Israël ou le sceau de l’existentiel

Quand j’ai commencé à m’intéresser à Israël et à son histoire, il y a plus d’une décennie, c’est la première chose qui m’a frappé. Pour tous les peuples en guerre, l’alternative est vaincre ou perdre. Pour Israël, c’est vaincre ou disparaître. La mort est ce qu’il y a de plus démocratique, mais pour Israël la perte de chaque citoyen, surtout quand elle n’est pas naturelle, est plus grave.

Partout on peut mourir de maladie ou d’accident, mais pour Israël c’est plus grave.

Ce droit à exister pour les Juifs, est la définition même du sionisme. Faute de l’avoir compris à temps, les bundistes et les communistes d’Europe refusant l’idée de la nécessité d’un pays pour le peuple juif, ont porté une responsabilité indéniable dans le terrible bilan de la Shoah. Certes, à leur décharge, ils ne savaient pas, ils ne pouvaient imaginer que

Jabotinsky les avait pourtant avertis, et même suppliés…

Mais admettons.

Aujourd’hui nous savons !

Nous savons que la très grande majorité du monde musulman refuse toujours le droit du peuple juif à exister sur les lieux de son existence historique, une histoire non pas d’un siècle mais de 35 siècles. Le pays musulman le plus puissant annonce même clairement que son but actuel et/ou ultime est de l’anéantir. Atomiquement.

Et il en va de même pour les Falestiniens1. Un livre de compilation de leurs déclarations ne suffirait pas. Celles d’aujourd’hui étant identiques à celles d’hier, à celles d’un siècle en arrière. Et s’il ne s’agissait que de déclarations de politiciens devant justifier leurs salaires… mais ce dont il est question c’est un bourrage de crâne totalitaire par les médias, et très en profondeur par l’école et l’université. Le site « PALWATCH » en donne tous les jours des dizaines d’exemples. Et contrairement à ce qui se passe avec la jeunesse d’Iran, « les réseaux sociaux » restent largement dominés par la propagande de haine.

Malgré le renforcement d’Israël sur tous les plans, le terrorisme actuel2, qui est désormais passé aux armes à feu, contre des civils et des militaires, est infiniment plus percutant et létal que les groupes de fedayins du Fatah des années 50. La nouvelle offensive armée très meurtrière menée à l’initiative des Brigades des martyrs d’El Aqsa (création du Fatah) et d’une organisation qui se présente comme la « Fosse aux lions » (Gatestone Institute), est sans doute le fruit d’une alliance de divers courants allant du Hamas au Djihad islamique, en passant par… ladite « Autorité falestinienne »… Voilà sous quels auspices se mijote l’après Mahmoud Abbas. Signalons que le 13 de ce mois d’octobre, a été adoptée « La Déclaration d’Alger » censée annoncer une réconciliation entre 14 factions falestiniennes, dont le Fatah et le Hamas, et des élections d’ici un an…

Mais il y a pire. Puisque désormais en Israël même, y compris là où il y a une dominante juive, dans son espace public, dans presque toutes ses universités, et même dans la sacro-sainte Knesset, symbole de la souveraineté juive en Israël, on peut ouvertement déployer des drapeaux falestiniens3, condamner le sionisme comme une idéologie d’apartheid, réclamer la fin de l’État d’Israël comme État du peuple juif (le seul État juif au monde)4, et ce avec la bénédiction du prestigieux Haaretz, la complicité d’autres journaux, de TV, de radios d’État et de Tsahal, et de quantités d’artistes et d’universitaires.

« Sur ces murs [de la Vieille Ville], le drapeau de la Palestine sera hissé et Jérusalem sera la capitale de la Palestine reconquise »,

a pu tranquillement déclarer le chef de la Liste arabe unie Ayman Odeh à la chaîne publique Kan !

Le paysage idéologique que décrivait Hazony5 en 2012, et qui était déjà affolant, s’est accru géométriquement.

« Nous connaissons très bien les positions de M. Odeh et de M. Tibi. Ce sont des extrémistes, parfois aussi des anti-israéliens », déclara M. Sa’ar.

Parfois ? ! (i24News)

La conséquence était inévitable. Et alors qu’en avril 2021 le Hamas et le Djihad islamique de Gaza envoyaient plus de 4000 roquettes sur Israël, la jeunesse falestinienne de toutes les villes mixtes s’attaqua directement aux Juifs, de Jérusalem à Akko, en passant par Lod et Jaffa (Begin Sadate Center). Le terrain est désormais propice pour une grande insurrection qui réunirait toutes les forces falestiniennes hostiles à Israël, du dehors et du dedans, surtout si une guerre régionale à grande échelle venait à se déclencher.

