Au-delà du mythe de l’État d’apartheid : « Israël, État égalitaire et démocratique »

L’apartheid n’existe pas en Israël. Les non-Juifs en général et les Arabes en particulier jouissent de droits identiques à ceux des Juifs. Ils votent à la Knesset et y sont élus, et ils jouissent des mêmes droits civiques, politiques, sociaux et économiques que tous les autres citoyens. Israël n’est pas un État juif au sens ethnique, c’est-à-dire au sens où tous ses habitants seraient juifs, mais un État dont la population est diverse et hétérogène, et dont la majorité est juive. L’exigence d’une majorité juive, inscrite dans le programme sioniste bien avant 1948, tenait à la volonté de créer un État (le seul !) dans lequel les Juifs seraient la majorité. Comme l’écrit Emmanuel Lévinas,

« l’idée inaliénable » du sionisme politique, « c’est la nécessité pour le peuple juif de ne pas continuer à être minorité dans son cadre politique1 ».

Le refus de cette exigence trahit le refus arabe de l’existence même de l’État d’Israël, c’est-à-dire le refus de la souveraineté juive, pour des raisons profondes tenant tant à l’histoire du monde arabe qu’à la conception de la dhimma.

(Photo Ben Goldstein, reprise de l’excellent blog Bokertovyerushalayim)

Le seul « apartheid » qu’on peut constater en Israël, si tant est que cette expression ait un sens, vise non pas les citoyens arabes, mais bien plutôt les Juifs. Ce sont les Juifs qui ne peuvent pas se rendre dans les territoires passés sous le contrôle de l’Autorité palestinienne, devenus « judenrein » de manière tout à fait officielle, au nom de la « paix ». Des pancartes rouges préviennent d’ailleurs les automobilistes juifs, sur les routes de Judée Samarie – les fameuses « routes de l’apartheid » dénoncées par les militants antisionistes – qu’ils ne doivent pas pénétrer dans les territoires de l’AP, sous peine d’y risquer leur vie. Dans le même ordre d’idées, on peut constater qu’il existe en Israël des compagnies d’autobus israéliennes (comme Egged ou Dan) dans lesquelles chacun peut voyager, sans aucune distinction ethnique ou nationale (les chauffeurs d’Egged étant indistinctement juifs, arabes ou druzes). Dans les compagnies d’autobus arabes, en service notamment à Jérusalem, ne voyagent que des habitants arabes. Ce que signifient ces exemples – choisis parmi d’autres – c’est que la vie quotidienne en Israël dément tous les clichés et slogans de l’antisionisme, largement répandus par les médias occidentaux. En Israël règne une égalité de droits totale entre citoyens juifs, arabes, druzes, circassiens, etc. À cet égard, l’État juif offre un modèle de pluralisme et de coexistence inter-ethnique, dont de nombreux pays occidentaux pourraient s’inspirer.

La réalité ontologique, et phénoménologique de l’État juif (ou pour dire les choses plus simplement, la réalité de l’État d’Israël tel qu’il existe, tout comme la nature du projet sioniste) apportent un démenti cinglant aux critiques antisionistes visant sa nature supposément « raciste » et à la comparaison avec l’apartheid sud-africain. Lisons à ce sujet les remarques d’Elhanan Yakira, répondant à la qualification de « démocratie ethnique » (ou ethnocratie2) :

« C’est faux, pour deux raisons principales : d’abord, le peuple juif n’est pas un ethnos. La communauté juive d’Israël – et il suffit de faire un tour rapide de Jérusalem pour s’en rendre compte – n’est pas une communauté ethnique. Elle n’est pas une communauté religieuse non plus… Parler du qualificatif ‘’juif’’ comme ayant essentiellement une signification religieuse et/ou ethnique est une simplification, voire une abjection par rapport à la réalité. Juif, dans l’expression ‘’État juif’’ signifie un fait national dans le sens politique du mot ».

Cette réalité s’illustre sur le plan démographique dans la présence en Israël de plusieurs centaines de milliers de citoyens qui ne sont pas Juifs sur le plan de la halakha (loi religieuse juive), venus de l’ex-URSS et des autres pays d’Europe de l’Est. Elle s’illustre aussi, sur le plan idéologique et historique, dans les textes fondateurs du sionisme politique, et notamment dans ceux du père fondateur du mouvement national juif moderne, Theodor Herzl.

L’idéal de tolérance et d’égalité du fondateur du sionisme politique

Rappelons ici les deux ouvrages essentiels du fondateur du sionisme politique : Altneuland et l’État juif. Le premier, roman utopique écrit dans le style des romanciers futuristes du 19e siècle, comme Jules Verne (dont Herzl partageait la foi en la science, émancipatrice de l’humanité), décrit le futur État juif, pays à la fois ancien et nouveau, « nouvelle société » établie « sur notre chère vieille terre ». Dans un passage clé du roman, David Littwak, futur président de l’État (qui ressemble à Herzl lui-même) décrit ainsi l’idéal de tolérance du futur pays ancien-nouveau :

« Pour ce qui est de la religion, vous trouvez à côté de nos temples les lieux de culte des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes et des brahmanes. Permettez-moi de vous dire que mes compagnons ne font aucune différence entre les hommes. Nous ne demandons à personne à quelle religion et à quelle race il appartient. Il est un homme, cela nous suffit ».

