La politique, c’est le contraire du petit cheval blanc

« C’était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant »

Les moins de vingt ans ne doivent plus connaître ce poème de Paul Fort, chanté par Georges Brassens. Dommage : il avait bien du coura-a-ge, le petit cheval blanc… Du courage ? Une denrée qu’on ne trouve plus en stock dans les rayons politiques : la devise qui tient le haut du pavé (sous lequel gît la plage) parle de petits ruisseaux de suffrages, qui font les grandes eaux de Versailles et les ors de la république.

Une fois atteint le trône, l’élu fait tout pour le garder, c’est-à-dire rien. Il ne prend pas parti, ne fâche personne : le pouvoir comme un long fleuve tranquille. Décider ? Imposer ? Grandeur ? Patrie ? Histoire ? MDR !

Churchill est rien qu’un has been, un personnage secondaire de la série The Crown (qui intéresse que les vieux, de toute manière) ; « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » évoque un vague souvenir musical des années yéyé. Et « tous devant et moi derrière », le poème qu’on apprend par cœur en première page du Leadership pour les Nuls, obligatoire dans les hautes écoles d’administration des deux côtés de l’Atlantique, avec travaux pratiques sur Facebook…

Choisir de ne pas choisir nuit grave

Un dirigeant doit accepter d’être détesté. Ceux qui atteignent cette haute charge dans nos démocraties molles ne veulent qu’être aimés. Colossal malentendu ! Gouverner, c’est diriger, un verbe qui se conjugue dans deux dimensions : horizontalement, devant le peuple et verticalement, au-dessus de la mêlée. De nombreuses sociétés capitalistes sont rongées par le complexe de Robin des Bois, qui les paralyse en leur faisant adopter les valeurs généreuses que le communisme exportait (mais interdisait à la consommation intérieure). Résultat, la verticalité s’arrête à hauteur de pâquerettes.

Dans les démocraties virtuelles, où l’Autre passe avant le nôtre, il faut être populaire, surtout pas populiste, c’est-à-dire courtiser les médias et les réseaux sociaux et mépriser copieusement le peuple. C’est le prix à payer pour être invité dans les colonnes du Monde et de Télérama.

D’où le choix de ne pas être, de ne rien faire et de n’articuler que des éléments de langage cotés à la bourse des platitudes. Mais l’élection ne fait pas un leader d’un faible qui prend ses électeurs comme boucliers humains.

Ne jamais rater une occasion de faire le mauvais choix

Aux temps gaulliens, le chef de l’État ne se mêlait pas des faits divers.

La course aux votes oblige ses pâles successeurs à arriver les premiers auprès des nouvelles stars de la victimitude. Après Théo, l’escroc sacré Gavroche, on en a eu aussi la preuve par Leonarda, harpie ignare convertie en Marie Curie qu’on assassine, ou par le gang Traoré, version française d’une bavure made in USA…

Il n’y a plus d’exception française, seulement l’exemple américain. Un tout récent, dont on verra sûrement l’adaptation française sous peu, a mis en scène deux étudiantes noires demandant à deux étudiants blancs de quitter la bibliothèque de l’Université de l’État d’Arizona, la présence des uns offensant les unes. Le racisme est le crime au monde le plus réprouvé… sauf quand il stigmatise des Blancs.

Signe que ce racisme-là est une qualité et non un défaut, ce ne sont pas les garçons qui ont filmé leur épreuve en caméra cachée, mais les assaillantes elles-mêmes, qui l’ont aussitôt fièrement mise en ligne, afin de partager leur vertueuse indignation de voir leur espace vital pollué par des Blancs, qui osent penser que « les vies des flics comptent » (Twitter).

Cette attitude n’est pas tombée du ciel, elle a un papa et une maman :

– Parent-1 est Big Brother Woke, nouvelle religion expansionniste visant à faire payer à des Blancs du XXIe siècle des méfaits commis par ceux du passé et à en verser réparation à des Noirs contemporains, que leurs aïeux aient été du côté marchandise ou du côté commerçant d’icelle.

