Redonner à Jabotinsky son visage et sa place dans l’histoire du sionisme

Affiche du Keren Hayesod

« L’histoire est écrite par les vainqueurs ».

Cet adage s’applique à la politique intérieure comme aux relations internationales. Dans l’histoire moderne d’Israël et du mouvement sioniste, la place des mouvements d’opposition au sionisme travailliste (de droite ou religieux) a longtemps été minimisée, voire totalement occultée. Même quand elle est reconnue, l’image de leurs dirigeants et de leurs penseurs est souvent déformée, à dessein ou non. C’est ce constat qui m’a amené à entreprendre la traduction de Jabotinsky en français, entamée il y a une dizaine d’années par celle de son autobiographie1 et poursuivie maintenant par celle de ses textes exposant sa pensée sociale et économique, parus sous le titre La rédemption sociale2.

Jabotinsky est, trop souvent encore, présenté de manière caricaturale et sans donner la mesure de toute la richesse de sa pensée, y compris en Israël. Cela est d’autant plus vrai de l’historiographie en français, forcément beaucoup plus restreinte et fragmentaire. Ainsi le livre de Marius Shattner, Histoire de la droite israélienne, au demeurant bien documenté, présente de Jabotinsky une figure martiale et radicale, très éloignée de sa personnalité authentique. Le fondateur de la Légion juive n’a jamais adoré l’uniforme et les marches militaires, il était au contraire, comme je le montre dans La rédemption sociale, un pacifiste authentique dans l’esprit des prophètes d’Israël.

Un ouvrage de référence

Même Georges Bensoussan, dans sa monumentale Histoire intellectuelle et politique du sionisme – sans doute l’exposé le plus complet et le plus nuancé sur le sujet en français, qui fait figure d’ouvrage de référence – peut écrire que Jabotinsky a été

« Influencé par les idéologies autoritaires qui se sont emparées du pouvoir, du Portugal à l’Italie” (p.862)et que la dimension sociale est le  »point aveugle de sa pensée » ».

Tout en reconnaissant que la pensée de Jabotinsky « a été en partie occultée par une ‘’histoire officielle’’ qui a fait de lui le prototype du « fasciste juif » (p. 476), Bensoussan reprend pourtant à son compte certaines des accusations de cette « histoire officielle », en écrivant par exemple que

« Jabotinsky finit par justifier la violence aveugle » (p. 773)

ou qu’il

« se montre parfois tenté par le romantisme fasciste de la force virile » (p. 809).

Aucune de ces accusations ne résiste à l’examen des faits et à l’étude approfondie de la personnalité et de l’action de Jabotinsky3.

C’est donc pour combler cette lacune, et pour contrer cette déformation et cette ignorance que nous présentons aujourd’hui au lecteur francophone les « éléments de philosophie sociale de la Bible hébraïque ». Le lecteur y découvrira un visage méconnu du fondateur de l’aile droite du sionisme politique, visage sensible d’un homme qui a donné sa vie au mouvement sioniste, et qui était mû principalement par le souci d’améliorer la condition sociale et politique des Juifs. 73 ans après la proclamation de l’État juif dont il n’a pas vu le jour, le moment est venu de lui rendre sa place véritable dans l’histoire d’Israël. PL

Pierre Lurçat, MABATIM.INFO

  1. Histoire de ma vie, les Provinciales 2011.
  2. PIL Éditions, Jérusalem 2021. Disponible sur Amazon et dans les librairies françaises en Israël.
  3. G. Bensoussan, Une histoire intellectuelle et politique du sionisme, Fayard 2012. Le contresens le plus évident de G. Bensoussan consiste à écrire que Jabotinsky “exalte le groupe et la nation dans lesquels l’individu se fond, en appelant à dépasser l’individu” (p. 677). Pour Jabotinsky, bien au contraire, l’individu demeure indépassable, car “tout homme est un Roi”. Je renvoie sur ce sujet à mon livre à paraître sur l’idée de Nation chez Jabotinsky. Sur l’accusation de sympathies du mouvement sioniste révisionniste pour l’Italie fasciste, Bensoussan concède pourtant qu’il faut distinguer entre la direction du mouvement et Jabotinky d’une part, et les militants locaux en Italie d’autre part. J’aborde ce sujet dans mon livre Israël, le rêve inachevé, chapitre 6 consacré à l’école navale du Betar en Italie.

Un commentaire

  1. Georges Bensoussan ,universitaire et homme courageux ,a retenu quelques brides du discours véhicule par le parti socialiste ,
    Heureusement son point de vu sur Jabotinsky est le seul bémol dans son oeuvre .

    J'aime

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