Il y a sans aucun doute de nombreux falestiniens qui se sont pleinement intégrés dans la société israélienne, y compris par le service militaire et qui acceptent de se vivre en tant que minorité dont tous les droits sont respectés. Mais, selon leur propre témoignage, ils ont été rejetés par leurs familles, et risquent la mort. Ils sont une poignée et pourraient être beaucoup plus nombreux à se déclarer, n’était la Loi du clan qui a le pouvoir de vie et de mort, n’était aussi le laxisme de l’État d’Israël, conséquence de ses inconséquences idéologiques, et dont le résultat est qu’une grande partie de la Galilée et du Néguev sont désormais des territoires perdus ou en voie de l’être.

Telle est la RÉALITÉ. Que personne n’est en mesure de contester. Et qui n’est pas près de se bonifier. Au contraire. Que faire alors ?

Soit laisser se développer la dynamique actuelle de contestation de l’État juif d’Israël et se faire euthanasier. Soit y mettre le holà, de façon énergique. Tant qu’il est encore temps.

À l’intérieur. Faire respecter la souveraineté du peuple juif. Ne pas admettre dans le champ politique des forces qui appellent à s’attaquer et s’attaquent, en paroles ou en actes, au fondement de l’État d’Israël, c’est-à-dire le sionisme. Ni à la Knesset, ni ailleurs. Le 26 mai 2016, 31 États membres de l’IHRA (L’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) ont adopté une nouvelle définition de l’antisémitisme qui considère que l’une de ses formes est

« le refus du droit à l’autodétermination des Juifs, en affirmant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste ».

Or il est consternant de constater que le principal pays concerné à ne pas en tenir compte est… Israël !

La condamnation du sionisme doit devenir incompatible avec le statut de citoyen d’Israël. Les Arabes d’Israël qui se veulent falestiniens et qui sont hostiles au sionisme pourront ainsi, sans problème de conscience, communier avec leurs frères de l’extérieur. Soit en allant les rejoindre dans leurs territoires. Soit en se contentant d’un statut de résident en Israël, conditionné par le respect strict des lois israéliennes.

Il ne s’agit pas là de coercition, mais d’inscrire dans la LOI, le rejet de tout ce qui peut apparaître ou se manifester comme la tentative de subvertir l’État juif et sioniste, fruit d’une histoire de 35 siècles et d’une guerre d’indépendance où périt 1 % de sa population, indépendance qui continue d’être menacée militairement et pour laquelle 25 000 citoyens juifs ont déjà donné leur vie.

Ce faisant, Israël ne fera rien d’autre que ce que tous les États font pour se protéger de la subversion.

À l’extérieur. Toute pensée politique qui ne tient pas compte que les Falestiniens n’ont pas rompu avec le paradigme de la disparition d’Israël, à plus ou moins long terme, est vouée à l’échec, à moins que les Juifs d’Israël aient une inclinaison pour le suicide. La solution d’Oslo de 2 états pour 2 peuples en a été la preuve. Parler de « Paix » avec les Falestiniens sera toujours vain, tant qu’ils n’auront pas été forcés (par la « communauté internationale ») de mettre fin au terrorisme et aux discours revanchards de haine anti-sémite et anti-sioniste, dans leurs médias, dans leurs livres scolaires et dans la vie publique.

Ce n’est pas un État falestinien qui mènera vers la paix, mais l’inverse.

Les territoires gérés par les Falestiniens, à Gaza et en Judée – Samarie, auraient pu, auraient dû, avec la manne répandue par les États-Unis, l’Europe et l’ONU, susciter une frénésie de développement, une amélioration nette du niveau de vie, un épanouissement vital, au lieu de quoi ils sont devenus des terres de mal vie, de corruption, de désespoir, et de guerres inter-claniques (Perditions Idéologiques), preuve d’une absence de véritable nation, la lutte contre Israël étant la seule chose en mesure de les unir, et encore…

Mais qui est en mesure d’adopter une telle ligne de conduite, et de s’y tenir sans détour, alors qu’Israël est, d’année en année, de plus en plus harcelée, à l’intérieur comme à l’extérieur (ONU, Unesco, CPI, Europe, USA, BDS) ?

