La psychanalyse au pilori

Ce texte n’est pas destiné aux psychanalystes qui, à la lecture de ce torchon signé Sophie Robert, publié dans Marianne le 9 mars, partageraient sans doute mon indignation. Il s’adresse au public peu ou non informé sur la psychanalyse.

Chère (……),

En tant que psychanalyste, profondément choqué par la tribune que vous avez abritée le 9 mars, intitulée :

« Les psychanalystes ont une lourde responsabilité dans la non-dénonciation des crimes sexuels sur mineurs »,

je vous prie d’ouvrir vos colonnes à cette réponse.

Nul ne mettrait en doute l’objectivité de Sophie Robert signataire de cet appel à interdire la psychanalyse. Qui donc n’accorderait un indiscutable crédit scientifique et moral à une « scénariste, réalisatrice et productrice de cinéma » auprès de laquelle Freud, Lacan et quelques milliers de psychanalystes, pâles suiveurs de par le monde depuis plus d’un siècle, ne sont que de misérables aficionados dans l’arène sanglante de l’inceste ?

La gent psychanalytique serait–elle autiste et à traiter comme telle selon les méthodes qui valurent quelque célébrité (et même la Légion d’honneur !) à Sophie Robert (doit-on aujourd’hui préciser le genre ?). Mais oui, n’en doutons pas, il faut rééduquer les psychanalystes et leur appliquer les programmes vidéo pédagogiques dédiés à l’inclusion scolaire des enfants autistes sous la houlette de Najat Vallaud-Belkacem en 2016.

C’est un dur travail de se défaire des préjugés. Et que de chemin à défaire si l’on a la certitude, comme l’écrit notre scénariste, que

« Ce désir d’inceste, calqué sur une lecture mal comprise du mythe grec d’Œdipe n’a jamais existé que dans l’esprit de Freud en proie aux distorsions de réalité liées à la cocaïne ».

N’est-il pas vrai que ce dernier en avait découvert les propriétés analgésiques et stimulantes – pouvant pensait-il être moins toxique que la morphine – et qu’il en avait pris lui-même pour vaincre son trac lors de son séjour en 1885 auprès de l’impressionnant Charcot à la Pitié Salpêtrière ! Idem sans doute, pour les psychanalystes, que tout donne alors à supposer cocaïnomanes par transfert et donc sanctionnables à ce titre.

La psychanalyse est une drogue dure exploitée par des mafieux, n’en doutons pas, même si la question de l’argent n’est pas évoquée dans cette tribune. Il est vrai que Freud recevait gratuitement des candidats dépourvus de moyens financiers débordés par la vague nazie. Mais ceci est une autre histoire : celle de la lutte contre l’inceste absolu en œuvre sous le millénarisme du Troisième Reich.

Mais j’apprends de notre brillante cinéaste que les animaux n’ont pas de relations incestueuses car

« la nature a horreur de l’inceste. C’est la culture patriarcale qui le favorise. Le règne animal proscrit l’inceste mère-fils et père-fille grâce à un arsenal de mécanismes biochimiques et comportementaux ».

Je l’ignorais et m’en vais de ce pas en informer ma petite chienne que je trouve un tantinet incestueuse à mon égard et tendrement soumise à la phallocratie… sans omettre les poissons, affreusement dépensiers en laitance sans distinction des poissonnes, de l’aquarium de mon voisin.

Sophie Robert fait de l’enfant (et du tout petit) une victime d’un passage à l’acte incestueux des adultes et particulièrement des hommes. Les psychanalystes, d’après elle, se montreraient « d’une ignorance criminelle du stress post traumatique chez l’enfant » où ils n’entendraient que fantasme lorsque, enfants ou devenus adultes, ces sujets se plaindraient de viol. Elle prête aux psychanalystes une dialectique de déni saumâtre : si c’était vrai vous ne pourriez pas en parler, et si vous n’en parlez pas c’est qu’il y a anguille sous roche, et puis de toutes façons c’est pas si grave, etc.

C’est de la part de S.R. ne pas tenir compte de deux choses :

-La première est que ces passages à l’acte déplorables ne font plus l’objet d’un interdit véhiculé par ce que Lacan théorisait sous le terme de « nom-du-père » qui, pour dire vite, faisait limite et était structurant. La sexualité est devenue sans limite dans le discours actuel avec le rejet diversement exprimé et revendiqué de la fonction paternelle… tout particulièrement du mâle blanc.

