Pour notre petite-fille Yael qui, avec ses camarades du bataillon Les Lions du Jourdain (אריות הירדן), patrouille le long de la frontière jordanienne pour empêcher des infiltrations terroristes, et aussi, pour son amoureux Avi’hay qui en ce moment combat à Gaza…
Traditionnellement, et dans toutes les civilisations, le rôle des femmes combattantes est à peu près inexistant.
Bien sûr, on trouve quelques figures emblématiques comme Dvora et Yael dans la Bible, la reine Boudicca résistant aux Romains en Grande-Bretagne, Jeanne d’Arc en France, Hua Mulan dans le Nord de la Chine, la Kahena en Afrique du Nord, mais la plupart du temps, lorsque les femmes suivent les armées, elles sont cuisinières, blanchisseuses, cantinières, et même prostituées mais certainement pas combattantes.
L’organisation Bar Giora1 ou ארגון לחמה עברי (Irgoun Lehama Ivri), organisation du combat juif, est une des premières organisations de שומרים (shomerim, gardes juifs) créée en 1097 pour protéger les villages juifs des exactions des Arabes et des Tcherkesses2.
Les « Moscovites comme on les appelait avaient un keffieh sur leur tête pour ressembler de loin à des Arabes
Pour la première fois, un groupe armé s’engage pour la protection des agriculteurs juifs. Des femmes s’y enrôlent mais, si elles aussi s’entraînent au maniement des armes, elles n’arrivent pas à se faire accepter comme combattantes, bien que l’organisation Bar Guiora fasse partie du mouvement sioniste qui se veut aussi égalitaire et libérateur. On trouve bien ici et là des photos de pionnières armées mais dans la réalité, elles sont les femmes des shomerim et leur rôle est de s’occuper de la maison et des enfants et non pas de combattre.
Mania Shohat, 1878-1961
Comme elles sont têtues, elles s’arrangent pour au moins nettoyer les armes. L’une d’elles Mania Shohat3 se fait pourtant connaître quand elle réussit à convaincre le propriétaire d’une importante ferme à Sajara de prendre des shomerim juifs à la place des Tcherkessim qui les volaient.
En 1920, les Turcs sont partis et ce sont les Britanniques qui gouvernent la Palestine.
Les Juifs de Palestine savent que les Britanniques, à qui la Société des Nations a donné un mandat sur la Palestine en 1920, n’ont aucune envie d’affronter les gangs arabes locaux qui attaquent fréquemment les Juifs palestiniens. Ils décident donc de créer la Haganah pour protéger les moshavim et les kibboutzim. Le premier chef de la Haganah est Yosef Hecht, un vétéran de la Légion juive.
Au début mal armée et très localisée, cette nouvelle organisation est principalement composée de paysans qui gardent à tour de rôle les fermes isolées et kibboutzim.
Dans la charte de la Haganah, il est bien écrit que les femmes sont les égales des hommes mais lorsque celles veulent s’enrôler, elles sont aussitôt employées à des postes d’intendance, chargées de la lessive et de la cuisine. Certaines s’occupent de la distribution des tracts, et enfin quelques-unes seulement deviennent secouristes voire infirmières, mais elles ne combattent pas. Tout au plus, elles sont employées pour monter la garde et surveiller les alentours.
Mais là encore, quelques-unes se distinguent comme Rosa Cohen, la mère d’Yitshak Rabin qui organise l’aide et les soins aux blessés, la distribution des armes, et entraîne aussi des groupes de femmes à leur maniement.
Niouta Halperin 1910-2004
À la suite des terribles pogroms de 1929, Niouta Halperin4 essaye de s’engager comme combattante mais en vain, car on lui propose seulement de cuisiner pour les combattants.
Elle ne renonce pas et monte une armurerie à Tel Aviv, ce qui impressionnera les chefs de la Haganah qui décideront donc de l’engager comme combattante.
Les choses changent avec le début de la seconde guerre mondiale.
En 1941, quand est créé le Palmah5où, sur 6000 combattants il y aura 1000 femmes. Cependant encore une fois, elles ne sont pas vraiment employées à des postes de combat ; une femme se distingue cependant : Netiva Ben Yehouda, spécialiste des sabotages.
Netiva Ben Yehouda 1928-2011
Mais la plupart sont chargées des premiers soins, des gardes et des communications. Au kibboutz Ein Harod, elles se rebelleront jusqu’à ce qu’on leur permette de se battre.
Elles seront 4000 à s’engager dans l’armée britannique. Bien que là encore elles soient incorporées comme auxiliaires, elles conduisent aussi des camions en plein désert et aquièrent de l’expérience dans les zones de combat et dans l’armée.
Parmi toutes ces femmes, il faut mentionner aussi les trois parachutistes envoyées par l’armée britannique derrière les lignes allemandes en Europe :
Hanna Szenech et Haviva Reik qui seront exécutées et Tsurika Braverman qui survivra.
