Israël : « Je suis pour la Démocratie »… (à condition que je gagne)…

Jean-Pierre Lledo, [11 décembre 2022]

Le défi, c’est de faire face à la réalité, ce que la nouvelle gauche n’aime pas faire.
Comme les Cananéens elle vit dans un monde fictif.
Nous les sionistes avons opté pour le « provincial » et eux pour « l’universel ».
Mais la dimension universelle ne peut être réelle et justifiée que lorsqu’un individu sait quel lieu est le sien.
Or les Juifs de la nouvelle gauche ne le savent pas et cela leur coûtera cher.
Gershom Scholem1.

La défaite fut certes cinglante, lors de ces dernières élections législatives du 1ᵉʳ novembre 2022. Face aux 64 députés du Camp National (sur 120), l’opposition n’a pu en obtenir que 46 (les deux partis arabes ramenés, eux, à 10 députés). Le Meretz, parti « d’extrême gauche » et qui surtout se veut post-sioniste a tout simplement disparu.

En réalité, si l’on tient compte du fait que des forces de « droite »2 (Liberman, Saar, etc.) se sont retrouvées dans l’opposition par refus de la personne de Netanyaou, on mesure combien ces élections ont été une véritable Bérézina idéologique pour ces courants dont l’objectif plus ou moins avoué est de faire changer le cours historique d’Israël comme État du peuple juif.

A contrario, la fulgurante victoire du courant dit « sioniste religieux » qui a doublé le nombre de ses députés, essor qui n’en est qu’à ses débuts, ne peut être expliqué que par la clarté et la cohérence idéologiques d’un discours et d’un programme qui s’opposent frontalement à celui de la plus grande partie des vaincus et qui reposent sur trois piliers :

1 – Israël comme l’État du peuple juif, qui respecte les droits de ses minorités, pour autant qu’en retour celles-ci le respectent en tant que tel ;

2 – Le judaïsme comme substrat culturel fondamental de la nation, et sans lequel il n’y aurait plus de sens à l’existence d’Israël ;

3 – La souveraineté du peuple, qui est supérieure à celles des juges.

Cette double victoire, politique et idéologique, signe d’un retour en force du peuple, (le taux d’abstention ayant été un des plus bas de l’histoire d’Israël) a été vécue par l’opposition comme un tsunami et a provoqué une panique qui n’a eu d’égale peut-être que celle provoquée dans l’establishment travailliste par la victoire de Begin aux élections de mai 1977, comme si un nouvel Israël surgissait, jusque-là invisibilisé.

Appel à la résistance civique sinon à la rébellion, proféré par le Premier ministre Lapid encore en poste pour quelques jours et donc avant même que le nouveau gouvernement ne soit formé !

Et plus grave encore, intervention des gouvernants américains, mettant en garde le futur chef du gouvernement !

Les uns comme les autres recourant à la diabolisation des sionistes religieux et de leurs dirigeants, et sans retenue à la fameuse « loi de Godwin » qui consiste, à défaut d’arguments, à agiter l’épouvantail du « fascisme » voire du « nazisme ».

Car évidemment, eux qui font partie du camp du « Bien », sont un concentré de vertus démocratiques.

Ne nous le cachons pas, cette conjonction entre certaines forces politiques et les États-Unis est plus que préoccupante. Et sans vouloir amalgamer des situations différentes, rappelons que lesdites « Révolutions de couleur » (Géorgie, Biélorussie, Kirghizstan, Serbie, etc.) au début des années 2000, ont été préparées et soutenues financièrement par de puissantes organisations, officines de la CIA, telles notamment Freedom House, ou National Endowment for Democracy (NED)3.

Dans certains pays, tels l’Ukraine, cela s’est soldé par des coups d’État, avec les conséquences que l’on sait depuis 20144.

Ces puissantes organisations dotées d’énormes budgets (100 millions de dollars au cours de l’exercice 2008 !) auxquelles s’ajoute la malfaisance de la Fondation Soros, peuvent généreusement arroser leurs relais locaux par de soi-disant « ONG » dont l’une des missions de déstabilisation est de laminer les consensus culturels et nationaux qui leur font obstacle, préalable au désarmement moral puis politique.

Ainsi, du mouvement LGBT5. S’étant constitué en Occident, pour la dédiabolisation et la reconnaissance des minorités sexuelles, il est devenu de fait une sorte de Cheval de Troie visant à dissoudre de l’intérieur les valeurs de la civilisation judéo-chrétienne, au nom d’une nouvelle culture qui, niant les identités nationales et religieuses, n’a même plus de honte à s’afficher comme une « cancel culture ».

Les objectifs premiers de ce mouvement ayant été atteints, et la justice étant en mesure de punir toute agression contre ces minorités, LGBT, du moins en « Occident » n’a plus raison d’être, à moins de se délocaliser, par exemple en Iran, en Arabie saoudite, ou encore dans les territoires falestiniens…

Le droit d’être protégées ne devrait pas conférer aux minorités sexuelles celui aussi d’agresser les majorités et les enfants mineurs, fragiles par définition tant par leur prosélytisme que par leur exhibitionnisme. Les choix sexuels relevant de l’intime et donc du privé, la propagande LGBT et celle du changement de genre devraient être interdites dans l’espace public et notamment dans les écoles. Car, de plus, LGBT, devenu aujourd’hui LGBTQIA+, est la locomotive du mouvement wokiste6 qui, parti des États-Unis, déferle sur l’Europe… et sur Israël, par le truchement des idéologies du transhumanisme (point de différence entre un insecte et un homme), et du genre (femme ou homme, je suis ce que je veux).

