Palestiniens : le Hamas progresse

Manifestation du Hamas

Changement significatif dans l’équilibre des pouvoirs en faveur du Hamas, baisse significative du soutien au Fatah et à ses dirigeants. L’écart de popularité entre le chef du Fatah, le président Abbas et le chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, atteint désormais 22 points en faveur d’Haniyeh, alors qu’il n’était que de 16 points il y a trois mois. Baisse du soutien à la solution à deux États, augmentation du soutien à un retour à l’intifada armée, soutien aux récentes attaques armées à l’intérieur d’Israël.

Tels sont les résultats du dernier sondage mené en Cisjordanie et dans la bande de Gaza entre le 22 et le 25 juin 2022 par le Centre palestinien de recherche sur les politiques et les sondages (PSR) dirigé par le Dr Khalil Shikaki, en coopération avec la Konrad-Adenauer-Stiftung, à Ramallah.


Sinwar et Haniyeh

Le sondage

La taille totale de l’échantillon est de 1 270 adultes interrogés en présentiel dans 127 lieux choisis au hasard. La marge d’erreur est de +/- 3 %. Malgré la faiblesse de la taille de l’échantillon et les commentaires en phase avec la rhétorique palestinienne, ce sondage, qui est repris tous les trois mois, est un marqueur de l’évolution de l’opinion palestinienne. La période précédant le sondage a été marquée par plusieurs attaques contre les Israéliens à l’intérieur d’Israël, les ripostes de Tsahal dans la région de Jénine d’où provenaient les terroristes, la mort de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh et la Marche des drapeaux à Jérusalem.

(1) Élections législatives et présidentielles :

• 71 % des sondés soutiennent la tenue d’élections présidentielles et législatives dans les territoires palestiniens dans un avenir proche tandis que 25 % n’y sont pas favorables. La demande d’élections s’élève à 80 % dans la bande de Gaza et à 65 % en Cisjordanie.

• Si de nouvelles élections présidentielles avaient lieu aujourd’hui avec pour candidats Mahmoud Abbas et Ismaïl Haniyeh, seuls 49 % participeraient. Avec 33 % de voix pour Abbas et 55 % pour Haniyeh. Dans la bande de Gaza, Abbas obtient 35 % des voix et Haniyeh 62 %. En Cisjordanie, Abbas obtient 31 % et Haniyeh 50 %.

• Si Abbas ne se présente pas, le public indique ses préférences dans une question ouverte : Marwan Barghouti (30 %), suivi par Ismaïl Haniyeh (16 %), Mohammad Dahlan (6 %), Yahya al Sinwar (4 %), Hussein al Sheikh (3 %), et 34 % sans opinion.

• Le niveau de satisfaction à l’égard de la performance du président Abbas s’élève à 23 % et l’insatisfaction à 73 %. De plus, 77 % du public souhaite la démission du président Abbas.

• Pour 33 % des sondés, le Hamas mérite le plus de représenter et de diriger le peuple palestinien contre 23 % pour le Fatah sous la présidence d’Abbas.

(2) Conditions intérieures et satisfaction à l’égard du gouvernement Shtayyeh :

• Une majorité de 61 % est opposée à la décision d’Abbas de demander au membre du Comité exécutif de l’OLP du Fatah, Hussein al Sheikh, d’assumer la responsabilité du secrétariat de ce Comité ; seuls 23 % soutiennent la décision d’Abbas.

• la perception de la sûreté et de la sécurité dans la bande de Gaza s’élève à 74 % contre 48 % en Cisjordanie.

• 26 % du public déclare vouloir émigrer en raison des conditions politiques, sécuritaires et économiques.

• La perception de la corruption dans les institutions de l’AP s’élève à 86 %, et à 71 % pour les institutions contrôlées par le Hamas dans la bande de Gaza,

• Dans son évaluation de l’AP, une majorité de Palestiniens (59 %) la considère comme un fardeau pour le peuple palestinien tandis que 36 % la considèrent comme un atout.

Femmes du Hamas

(3) Relations palestino-israéliennes et processus de paix :

• Le soutien au concept de la solution à deux États s’élève à 28 % et l’opposition à 69 %. Il y a trois mois, le soutien était de 40 %.

• Interrogés sur leur soutien à des choix spécifiques pour sortir de l’impasse actuelle, 56 % ont soutenu l’adhésion à davantage d’organisations internationales ; 48 % ont soutenu le recours à la résistance non violente ; 55 % ont soutenu le retour aux affrontements armés et à l’intifada ; 47 % ont soutenu la dissolution de l’AP, et 23 % l’abandon de la solution à deux États et l’adoption d’une solution à un État pour les Palestiniens et les Israéliens.

• Une majorité de 59 % affirme que les attaques armées à l’intérieur d’Israël menées par des Palestiniens contribuent à mettre fin à l’occupation ; 37 % pensent que les attaques armées n’y contribuent pas. Les Gazaouis voient ces attaques plus positivement que les Cisjordaniens, 77 % et 46 % respectivement. A noter également que 47 % des Cisjordaniens estiment que les attaques armées ne contribuent pas à mettre fin à l’occupation.

• De même, une majorité de 56 % (73 % dans la bande de Gaza et 44 % en Cisjordanie) soutient des attaques armées contre des Israéliens à l’intérieur d’Israël ; 39 % (26 % dans la bande de Gaza et 48 % en Cisjordanie) se disent opposés à de telles attaques armées.

• Une majorité de 56 % s’attend à ce que les actes de résistance armée dans le camp de réfugiés de Jénine se propagent à d’autres parties de la Cisjordanie.

