Israël-Hamas : « Principaux enseignements du dernier round affrontement »

Source : JISS L’Institut d’Études de Stratégies et Sécuritaires de Jérusalem
par le Professeur Efraïm Inbar et le colonel de réserve Dr. Eran Lerman
Le 13 juin 2021

Le premier enseignement est réellement quantifiable. Israël a réussi à infliger au Hamas une destruction significative de ses moyens militaires. L’ampleur des dégâts, avec le temps, s’est avérée plus importante que celle révélée à l’opinion du pays et des médias mondiaux. Les dommages causés et le temps nécessaire, à n’en point douter, au réarmement du Hamas sont les éléments qui détermineront la durée de la prochaine période de calme sur la frontière. Toutefois, les luttes internes tant au Hamas, qu’au sein de l’Autorité palestinienne et surtout les évolutions régionales, auront bien sûr un impact sur la future politique de dissuasion israélienne.

En dépit des « acclamations de victoire » du Hamas et de la propagande mensongère de ses partisans, de l’Iran, en passant par al-Jazeera jusqu’à à la Turquie, le véritable bilan des 11 jours de combat est clairement désastreux, pour la direction du Hamas, et peut-être pour le Hezbollah et pour Téhéran. Israël a fait preuve d’une cohésion sociale et même politique, malgré l’incertitude électorale. La volonté d’Israël de refuser un cessez-le-feu et de continuer d’assener les coups à l’organisation terroriste (quoique seulement par voie aérienne) a, à coup sûr, renforcé sa dissuasion.

La résilience de la société israélienne sous le feu, a encore plus contribué au renforcement de la dissuasion, car le secteur civil a montré sa cohésion face aux bombardements du Hamas, exclusivement des zones résidentielles israéliennes. Et c’est ceux qui ont subi les salves les plus massives de roquettes (le pourtour de Gaza) qui se sont déclarés pour la poursuite des combats jusqu’à ce que le Hamas soit, au moins, défait militairement. Par leur fermeté, ils ont mérité, dans l’éventualité d’une reprise de bombardements « goutte à goutte » (quelques roquettes par semaine) par le Hamas, des réponses israéliennes fermes et puissantes. De telles réactions contribueront efficacement au maintien de la dissuasion israélienne.

Même militairement le Hamas a clairement échoué. Sur les 4500 missiles tirés sur l’État d’Israël, quelques centaines sont tombés à l’intérieur de la bande de Gaza, dont les victimes gazaouis sont évidemment comptées comme tuées par Israël. Environ 90 % de roquettes dont la trajectoire pouvait éventuellement toucher une zone habitée, ont été interceptées par le système « Dôme de Fer ». Les 10 % restants ont causé malheureusement la mort de 10 Israéliens. Toutes les « surprises » promises par le Hamas, tels que de petits navires suicides autonomes ou des drones, ont été interceptés. Par ailleurs, aucune tentative d’intrusion depuis la bande de Gaza n’a réussi.

Concernant la question de Jérusalem, le bilan est mitigé. Le Hamas a ouvert le feu en premier sur Jérusalem, principalement pour améliorer sa position dans la lutte politique palestinienne interne, principalement, après l’annulation des élections par l’Autorité palestinienne, où le Hamas avait de bonnes chances de gagner. En ouvrant le feu en premier, le Hamas a réaffirmé son idéologie du « gardien de la flamme de l’opposition à Israël », et surtout de « défenseur de la mosquée d’al-Aqsa » (grosse ficelle idéologique), qui d’après les Musulmans est le troisième lieu saint de l’Islam. D’autant plus, qu’après des « valises d’argent » données par le Qatar, l’image du Hamas, en tant que le « vrai défenseur de la cause palestinienne » s’est érodée. Cette dégradation de l’image du Hamas s’est accentuée par le fait, que les dirigeants politiques du mouvement, mènent une vie de nababs, à l’extérieur de Gaza, entre la Turquie et le Qatar.

Il faut reconnaître que le mouvement terroriste a su appliquer, durant le mois sacré du Ramadan, une bonne stratégie sur la scène intérieure israélienne, en fomentant des troubles entre les Arabes israéliens et les Juifs. Ces affrontements ont amené une résonance généralisée négative à l’égard d’Israël dans le monde occidental déjà hostile, sans parler de ses communautés musulmanes. « Naturellement » » le monde arabe et musulman, du moins publiquement, s’est rangé du coté du « pauvre peuple palestinien ». Le succès politique relatif du Hamas dans le secteur arabe israélien, est d’autant plus réussi, qu’après une décennie d’intégration des Arabes israéliens (et particulièrement des femmes arabes), relativement réussie dans l’économie israélienne (députés, médecins et infirmières, informaticiens des start-ups, Police nationale et Police des frontières et même l’armée…) et l’acceptation d’un parti arabe, RA’AM, (parti islamiste), de faire partie du nouveau gouvernement israélien, les extrémistes arabes ont presque réussi à fomenter « une troisième intifada. Cependant, peu de temps après la fin des combats à Gaza, Israël a clairement montré que le statu quo à Jérusalem restait intact, et a ramené le calme dans le secteur arabe israélien.

