Fillon, élections, pressions y croutons

électionIl y a trois ans, les élections présidentielles. 1er round

Une primaire ouverte de la droite et du centre, organisée les 20 et 27 novembre 2016, pour désigner le candidat qui représenterait l’ensemble de la droite à l’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017, a mobilisé 4.298.097 électeurs au premier tour et 4.404.812 au second.

Au premier tour, François Fillon a reçu 44,8% des suffrages (1.890.266) et au second tour, 66,49%, soit 2.919.874.

À la suite de cette primaire, début décembre 2016, tous les sondages le donnaient vainqueur de la future présidentielle.

Deuxième round : le canard était toujours vivant

Le 25 janvier 2017, un article du Canard enchaîné dénonçait l’épouse de François Fillon, Pénélope, qui aurait reçu 500.000 euros brut pour des emplois fictifs, comme attachée parlementaire de son mari et de son successeur, de 1998 à 2007 et en 2012.

Le numéro suivant du Canard ajoutait 300.000€ au pot, au titre des années 1988-1990 et 2013.

Le Parquet National Financier ouvrait une information judiciaire le 24 février 2017. Record français inédit depuis les lois de Vichy, François Fillon fut mis en examen le 14 mars 2017, soit 18 jours après l’article de presse.

Procédure habituelle : avant la mise en examen, le suspect doit bénéficier d’une première comparution avec avocat. La convocation aux fins de première comparution peut lui parvenir soit par lettre recommandée, soit par le biais d’un officier de police judiciaire. Le délai entre la convocation et la comparution ne peut être compris qu’entre dix jours et deux mois et la lettre doit spécifier que la mise en examen ne pourra intervenir qu’après la comparution.

C’est à l’issue de cette première comparution que le juge décide la mise en examen. Ou pas. Dix-huit jours entre la dénonciation anonyme et la mise en examen, c’est un record, même pour l’époque du Maréchal (pas Marion, Philippe Pétain !).

Troisième round : in extremis pas toujours veritas

Un mois avant le premier tour de l’élection, dont il était le grand favori, Fillon est donc mis en examen pour « détournements de fonds publics », « complicité et recel de détournements de fonds publics », « complicité et recel d’abus de bien sociaux » et « manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ». Le 16 mars, s’y ajoute le délit d’avoir accepté en cadeau des costumes de luxe traduits en « trafic d’influence ». S’y ajoutent, pour faire bonne mesure, « faux et usage de faux » et « escroquerie aggravée ».

Le procès en correctionnelle a eu lieu entre le 24 février et le 11 mars 2020. Le PNF a requis de la prison ferme et une peine d’inéligibilité pour François Fillon. La défense a plaidé la relaxe. Le délibéré est prévu le 29 juin 2020. Ce délai de trois ans et quelque est la seule chose normale dans cette procédure.

Mais surtout, l’objectif était atteint : Fillon était complètement délégitimé et, contrairement à toutes les prévisions d’avant le « scoop inattendu » du Canard, les deux finalistes au second tour furent Marine Le Pen et le vainqueur. Coïncidence, ce deuxième candidat, sûr à 100% d’être élu par le « front républicain », est celui qui avait créé le Parquet national financier lors de son passage à Bercy.

Le grain de sable

La procureure Houlette, ancienne cheffe du PNF, a expliqué le 10 juin dernier, lors d’une commission d’enquête parlementaire sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, que tout au long de l’enquête Fillon, elle avait « subi des pressions de la part du Parquet Général de Paris ». « La conception française de l’indépendance judiciaire est une conception politique, où le pouvoir exécutif a la main sur les carrières des procureurs, qui sont donc enclins à la docilité. (Marianne) » Dans l’article de Marianne où sont dévoilées ces déclarations, on reçoit aussi une piqûre de rappel sur une autre coïncidence troublante parmi les nombreuses, qui ont émaillé cette série digne de Netflix :

« En pleine affaire Fillon, un changement législatif transformant les règles de prescription a obligé le PNF à saisir des juges d’instruction, faute de quoi une partie des faits auraient été prescrits. Sans ce hasard de calendrier, Eliane Houlette aurait maintenu l’affaire Fillon en enquête préliminaire, et le candidat de la droite n’aurait jamais été mis en examen pendant la campagne présidentielle… »

Hasard de calendrier. Vous avez dit hasard ?

Palme d’or de l’euphémisme

Si les médias français sont cul et chemise avec les politiques, ils savent aussi que leur intérêt réside dans le poids des mots, le choc des photos et l’importance de leur audience, aussi ont-ils fait leurs gros titres avec les déclarations de Mme Houlette sur « le contrôle très étroit » exercé sur son travail par le parquet général, lors de l’instruction Fillon.

Emmanuel Macron a choisi la méthode habituelle devant un problème : passer la patate chaude à une commission d’experts, qui rendra son verdict quand l’omelette aura refroidi. Il a donc décidé de saisir, pour avis, le Conseil supérieur de la magistrature, pour « analyser si le parquet national financier a pu exercer son activité en toute sérénité, sans pression ». Celui à qui le crime a profité dit vouloir « lever tout doute sur l’indépendance et l’impartialité de la justice dans cette affaire. Ces propos, qui ont suscité un émoi important, sont interprétés par certains comme révélant d’éventuelles pressions qui auraient pu être exercées sur la justice dans une procédure ouverte à un moment essentiel de notre vie démocratique. (le Figaro) »

Maître à penser et patate chaude

« La technocratie dirigeante française a réussi, jusqu’à maintenant, à neutraliser la poussée démocratique, à la repousser aux extrêmes du spectre politique », écrivait, en mai 2018, Edouard Husson, universitaire, ancien vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres, expert en histoire des relations internationales.

Cela ne s’est pas arrangé depuis. Ce pauvre Macron a déjà eu à faire face aux Gilets Jaunes, aux grèves, au virus et au temps pourri, toutes épreuves qu’il a affrontées de profil bas ou de gros dos. Aujourd’hui il passe la patate chaude de son intervention contre son rival de 2017 au Conseil supérieur de la magistrature et demain, après les manifestations violentes des soignants pour qu’il tienne sa promesse de plus de moyens et de personnel dans les hôpitaux, il répondra en lançant un grand référendum sur l’environnement.

Son livre de chevet doit être les Mémoires de Henri Nostradamus Queuille[1], hélas disparu en 1970, qui avait déjà décrit tous les éléments du quinquennat macronien :

« Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout. » « La politique ne consiste pas à faire taire les problèmes, mais à faire taire ceux qui les posent. »

Et le très actuel

« Quand vous êtes embêtés, embrouillez tout ! » CA♦

stylo-plume attcCécile Attal, MABATIM.INFO

[1] Henri Queuille (1884-1970), rad-soc, 21 fois ministre sous la IIIe et la IVe République.

Un commentaire

  1. Il faut regarder qui dirige ce pays ,comment est il dirige ,qui sont les exécutants ,et le résultat .
    Comme l a dit Charlot premier ,les Français sont des veaux .
    Mais quand le troupeau se réveille ,cela devient sanglant comme toujours en France !

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