Question d’autant plus vitale qu’Israël est à la veille de nouvelles élections législatives.

Affronter ce challenge de la défense d’Israël sur le double front intérieur-extérieur suppose un gouvernement fort. À vrai dire, je n’arrive pas encore à comprendre pourquoi il y a tant de partis en Israël. Et ce alors qu’en théorie ne devraient s’affronter que deux forces : celles de l’existence d’Israël et de son maintien comme État sioniste du peuple juif, et celles qui consciemment ou inconsciemment travaillent à sa dislocation.

Dans la réalité politique israélienne contemporaine, trois forces émergent. Les Falestiniens hostiles à l’idée d’un État juif et les sionistes, qui eux se divisent entre ceux qui, partant du terrain, pensent que les Falestiniens de l’intérieur6 et de l’extérieur sont un danger pour Israël, et ceux qui projettent sur les Falestiniens leur propre désir de paix, tel par exemple Gantz allant jusqu’à inviter à son domicile privé Mahmoud Abbas, lequel, dans les arènes internationales, n’arrête pas d’attaquer Israël !

La logique voudrait que les forces du sionisme s’unissent en attendant que la vie donne raison aux uns, les réalistes, ou aux autres, les rêveurs. Au lieu de quoi, elles s’affrontent, souvent haineusement. Paysage politique on ne peut plus déroutant ! Si cette division devait s’éterniser, Israël ira à sa perte, comme ce fut le cas dans l’antiquité.

Je ne sais si changer de système électoral pourrait favoriser la naissance d’un grand Front des forces sionistes, où ce qui serait important serait la défense intransigeante de l’État juif, et non la personnalité d’un tel ou d’un tel. Mais si c’était le cas, cela est plus qu’urgent, existentiel. Et alors plutôt que d’être esclave des sondages fluctuants, l’élaboration d’un programme clair deviendrait une tâche essentielle pour les politiciens.

En attendant ce temps-là, qui espère-t-on ne sera pas messianique, on doit se demander dans l’urgence de ces élections, qu’est-ce qu’un gouvernement fort ?

Pour moi, et tenant compte de ce que je viens de dire, c’est celui :

  • qui aura un programme dont la priorité sera la Réalité existentielle d’Israël, à l’extérieur comme à l’intérieur ;
  • qui aura le soutien d’une majorité nette du peuple ;
  • qui saura faire respecter sa souveraineté, son indépendance et ses intérêts nationaux.

Cette triple exigence devrait avoir quelques conséquences que je vais expliciter, cette fois par des exemples.

Le type d’expérience qui a fait tomber au bout d’une seule année un gouvernement dit « de coalition » devrait exclure sa réédition et notamment l’union avec toute force refusant Israël comme État sioniste. Elle devrait exclure aussi la pensée binaire si affligeante du type Rak Bibi/ Rak lo Bibi7. Mais aussi la stigmatisation et la diabolisation de dirigeants qui se réclament du sionisme. Israël a suffisamment de vrais ennemis.

Alors que l’Europe et les États-Unis de Biden-Obama ne se gênent plus pour s’ingérer dans les affaires d’Israël, il serait bon que des lignes rouges soient établies. Comme il serait bon qu’Israël s’insurge contre le financement par l’Union européenne de la construction sauvage falestinienne en zone C de Judée-Samarie, pourtant sous autorité israélienne. Comme il aurait été bon que le gouvernement intérimaire s’insurge contre l’injonction récente de Biden à ne pas donner un poste ministériel au député Ben Gvir ! Israël serait-elle devenue son 53 État ? Comment peut-on tolérer qu’on vienne nous dire comment composer le gouvernement ? ! Israël n’est pourtant pas l’Ukraine8 !

Et à propos d’Ukraine, un Premier ministre digne de ce nom n’aurait-il pas dû convoquer son ambassadeur après l’insulte récente de Zelensky traitant les dirigeants d’Israël de « malhonnêtes » (Mabatim.info) ?

En une époque de grande confrontation, Israël ne devrait-elle pas veiller à conserver sa neutralité et à refuser tout patronage, compte tenu du fait que manifestement, ce qui prime dans les relations internationales, ce ne sont ni les valeurs de la démocratie, ni celles de la liberté, contrairement au ressassement de l’activiste Bernard Henri Lévy, mais bien les intérêts nationaux qui seuls peuvent expliquer les alliances contre-nature de par le monde. Les Arméniens sont les premiers à en avoir fait les frais. Et Israël a suffisamment d’ennemis pour ne pas s’en rajouter.

