Accord maritime avec le Liban : occasion israélienne ratée

Il était possible de tirer davantage de l’accord avec le Liban

[19 octobre 2022]
Par le Pr. Efraïm Inbar,
président du JISS (Institut d’études stratégiques et sécuritaires de Jérusalem – Source

Israël n’a pas été en mesure d’exploiter la grande faiblesse du Liban et a renoncé à tous les espaces maritimes contestés. L’empressement à signer l’accord maintenant n’était pas nécessaire et il envoie un message, qui sape la dissuasion israélienne.

Lors des négociations, Israël n’a pas su profiter de la faiblesse du Liban. Ce pays traverse une crise économique et politique profonde et permanente. L’apport de revenus gaziers est plus important pour le Liban que pour Israël. De plus, la position politique du Hezbollah, porte-drapeau de la lutte contre Israël, s’est affaiblie au parlement libanais, où lors des élections de mai 2022, il ce mouvement y a perdu la majorité. Lors des négociations visant à déterminer la frontière maritime, Israël n’a pas profité du soutien américain à la proposition d’un compromis, qui donnait à Israël près de la moitié de l’espace disputé. Malgré les tentatives de réduire les frictions avec l’administration américaine concernant l’accord nucléaire, la diplomatie israélienne a échoué à maintenir le soutien américain.

L’empressement du gouvernement israélien sortant à parvenir à un accord est également incompréhensible. Israël a cédé aux pressions libanaises et américaines, pays intéressés de conclure rapidement. La supériorité militaire d’Israël en Méditerranée orientale permettait à Israël de temporiser, afin de sauvegarder ses intérêts dans la région et attendre une meilleure offre, tant du côté américain que du côté libanais. Il est vrai qu’un accord entre Israël et le Liban diminue les tensions et crée un environnement commercial plus stable, qui facilite l’exploration gazière et pétrolière. Toutefois, si l’accord présente, peut être, des avantages économiques, il n’améliore pas la situation stratégique d’Israël. En fin de compte, les considérations économiques sont passées au second plan par rapport aux exigences stratégiques.

Le Liban a refusé de participer, au côté d’Israël, à la cérémonie de la signature de l’accord, ce qui aurait pu être considéré comme un succès diplomatique, dans la lignée des accords d’Abraham. Il convient de noter que le Liban n’est pas vraiment un État indépendant. C’est un « protectorat » iranien, contrôlé par son proxy, le Hezbollah, organisation musulmane extrémiste dont l’objectif stratégique est la conquête de Jérusalem et la destruction de « l’État sioniste ». Les membres de cette organisation ne sont pas des « gentlemen britanniques » qui respectent et honorent les accords signés. Depuis le retrait d’Israël du Liban en mai 2000, le Hezbollah, a violé, à plusieurs reprises, les accords et résolutions et notamment, la 1701 du 11/08/2006, qui interdisait à Hezbollah d’introduire des armes au sud Liban. Depuis sa création ce mouvement terroriste a multiplié ses provocations sur la frontière israélo-libanaise.

Curieusement, la nouvelle ligne maritime, matérialisée par une « ligne de bouées » qui marque la zone de sécurité en mer Méditerranée, n’a pas été explicitement reconnue par le Liban et pourrait devenir le prochain point de friction. Le Hezbollah, comme pour la frontière terrestre, ne manquera pas, à coup sûr, de violer cette « ligne de bouées. Par ailleurs, Hassan Nasrallah le chef du Hezbollah menace constamment d’attaquer le champ gazier israélien « Karish ». Par conséquent, signer un accord dans ces conditions ressemble beaucoup à une « reddition sous la menace ». Les arguments avancés par les représentants du gouvernement israélien, selon lesquels l’accord conduira à une accalmie sécuritaire et retardera la possibilité d’une guerre ne font que renforcer l’impression d’une reddition. La signature de l’accord dégrade la dissuasion d’Israël et traduit un manque de volonté de se battre lorsque cela est nécessaire. L’usage de la force militaire, s’il n’y a pas d’autre recours, est l’une des règles incontournable dans la région où se trouve Israël. La réticence de recourir à la force donne un signal de faiblesse aux ennemis d’Israël.

Le gouvernement israélien a également manqué une occasion de tester la détermination de Nasrallah. Une attaque du Hezbollah contre les installations gazières israéliennes aurait donné une légitimité de frapper durement l’organisation terroriste, pour affaiblir sa menace sur le nord d’Israël. La neutralisation du Hezbollah est une étape sine qua non avant une éventuelle attaque des installations nucléaires iraniennes, menace existentielle pour l’État d’Israël. L’Iran et son bras armé le Hezbollah obligent Israël à agir de façon régionale globale. Consécutivement au désengagement américain de la région, les pays arabes « modérés », en particulier ceux du Golfe, suivent de près la politique israélienne. S’ils perçoivent des hésitations israéliennes à l’usage de la force, ils considéreront qu’Israël « se couche » devant l’Iran et le Hezbollah. Alors ils se rapprocheront de l’Iran. Dans une large mesure, la route vers Natanz et Fordow (usines du programme nucléaire iranien) passe apparemment par Beyrouth. EG

Édouard Gris, MABATIM.INFO
Traduction et adaptation

4 commentaires

  1. Les choses me semblent moins nettes que dans cet article .
    Israel a obtenu le  » silence  » du hezbollah devant cet accord , ce qui , dans la logique de ces terroristes correspond a une demi reddition .
    Il est troublant de constater que les exigences libanaises ont ete acceptées totalement , mais au vu du  » bordel libanais  » et du comportement imprevisible du hezbollah , une rupture de ce  » contrat  » me parait tres probable , permettant ainsi a Israel d avoir demontré une extraordinaire volonté de faire la paix face a des arabes plus inconsistants que jamais ! N oublions pas que nous sommes au moyen orient et que les libanais ont toujours mordu la main qui les nourrissait …….

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  2. Tout à fait d’accord quant au raisonnement, mais pas sur la méthode de traitement du problème de fond.
    Quand on pâtit d’une affection, on l’éradique, on ne tourne pas autour du pot à plaisir pour lui laisser la possibilité de ressurgir à nouveau.

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