Le Palestinien, épicentre mondial des identifications victimaires

Paul (ex-Beatriz) Preciado, philosophe lesbienne devenue transgenre, jouissant d’une petite influence en Espagne, aux États-Unis et en France, a dès 2019, tracé un lien entre la situation des transgenres et celle des Palestiniens :

« Ça va paraître absurde, expliquait-il au magazine Antidote, mais en lisant les poèmes du poète palestinien Mahmoud Darwich), j’ai vraiment été frappé par la proximité entre l’expérience de la Palestine et celle des trans, au sens où il y a un moment où on s’est fait totalement colonisés par toutes sortes de discours et de dispositifs, jusqu’à ce que nos corps soient totalement détruits, qu’ils n’existent plus ».

Le lien que Preciado imagine entre la « colonisation » des trans et celle de la Palestine est risible tant les droits des LGBT sont ténus en Cisjordanie, et inexistants à Gaza. Si Preciado était Palestinien, il vivrait dans la terreur d’être décapité et fuirait en Israël, comme tous les LGBT palestiniens, pour trouver un semblant de sécurité. Mais la Palestine de Preciado n’a rien à voir avec la Palestine réelle, celle de l’islamisme. La Palestine à laquelle il se réfère est une Palestine imaginaire, une Palestine-victime magnifiée, une Palestine modèle souffrant héroïquement d’un oppresseur juif israélien, catapulté lui aussi en modèle (tout aussi imaginaire) d’oppresseur-blanc-raciste.

Cette « intersectionnalité « qui tend à faire du « Palestinien » le point de convergence de toutes les discriminations et le lieu de toutes les identifications victimaires a pris la forme aux États-Unis d’une mise en équivalence de la lutte des Noirs américains avec celle des Palestiniens.

En 2021, comme Israël ripostait à un déluge de roquettes en provenance de Gaza, Rashida Tlaib, élue Démocrate de Detroit, keffieh palestinien autour des épaules, a dans la grande salle du Congrès de Washington fait un clin d’œil public à Black Lives Matter en déclarant :

« Combien de Palestiniens doivent mourir pour que leur vie compte ? »
« How many Palestinians have to die for their lives to matter ? »).

En mai 2021, Bernie Sanders, sénateur indépendant proche des Démocrates a publié une tribune dans le New York Times ou il utilise l’expression « Palestinian Lives Matter ». Une élue Démocrate noire Ayanna Presley a tourné un clip dans lequel elle trace un parallèle entre la brutalité policière blanche contre les Noirs aux États-Unis et la répression des Palestiniens. Jamaal Bowman, autre élu Démocrate noir a tweeté à propos de la répression des islamistes palestiniens en Israël :

« Assez de corps noirs et bruns brutalisés et assassinés, en particulier des enfants. Assez d’inhumanité. La Maison Blanche doit agir ».

Ilhan Omar, député islamiste du Parti Démocrate, qui ne mâche jamais ses mots, a qualifié le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’« ethno-nationaliste d’extrême droite. »

Cet amalgame Noir/Palestinien qui a commencé comme un combat de minoritaire au sein du Parti Démocrate est aujourd’hui devenu un courant qui rassemble des élus aussi divers que Mark Pocan (Wis.), Ayanna Presley (Mass.), Ilhan Omar (Minn.), Betty McCollum (Minn.), Alexandria Ocasio-Cortez (N.Y.), Cori Bush (Mo.), André Carson (Ind.), Jesús “Chuy” Garcia (Ill.), Joaquin Castro (Texas) et Jan Schakowsky (Ill.)

Ces élus gauchistes et/ou islamistes du Parti Démocrate – Ilhan Omar, Rachida Tlaib, Alexandra Occasio-Cortez… – ont compris très vite que l’amalgame Palestiniens/Noirs faisait réagir les médias et leur donnait de la puissance vis-à-vis des instances dirigeantes du parti.

Le 10 mai 2021, quand le gouvernement Biden a soutenu le droit d’Israël à se défendre contre les roquettes du Hamas, le New York Times s’est fait un devoir de donner la parole à Ilhan Omar, représentante du Parti Democrate qui a parlé de « nettoyage ethnique » à Gaza. Le 21 mai, le NYT a reparlé à nouveau de « nettoyage ethnique » mais cette fois, à propos du conflit entre la municipalité de Jérusalem et les Palestiniens qui habitent sans droits ni titres des appartements du quartier de Sheikh Jarrah/Shimon Hatsadik, à Jérusalem. En mars 2022, le NYT a publié un long portrait de la palestino-américaine Rashida Tlaib, élue du parti Démocrate, qui ne cesse de dénoncer Israël comme un « État d’apartheid » et l’article de rappeler que

« les ONG “Human Rights Watch, Amnesty InternationaletB’Tselem, une ONG israélienne“, ont tous pris la position qu’Israël a commis le crime d’« apartheid »

Pour Slate , « Black Lives Matter a changé le discours sur Israël et la Palestine » ; pour Newsweek « la dernière vague de violence pourrait approfondir cette solidarité entre Palestiniens et Noirs américains » ; et The Intercept, The Guardian, NBC News martèlent sans arrêt que « Gaza est une prison de deux millions de personnes à ciel ouvert » ou que Israël « promeut le racisme et la déshumanisation » dans « un système d’apartheid. »

L’amalgame Palestinien/Noir (tout comme l’amalgame Trans/Palestinien, ou l’amalgame LGBT/Palestinien…) est peut être une hérésie théorique, mais en tant qu’arme de combat, elle est très efficace.

Ces discours ne sont pas qu’un nuage idéologique passager. L’amalgame Palestinien/Noir (tout comme l’amalgame Trans/Palestinien, ou l’amalgame LGBT/Palestinien…) est peut être une hérésie théorique, mais en tant qu’arme de combat, elle est très efficace. Dans le cadre américain, il s’agit de réduire en miettes la sympathie que la gauche américaine avait pour Israël et d’obliger les dirigeants Démocrates à peser de tout leur poids pour arrêter la « colonisation » et empêcher Israël de se défendre au nom du droit des « colonisés » (islamistes) à imposer leurs règles au « colonisateur » juif, blanc et raciste. YM♦

Yves Mamou, Perditions Idéologiques

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