Depuis l’océan Atlantisémitique, la Bouteldja l’amère

En France, un antisémitisme non systémique, systématiquement ressenti

Une étude, réalisée par l’Organisation sioniste mondiale (WZO) en 2020, a conclu que l’antisémitisme avait diminué pendant le confinement, mais que corollairement, la haine des Juifs avait considérablement augmenté sur les réseaux sociaux.

Diminuer n’est pas jouer : le coronavirus n’a pas supprimé la violence antijuive. Les attaques contre les juifs se produisent une fois par jour aux États-Unis et une fois tous les trois jours en Allemagne. L’antisémitisme, qui sert de base aux attaques dans ces deux pays, prend pour prétexte la religion juive, alors qu’en France, c’est Israël.

Le pays le plus touché par l’antisémitisme au temps du Corona est l’Autriche, où se sont produits 300 actes antisémites pendant le premier trimestre 2020 (Israel Hayom).

En France, spécifiquement, l’AJC (American Jewish Committee) a fait une étude dont les résultats ne surprendront que les Martiens et les antisiomites : augmentation de 18 % des violences graves contre les Juifs en 2019 (456 contre 387 en 2018), 53 synagogues et 28 centres communautaires attaqués.

Les menaces mortelles contre les Juifs parce qu’ils sont juifs ont augmenté de 47 % et les attaques contre leurs domiciles de 24 %.

Dans la même étude, on apprend que 47 % de la population générale et 67 % des juifs interrogés trouvent élevé le niveau d’antisémitisme en France. 53 % des Français et 77 % des Français juifs considèrent qu’il a augmenté. L’ampleur des attaques antisémites contre la communauté juive de France est alarmante : 70 % des Juifs français déclarent avoir été victimes d’au moins un incident antisémite et 64 % d’injures antisémites au moins une fois dans leur vie. 23 % ont été la cible de violences physiques au moins une fois, dont 10 % à plusieurs reprises (AJC).

Une enquête portant sur la perception des Juifs européens, effectuée par l’Union européenne, a montré qu’en France, 41 % des Juifs de 16 à 34 ans envisagent d’émigrer hors d’Europe en raison de l’antisémitisme. Idem pour 42 % de ceux âgés de 35 à 59 ans et 26 % des plus de 60 ans (Europa.eu).

L’Autriche s’attaque au mal…

Le gouvernement autrichien ne considère pas l’antisémitisme comme une catastrophe naturelle inévitable ou comme une manifestation exclusive de l’extrême droite, mais comme un phénomène de société qui doit être combattu, « pour renforcer la vie juive dans le pays et assurer la sécurité de la communauté juive ». Une stratégie a donc été élaborée et présentée le 21 janvier 2021 (la Croix). Elle repose sur des programmes éducatifs, une sécurité accrue autour des institutions juives, des poursuites efficaces contre les antisémites, une médiation accrue dans le cadre des efforts d’intégration de gens provenant de pays structurellement antisémites, la création d’un centre de documentation et l’échange d’informations dans toute l’Europe, avec la participation de la société civile, églises et groupes sportifs inclus.

Le représentant de la communauté juive autrichienne a constaté que « Les Juifs ont toujours été les premiers à subir des préjudices » et il a souligné que la lutte contre l’antisémitisme concernait le pays tout entier, pas seulement la communauté juive. C’est du bon sens, mais le bon sens est la chose en Europe la moins partagée.

… alors que Bouteldja s’attaque aux Juifs

En 2015, elle disait vouloir lutter contre l’islamophobie et contre le « philosémitisme d’État (Times of Israel) », dans le pays le plus antisémite d’Europe[1].

En 2016, elle publiait un livre titré Les Blancs, les Juifs et nous.

En 2020, à propos de Miss Provence, dont le père est italo-israélien, elle déclarait :

« On ne peut pas être Israélien innocemment (Actu-juridique). »

Sa tactique d’un pas de géant en avant dans l’antisémitisme et deux pas de fourmi en arrière dans les circonvolutions explicatives vise à assurer les antisémites de son militantisme actif, puis d’éviter les poursuites judiciaires et, dans un troisième temps, d’apparaître comme une victime (des Juifs tout-puissants). C’est là le modus operandi classique de l’islamisme radical, qui permet de structurer ses partisans autour d’une idéologie victimaire.