– Parent-2 est Déresponsabilisation, prénom : « Safe rooms », ces cocons affectés aux étudiants nord-américains, qu’un mot ou une image pourrait mettre mal à l’aise. L’infantilisation empêche ces jeunes de surmonter ledit malaise, s’il existe, et les convainc même, s’ils veulent appartenir de plein droit à la famille des victimes (« privilégiés » en universités américaines dans le texte), de chercher des occasions de ressentir la gêne identificatrice.

Le conformisme à la bien-pensance hors sol paralyse le bon sens

Le gag de l’Université d’Arizona s’est renouvelé à l’Université George Mason, sur le campus de Fairfax (Virginie). Kamala Harris y a donné une conférence :

« Votre vote est l’expression de votre voix, et nous ne devrions jamais soutenir quoi que ce soit qui puisse étouffer la voix de quelqu’un ou lui enlever son pouvoir »

a-t-elle dit aux étudiants.

Lors de la séance de questions-réponses, une étudiante, ayant mal compris la leçon et croyant qu’il s’agissait de prendre la parole pour faire du bruit avec sa bouche, a protesté contre le financement américain du système de défense israélien Iron Dome :

« des fonds ont été alloués pour continuer à soutenir Israël, ce qui me fait mal au cœur, car il s’agit d’un génocide ethnique… »

La vice-présidente américaine s’est contentée d’opiner du bonnet (Twitter). Rappeler les faits n’eût pas étouffé la voix de cette jeune fille : depuis l’indépendance d’Israël en 1948, et l’attaque qu’il a subie par cinq armées arabes le jour même, l’État juif occupe des territoires, qui ont été augmentés de ceux conquis sur la Jordanie et l’Égypte en 1967. Les populations jordanienne et égyptienne qui y vivaient (et qui ne se définissaient pas encore comme palestiniennes), ont été multipliées par 8, passant de 700 000 en 1948 à 5,7 millions en 2021 (UNRWA).

Un génocide, c’est exactement le contraire : c’est la destruction d’un peuple tout entier, comme celle qu’Hitler a menée en 1940-1945, diminuant de moitié la population juive mondiale (de 12 à 6 millions).

Mais acter de la réalité en citant des faits et des chiffres aurait pu faire passer Harris pour une vieille réac ou, pire, pour une sioniste. Elle a donc souri. Le réel, elle s’en fiche : il ne vote pas !

Realpolitik : donner raison aux antisémites d’abord, puis aux Juifs

Aux USA comme ici, les antisionistes sont plus nombreux et plus bruyants que les adeptes du réel. Après avoir approuvé l’étudiante :

« votre voix, votre perspective, votre expérience, votre vérité ne doivent pas être supprimées… (Times of Israel) »,

la vice-présidente a envoyé ses assistants affirmer aux Juifs la solidité inébranlable de son engagement en faveur de la sécurité d’Israël, avec un PS : elle n’était pas d’accord avec l’étudiante qu’elle avait félicitée (Pro-Israel Democrats).

Les politiciens cachent leur lâcheté sous le pseudo « diplomatie ». Les vrais leaders assument. Assumer ? Inconnu au lexique. Choisissez une autre option.

Et Falbala Harris, elle a pas honte ? Non. Pour jouer son rôle dans la comédie inhumaine, elle a protégé sa réputation de bienveillance derrière un bouclier humain d’ignorance panurgique.

Avec des dirigeants comme ceux qu’ils ont élus par défaut, les Américains n’ont plus besoin d’ennemis. Le problème, c’est qu’ils en ont !

Au générique de la tournée « making America small », organisée par le Soprano Biden, on trouve maintenant les USA dans le rôle d’une ex-grande puissance, en vedette américaine avant le show de la Chine et de l’Inde. LM

Liliane Messika, MABATIM.INFO

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