Israël qui proclame un désir d’exceptionnalité juive dans les normes morales de ses civils et de ses soldats, devrait être à la pointe du combat civilisationnel contre ces nouvelles idéologies qui légitiment l’immense business lié à la mutilation chirurgicale des adolescents, et à la marchandisation-esclavage des utérus de par le monde, GPA7 oblige.

Le succès du sionisme religieux lors de ces élections ne relève donc pas d’une simple conjoncture politique, mais d’une prise de conscience équivalent à une lame de fond qui dépasse largement ce courant.

Et plutôt que de se livrer à des imprécations, ou de se complaire dans le rêve infantile de changer de peuple, l’opposition défaite gagnerait à se remettre en cause, et à se mettre au diapason de la RÉALITÉ, c’est-à-dire d’un peuple qui n’a pas consenti à tant de sacrifices, pour finalement consentir à s’autodétruire.

Quant au peuple, il lui faudra désormais se donner les moyens d’imposer ses choix, notamment par le recours aux référendums, et de mettre fin au monopole des appareils idéologiques, médiatiques et juridiques, par ce fameux gang du « Bien ».

Et parmi ces moyens, il y a d’abord l’indépendance d’Israël.

La manière dont les États-Unis ont récemment poussé Zelinsky à faire pression sur ses gouvernants, traités par ce dernier de « malhonnêtes » pour avoir refusé d’envoyer des armes, puis forcé Israël à brader son patrimoine maritime en faveur du Hezbollah, et aujourd’hui à vouloir lui dicter sa politique en Judée Samarie8, donnent une idée de ce à quoi Israël doit mettre fin, y compris solennellement si besoin est.

Alliance n’est pas soumission. Israël n’est pas une république bananière et il faut absolument écouter l’interview récente de Jonathan Pollard9. Israël a désormais les moyens de son indépendance, par son potentiel de créativité et aussi par ses nouvelles ressources énergétiques. Les États-Unis doivent intégrer que le monde unipolaire est bien fini, et qu’il leur faut renoncer à vouloir imposer aux peuples leurs valeurs, et leur culture (souvent une sous-culture), et dans le cas du wokisme une déclaration de guerre à la civilisation judéo-chrétienne.

Soit donc Israël aura ce courage, soit il lui faudra se contenter d’un plat de lentilles… J-PL

« S’il est impossible qu’en terre d’Israël le peuple juif existe en tant qu’organisme manifestant sa vitalité dans l’histoire, responsable de lui-même, alors dans quel but sommes-nous venus ici ?10 
L’histoire ne laissera jamais le peuple d’Israël
devenir un peuple comme les autres… »11

Gershom Scholem

Jean-Pierre Lledo, MABATIM.INFO
cinéaste, essayiste


1 3ᵉ entretien avec Ehoud Ben-Ezer (Avril-Mai 70), dans le numéro 92 des Cahiers de l’Herne. L’historien et philosophe juif Gershom Scholem qui fit son alya d’Allemagne en 1923, fut aussi, rappelons-le, avec Buber, Magnes, Bergmann, cofondateur de Brit Shalom qui prônait le rapprochement judéo-arabe et qui disparut en 1933…

2 Mes guillemets signifient que je recours au clivage gauche/droite plus par convention que par conviction.

3 Les dessous de la Révolution orange. Dominique Lagarde, l’Express, le 13/06/2005. https://www.lexpress.fr/informations/les-dessous-de-la-revolution-orange_666653.html

4 Victoria Nuland missionnée par le couple Obama-Biden fut la figure de proue de « Maidan » en 2014. Après avoir réussi à chasser le président élu, Viktor Ianoukovytch, c’est elle qui concocta le nouveau gouvernement ! Sa communication téléphonique avec l’ambassadeur américain a Kiev ayant été interceptée et rendue publique, on l’entend choisir le Premier ministre (Arseny Yatsenyuk) appelé par son diminutif « Yats », et l’Europe, trop scrupuleuse à son goût, en prend pour son grade : « Fuck the UE ! ». https://www.voltairenet.org/article182063.html

5 LGBTQIA+ : Lesbiennes , Gays, Bisexuelles, Trans, Queers, Intersexes, Asexuelles

6 https://www.lefigaro.fr/vox/societe/brice-couturier-non-le-woke-n-est-pas-un-fantasme-de-reac-c-est-une-revolution-culturelle-en-marche-20211025
Et de Jean-François Braunstein (YouTube 1 et YouTube 2)

7 Gestation pour autrui

8 A la Conférence de l’organisation de la « gauche » juive américaine JStreet qui s’est tenu le 4 Décembre à Washington, le secrétaire d’État Blinken a, non sans cynisme annoncé la couleur :
https://www.jihadwatch.org/2022/12/secretary-of-state-blinken-to-address-anti-israel-group-along-with-infected-with-jew-hatred-activist
https://fr.timesofisrael.com/washington-jugera-la-coalition-israelienne-sur-ses-politiques-pas-ses-personnalites/

9 Interview de Jonathan Pollard à Qualita (YouTube)

10 Cahier de l’Herne, N° 92, 3ᵉ entretien avec Ehoud Ben-Ezer (Avril-Mai 70)

11 4ᵉ entretien avec Zeev Galili (Nov 74)

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Un commentaire

  1. Belle analyse merci, Oslo est probablement un coup d’ »état sur le même modèle qu’en Ukraine. Dans les deux cas des milices sous contrôle américain ont été mis au pouvoir, ce qui permet d’avoir un moyen de chantage et de contrôle. L’OLP comme les milices de Zelinski sont des meurtriers à la solde des US.

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