Élections israéliennes : Il est bon dit-on d’avoir le triomphe modeste, mais…

[6 novembre 2022]

Il est bon dit-on d’avoir le triomphe modeste. Mais comment ne pas prendre acte de la formidable gifle assénée par le peuple d’Israël, d’abord aux instituts de sondage, ensuite aux dirigeants de partis qui ont cru qu’à la critique des programmes pouvait se substituer la critique, que dis-je, le lynchage de leurs concurrents, enfin à ce président, certes suffisamment sénile pour ne pas s’apercevoir qu’Israël n’est pas l’Ukraine, qui prétend lui dicter la composition de son gouvernement1.

Si Meretz est bien le commanditaire de cette affiche immonde2 rassemblant Netanyahou et Ben Gvir dont les visages ne sont plus que des rictus, alors comment ne pas se réjouir de sa disparition ?

Car cette cinglante défaite du camp qui se voulait « anti-Bibi » et « anti-Ben Gvir » (46 députés contre 64 pour le camp national, et 10 députés pour les deux partis arabes) devrait à l’avenir, je l’espère, au moins par respect du peuple d’Israël, l’inciter à juguler ses pulsions assassines. Car rappelons-le, le peuple a voté à plus de 70 %, faisant de la future Knesset et de son futur gouvernement des institutions parmi les plus représentatifs de l’histoire d’Israël.

Donc pendant que les uns s’époumonaient en slogans grotesquement caricaturaux, les autres mettaient en avant leurs objectifs politiques. Et notamment :

Israël, comme État souverain du peuple juif. Pas de retour à la « paix » d’Oslo qui engendra le plus terrible des terrorismes. Non à un État falestinien fondé sur la haine des Juifs. Prééminence de la volonté populaire sur celle des Juges qui eux ne sont pas des élus. Justice sociale.

Les diaboliseurs ont ainsi soit disparu soit rétrogradé, et les diabolisés ont vaincu.

Il est vrai que les 4 mois de pouvoir pour Lapid, ce 1ᵉʳ ministre de transition d’un gouvernement de coalition dé-coalisé avant terme, ont grandement édifié les citoyens et les ont poussés à se rendre massivement aux urnes, pour mettre fin à ses prétentions et ses pratiques dictatoriales. Quand ces pratiques ne concernaient que la gestion de son parti où il s’arroge seul le droit de choisir des candidats à la députation sans passer par des primaires, cela n’était après tout que l’affaire des militants de son parti (Yech Atid).

Mais qu’en quelques semaines, il se prosterne devant Macron et Biden, en leur récitant le mantra « 2 États pour 2 peuples »3, puis une nouvelle fois devant le clan Biden – Obama – État Profond, en cédant des territoires maritimes à un Liban otage du Hezbollah (lesquels ne reconnaissent même pas le pays donateur !), puis qu’il ne remette pas en place Zelensky qui venait de qualifier les dirigeants d’Israël de « malhonnêtes » et enfin, qu’il tente de fermer le canal 14, la seule TV qui lui fasse front, tout cela était trop

Surtout que par rapport à la modification des frontières, terrestres ou maritimes, la Loi oblige à consulter le peuple, soit par referendum, soit au moins par le Parlement. Or les juges de la Cour suprême si prompts dans le passé à remettre en cause les décisions des gouvernements Netanyahou ont fait tomber leurs masques en avalisant cette décision illégale.

Ce forcing ne pouvait que révolter, et mettre mal à l’aise même certains de ses alliés…

La victoire éclatante des partis du sionisme religieux (14 députés), et notamment des dirigeants Ben Gvir – Smotrich, devenue la troisième force politique, n’a été une surprise que pour ceux qui avaient pris leurs désirs pour la réalité, ou pour ceux qui pensaient que leur dénigrement offensant était de nature à éclipser la problématique existentielle fondamentale :

Israël se maintiendra-t-elle comme État juif, ainsi que l’ont toujours voulu les sionistes, ou se transformera-t-elle en un « pays de tous ses citoyens » comme ne cessent de le réclamer les partis arabes et leurs soutiens post-sionistes ?

