Avec mon chien

Chien nacm.jpgConfiné, je me dégourdis les jambes après avoir soigneusement rempli mon Attestation de Déplacement Dérogatoire. Comme je souhaiterais me faire promener par un chien dévoué et exigeant, je coche « Déplacement brefs, etc. »

Lors de mes escapades, j’ai constaté que dans une ruelle voisine un individu (noir comme charbon) séjournait depuis plus de huit jours sur un fantôme de matelas à l’abri d’un tas de cartons assez propice à engranger moult Covid-19 de passage.

Quelques tentatives pour informer la Ville de Paris furent vaines. Croisant une voiture de police, je signale qu’il serait souhaitable de faire intervenir le service compétent (?) pour prendre en charge cette épave humaine. La fliquette au joli minois à laquelle je m’adressais, m’a lancé un regard torve, me disant qu’elle était en intervention et que l’on verrait plus tard. Effectivement, il campe toujours au même endroit depuis plus d’un mois. Nous doutons que le malheureux puisse un jour trouver un abri moins précaire, en attendant son improbable retour au pays natal, s’il n’a pas eu l’heur de naître dans l’hexagone.

Toujours alerte, je slalome entre des poubelles béantes et des quantités de déchets divers et variés, parfois sanglants, le long de la chaussée encombrée de cadavres de trottinettes.

Les circonstances, il est vrai, ne sont pas très favorables au « Paris propre » de la municipalité hidalguienne éminemment vouée au labourage des chaussées et à la culture des trous. Mais l’hygiène en période d’épidémie voudrait qu’à défaut d’une désinfection des chaussées, dont on craint qu’elle ne s’avère intoxicante – bien que pratiquée dans plusieurs villes dont Nice – on lave régulièrement les rues et ruelles. Même le chien serait bien forcé de l’admettre, fût-il bientôt pourvu comme son maître d’un masque alternatif en guise de muselière, mais sait-on jamais au point où vont les choses !

Ce n’est pas mon chien imaginaire mais moi-même qui, pris d’une soudaine inspiration, ai voulu informer le Service de propreté de la Ville de Paris : rien au bout du fil, rien ni personne. Qu’est ce qu’il y a de plus propre que le rien !

Bientôt déconfiné – (mon correcteur d’orthographe automatique me souffle déconfit : lirait-il la presse ?) – et masqué, je pourrai donner congé à mon chien et décocher la case 5 de mon ADD. De toutes façons ce sera d’une élémentaire et animalière prudence pour lui éviter de se faire écraser rue de Rivoli interdite aux voitures et totalement livrée aux vélos, trottinettes, skate-board, mono truc, bi machin et autres sous le regard angoissé de quelques vieillards survivants, privés de voiture, attendant naïvement l’arrivée d’un taxi interdit d’emprunter cette voie. Tout comme ceux qui ont besoin d’une voiture pour travailler ou par nécessité.

La rue de Rivoli irrigue Paris. Elle peut, mutatis mutandis, être comparée à l’aorte : la fermer peut entraîner une paralysie.

Hidalgo emportée par sa passion haineuse des automobiles se trompe de guerre. La voiture reste un lieu sûr dans la lutte contre l’épidémie. Beaucoup plus sûr que le métro et les autobus. Sacrée vie de chien ! MN

rose-jaune marc nachtMarc Nacht, MABATIM.INFO

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