Camélia, Jean-Luc, Christophe et les autres

Camelia JordanaDe Guy Lux à Laurent Ruquier : du beauf au bobo

Les plus de 50 ans se rappellent peut-être Intervilles, une émission qui réjouissait les téléspectateurs de l’ORTF, en faisant courser des candidats humains (mais provinciaux !) par des vachettes.

Ce genre de sport est, aujourd’hui, rendu impossible par (liste non limitative et dans le désordre) : la boboïtude, qui est aux vachettes ce que Marion Cotillard est à Bécassine, le véganisme et l’anti-spécisme, « grâce » auxquels le goût pour l’entrecôte est désormais criminalisé, l’envie d’exotisme, qui s’est substituée à l’amour du terroir, et les budgets de l’entertainment (qui a remplacé le divertissement) obligeant à faire plus avec moins, plus politiquement correct et moins spectaculaire.

De ce fait, de 7 à 77 ans, les audiences (qui ont remplacé le public) ne connaissent, en matière de divertissement, que des talkshows (en programmes TV dans le texte), dont la plus suivie, pour ses fausses polémiques, est « On n’est pas couché », le ronron télévisuel de Laurent Ruquier.

Camélia ne le dit pas avec des fleurs

C’est au cours d’une de ces sempiternelles mises en scène de débats (et non pas « débats mis en scène ») qu’une jeune chanteuse, Camélia Jordana, a affirmé que « des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau par la police (YouTube) » et que, partageant avec les « jeunes des cités » de tous âges une origine commune, elle se sentait, elle-même, d’une couleur de peau susceptible de la transformer en cible, d’où sa peur…

Les amateurs de mauvais jeux de mots peuvent regretter qu’on n’ait pas ajouté « pompier » à « sa peur », mais justement, les pompiers se font régulièrement massacrer (pour de vrai) par des jeunes qui les estiment trop blancs ou pas assez racailles, alors décence : silence.

Le soutien des souteneurs

Le ministre de l’Intérieur a été légitimement indigné par ce propos grotesque et il a envoyé un scud, sous forme de tweet. C’est dire si la violence massacreuse est inspirée par les plus hautes autorités : il a trouvé que les propos de la chanteuse étaient « mensongers et honteux, qui alimentent la haine et la violence », mais pour autant, « je n’entends pas poursuivre ces propos. Par contre la liberté du débat public ne permet pas de dire tout et n’importe quoi. »

Pour abonder dans le sens de la starlette, l’oubliable Aurélien Taché a entendu, de ses propres oreilles, entendu des gens qui avaient vu, de leurs yeux, vu « de réels problèmes de violences policières dans les quartiers populaires. »

Pour une fois qu’on est (presque) d’accord avec une demi-phrase de Taché, relevons-le et relevons-la en lui enlevant sa moitié mensongère : on voit, en effet, tous les jours des violences dans les quartiers (qui ne sont pas populaires, mais antirépublicains) et ces violences sont exercées d’abord CONTRE LES POLICIERS, à qui leur hiérarchie enjoint de ne pas réagir.

Violence légale sanctionnée. Violence tout court oubliée

Qui se rappelle Aurélie Fouquet, cette jeune policière municipale abattue en 2010 ? Qui pense encore aux policiers brûlés dans leur voiture attaquée aux cocktails Molotov par 13 gamins âgés de 16 à 20 ans, à Viry-Châtillon, en octobre 2016 ? Jugés en décembre 2019 à huis-clos, reconnus coupables de tentative de meurtre sur personnes dépositaires de l’autorité publique, ils encouraient la réclusion criminelle à perpétuité. 8 d’entre eux ont été condamnés à la prison (10 à 20 ans) et 5 ont été acquittés (l’Express).

En 2005, la mort de deux ados, qui s’étaient cachés dans un transformateur électrique, pour échapper aux policiers, après avoir volé un véhicule, avait provoqué des émeutes. Les policiers avaient été aussitôt suspendus. Les émeutes ont fait des morts : une quinquagénaire handicapée brûlée dans l’incendie d’un autobus, un homme de 61 ans, victime d’une agression. Les coupables n’ont pas été retrouvés, donc pas jugés (le Figaro). Seuls les policiers ont encouru des procès.

En avril 2020, Le Monde titrait : « De Clichy à Gennevilliers, des jeunes habités par un ‘’sentiment d’injustice’’, des policiers dénoncent l’‘’impunité généralisée’’ (le Monde). » L’origine de ces « jeunes » les sacralisant innocents par principe, il faut bien trouver des coupables ailleurs.

Jean-Marie et Jean-Luc en avaient rêvé, Camélia a trouvé.

De quoi la prétendue peur de Camélia est-elle le nom ?

Il est certain qu’il y a, parmi les forces de l’ordre, des salauds comme des héros, alors qu’il n’y a pas, dans les « quartiers » sans qualificatif, des sauvages à tous les étages.

Il serait d’ailleurs normal que la répartition entre les gentils et les méchants suive, comme toutes les autres caractéristiques et attitudes de nos congénères, une courbe de Gauss.