Et l’on peut ajouter que c’est faute d’avoir su mettre en avant cette revendication existentielle primordiale pour plus de 70 % de la population juive, que le camp national a piétiné ces dernières années. Saura-t-il tenir ses promesses ? Cela n’est pas que souhaitable, cela est vital.

Quant à ceux qui se disent encore « sionistes », tel Benny Gantz (qui, remarquons-le, a la fâcheuse tendance à usurper des symboles nationaux, son parti qui s’appelait « Bleu et blanc », soit les couleurs d’Israël, devenant « Union pour l’État »), s’ils ne veulent pas subir le sort du parti Meretz, il serait bon qu’ils tirent rapidement les leçons de ce vote et de leur défaite, et abandonnent cette dénomination diabolisante « d’extrême droite » pour un courant de pensée qui proclame tout à fait logiquement et légalement que tous ceux qui refusent de reconnaître Israël comme État des Juifs ne devraient pas bénéficier d’une représentation à la Knesset ni même de la citoyenneté.

Aucun pays dans le monde, qu’il soit de type démocratique ou autoritaire, n’admettrait d’être délégitimé dans sa nature, ni par des individus, ni par des groupements, ni par des minorités ethniques. Hormis Israël ! Où l’on peut brandir des drapeaux falestiniens, dans ses universités, dans les rues de Tel Aviv et bien sûr quotidiennement dans les villes arabes, et même à la Knesset !!!

« Israël État juif et démocratique »

Et d’ailleurs, le ver n’avait-il pas été introduit dans le fruit à l’époque du juge Barak, au début des années 1990, dans la Loi fondamentale par la formule « Israël État juif et démocratique » ? Or cet ajout est tout simplement scandaleux.

D’abord parce qu’il met sur le même plan deux réalités qui n’ont rien en commun. En effet, l’attribut « juif » nommant un peuple désigne la nature de l’État d’Israël, tandis que « démocratique » exprime un mode de fonctionnement de cet État. L’État peut être démocratique ou dictatorial comme ont pu l’être les États français, italien, allemand, ils n’en sont pas moins demeurés français, italien, allemand…

Notons que seuls les pays autoritaires s’affublent de l’attribut. Par exemple, l’Algérie est une « République démocratique et populaire ». Les États démocratiques eux n’ont pas besoin de cet ajout. La France se dit simplement « République française ». Elle se différencie ainsi de ses voisins allemands, italiens, espagnols, suisses, belges et luxembourgeois…

Revenir à la formulation de la Déclaration d’indépendance de 1948 « État juif » est impérieux. Ce n’est pas une revendication de « l’extrême-droite », mais c’est se mettre en conformité avec la nature d’Israël pour laquelle plus de 20 000 citoyens ont donné leurs vies. Parmi eux, il y a d’ailleurs des non-juifs, Arabes, Bédouins, Circassiens, et Druzes, mais précisément parce qu’ils voulaient ainsi se faire reconnaître comme citoyens de minorités ethniques respectant la nature juive d’Israël. Ce qui n’est pas le cas des quatre partis arabes actuels qui font miroiter à leur électorat le mirage d’un Israël qui ne serait plus juif puisque devenu un « État de tous ses citoyens », formule qui sous ses airs égalitaristes signifie la subversion d’Israël.

De ce point de vue, on peut même ajouter que la formule « Israël état juif et démocratique », vise en fait à opérer une transition diabolique et anesthésiante, « en douceur », de l’État juif vers « l’État de tous ses citoyens ».

Et, contrairement à ce que certains croyaient et défendaient, le flou de cette formule n’a pas désamorcé la violence falestinienne, ni à l’extérieur ni à l’intérieur. On a même vu en mai 2021, telle une sorte de répétition générale, ces deux violences se conjuguer.

Tandis que 4000 roquettes étaient tirées de Gaza sur Israël, les Juifs des villes dites « mixtes » de Jaffa, St Jean d’Acre, Lod, etc, étaient attaqués et leurs biens détruits, comme aux beaux temps des « farhoud », ces pogroms qui dans tous les pays arabo-musulmans ont terrorisé les Juifs assignés à un statut de sous-citoyens, la dhimma.

