, Gary et Seberg apprennent que leur berger allemand, Bakta, est en fait un chien blanc, élevé dans le sud des États-Unis et dressé à attaquer des Noirs. Ne pouvant se résoudre à le faire abattre et à s’en séparer, Gary décide avec l’aide d’un Noir, Keys, employé dans un parc zoologique de rééduquer le chien.

Ce livre est l’occasion pour l’auteur de dénoncer le racisme. Il écrit un plaidoyer vibrant contre la bêtise humaine. Ce livre rencontre un grand succès.

Parlons également de Clair de femme, ouvrage publié en 1977, ode à la femme, à la féminité, thème si important pour Gary.

L’œuvre littéraire de Gary est très importante et on ne peut pas tout citer. Elle est marquée par le refus de céder devant la médiocrité humaine. Ses personnages sont fréquemment en dehors du système parce que révoltés contre tout ce qui pousse l’homme à des comportements qui lui font perdre sa dignité. Il oscille entre la souffrance de voir leur monde abîmé et une lutte pour garder coûte que coûte l’espérance.

Le dernier livre de Romain Gary publié en 1980, Les cerfs-volants, livre magnifique, raconte l’histoire d’amour fou entre Lila, jeune aristocrate polonaise et Ludo garçon normand, sur fond de Seconde Guerre Mondiale.

L’oncle de Ludo est Ambroise Fleury qui construit des cerfs-volants célèbres dans toute la France. Ludo et Ambroise entrent dans la résistance française. Ambroise se fait arrêter par les nazis après avoir fait voler des cerfs-volants portant une étoile jaune en signe de protestation contre la rafle du Vel d’hiv. Dernier roman de Romain Gary et l’un des meilleurs sans aucun doute. La guerre, la résistance, la Shoah… encore ces thèmes et toujours… revenant à la charge… inlassablement… comme pour marteler que l’on ne peut pas oublier… que l’on ne doit pas oublier…

En 1978, lors d’un entretien, lorsqu’un journaliste poste la question à Romain Gary « Vieillir ? », il lui répond :

« Catastrophe. Mais ça ne m’arrivera pas. Jamais. J’imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi je suis incapable de vieillir, j’ai fait un pacte avec ce Monsieur là-haut. Vous connaissez ? J’ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais ».

Et effectivement, Gary n’a jamais vieilli.

Le 2 décembre 1980, il se donne la mort, se tirant une balle dans la tête. Il laissera une lettre « aucun rapport avec Jean Seberg » qui s’est donné la mort un an avant.

Et alors que le monde croyait Romain Gary mort, celui-ci renaît de ses cendres.

gary_romain_la-vie-devant-soi_1975_edition-originale_tirage-de-tete_6_65783.jpgÉmile Ajar, cet écrivain ayant reçu le prix Goncourt en 1975 pour La vie devant soi se révèle être la même personne que Romain Gary.

Paul Pavlowitch, petit cousin de Gary, et jouant le rôle d’Émile Ajar devant la presse avoue la supercherie.

Ajar… second nom de scène que Nina Kacew se donnait dans une autre vie à Vilna… « braise » en russe.

Le public à travers Ajar redécouvre Gary… Kacew…

La vie devant soi… livre relatant l’amour maternel d’une prostituée juive rescapée de la Shoah, pour un petit arabe orphelin, fils d’une prostituée morte sous les coups d’un de ses clients. L’amitié arabo-juive mise à l’honneur. Toutes les peurs, les frustrations de Gary se retrouvent dans ce livre : la vieillesse, la mort, la solitude, l’amour, l’espoir…

Seul écrivain à avoir reçu deux fois le prix Goncourt

Selon moi, c’est le général de Gaulle qui définira le mieux cet homme extraordinaire qu’était Romain Gary. Il s’adresse à de Gaulle et lui dit :

« Et à un certain moment, je me souviens, je racontais cela au Général de Gaulle, je lui parlais des changements de culture que j’ai subis et je lui ai raconté l’histoire du caméléon. On met le caméléon sur un tapis rouge, il devient rouge. On met le caméléon sur un tapis vert, il devient vert, on l’a mis sur un tapis jaune, il est devenu jaune, on l’a mis sur un tapis bleu, il est devenu bleu, et on a mis le caméléon sur un tartan écossais multicolore et le caméléon est devenu fou.

Le général de Gaulle a beaucoup ri et il m’a dit :  »dans votre cas, il n ‘est pas devenu fou, il est devenu un écrivain français. » » (extrait du livre Le Sens de ma vie). LL

Laeticia LévyLaeticia Lévy, MABATIM.INFO

7 commentaires

  1. encore une video ou il dit que ce qu il lui fait le plus plaisir au monde grave a sa notoriete est de recevoir un temoignage d amis qu il a connu auparavant par exemple en 1922…..
    Je traduit en 1922 ou il etait un juif de Vilna dans une communaute dont seul 10% survecurent…autrement dit soit d un autre survivant comme lui soit de fantomes. Je suis effondre.

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  2. Bonjour,

    Je crains avoir déchiffré cet homme en quelques minutes après avoir vu ses vidéos passées sur youtube :
    -dans la promesse de l’aube il dit toujours parler d’un homme un voisin à lui dans Vilna (Vilnius) lui ayant prédit devenir célèbre  et lui ayant aussi demandé de parler de lui aux grands de ce monde une fois devenu célèbre

    ..mais on s’est aperçu par la suite que cet homme n’existait pas, il est clair qu’il a voulu dire qu’il rappelait au monde ceux qui avaient été assassiné dans le silence des grands de ce monde,

    -en vieillissant, il parle des fantômes des pilotes morts au combat qui viennent le voir en rêve. Je crains donc que ce n’étais donc absolument pas des pilotes dont il parlait mais du souvenir « des voisins qui lui on fait promettre de parler d’eux au monde ».

    Il faisait tout le temps référence à la shoah notamment quand il parle de nécessité de féminisation de la société et de l’échec  de la société patriarcale « qui n’a causé que des génocides ».

    Moi je dirais plutôt Romain Kacew le juif de Vilna, caméléon porte parole plein de pudeur et absolument pas autre chose.

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  3. C’était mon type d’homme! J’ai connu son fils gamin et sa nounou, au parc, durant l’accouchement de J. Seberg…. Je lui avais prêté un maillot en velours pour aller se rafraîchir dans la pataugeoire – Je lui ai offert ayant été bien élargi….- Une remarque de la nounou – sur les vedettes de Hollywood et ma personne – que ma modestie empêche de l’écrire. Plus tard, alors que j’étais encore au parc avec mes enfants, je la vois en compagnie de Romain Gary, traverser l’allée , j’étais vers les jeux, me montrant d’un mouvement de la tête.. j’en déduis qu’elle lui parlait de moi! Merci Madame! Je ne les ai plus revus.
    J’ai tous ses livres. Je ne comprends pas qu’on puisse se suicider alors qu’on a un fils!

    Et surtout toutes mes félicitations à Laeticia Lévy qui a fait un rendu tout en finesse et d’une élégance rare. Merci à vous Mademoiselle 🙂

    Meilleurs voeux pour 2020!

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  4. Bel article mais l’hebdo pétainiste antisémite de sa première nouvelle publiée était-il bien « GRIMOIRE » comme vous écrivez ? N’était-ce pas « GRIGOIRE » ?

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  5. Bravo Laeticia Lévy : votre bio de notre Gary national est fidèle a sa vie qui pourrait s’intituler: mille romans en un seul – et qui nous fait autant sinon plus rêver que ses livres eux-mêmes! Au plaisir de vous lire encore!

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