Bouteldja en est à l’articulation des phases 2 et 3 de sa dernière sortie antisémite. La deuxième pétition à son soutien est parue sur un site confidentiel. Notons que la première, en 2017, avait eu les honneurs du plus anti-sémite/sioniste des quotidiens français, sous le titre

« Vers l’émancipation, contre la calomnie. En soutien à Houria Bouteldja et à l’antiracisme politique (le Monde). »

Soutenir l’antisémitisme à travers sa Mata Houria

Le 17 janvier 2021, on pouvait, en effet, à condition de découvrir le site acta.zone, lire :

« Réfléchissant à la manière dont les structures de domination (notamment coloniales) agissent sur les rapports sociaux entre groupes et entre individus, et sur les représentations collectives qui en découlent, ils en ont tiré la conséquence suivante : nul n’échappe à ces rapports sociaux, aux profits ou aux désavantages qu’ils confèrent. Mais dans la mesure où existe la liberté de se positionner, nul ne peut s’en déresponsabiliser.

Sauf à considérer les Israéliens comme des cas à part, ou bien à nier la réalité de la situation coloniale en Palestine, il n’y a pas de raison de s’émouvoir lorsque cette analyse leur est appliquée. Le bât blesse plus douloureusement pour nous, antiracistes, lorsque les accusations de nos détracteurs sont soutenues par l’amalgame entre judaïsme et sionisme, entre juifs et sionistes – là où il s’agirait plutôt de déconstruire et d’expliciter cette confusion dangereuse, ce que Houria Bouteldja a justement le courage de faire. Mais cette assimilation redoutable semble insufflée par une certaine doxa dominante depuis les plus hauts sommets de l’État, comme l’a montré la détermination d’Emmanuel Macron à faire entrer l’antisionisme dans la définition de l’antisémitisme (Acta.zone). »

L’appropriation à racismologie variable

Houria Bouteldja et ses défenseurs attraperaient une crise d’urticaire si un Blanc ou un Juif, bref n’importe qui sauf un « nous », avait « le courage de déconstruire et d’expliciter la confusion » entre Noir et colonisé, entre Français musulman et « racisé » ou entre homosexuel et discriminé.

L’amère Bouteldja reproche à Macron l’adoption de la définition que Martin Luther King donnait de l’antisionisme comme partie prenante de l’antisémitisme. Cela devrait rendre la loi française moins indulgente vis-à-vis des « antisionistes ». La loi, pas forcément les juges. Pour l’instant, ils ont, pour cet antisémitisme particulier, l’œil de Chimène Bouteldja.

La définition contemporaine, déjà adoptée par 25 pays dans le monde et par l’Union européenne, est plus en accord avec celle de Martin Luther King :

« qu’est l’antisionisme ? C’est le déni au peuple juif d’un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour le peuple d’Afrique et accordons librement à toutes les nations de la terre. C’est de la discrimination envers les Juifs, mon ami, parce qu’ils sont Juifs. En un mot, c’est de l’antisémitisme[2]. »

Que les antisiomites se rassurent : le nombre de Juifs en France diminue dans les mêmes proportions qu’augmente leur antagonisme. La communauté juive de France comptait 600 000 membres en 2002, ils sont 450 000 aujourd’hui (Blogs Times of Israel).

Les « antisionistes » pourront bientôt avouer leur antisémitisme sans rencontrer, dans notre pays, d’opposition… ou de Juifs, d’ailleurs.

Mais les antisémites n’ont pas besoin que les Juifs existent pour les haïr. Au contraire, même, car il est plus facile de projeter ses propres pulsions haineuses sur des personnes imaginaires, incapables d’apporter, par leurs paroles et leurs actes réels, la preuve qu’elles sont innocentes des projections phobiques de leurs accusateurs.

Cela n’influera pas, de toute façon, sur la judéophobie, qui relève de la croyance magique, qu’aucun fait rationnel ne peut affecter.

Procédés rhétoriques : la pétition de principe

« Sauf à considérer les Israéliens comme des cas à part, ou bien à nier la réalité de la situation coloniale en Palestine »,

arguent les défenseurs de l’amère Bouteldja, pour justifier qu’il y aurait du rationnel dans le délire de leur porte-parole.

« Pour qu’un débat se tienne, il faut que les participants s’entendent sur un certain nombre de points communs, comme c’est en creux le cas dans toute discussion, lorsqu’on considère que les mots ont un sens et qu’on ne peut pas changer la définition d’un mot au gré de ses envies… ou qu’avoir raison suppose de démontrer sa thèse avec des arguments valables. Une version pervertie de ce nécessaire accord préalable est la pétition de principe. Postuler comme vrai ce qu’on est censé prouver (actu-juridique) »,

explique Guillaume Prigent, professeur de rhétorique à Sciences Po Paris et à l’École de guerre.

La pétition de principe, le présupposé du déraisonnement est, en l’occurrence, que la « Palestine » est un pays et qu’il est « colonisé ».

Sauf qu’il n’y a jamais eu, dans l’histoire humaine, de pays nommé Palestine. Ni là où ont existé deux États constitués, Israël puis la Judée, à une époque où l’islam n’avait pas encore vu le jour, ni ailleurs. La Palestine a été une région misérable et abandonnée des Empires qui s’y sont succédé : romain, perse, ottoman, britannique… Elle n’a jamais été un État indépendant.

