La liberté d’opinion est inabordable

Haro sur les Toutophobes !

Dans le monde dit « libre », la société s’est à ce point wokisée que le sens de la plupart des substantifs français qui finissent en « té » a été remplacé par son contraire (regardez ce qui est advenu de ces pauvres Liberté et Égalité !) et qu’il pousse plus de Phobies par jour que de tomates-cerises sur les balcons germanopratins.

Ainsi, cette semaine, la nomophobie (crainte d’être séparé de son téléphone) est en passe de doubler la grossophobie, mais des challengers les menacent : la nanopabulophobie (peur des nains de jardin à brouette1) ou la tryphobie, la peur des trous (TOUS les trous, mauvais esprits !)

Cette généralisation du plus petit particularisme élevé au rang d’identité inaliénable fait des ravages et pas seulement dans les universités ou les mairies écolo. Les entreprises sont elles aussi touchées. Plus elles ont de notoriété, plus elles sont vulnérables à la phobophobie (peur des phobies). C’est ainsi que l’ex-future PDG de Levi’s, mère de deux enfants noirs, a été enjointe de s’excuser de son « racisme »

Une morale à un million de dollars

Jennifer Sey, championne de gymnastique dans les années 1985-862, en a autant dans la tête que dans les jambes. La preuve, elle a failli devenir la première femme PDG de Levi’s. Et elle en a encore plus dans le buffet : elle a refusé une rupture conventionnelle à un million de dollars pour garder sa liberté de parole ou, comme elle le formule,

« Parce qu’après toutes ces années, l’entreprise que j’aime a perdu de vue {ses} valeurs (Bari Weiss). »

Lesdites valeurs, vérité et bon sens de leurs prénoms, ne valent plus rien à la bourse du wokisme, mais sont toujours cotées au 25e marché, celui de la libre pensée.

Pendant la pandémie de Covid, alors que les écoles fermaient, Sey a estimé que les coûts sociaux dépassaient largement les bénéfices sanitaires, surtout pour « les enfants défavorisés des écoles publiques, qui ont le plus besoin de la sécurité et de la routine de l’école. » Elle a milité dans les médias et les réseaux sociaux pour la réouverture des écoles de Californie. Son point de vue original lui a valu un procès en sorcellerie : il n’est pas bon de suivre une autre route que celle des braves gens, pas plus chez Levi’s qu’au « village sans prétention » de Brassens.

« On m’a traitée de raciste (une accusation étrange étant donné que j’ai deux fils noirs), d’eugéniste et de conspirationniste QAnon. »

La gymnaste est têtue, c’est là son moindre défaut

Au fil du temps, elle a retweeté une étude montrant une corrélation entre l’obésité et les problèmes de santé : on l’a accusée de grossophobie. Elle a tweeté son opposition au remplacement de la Fête des mères par celle des « personnes qui accouchent » au motif que cela excluait les belles-mères et les mères adoptives : on l’a traitée de transphobe. Le pompon, c’est quand elle a été accusée de racisme au motif que son souhait de rouvrir les écoles de San Francisco montrait son indifférence à la mort d’enfants noirs et bruns, nombreux dans ces établissements… dont ses propres enfants (les noirs et les blancs) faisaient partie !

La responsable Diversité/Équité/Inclusion de l’entreprise, considérant la logique comme un défaut aussi grave que le bon sens,

a exigé que Sey fasse une « tournée d’excuses » auprès de « la communauté noire de Levi’s », pour se faire pardonner d’être « une alliée imparfaite ».

Elle a refusé. Comme elle a refusé une indemnité de départ d’un million de dollars, pour ne pas signer l’accord de non-divulgation sur les raisons de son éviction.

C’est ainsi qu’elle a pu raconter son histoire sur Common Sense (Bon sens), le site fondé par Bari Weiss, une journaliste du New York Times, qui en a démissionné parce que

la vérité n’y était « pas un processus de découverte collective, mais une orthodoxie déjà connue d’une poignée d’élus éclairés, dont le travail consiste à informer tous les autres. »

Bari Weiss n’a pas écrit qu’une lettre de démission

En 2019, elle avait publié un livre titré How to Fight Anti-Semitism : « Comment combattre l’antisémitisme » en français, langue dans laquelle le livre n’a, évidemment, jamais été traduit. Interrogée par Algemeiner, l’auteur remarque que si l’on disait à un journaliste :

« tu écris encore un article sur les trans » ? ou « sur les Noirs » ?

ce serait une preuve de racisme indélébile de la part du questionneur, à qui la peine de mort sociale serait aussitôt appliquée sans jugement. Alors que

« tu écris encore sur les Juifs ? » ou « encore sur Israël ? » sont des questions qui condamnent le questionné au silence médiatique à perpétuité, avec l’approbation de tous les bien-pensants (à ne pas confondre avec leurs antonymes : les libres penseurs).

Bari Weiss distingue entre l’antisémitisme de droite et celui de l’extrême-gauche qui, comme en France, déguise son animosité contre les Juifs en antiracisme :

« Les juifs prétendent être une minorité, ils se disent opprimés… Mais, voyons, ils sont blancs, ils passent pour des blancs, ils sont limite blancs. Pire que ça, ils soutiennent Israël, qui est le dernier bastion du colonialisme blanc au Moyen-Orient. Donc, en fait, non seulement ils ne sont pas une minorité et ils ne sont pas opprimés, mais ils servent la suprématie blanche. »

La différence entre antisémite de droite et antisémite de gauche, c’est que le premier ne nie pas son racisme anti-Juifs, alors que le second préfère appeler sa haine « antisionisme ».

La différence entre les antisémites de part et d’autre de l’Atlantique, c’est que l’un lit Le Monde et l’autre le New York Times.

La seule différence entre le NYT et Le Monde, c’est que le quotidien américain ne se prend pas pour la planète entière. LM

Liliane Messika, MABATIM.INFO


Une grande partie de ce texte a été publiée sur Causeur sous le titre « La liberté ou Levi’s ».

1 Si, ça existe ! Ici : la clinique e-santé

2 sept fois membre de l’équipe nationale féminine des USA, championne nationale féminine All-Around en 1986.

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