Cet idéal de tolérance est aussi exprimé dans la devise figurant sur le fronton du Palais de la Paix, un des deux édifices construits au centre de la nouvelle Jérusalem imaginée par Herzl (aux côtés du Temple) : « Nil humani a me alienum puto » (« Rien de ce qui est humain ne m’est étranger », devise empruntée au poète latin Térence).

Dans le second livre, L’État juif, ouvrage programmatique qui décrit, avec une exactitude de visionnaire, le futur État d’Israël, Herzl écrit ce qui suit :

« S’il se trouve parmi nous des fidèles appartenant à d’autres religions ou à d’autres nationalités, nous leur garantirons une protection honorable et l’égalité des droits ».

Le traducteur du livre, Claude Klein, professeur de droit à l’université hébraïque de Jérusalem, note que cette vision égalitaire est reprise dans un passage du Journal de Herzl, intitulé : « Mon testament pour le peuple Juif », dans les termes suivants :

« établissez votre État de sorte que l’étranger s’y sente bien ».

Ce testament politique et cet idéal sont devenus une réalité dans l’État d’Israël aujourd’hui, où l’étranger se sent bien, comme en atteste l’afflux de travailleurs étrangers venus des quatre coins de la planète, pour travailler dans l’hôtellerie, les services aux personnes, la construction où l’agriculture, mais aussi dans le high-tech ou l’immobilier. Non seulement les étrangers se sentent bien en Israël, mais les Arabes eux-mêmes s’y sentent mieux que dans la plupart des pays arabo-musulmans, au point que les Arabes israéliens, généralement bien intégrés au sein de l’État juif, n’échangeraient pour rien au monde leur statut actuel contre celui de citoyens d’un futur et hypothétique État palestinien, dans lequel leur situation politique, sociale et économique serait bien moins confortable, comme ils ne l’ignorent pas

Si l’État d’Israël est devenu un modèle d’égalité, il est également un îlot de tolérance et de démocratie au sein du monde arabe, où l’intolérance et l’autoritarisme règnent encore trop souvent, malgré de récents signes d’évolution encourageants ici et là. Contrairement au mythe de « l’État d’apartheid », Israël encourage et favorise la coexistence pacifique entre différentes ethnies, races et religions, tandis que ce sont souvent des États musulmans qui ont développé la haine de l’étranger, des non-musulmans et des Juifs en particulier.

Citons à cet égard la confidence faite à Jean Daniel par deux dirigeants du FLN, à la fin de la guerre d’Algérie, qui lui expliquaient que

« l’Algérie serait arabe et musulmane et qu’il n’y aurait aucune place pour les non musulmans ».

Ce programme a bien été appliqué, avec constance, dans le nouvel État algérien, aujourd’hui judenrein, à l’instar de nombreux États de l’espace arabo-musulman. Car le monde arabo-musulman vit encore, en grande partie – même si des signes de changement se font jour dans certains pays – à l’heure de la dhimma, ce statut d’infériorité imposé aux non-musulmans depuis les débuts de l’islam.

Comme l’explique Georges Bensoussan :

« Le statut du dhimmi n’a jamais disparu des consciences. Il tapisse l’imaginaire d’une partie des musulmans à l’endroit des Juifs. Quand bien même la liste (fort longue) des obligations auxquelles est soumis le sujet juif (et chrétien) n’a pas toujours été appliquée. Savoir qu’elle existe érige une digue entre les uns et les autres, qui rend l’égalité inconcevable. La soumission du Juif demeure le maître mot de cet univers mental ».

PL

Pierre Lurçat, Vu de Jérusalem

NB : L’article ci-dessus est extrait de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, fondé sur le cours donné en 2019-20 dans le cadre de l’Université populaire du judaïsme dirigée par Shmuel Trigano.


1 E. Lévinas, L’au-delà du verset, lectures et discours talmudiques, éd. de Minuit 1982, p. 14.

2 E. Yakira, Post-sionisme, post-Shoah, op. cit. p. 59.

2 commentaires

  1. Les anti-juifs de toute l’Histoire se foutent de la Réalité et de la Raison ! Relire le ‘Humash et l’Histoire: de Cain à Amann, (Megilath Esther) : des paranoïaques incurables jaloux et délirants que seule la Pendaison (Amann et ses fils) SOIGNENT …………….! Ne perde3z pas votre temps précieux….Le combat anti-stalinien et anti-nazi ne se fit pas dans les « gazettes »….

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  2. Mais que cherche Amnesty ? La destruction d’Israël, la mise au ban international de ce pays démocratique?

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