Ah non ! Un analyste de la philosophie contemporaine suggère que l’estimation de la culpabilité en fonction des auteurs plutôt que selon la gravité des faits devrait plutôt être représentée par une courbe de gauche (© Modeste Monmari).

Sans être surpris par ce biais du jugement, on peut quand même être frustré que Christophe Castaner n’ait pas signalé un point fondamental à la dame Camélia : la police suspecte des gens, non pas en fonction de leur gueule (qu’est-ce qu’elle a, ma gueule ?), mais de leur attitude. L’uniforme de racaille, jogging siglé porté bas sur les fesses, attire plus la vérification d’identité que le costard cravate ou le jeans et T-shirt. Qu’ils soient blacks, blancs ou beurs, ceux qui meurent dans un accident de moto volée étaient plus susceptibles d’être contrôlés que ceux qui ont validé leur Pass Navigo en prenant le métro.

Parmi les soutiens de Camélia, un soutier de la politique

Jean-Luc Mélenchon a beaucoup de choses en commun avec Jean-Marie Le Pen : pas seulement son antisémitisme (que le plus jeune des deux baptise antisionisme), mais aussi son tempérament explosif et son talent de bateleur. Tout leur est bon pour faire du buzz, mais chacun choisit ses symboles. Le Pen, c’est Jeanne d’Arc. Mélenchon, lui, s’est précipité au secours de Camélia, ce tremblant myosotis, que l’idée d’une panne de Babyliss plonge dans les affres de la terreur policière : « Aujourd’hui j’ai les cheveux défrisés, quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. Vraiment. Vraiment. »

Vraiment vraiment ? Mélenchon, cheveux lisses et casaque rouge-brun, a eu affaire à la police et il ne s’est pas laissé intimider : « Je suis la république », a-t-il même revendiqué dans un accès de cette modestie qui le caractérise. C’est pourquoi il a pris fait et cause pour la minette : « Castaner fait semblant de ne pas comprendre. À la botte du syndicat Alliance qui menace les juges mais couvre les policiers qui traitent de « bicot ». Il veut intimider toute critique. Chacun n’en pense pas moins. La police doit être reprise en main (Twitter) », a twitté celui qui a été condamné à 3 mois avec sursis et 8000€ d’amende pour intimidation et rébellion, lorsque le siège de son parti politique a été perquisitionné, en octobre 2018.

Il est distrayant qu’il critique les juges d’être à la botte d’un syndicat, alors qu’il a montré clairement qu’il les voulait à sa botte à lui, afin qu’ils ne lui appliquent pas le droit commun. Quant à ceux qu’il accuse de traiter de « bicots », on l’a entendu les traiter de fachos.

La seule généralité qu’on aimerait lui voir appliquer est qu’il ne faut pas généraliser !

Mélenchon liftier ?

Ce soutien d’un grand mamamouchi à une petite chanteuse peut être vu comme un retour d’ascenseur pour la présence de la donzelle au Bataclan, le 2 avril 2012, à un meeting du Front de gauche. Elle était venue incognito et, à l’époque, ne souhaitait pas s’engager publiquement pour le candidat, qu’en privé, elle disait apprécier (l’Express).

Aujourd’hui, ils ont tous les deux autant besoin d’exister dans les médias et elle évalue le soutien de l’Insoumis professionnel à une valeur proche de l’Ohio et du Cac 40.

CalimeroMélenchon, invité permanent des médias, tous supports confondus, applique la méthode lepéniste : jouer les Caliméro qu’on n’invite jamais. Ses pleurnichonneries s’avèrent aussi efficaces pour lui qu’elles l’ont toujours été pour son aîné.

Comme il faut quand même un prétexte à une invitation dans les médias, le soutien de Calimélenchon à la petite Camélia a fait l’affaire.

Quant à elle, son arnaque bien préparée de pauvre Beure défrisée par la maréchaussée, chez Ruquier, lui a obtenu exactement ce qu’elle était venue y chercher : un brevet de bien-pensance indigéniste, susceptible de faire repartir sa notoriété pâlichonne. Elle l’admet, d’ailleurs, sans honte : « Épatée par toutes ces réactions, enthousiaste par la réouverture du débat public (le Point). »

La réouverture du débat public ou l’augmentation du trafic sur son compte Twitter ? CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

3 commentaires

  1. La dame aux camélias portait en son bustier ces fleurs de couleur rouge lorsqu’elle était indisposée…
    Alexandre Dumas fils connaissait déjà la chanson…

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  2. Merci pour votre article que j ai lu avec un sourir en 15 iso 15/15
    Si les paragraphes sont sarcastiques la conclusion me défrise pouf pouf
    « pauvre beure « cela n est pas du gout de votre plume ( à mon humble avis :-o)
    Je serai partante du reste pour un depoussierage semantique de tous ces qualificatifs bobo bof beure romano et « plouc » puisque je l avoue j ai une origine ouest france
    Somme toute merci pour ce bon moment de lecture

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