Exposition « Le chemin de la Victoire »

Expo russe 2« Juifs soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale »

L’année 2020 est marquée par plusieurs commémorations correspondant à la fin de la Seconde guerre mondiale : la libération des camps de concentration et d’extermination, la capitulation allemande, la reddition japonaise, liée à tout jamais à la première utilisation de la bombe atomique à Hiroshima et Nagasaki…

Pour la Russie, qui a repris en grande partie l’héritage de l’Union Soviétique, la date de l’achèvement du conflit militaire en Europe est tout particulièrement importante car le 8/9 mai 1945[1] marque ce que les Russes appellent « La fin de la Grande guerre patriotique » qui emporta plus de 20 millions de citoyens soviétiques, tant militaires que civils. Parmi eux, les Juifs étaient malheureusement les plus nombreux… En général, les évocations de ces victimes sous-entendent la Shoah, et nous parlons beaucoup moins des soldats des différentes armées qui avaient combattu sur le sol de l’Europe.

Une exposition interactive en trois langues, anglais, français et russe, qui vient d’être inaugurée au Centre de Russie pour la science et la culture[2] comble partiellement ce manque. Elle porte le titre :

Le chemin de la Victoire : Juifs soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale

et met l’accent sur l’expérience des Juifs vétérans de l’Armée rouge et leur contribution à la défaite de l’Allemagne nazie. Une telle approche semble d’autant plus intéressante que la participation des Juifs soviétiques à la lutte armée contre le nazisme est peu connue du large public. Or sur le front de l’Est plus de 500000 Juifs se sont trouvés dans les rangs de l’armée et plus de 40 % ont été tués. En plus, dans des régions occupées par des Allemands, surtout en Biélorussie, il y avait 70 détachements de partisans, presqu’entièrement composés de combattants juifs. On estime leur nombre à plusieurs milliers de personnes.

Ce projet qui réunit des archives inestimables a vu le jour grâce à la collaboration de la Fondation « Blavatnik Archive » dont le siège se trouve aux États-Unis, de l’Agence Rossotrudnitchestvo[3], du Genesis Philantropy group et de la Fondation David Berg.

La Fondation « Blavatnik Archive » a été fondée en 2005 par Len Blavatnik[4], elle vise à réunir, préserver et exposer des documents qui concernent l’histoire mondiale du XXe siècle et tout particulièrement l’histoire des Juifs européens. Dans cette collection, la période de la Seconde guerre mondiale est tout particulièrement bien représentée. Les documents ont été recueillis durant ces 15 dernières années dans plusieurs pays : Russie, Biélorussie, Ukraine, Lettonie, Lituanie, Estonie, Moldavie, Israël, Canada, Allemagne… L’exposition de Paris nous permet de les voir grâce aux écrans interactifs où ils sont groupés par thèmes :

— les Juifs dans les rangs de l’Armée rouge,
— la guerre des partisans, les femmes dans l’armée,
— la Shoah sur le territoire soviétique,
— les mémoires du front,
— lettres et journaux intimes en temps de guerre,
— …

Expo russeAinsi nous pouvons voir sur ces supports des textes numérisés, des cartes, des photographies, des journaux intimes, des lettres, des témoignages et entretiens uniques de 1200 anciens combattants, dont plusieurs vivent aujourd’hui dans différents pays, et d’autres, hélas, ne sont plus en vie ; nous pouvons les voir et entendre.

Dans le cadre de cette exposition les organisateurs ont prévu un vaste programme de visites guidées : dans les salles il y a des volontaires de la Fondation qui répondent volontiers à toutes les questions. Le CRSC propose aussi un accompagnement spécial pour les groupes scolaires.

De plus, le 12 février les visiteurs ont pu assister à un concert tout à fait unique de chansons yiddish, composées pendant la guerre par des soldats, des partisans, des prisonniers des ghettos. Ces textes ont été recueillis après la guerre par Moïse Beregovski, spécialiste du folklore yiddish. Mais il a été arrêté et emprisonné en 1949 pendant la grande vague des persécutions antisémites en URSS. Ses archives ont disparu pendant cette période et ont été retrouvées seulement il y a quelques années à Kiev. Depuis, le chanteur Psoï Korolenko et la linguiste et historienne Anna Shterntchis qui enseigne à l’Université de Toronto, ont retravaillé ces textes et les ont mis en musique. Récemment, ces chansons ont été enregistrées, formant l’album Yiddish Glory, nominé pour les Grammy Awards 2019.