De plus, dans les organisations de l’Irgoun et du Lehi les femmes sont plus souvent combattantes : 20 pour cent des soldats sont en fait des femmes.
A la fin de la guerre, l’opinion publique accepte bien mieux que les femmes soient combattantes, d’autant que parmi les immigrants, se trouvent bon nombre de femmes partisanes qui ont combattu dans les ghettos et les forêts en Europe Orientale.
Cependant, en décembre 1947, l’opinion publique juive change en apprenant que 6 jeunes combattantes ont été non seulement tuées mais aussi violées et mutilées par des terroristes arabes.
Celles qui resteront combattantes comme Netiva ben Yehouda seront des exceptions mais pendant la guerre d’Indépendance, 500 femmes seront tuées qu’elles servent ou non à des postes de combat.
Tsahal
L’armée israélienne, צה “ל (Tsahal), acronyme de Forces de Défense d’Israël, est créée dès le 26 mais 1948. Elle a une branche féminine le ח“נ (“hen) c’est-à-dire l’armée féminine dont tous les officiers seront d’anciennes auxiliaires de l’armée britannique (comme Mila ben Zvi) ou du Palma’h (comme Tsurika Braverman) jusqu’aux années 70.
L’idée d’un service obligatoire pour les jeunes filles est acceptée par le plus grand nombre. Elles ont cependant la possibilité d’être exemptées si elles se déclarent pratiquantes (ou si elles sont mariées). Certaines demandent cette exemption et personne n’insiste ou ne vérifie si la jeune fille est vraiment pratiquante.
Pourquoi ? Parce que les années 50 voient une arrivée massive de nouveaux immigrants parmi lesquels de nombreuses familles traditionalistes. À ce moment-là, l’État privilégie les budgets pour l’intégration des immigrants, car Israël fait face à un défi colossal :
ce pays de 600 000 habitants doit intégrer en quelques années environ 600 000 Juifs venant d’un peu partout dans le monde.
Dans le même temps, Tsahal codifie le rôle des femmes dans l’armée : 25 postes leur sont réservés. Ce sont essentiellement des emplois de bureau et rarement de bon niveau. Les plus chanceuses deviennent infirmières ou institutrices et sont envoyées dans les villes de développement.
Quelques jeunes femmes réussissent à se faire accepter dans l’armée de l’air, comme Yael Rom qui réussit à intégrer le cours de pilotage en 1951, mais elles resteront une exception. Quand elle quittera l’armée à la naissance de sa fille, Yael Rom se verra refuser un poste de pilote civil sur El-Al !
Les choses changent après la guerre de Kippour.
Les pertes importantes qu’a subies l’armée changent la réalité :
Yael Rom 1932-2006
Les soldates accèdent à des postes de techniciennes et peuvent désormais diriger les entraînements des soldats non combattants, où elles obtiennent de meilleurs résultats que leurs homologues masculins parce que les recrues ne veulent pas perdre la face devant une jeune fille. Dans les années 80, Tsahal commence à accepter des soldates dans les postes sur la frontière, et en 1987, elles peuvent accéder à certains postes de combattants.
Malgré l’exemple de Yael Rom au début des années 50, les postes de pilotes et de navigatrices seront interdits aux soldates jusqu’à ce qu’une jeune femme, Alice Miller, ingénieur en aéronautique et pilote civil, décide de servir comme pilote dans Tsahal, ce qui lui est évidemment refusé.
Elle se tourne alors vers la Cour Suprême qui jugera que les femmes doivent pouvoir accéder à tous les postes qu’elles désirent dans la mesure où elles passent avec succès les tests normalement exigés pour ces qualifications.
Alice Miller
Cependant, la plupart des soldates qui le désirent ne seront admises à ce cours qu’à partir de 1995. En 1998 est diplômée la première navigatrice et en 2000 la première pilote de combat, Roni Zuckerman, petite fille de Tzvia Lubetkin et d’Antek Zuckerman, héros du ghetto de Varsovie.
Depuis les années 2000
De grands changements se sont produits dans Tsahal : les femmes enfin peuvent accéder aux mêmes postes que les hommes et à son tour la police des frontières décide de les intégrer.
L’armée féminine est supprimée et les soldates sont accueillies dans les mêmes bases que leurs collègues masculins.
La sélection ne se fait plus selon le sexe mais selon les capacités. Et donc, la plupart des postes fermés aux soldates, même s’ils ne demandaient pas une grande force physique, leur sont maintenant ouverts, y compris dans certains commandos.
Cependant, les jeunes filles n’arrivent pas toujours aux mêmes postes que les garçons parce que la durée de leur service militaire n’est que de deux ans, contre trois ans pour les garçons. Si elles veulent y accéder elles doivent signer pour quelques années dans l’armée de métier.
Il y a de nombreuses femmes dans les armées de métier américaine, canadienne, britannique ou française, mais Tsahal est l’une des seules armées du monde démocratique qui incorpore des jeunes filles pour un service militaire obligatoire.