Une dernière chose. En attendant la formation d’un nouveau gouvernement issu des élections du 1ᵉʳ novembre, il serait grandement souhaitable que Lapid, premier ministre intérimaire actuel d’un gouvernement qui a jeté l’éponge, cesse d’engager Israël, que ce soit vis-à-vis des Falestiniens, de la guerre en Ukraine, et plus encore des États-Unis. Ce feu gouvernement de coalition n’avait pas en effet mandat pour traiter « des questions clivantes ».

Or parler de « 2 États », alors que manifestement est en cours une action armée d’envergure qui n’en est sans doute qu’à ses débuts, ne peut être compris que comme la justification de la violence et un encouragement à la poursuivre, selon cette stratégie qui s’est avérée létale et dangereuse, paix contre territoires.

Mais pire encore, suite aux menaces du Hezbollah, et au forcing de Biden, le gouvernement israélien actuel a décidé de passer outre l’approbation de la Knesset, et de signer un accord qui modifie les frontières (maritimes) d’Israël et ce avec un pays qui ne le reconnaît pas, et qui est l’otage du Hezbollah !!! Seuls garants de cet « accord », les États-Unis s’arrogent un incroyable pouvoir de chantage, ce qui équivaut à un véritable coup d’État fomenté contre Israël par le clan Biden-Obama.

La Cour Suprême se doit d’invalider cet « accord » au plus vite. Sinon, ce gouvernement, qui n’a plus que quelques semaines d’existence, certes « entrera dans l’Histoire », comme vient de le lui certifier Biden, mais ce sera l’Histoire de la félonie.

Le 1ᵉʳ Novembre, je voterai EXISTENTIEL et espère qu’il en sera de même pour vous ! J-PL

Jean-Pierre Lledo, MABATIM.INFO /LPH Info
Infocinéaste, essayiste


1 Prononciation en langue arabe qui ne connaît pas le son « P ».

2 Les chiffres publiés par le Shin Bet sont éloquents : 113 attaques (cocktails Molotov, bombes artisanales, coups de couteau…) en juillet, 172 en août fin, 212 en septembre. 15 fusillades en juillet, 23 en août, 34 en septembre.

3 Pour la venue de Biden en Israël cette année, le Maire de Tel Aviv Huldaï ne fit rien pour enlever un drapeau falestinien d’une cinquantaine de mètres déployé le long d’une Tour !

4 Après le soutien de Mansour Abbas au gouvernement Bennet-Lapid, Ahmad Tibi déclara à la radio en langue arabe Nas qu’il avait commis « une erreur politique majeure. Lorsque vous dites qu’Israël est un État juif, vous acceptez en fait le récit sioniste et annulez le récit palestinien ».

5  « L’État juif » – Yoram Hazony – Ed de l’Éclat, 2007. Publié aux USA en 2000.

6 Les Israéliens naïfs et méconnaissant le monde arabo-musulman ignorent que l’entrisme de Mansour Abbas, est une stratégie recommandée en situation d’infériorité par les Frères musulmans dont il est l’émanation.

7 «Seulement Bibi », « Tout sauf Bibi », Bibi étant Benjamin Netanyahou (NDLR).

8 Après un double coup d’État, en 2004 et 2013, piloté directement en 2014 par la diplomate américaine Victoria Nuland, cette dernière dicta la composition du nouveau gouvernement, ce que l’on sait par la conversation avec son ambassadeur qui fut captée et rediffusée sur les réseaux sociaux. En voici le contenu : Voltaire Net

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2 commentaires

  1. La réalité, la triste réalité est qu’Israël a le dos au mur. Si un jour halilah, Israël disparaissait ce ne serait pas à cause des palestiniens, des BDS, de l’antisémitisme ou antisionisme, mais bien de la faille causée par deux éléments principaux :
    Ceux qui croient en son existence en qualité d’État juif, et ceux qui veulent un État pour tous ses citoyens. Laïcs, musulmans, juifs, chrétiens sur le modèle désastreux des pays occidentaux qui aujourd’hui se voient surpassés par une invasion de musulmans, d’africains, de sans culottes qui s’infiltrent à travers la brèche perforée par le socialisme et la gauche fourbe et suicidaire.
    C’est le constat final de la situation d’Israël – comme d’habitude, l’ennemi n’est pas externe, mais interne…

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