Quant à ceux que les Houriagueurs qualifient de « colonisés », ils sont de deux sortes : ceux qui vivent en Cisjordanie étaient jordaniens jusqu’en 1967. Ils ont élu leur propre Président pour 4 ans en 2005 et Mahmoud Abbas est toujours là aujourd’hui. Il parle d’organiser de nouvelles élections avant son jubilé.

Quant à ceux qui vivent à Gaza, ils étaient égyptiens et, le Hamas ayant conquis le pouvoir par un coup d’État en 2007, c’est lui qui impose sa dictature sur la Bande, même si le droit international affirme que l’administration relève du Président de l’Autorité palestinienne.

Bon, mais tout ça, c’est du réel, donc des données bassement matérielles, qui ne sauraient avoir de portée sur les principes éthérés des humanistes façon Bouteldja : en France, on ne revient pas sur les suprématismes acquis.

Vocabulaire : signifiés et signifiants

Signifiant = Islam, signifié = religion monothéiste + code de conduite au quotidien, tous domaines confondus + système juridique + idéologie politique suprématiste, au nom de laquelle sont revendiqués 90 % des attentats dans le monde.

Signifiant = Phobie, signifié = crise de panique devant quelque chose qui n’est pas, ou rarement, dangereux en soi.

Liste non exhaustive : claustrophobie (peur panique d’être enfermé), agoraphobie (peur des espaces ouverts), brontophobie (peur du tonnerre et/ou des éclairs), acrophobie (peur de l’altitude), aérophobie (peur de l’avion), cancérophobie, hémophobie (peur du sang), latrophobie (peur des médecins), judéophobie (peur panique des Juifs, soit de 0,2 % de la population mondiale) …

Signifiant Islamophobie, signifié = littéralement peur panique de l’islam, mais signifié par contresens utilisé dans les médias = haine des musulmans (dont le signifiant devrait être « anti-musulmanisme »).

Signifiant = Sémite, signifié = personne appartenant à un groupe ethnique originaire d’Asie occidentale (de langues apparentées sémitiques). ABUSIVEMENT Juif (Robert).

Signifiant = Antisémitisme, signifié = Doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles aux juifs et proposent contre eux des mesures discriminatoires (Larousse). Aucun rapport avec les langues sémitiques et les gens qui les parlent.

Signifiant = Sionisme, signifié = mouvement d’émancipation nationale du peuple juif sur le territoire historique où les seuls États jamais proclamés ont été les Royaumes juifs (date archéologiquement authentifiée : au moins depuis 970 avant J-C.)

Signifiant = Antisionisme, signifié = Doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles à un seul État au monde, l’État juif, et qui proposent (et votent régulièrement) des mesures discriminatoires contre lui.

Justifications injustifiables

Les phobies sont des peurs paniques, différentes d’une peur tout court, qui peut s’éprouver face au cancer, à un médecin ou à un espace ouvert. Simplement le risque de subir un danger mortel du fait de ces causes est minime, y compris pour le cancer, qui ne touche (heureusement) qu’une minorité de la population.

En revanche l’islamophobie est mal nommée, car il n’est pas dénué de sens d’avoir peur (y compris une peur panique) d’une idéologie dont se réclament 90 % des terroristes qui tuent aveuglément des civils de par le monde.

À l’inverse, est ridicule la judéophobie, particulièrement développée par l’islam, non seulement dans les pays où il est religion d’État (57 sur les 193 États membres de l’ONU), mais aussi partout où il est enseigné, c’est-à-dire à 1,6 milliard de personnes, à qui l’on explique que les 15 millions de Juifs que compte la planète sont les seuls responsables de tous leurs échecs, individuels et collectifs.

Droit du sol, droit du sang, haine de la gauche

Les habitants arabes de la Cisjordanie jordanienne et de la Gaza égyptienne se revendiquent comme peuple palestinien depuis 1967. Ce peuple a donc 54 ans.

Le peuple juif peut prouver une présence sur la terre qui porte son nom, depuis au moins 3 000 ans.

Pourquoi les « antisionistes » considèrent-ils la revendication arabe comme la seule authentique et respectable ?

C’est une excellente question, que personne ne songe à poser à l’amère Bouteldja ni à quiconque. CA♦

Cécile Attal, MABATIM.INFO


[1] En 2015, les Juifs, qui représentent moins de 1 % de la population totale, sont la cible à eux seuls de 40 % des actes racistes commis en France et de 49 % des violences racistes aux personnes. En France, en 2015, en moyenne, 2 actes antisémites sont recensés par la police chaque jour (Antisemisme.fr).
[2] Martin Luther King, Lettre à un ami antisioniste

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