• Une majorité de 70 % pense que la solution à deux États n’est plus réalisable en raison de l’expansion des colonies israéliennes tandis que 27 % pensent que cette solution reste possible. De plus, 77 % pensent que les chances de création d’un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël dans les cinq prochaines années sont minces ou inexistantes tandis que 19 % pensent que les chances sont moyennes ou élevées.

• Interrogé sur le moyen le plus efficace de mettre fin à l’occupation israélienne et de construire un État indépendant, le public s’est divisé en trois groupes : 50 % ont choisi la lutte armée (62 % dans la bande de Gaza et 43 % en Cisjordanie), 22 % les négociations, et 21 % la résistance populaire. Il y a trois mois, 44 % avaient choisi la lutte armée et 25 % les négociations.

• La grande majorité (78 %) pense que le Coran contient une prophétie sur la disparition de l’État d’Israël, tandis que 17 % disent que ce n’est pas le cas.

• Un consensus se dégage concernant le meurtre de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh : 92 % pensent qu’Israël a délibérément cherché à la tuer tandis que seulement 5 % pensent que le meurtre par l’armée israélienne était accidentel.

• Une majorité de 53 % (56 % en Cisjordanie et 48 % dans la bande de Gaza) déclare que malgré les attaques répétées de la police israélienne contre des fidèles palestiniens à la mosquée al Aqsa, le conflit reste avant tout territorial et de souveraineté tandis que 45 % affirment que le conflit est devenu avant tout un conflit religieux.

(4) Les objectifs palestiniens les plus vitaux et les principaux problèmes auxquels sont confrontés les Palestiniens aujourd’hui :

• 45 % pensent que le premier objectif palestinien le plus vital devrait être de mettre fin à l’occupation israélienne dans les zones occupées en 1967 et de construire un État palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec Jérusalem-Est comme capitale. En revanche, 32 % pensent que le premier objectif le plus vital devrait être d’obtenir le droit de retour des réfugiés dans leurs villes et villages de 1948, 12 % pensent que le premier et le plus vital objectif devrait être de construire un individu pieux ou moral et une gouvernance qui applique tous les enseignements islamiques et 9 % pensent qu’il devrait s’agir d’établir un système politique démocratique qui respecte les libertés et les droits des Palestiniens.

• Dans une question sur le principal problème auquel sont confrontés les Palestiniens aujourd’hui, le pourcentage le plus élevé, 26 % (29 % dans la Bande de Gaz et 23 % en Cisjordanie), ont déclaré que c’était le chômage et la pauvreté ; 25 % (13 % dans la bande de Gaza et 32​​% en Cisjordanie) ont déclaré qu’il s’agissait de la corruption ; 17 % (24 % dans la bande de Gaza et 12 % en Cisjordanie) ont déclaré qu’il s’agissait de la poursuite du siège et du blocus de la bande de Gaza ; 16 % ont dit que c’était la poursuite de l’occupation et de la construction de colonies ; 13 % (17 % dans la bande de Gaza et 11 % en Cisjordanie) ont déclaré qu’il s’agissait de la séparation entre la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Rassemblement des supporters du bloc islamique à l’occasion des élections étudiantes du 18 mai 2022

Cette progression du Hamas est illustrée par le résultat des élections étudiantes de l’université de Birzeit en Cisjordanie avec un taux de participation de 78,1 %. La victoire écrasante remportée par le bloc islamique Wafa (Hamas) qui a remporté 28 sièges contre 18 sièges pour la Jeunesse étudiante Shabiba (Fatah), et 5 sièges pour le Pôle étudiant (FPLP).

En France aussi

En France, les radicaux favorables au Hamas progressent aussi. Le Conseil d’État, statuant en référé, a invalidé vendredi 29 avril la décision du Ministère de l’Intérieur de dissoudre deux associations pro palestiniennes radicales, le « Collectif Palestine Vaincra » et le « Comité Action Palestine » en raison de leurs appels « à la haine, à la discrimination et à la violence » et de leur soutien affiché à des actes terroristes.Le

Collectif « Palestine Vaincra »soutient la lutte du peuple palestinien contre le sionisme, l’impérialisme et les régimes réactionnaires arabes pour la libération de toute la Palestine de la mer au Jourdain… Le

Collectif Palestine Vaincra combat l’État d’Israël en tant qu’entité coloniale et raciste, poste avancé de l’impérialisme occidental dans la région. Nous dénonçons et combattons le soutien de la France à l’entité sioniste.

Comité Action Palestine

Le Comité Action Palestine, qui lutte aussi pour « la libération de la terre arabe de Palestine » a convoqué ses militants le 3 juillet 2022 : « nous avons jugé utile et nécessaire d’échanger avec les militants de la cause des exploités et des opprimés sur les premiers enseignements à tirer de notre lutte victorieuse au Conseil d’État afin de faire collectivement face à la répression… L’État français, incarné par Macron, dans sa phase impérialiste pourrissante, est en crise… Ce fait rend plus que jamais nécessaire de porter haut et fort en France les revendications du peuple et des principales organisations de la résistance palestinienne… Il s’agira aussi… d’échanger autour de la nécessité de s’organiser collectivement pour faire face à cette offensive réactionnaire et liberticide : comment s’organiser pour résister à la violence d’État ? Comment les militants pourraient unir leurs forces pour porter la voix des opprimés ici et partout dans le monde ». AN

Albert Naccache, Temps et Contretemps

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