En ce qui concerne l’équilibre régional, il convient de noter que le Hezbollah, malgré une rhétorique belliqueuse, s’est abstenu de se joindre au combat contre Israël. Toutefois il aurait permis aux organisations palestiniennes dissidentes de tirer un nombre limité de missiles sur le nord d’Israël. Par ailleurs, une attaque de drones armés iraniens a été déjouée par l’armée de l’air israélienne. À ce jour, le rôle de l’Iran dans la récente guerre entre le Hamas et Israël n’est pas encore clair, bien qu’il y ait des raisons de croire qu’il a incité le Jihad islamique palestinien à agir aux côtés du Hamas.

D’autre part, aucun des six pays arabes qui entretiennent des relations avec Israël (accords d’Abraham), n’a choisi de prendre des mesures diplomatiques de rétorsion. Même leurs ambassadeurs n’ont pas été rappelés pour consultations. En fait, en secret, ces pays arabes savent gré à Israël des coups qu’il inflige au Hamas, car cette organisation est une émanation des Frères musulmans, ennemie des régimes arabes, en général et pro-occidentaux en particulier. Quant à l’Égypte, qui après quelques jours de prudente observation des développements du conflit, s’est positionnée comme le principal acteur d’une médiation, pour obtenir un fragile cessez-le-feu. En même temps, elle a profité de la situation pour approfondir ses liens avec Israël. Une longue visite du ministre des Affaires étrangères israélien au Caire, témoigne de renforcement des rapports entre les deux pays dans de nombreux domaines. Cette coopération est une preuve supplémentaire, que le bilan politique du Hamas, dans ce conflit, est largement négatif.

Sur la scène internationale, l’Amérique a laissé Israël agir contre le Hamas, bien qu’elle ait exprimé quelques réserves sur la nature de certaines attaques à Gaza. Les États-Unis ont contrecarré une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU appelant à un cessez-le-feu. Une partie de l’opinion internationale, bonne surprise, s’est ouvertement rangée du côté d’Israël. On peut citer la Grèce, l’Allemagne, la Slovaquie et la République tchèque, dont les ministres des Affaires étrangères se sont rendus en Israël, durant le conflit. Saluons l’Autriche, la Hongrie et l’Ukraine, où des drapeaux israéliens ont été hissés sur des places et édifices publics. Dans le même temps, la gauche progressiste américaine, profondément hostile au projet sioniste, ainsi que toute une partie de l’Occident ouvertement pro arabe, n’ont pas manqué de cracher leur haine de l’État juif. Cette réalité de plus en plus hostile, exige d’Israël un effort redoublé et une adaptation de sa communication (autre fois on disait « propagande »), surtout face à l’Occident.

Que faire au lendemain de la guerre ?

La plupart des citoyens israéliens sont mécontents des résultats de la guerre, principalement parce qu’il est difficile d’accepter l’hypothèse qu’il n’y a pas de solution, où Gaza n’hésite pas à recourir au terrorisme, sans aucune considération concernant la situation régionale et mondiale. La majorité du public estimait, qu’il fallait continuer la guerre jusqu’au déracinement du Hamas. Cela indiquerait que la sensibilité aux pertes de soldats est inférieure à celle généralement admise. La plupart des médias israéliens ne rendent pas fidèlement compte de l’état d’esprit du public israélien, d’où des divergences entre les reportages des médias et les réels sentiments, plus radicaux du « terrain ». En même temps, la principale considération pour les décideurs devrait être la liberté d’action face à la menace.

On peut tirer plusieurs leçons du dernier conflit avec le Hamas.

1. Ce conflit était un avertissement concernant la possibilité d’une guerre sur plusieurs fronts et par conséquent, anticiper les mesures de renforcement et l’adaptation de Tsahal, face aux nouveaux défis. Par ailleurs, il est urgent de réexaminer les missions de la police, afin d’améliorer le maintien de l’ordre public en Israël. Il faut mener une profonde réorganisation des modes d’action de la police, pour faire face aux troubles généralisés en temps de guerre.

2. Dans ces circonstances, il serait démagogique de suivre l’opinion jusqu’au-boutiste de la rue, en s’impliquant dans une « guerre totale » au Hamas, mais en s’alignant sur ceux qui ont fait preuve de résilience tenace sous le feu. S’empêtrer dans la boue de Gaza est rédhibitoire, tant qu’il y a de plus grands défis face au Hezbollah et la Syrie « iranisée ». Les dommages infligés au Hamas ont compromis grandement ses capacités opérationnelles et ont recrée une nouvelle dissuasion israélienne, du moins temporairement.

