De la France « En Alger »

La conquête de l’Algérie de Louis XIV à Bugeaud

L’Algérie n’a jamais eu une identité propre avant 1830. Elle faisait partie d’un ensemble de la Libye au Maroc, composé de populations d’origine phénicienne, berbère, romaine qui étaient, avant le VIIIᵉ siècle, pour la plupart chrétiennes. Ces populations ont été converties de force par le sabre et la torture, par les Arabes. L’Algérie était, au moment de sa conquête par la France, un pays inféodé aux Sultans ottomans, sans aucune infrastructure, composé de diverses tribus non unifiées. Le nom même d’Algérie a été officiellement défini en 1839 par le ministre de la Guerre français Antoine Virgile Schneider.

La prise d’Alger fut envisagée dès le règne de Louis XIV, et de nouveau un siècle plus tard en 1791, à chaque fois pour lutter contre la piraterie et le commerce d’esclaves chrétiens. La conquête d’Alger a été réalisée en 1830 selon un plan préétabli sous Napoléon en 1808.

La conquête a été faite pour trois raisons :

– mettre fin aux barbaresques,

– affirmer le poids de la « France restaurée »

– augmenter son emprise commerciale en méditerranée.

La France mettra longtemps à décider que faire de sa conquête d’Alger et à donner une consistance à un pays nouveau : l’Algérie.

Jusqu’en 1837, l’occupation est restreinte à quelques points sur la côte. À la suite d’embrouilles puis de la guerre sainte lancée par Abd Abdelkader, qui voulait devenir sultan, le pays est progressivement conquis. Les combats tournent immédiatement à l’atroce de chaque côté. Les colonnes légères, les razzias, les enfumades réalisées sous l’autorité du Général Bugeaud vont ancrer une profonde hostilité dans la population qui comptera au moins 400 000 morts, pour une population estimée à moins de 3 millions. L’armée française enregistrera entre 1830 et 1848, 100 000 morts dus en partie aux combats et beaucoup aux maladies et aux conditions de vie. Après la conquête tout ne fut pas toujours paisible : des rébellions eurent lieu (1857, 1864/65, 1871, 1881) qui furent sévèrement réprimées.

La colonisation sans assimilation

Bugeaud avait préconisé une « colonisation à l’américaine » avec un premier envoi de 150 000 colons. En 1848 la IIᵉ République en mobilise 20 000, mais si au bout de quelque temps 10 000 sont toujours là, 7 000 sont repartis et 3 000 sont morts. Cependant, petit à petit, le nombre de colons augmente et, compte tenu des lois de naturalisation des juifs et des enfants d’émigrés européens nés en Algérie, les Français représentent 14 % de la population en 1926 mais seulement 10 % en 1954.

Des terres sont achetées aux Turcs, puis en 1873 une décollectivisation des terres des tribus fut opérée. 7 millions d’hectares furent saisis/achetés par l’État et donnés/vendus à des colons. Cependant les colons ne sont de loin pas tous agriculteurs puisque sur 578 000 européens en 1896, les 2/3 sont des citadins.

Jusqu’en 1870, l’Algérie est sous administration militaire, avec les fameux bureaux arabes (un par tribu). Puis un statut spécifique indépendant est octroyé, mais sans réelle autonomie financière ou politique, la gestion décentralisée est quand même subordonnée à Paris et la grande majorité des habitants n’a pas la citoyenneté. Si on excepte les tentatives des dernières années de corriger les inégalités, les Algériens qui n’avaient pas la nationalité française, à qui de multiples promesses n’ont pas été honorées, n’ont jamais eu jusqu’en 1958, un statut équivalent à celui des colons. Dans ces conditions, l’assimilation affichée par des politiques à Paris, longtemps désavouée par l’armée, s’est révélée impossible. Elle était d’ailleurs problématique pour les colons d’Algérie appelés à être submergés du fait de la démographie galopante des musulmans.

Les réalisations de la France en Algérie

Si sur le plan politique il y a eu échec. Sur d’autres plans il y a eu de nombreux succès et une accélération considérable du développement du pays. Au niveau des infrastructures (routes, trains, hôpitaux…) l’œuvre française a été immense, aussi avec l’apport de la médecine, des vaccinations (typhoïde, variole, typhus, tuberculose, syphilis…), le recul de la mortalité infantile… Mais en matière scolaire, la réussite est moindre et si l’agriculture est très fortement développée, la compétitivité par rapport aux marchés internationaux n’est pas bonne.

Les sociétés métropolitaines ont généralement refusé d’investir, mais les différents gouvernements (IIIᵉ république, Vichy, IVᵉ et Ve république) ont eu des politiques volontaristes, et 90 à 94 % des budgets de l’Algérie étaient alimentés par les impôts de la métropole. La France n’a donc pas pillé l’Algérie qui était incapable de subvenir à ses besoins, la France lui était nécessaire et non l’inverse. On notera qu’en 1962 l’Algérie importait encore 60 % du pétrole dont elle avait besoin.

De la nécessité d’écrire et d’enseigner l’histoire

Les relations entre la France et l’Algérie sont mauvaises, des rancœurs les perturbent et l’ignorance, la propagande y sont pour beaucoup. Macron a cru pertinent de confier à un trotskiste notoire1, un ancien de l’OCI (Organisation Communiste Internationale allié actif du FLN) le soin de trouver des voies de rapprochement. Je pense qu’il va falloir reprendre le sujet. L’histoire doit être inscrite à charge et à décharge, et comme l’a dit Ernest Renan :

« la condition de la vraie critique est de comprendre la diversité des temps ».

L’Algérie a fait partie du rêve d’empire de la France, et à la question

« que reste-t-il de la colonisation ? »

Michel Jobert avait répondu :

« Barbès-Rochechouart ».

MB

Michel Bruley, MABATIM.INFO


1 Benjamin Stora (NDLR)

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