Ce qui découragera ces deux violences de l’extérieur comme de l’intérieur, c’est l’affirmation dénuée de toute ambiguïté, dans la Loi, qu’Israël est bien l’État du peuple juif, lequel comme tout peuple civilisé, est capable d’admettre des minorités et de leur attribuer la citoyenneté, mais pour autant qu’elles respectent l’identité majoritaire…

Quant à ceux qui, tout à fait légitimement, tiendraient à n’être que des citoyens falestiniens, ils auraient le choix entre un statut de simple résident et un déplacement de quelques kilomètres afin de partager la communauté de destin de leurs frères et sœurs.

Résoudre cette question est de première urgence et, vu son importance, il serait souhaitable que le peuple d’Israël soit consulté par referendum. Le droit du peuple israélien à s’autodéterminer découragerait ainsi les velléités d’États étrangers qui, n’arrivant pas à se départir de leurs mentalités impériales, croient pouvoir s’arroger le droit de dicter leur conduite au peuple d’Israël et à ses gouvernants librement choisis. L’évolution du monde montre précisément que ce qui préside aux alliances, plus que jamais conjoncturelles, ne sont pas ou plus les grands principes affichés, les fameuses « valeurs démocratiques », mais bien les stricts intérêts nationaux.

Dans ce qui précède, je me suis borné à ce qui me paraissait le plus grave, mais il y a un autre front tout aussi attentatoire de l’identité juive (comme de toutes les identités nationales du monde), je veux parler du wokisme, de sa cancel culture, de l’écriture dite « inclusive », mais qui est en vérité exclusive, de l’exhibitionnisme LGBTQ de plus en plus agressif, de la GPA qui transforme les femmes pauvres dans le monde entier en mères-porteuses-esclaves, et de l’idéologie du genre qui mutile de plus en plus le corps des jeunes adolescents, dits « transgenres ».

Cette idéologie qui se veut « mondialiste » née aux États Unis, qui déferle sur l’Europe, et progresse à toute allure dans certaines couches de la société israélienne, a même pénétré ses institutions scolaires et universitaires, de façon quasi semi-clandestine. Il est donc urgent qu’un débat public s’instaure à son propos, afin que toute la société soit éclairée de ses tenants et aboutissants, et afin que des lois protègent ses enfants, ses femmes, et ses citoyens.

Voilà bien du pain sur la planche du futur gouvernement. Quatre ans suffiront-ils ? C’est peu probable. Mais si ce gouvernement choisit la bonne voie, nul doute qu’aux prochaines élections, il sera non plus largement élu, mais plébiscité. J-PL

Jean-Pierre Lledo, MABATIM.INFO

PS : Il serait opportun de relire la Déclaration d’indépendance adoptée le 14 mai 1948, texte fondateur de l’État d’Israël.
Anglais : https://m.knesset.gov.il/en/about/pages/declaration.aspx
Français : https://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/israel-declaration-indep-1848.htm


1 Conversation téléphonique (captée) entre l’assistante du secrétaire d’État Victoria Nuland et l’ambassadeur US en Ukraine (https://www.voltairenet.org/article182063.html) afin de former le nouveau gouvernement suite au coup d’État qui chasse le président élu Ianoukovytch.

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3 Rappelons que ce gouvernement de coalition qui eut 2 chefs, Bennet puis Lapid, avait convenu de ne pas s’engager sur des « prises de position clivantes ».

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3 commentaires

  1. Mais c’est justement cette formule contradictoire d’Etat Juif et Démocratique qui permet aux arabes d’Israël de contester sa nature JUIVE. Un état démocratique ne peut pas être associé à n’importe quelle ethnie. La revendication des arabes falestiniens et ou israéliens est devenue le tremplin pour la concrétiser de leurs vœux les plus audacieux…

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  2. Article excellent , Jean Pierre , nouveau revenu aux sources , vous êtes un gain extraordinaire pour Israël , j’y suis arrivé depuis 62 et j’espère bien vous rencontrer à Jérusalem à l’occasion

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