3. Il est nécessaire d’examiner si les concepts opérationnels de Tsahal sont applicables dans une guerre sur plusieurs fronts simultanés, et en particulier l’éventualité d’une action terrestre complémentaire. Il faut également prendre en compte la faisabilité tactique de mener plusieurs guerres à la fois. Dans ce cas, outre le nombre suffisant ou pas de combattants, l’efficacité de la logistique devient incontournable. L’engagement militaire simultané de plusieurs systèmes d’armes pose une question cruciale de la suffisance des munitions, des personnels de maintenance, des spécialistes de radars et moyens de détection, etc. Lors du conflit du mois dernier, nous avons constaté, que le système de défense anti roquettes le « Dôme de Fer », avait été mis en difficulté (les Américains ont dû en urgence, réapprovisionner les munitions du système) par le nombre et l’intensité des salves du Hamas. Quelle serait l’efficacité des systèmes anti balistiques israéliens, en l’état actuel de ses équipements, face à plusieurs fronts simultanés et notamment contre des dizaines de milliers de missiles, dont des engins de précision du Hezbollah ?

4. Une campagne d’information, en Israël même, est nécessaire. Elle doit clarifier la politique engagée (par le nouveau gouvernement), tout en insistant sur ses différences et avantages attendus, par rapport à d’autres alternatives.

5. Le maintien de la dissuasion exige des réponses vigoureuses à la moindre violation du cessez-le-feu par le Hamas (ballons, cerfs-volants incendiaires, mortiers, etc.). À la prochaine violation du cessez-le-feu, Israël devrait engager la tactique d’éliminations ciblées, quoi qu’en pense la « bien-pensance » internationale.

6. Il n’est pas de l’intérêt d’Israël d’accélérer la reconstruction de Gaza. Quoi qu’on fasse, cette reconstruction sera détournée au profit de la réhabilitation des moyens militaires du Hamas. Il est douteux que les tentatives américaines de mettre en place une procédure excluant le Hamas de la reconstruction de Gaza aient la moindre chance de succès. Israël et l’Égypte ont un intérêt commun dans le contrôle et la progressivité de la reconstruction, à condition que le Hamas « joue le jeu » de la politique du calme à la frontière avec Israël….

7. Obligation pour Israël de conditionner la réhabilitation de Gaza (et c’est un point absolument non négociable) à la libération, par le Hamas, de deux otages israéliens et des corps de soldats tombés en 2014. Si Israël, dans un geste humanitaire, doit libérer des terroristes palestiniens, le Hamas doit être obligé de répondre à un geste humanitaire d’Israël par un geste humanitaire réciproque.

8. Il faut reconnaître la réalité factuelle, qu’il n’y a pas de moyen pratique de déraciner le Hamas de Gaza sans une occupation, afin de la démilitariser. L’exigence de démilitarisation servirait à des fins tactiques : reporter la reconstruction de Gaza, jusqu’à la mise en pratique d’un mécanisme qui réduira le racket du Hamas sur l’économie de Gaza.

9. Assécher les flux d’argent qatari vers la bande de Gaza, car ces fonds servent surtout au réarmement du Hamas. Le Qatar et son proxy les Frères musulmans, ne font que renforcer l’emprise du Hamas sur Gaza.

10. Pour délégitimer l’idéologie du Hamas, faisant le lien religieux entre son combat et Jérusalem, Israël a remis l’accent sur le « statu quo » des lieux saints, où les visites de touristes et des Juifs ont repris sur « Le Mont du Temple », pour illustrer que le « statu quo » a été rétabli. Ce « statu quo » est également important pour la Jordanie, qui a la garde de la mosquée Al-Aqsa, et en pratique cela signifie une acceptation tacite de la souveraineté israélienne sur la ville. Il faut faire comprendre aux musulmans, israéliens et du monde, qu’Israël n’a aucune intention d’interdire le « Mont du Temple » aux Musulmans.

L’inimitié entre les secteurs juif et arabe en Israël (attisée par la propagande arabe anti israélienne) n’est pas près de disparaître. Une coexistence tendue continuera en raison du conflit religieux entre l’islam et le judaïsme. L’intégration des Arabes israéliens doit être poursuivie dans tous les domaines. En revanche, il faut qu’ils acquièrent, plus largement, une conscience citoyenne indispensable dans un état moderne et qu’aucun comportement violent ne sera toléré. EG

Édouard Gris, MABATIM.INFO
Traduction et adaptation

Un commentaire

  1. Il est clair que Tsahal dispose de la capacité de s adapter aux evolutions de l ennemi et les competences israeliennes autorisent presque la mise au point d une action  » sur mesure  » quelque soient les contextes ; ce qui fait probablement ee Tsahal la meilleure armée au monde , tout simplement parce que ses strateges et ses systemes evoluent en permanence avec l efficacité que l on peux constater .
    Le vrai probleme d Israel est et restera le traitement  » politique  » du conflit , Nethanyaou a parié sur la survie du hamas et il a sans doute eu raison au debut , mais sa doçtrine politique n a pas subi l evolution necessaire et il n a plus ete capable d exploiter le formidable travail des militaires, il est donc urgent pour le nouveau pouvoir de redefinir la philosophie de l affrontement avec les islamistes de maniere a reduire leur influence , ceci est pressant surtout lorsqu on constate que le hamas est virtuellement desarmé a gaza mais ultra puissant dans la rue arabe en Israel meme .

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