L’exposition qui se tient actuellement à Paris, a été déjà vue en Russie, à Moscou, Saint Pétersbourg et Ekaterinbourg. Comme il s’agit d’un projet itinérant, il va continuer dans plusieurs capitales européennes et aussi en Israël où habitent des nombreux anciens combattants de l’Armée rouge.

L’inauguration à Paris a eu lieu le 30 janvier 2020, en présence des diplomates et des officiels russes, ceux des pays qui avant 1991 faisaient partie de l’Union Soviétique, des représentants de l’UNESCO, de l’Allemagne, d’Israël, de Pologne, de Slovaquie… Parmi les invités d’honneur il y avait Éric de Rothschild, Président du mémorial de la Shoah et des représentants de plusieurs organisations juives.

Cette exposition est vraiment unique, on peut la conseiller à toutes les personnes qui s’intéressent à l’histoire des Juifs en Europe durant la Seconde guerre mondiale. AS

Ada ShlaenAda Shlaen, MABATIM.INFO

Détails pratiques de l’exposition

[1] 8/9 mai 1945 : la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie est fêtée le 8 mai en Europe et le 9 mai en Russie à cause du décalage horaire  l’acte de capitulation ayant été signé à Berlin le 8 mai à 23 heures, ce qui faisait 1 du matin du 9 mai à Moscou.
[2] Le Centre de Russie pour la science et la culture se trouve à Paris, 61 rue Boissière. L’exposition a été inaugurée le 30 janvier et elle restera ouverte jusqu’à 10 avril (Fermée le dimanche).
[3] Rossotrudnitchestvo = Cette abréviation désigne l’agence fédérale qui prend en charge les relations entre la diaspora russe et l’État russe. Le Centre à Paris a aussi pour but de promouvoir les relations culturelles entre la Russie et la France.
[4] Leonard Blavatnik dit Len est un philanthrope et industriel américano-britannique, né en 1957 à Odessa. Sa famille s’installa aux États-Unis, quand il avait 21 ans. A l’époque il était étudiant à l’Institut des ingénieurs en transport ferroviaire de Moscou, considéré comme une école prestigieuse, fondée en 1896. Il a continué de bonnes études aux États-Unis ; il est diplômé de Columbia School of Engineering and Applied Science et de Harvard Business School. Au début des années 1990 il a commencé des investissements en Russie, principalement dans les matières premières et la chimie. Il vit avec sa famille en Grande Bretagne et est considéré comme l’homme le plus riche du pays. Depuis une dizaine d’années, il développe des actions caritatives et a fait d’importants dons aux universités et aux musées. La Fondation Blavatnik Archive a été créée en 2005 afin de préserver et de mettre en valeur le patrimoine des Juifs de l’ex-URSS

4 commentaires

  1. Les juifs quelque que soit le pays où ils ont vécu ont été de bons patriotes. La plupart se sont intégrés et non assimilés (la différence est que le sucre s’assimile au café pour faire un café sucré, alors que le vinaigre s’intègre à l’huile pour faire une vinaigrette tout en restant vinaigre). Ils ont voté, participé à l’économie du pays quand on leur en donnait le droit, fait partie de l’armée nationale ou aux groupes de résistants contre l’ennemis. C’est pourquoi par exemple mon grand-père (14-18) et mon oncle (39-?, date lors de laquelle il a été fusillé en tant que juif) ont fait partie de l’armée hongroise et moi j’ai fait mon service militaire en France.
    Dois-je traité mon grand-père ou mon oncle d’ennemi, car à leur époque l’Austro-Hongrie ou la Hongrie n’étaient pas les alliés de la France. NON, comme tant de juifs, ils étaient des patriotes et ont fait leur devoir de citoyen. On ne leur a pas été reconnaissant comme en URSS sous l’antisémitisme de Staline.

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