Quand le « soleil rouge » les aveuglait, d’Évelyne Tschirhart

Une histoire d’amour au pays de Mao

« Soixante ans après la Révolution culturelle, la Chine refait parler d’elle et renoue avec les années maoïstes. Charles se souvient de ces années où il s’était engagé pour la Révolution chinoise. Adossé à une expérience réelle en Chine maoïste, vécue par une équipe d’enseignants français et étrangers fascinés par Mao et sa révolution, ce témoignage romancé rappelle la réalité des fondements du régime chinois au moment où la communauté internationale s’inquiète de sa persistance et de ses ambitions ».

C’est ainsi que son éditeur présente le dernier livre d’Évelyne Tschirhart, au titre évocateur : Quand le « soleil rouge » les aveuglait, qui paraît ces jours-ci chez Balland. Enseignante à la retraite et artiste, Évelyne Tschirhart a effectivement, comme d’autres militants et intellectuels français, été fascinée à l’époque par la « Révolution culturelle » du président Mao. Elle avait publié en 1977 un premier livre sur le sujet, Deuxième retour de Chine, coécrit avec Jacques et Claudie Broyelle. Ce nouveau livre, à la différence du précédent, n’est toutefois pas un simple témoignage, mais un véritable roman, écrit avec une plume leste et entraînante.

À travers le regard de Charles, jeune enseignant venu à Pékin pour apprendre le français à ses collègues locaux, le lecteur découvre la Chine à la fin de la « Révolution culturelle » du « Grand Timonier », dans toute sa diversité humaine mais aussi dans toute sa cruauté.

Ce roman est en effet le récit d’une désillusion et d’une prise de conscience, celle des militants prochinois qui découvrent, très rapidement, la réalité impitoyable du régime maoïste et de ses horreurs. L’auteur décrit très bien cette prise de conscience et le questionnement qu’elle suscite chez le héros et chez ses camarades. Dans le cas de Charles, le personnage principal du livre, cette désillusion s’accompagne d’une autre prise de conscience, tout aussi cruciale : celle de son identité juive.

Roman politique, Quand le soleil rouge les aveuglait est aussi un roman d’amour. Avec finesse, l’auteur décrit ainsi comment Charles est attiré par Sue, la jeune chinoise qui l’accueille à l’institut des langues. Mais cet amour embryonnaire est peu à peu supplanté par celui qu’il éprouve envers Esther, la jeune Française qui est, comme lui, d’origine juive. Le récit de leur amour naissant est l’occasion d’aborder un thème rarement évoqué dans la littérature, celui des militants maoïstes d’origine juive.

« N’avait-il pas oublié son peuple pour s’éprendre d’une ‘religion’ universaliste, illusoire et destructrice : la création d’un homme nouveau, édifiant un monde nouveau ? »

Au-delà de cette thématique qui demeure très actuelle – à l’ère du wokisme et du retour d’une nouvelle religion progressiste, tout aussi dangereuse que ne le fut le maoïsme en son temps – le dernier livre d’Évelyne Tschirhart est un récit captivant, dans lequel elle révèle une fois de plus ses qualités d’écriture, d’observation et de pénétration psychologique. Le lyrisme et l’émotion contenus font penser au style de Haïm Potok.

Un grand roman d’amitié et d’initiation, d’amour et de désillusion. PL

Pierre Lurçat, MABATIM.INFO

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2 commentaires

  1. En d’autres temps, je commis les mêmes erreurs. Heureusement, on prend de l’âge, de l’expérience, de la réflexion, et on quitte les postures adolescentes, généreuses mais déréelles.

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