-La seconde est que les enfants font l’objet d’un discours de sexualisation à outrance induisant des représentations d’adultes sans tenir compte de leurs propres représentations (Cf. Sảndor Ferenczi, La confusion des langues entre l’adulte et l’enfant).

Il ne s’agit pas comme l’affirme S.R. pour les psychanalystes freudo-lacaniens d’adultifier « le bébé à qui ils prêtent des désirs sexuels incestueux », pas plus que de dénier le désir des petits (nous sommes tous prématurés) envers leur mère protectrice et premier objet d’amour, et l’investissement qu’ils font plus tardivement de la figure paternelle, source pour les garçons d’identification et pour les filles d’une représentation positive de l’autre sexe.

Sophie Robert affirme que

« Pour boucler la boucle,les psychanalystes ont produit un arsenal théorique maternophobe qui décrédibilise la parole des mères protectrices des enfants incestués pour la retourner en son contraire : elles manipuleraient leur enfant, projetant leurs propres fantasmes incestueux sur le mari ».

Bigre ! Hors quelques mères coupables de couvrir leur compagnon violeur d’enfant, il n’est pas question d’une pratique incestueuse féminine. Non pas au figuré, par analogie entre une femme plus âgée détentrice d’un pouvoir et son élève tombé amoureux d’elle, mais d’une mère déniaisant son fils ou le maintenant sous sa coupe sexuelle sans pour autant avoir la distance de Mme de Warens tutrice de Jean-Jacques Rousseau.

Une contre-vérité extrapolée d’un discours officiel n’établit pas une vérité. Par exemple que « Selon Santé Publique France l’âge moyen du premier rapport sexuel consenti est de 17 ans, un chiffre stable depuis des décennies ». Hélas, le forcing précoce d’un pseudo-enseignement de la sexualité – et surtout du doute introduit via les écoles dans la tête des enfants, en leur faisant croire qu’ils auraient la liberté de choisir leur sexe, fille ou garçon, quelle que soit leur anatomie – cette dérive conduit les gosses à des expériences précoces bien avant 17 ans. Et la sexualité comme l’amour sont défaits par les images des sites pornographiques qui ne leur sont que trop accessibles. Il s’agit là d’un véritable viol dont il faudra affronter les conséquences désastreuses. C’est pourquoi ce qui serait juste « les enfants ne sont pas asexués, ils grandissent en découvrant leur corps, mais il faut des années de maturation pour produire un jeune adulte capable d’une sexualité épanouie », est devenu de l’ordre du vœu pieux. Les psychanalystes ayant pour vocation de faire leur possible pour permettre à ces enfants et aux adultes égarés qu’ils sont devenus de se reconstruire.

Il est une chose que Sophie Robert semble ignorer lorsqu’elle affirme que « Les psychanalystes portent une lourde responsabilité dans la non-dénonciation des crimes sexuels sur mineurs. Ils contribuent à la protection idéologique et judiciaire des pédocriminels ». Déontologiquement les psychanalystes doivent garder le silence sur ce qui leur est confié. C’est essentiel à la confiance qui leur est portée, et à la liberté de la parole en analyse. Leur rôle n’est pas d’informer les tribunaux, ce qui serait trahir cette éthique. Mais ils peuvent intervenir en séance pour inciter telle ou tel à vaincre la peur, recouvrer liberté, et pouvoir éventuellement porter plainte.

Mais rien n’interdit aux psychanalystes d’avoir une action politique, et comme le projettent des collègues de la Fondation Européenne de Psychanalyse de faire inscrire l’interdit de l’inceste dans la Constitution. MN

Marc Nacht, MABATIM.INFO

Un commentaire

  1. Il serait fastidieux d’analyser le torchon de SR tant son texte est truffé de contresens, de distorsions et pour tout dire de stupidités.
    Je la pense sincère dans sa haine des psychanalystes, mais sa mauvaise foi st patente quand elle distord certains concepts analytiques (auxquels elle n’a rien compris) pour asséner son exécration.
    Elle me rappelle Debray-Ritzen — celui qui prétendait régler le problème scolaire à coups de QI — prétendant qu’il fallait brûler les psychanalystes.
    Confondre (ou faire semblant ?) fantasmes et réalité témoigne ou d’une inculture crasse, ou d’un niveau de bêtise exceptionnel.
    Elle avait déjà craché son venin dans le journal international de médecine à propos de l’autisme. Une telle passion mauvaise peut s’expliquer de bien des façons, mais, en cette triste occurrence, j’éviterai les interprétations sauvages.

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