Si vis pacem…

Ou l’avenir du passé

L’avenir du passé sonne fort aux oreilles à l’heure où le géant Poutine – tel Goliath, le héros des Philistins, qui voulait réduire à merci le petit royaume de Saül – veut soumettre l’Ukraine. À lui seul, Goliath représentait la puissance écrasante des armesi face à Israël lorsque le jeune David, armé d’une fronde, eut raison du monstre. En David, vous aurez reconnu Zelenski, qui à sa manière jouait aussi de la harpe lors de son élection à la présidence de l’Ukraine, jusqu’à ce qu’il se révèle le plus courageux et intrépide chef de guerre.

Si Vladimir Poutine se présente bien comme un nouveau Goliath trop assuré de sa puissance, il est aussi le dictateur de son peuple, et les Russes muselés sont loin de tous partager ses vues nostalgiques du règne d’Ivan le Terrible. Nombreux et réduits au silence, ces Russes sont révoltés à l’idée d’aller tuer leurs cousins ukrainiens qui donnèrent leur sang – et beaucoup de sang juif – dans l’armée rouge en lutte contre l’invasion nazie.

Au neuvième siècle, des Vikings envahissent l’État de Kiev. Ils nomment cet État la Russ’. De l’État médiéval des Slaves orientaux de la Russ’, les langues ukrainienne, russe et biélorusse sont issues. Parler la même langue est indissociable d’une fraternité. Cette dernière n’exclut pas la jalousie, bien au contraire, comme en atteste le premier meurtre de l’histoire humainement biblique, celui du meurtre d’Abel par Caïn. Que l’Europe ait témoigné de son intérêt pour l’Ukraine ne fait-elle pas de celle-ci un nouvel Abel !

Un Abel rendu d’autant plus haïssable pour le nouvel Empereur de toutes les Russies que ces dernières ont – après l’effondrement du mur de Berlin et l’insuccès du rétablissement d’une démocratie par Gorbatchev – subi l’humiliation économique et politique de la part des États-Unis et de l’Europe.

En réaction, depuis 2014, briser l’ordre symbolique, celui du langage et de la vérité, est actif. Vladimir Poutine, qui se veut le paradoxal « gardien de son frère » ukrainien, traite Volodymyr Zelenski et son gouvernement de nazis. Et il fait appel aux miliciens du groupe Wagner pour assassiner Volodymyr Zelenski et sa famille. Comment un Russe digne de ce nom peut-il dépêcher pour son sinistre dessein une équipe fondée par un néo-nazi dont il est ditii qu’il la nomma Wagner en hommage au compositeur connu pour son antisémitisme et qui avait toute l’admiration d’Hitler !

Pour Vladimir Poutine, pris au piège de ses propres ambitions, il n’existe plus d’instances représentatives de la Loi. C’est ce qui donne à son discours, et hélas à ses ordres, la tonalité paranoïaque bien des fois relevée. Imposer la Loi devient alors un enjeu crucial pour la naissance d’un véritable « monde libre », Russie comprise. MN

Marc Nacht, MABATIM.INFO


i « Alors un géant sortit des rangs des Philistins, un homme de Gath, nommé Goliath : sa taille était de six coudées et un empan. Il avait sur la tête un casque d’airain et était vêtu d’une cotte de mailles, du poids de cinq mille sicles… » (Samuel, 1-17-4, in Bible du Rabbinat)

ii CF. Groupe Wagner (Wikipédia).

4 commentaires

  1. Les combats au dombass font suite a l incursion russe , donc la vraie discussion doit porter sur l existence de l ukraine en tant qu etat et ses frontieres reconnues et acceptés

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