Et les jeunes filles pratiquantes ?
De plus en plus de jeunes filles pratiquantes s’engagent à l’armée à la place du service national, en particulier dans les milieux sionistes religieux (דתי לאומי, dati leoumi). L’armée les apprécie, car elles font souvent preuve d’une grande motivation. Certaines deviennent officiers et lorsqu’elles se marient, elles continuent de servir, la tête couverte d’un kissouy rosh6.
Shahar Ben Nayim et son mari Amit, tous deux officiers, (Yediot Aharonot)
David Ben Gourion disait :
C’est seulement si le peuple dans son ensemble sait se protéger, protéger sa liberté et sa souveraineté qu’il sera en sécurité. Nous devons nous soucier de cela : Que chaque homme et chaque femme en Israël sache manier une arme et se tienne dans la bataille.
Après le 7 octobre, il n’y a plus de doute sur la motivation et le courage des combattantes.
Voici quelques exemples :
(Photo : Porte-parole de l’armée, site Yediot Aharonot)
Le lieutenant-colonel Or Ben Yehuda, 34 ans, mère de trois enfants, commandant du bataillon Caracal, dont les troupes ont réussi à éliminer une centaine de terroristes du Hamas, sauvant d’innombrables vies. L’héroïsme semble être une tradition familiale : sa mère a reçu une médaille militaire il y a 50 ans pour avoir défendu Israël pendant la guerre du Kippour.
Reut Ouaknin, sergent, infirmière combattante dans les gardes-frontières, elle a 21 ans.
(Photo : Porte-parole des services de police, Yediot Aharonot)
Reut était en vacances à Maalot dans le nord du pays. Dès qu’elle a entendu ce qui se passait, elle a appelé son équipe et, conduisant le plus vite possible, elle s’est rendue à Reim où avait lieu le concert en plein air. Elle a combattu des terroristes qui circulaient sur les routes et faisaient irruption dans les maisons. Lorsqu’à un moment donné, son commandant a été touché par un éclat d’obus, elle l’a soigné tout en continuant à combattre, assumant en même temps ses deux rôles d’infirmière et de combattante.
Yarden Choukron-Ifrah, d’Ofakim. Lieutenant-colonel, de l’Unité de Sauvetage du Front Intérieur. Elle a 37 ans et est mère de trois enfants :
Photo : Porte-parole de Tsahal, site Yediot Aharonot
Ce samedi-là, j’ai été réveillée par les alertes. J’ai mis les enfants en sécurité dans la pièce blindée (le mamad), embrassé mon mari et je suis partie aider les combattants du kibboutz Zikim. Les premiers combats ont eu lieu sur la route : après avoir éliminé les terroristes, nous avons été transférés a la base d’Orim où ont eu lieu d’autres combats puis je suis repartie à Ofakim et j’ai combattu à côté de chez moi et cartographié chaque rue et chaque maison pour que les forces de Tsahal identifient les possibles caches des terroristes. Lorsque dans la soirée, Tsahal a libéré la maison de Rahel et David Edry7 nous avons su que plus aucun terroriste vivant ne se trouvait à Ofakim.
Le Major Tal, bataillon des אריות הירדן (arayot hayarden) les Lions du Jourdain, 26 ans du Kibboutz Dafna
Ce bataillon opère dans la vallée du Jourdain et est l’un des cinq bataillons mixtes de Tsahal.
Photo Porte-parole de Tsahal, site Yediot Aharonot
Le major Tal a passé la fête de Sim’hat Torah chez des proches dans le centre du pays. Dès qu’elle a appris les nouvelles, elle s’est précipitée vers le sud, téléphonant à ses officiers et réussit à faire venir très rapidement toute sa compagnie. Ayant reçu un rapport indiquant qu’un groupe de terroristes circulait dans une zone agricole, son groupe s’est positionné sur un talus et réussit à tous les abattre.
Sergent Maya, combattant du 334ᵉ bataillon et élève-officier du cours d’officier d’artillerie. Elle est de Kiriat Bialik et a 20 ans.
Photo Porte-parole de Tsahal, Yediot Aharonot
Nous sommes arrivés dans un kibboutz infesté de terroristes et nous sommes passés de maison en maison pour les éliminer. Nous avons été exposés à des images choquantes : des cadavres de terroristes et de civils gisaient tout au long des rues. Nous avons enlevé les corps et collecté les munitions et les armes. Notre groupe est resté à l’intérieur du kibboutz pendant encore quelques jours, pour le sécuriser. Mais en même temps, nous faisions des incursions dans la zone de Reim pour rechercher les personnes disparues et débarrasser la zone des terroristes qui s’y cachaient encore. Pour le moment, nous sommes toujours là, recevant des missions tous les jours.
Comment gères-tu les scènes difficiles que tu as vues ?
Je ne me laisse pas briser. Il est important que l’ennemi sache que nous sommes solides. J’ai eu le même entraînement que les hommes. J’ai toujours su que j’étais capable d’être un combattant au même titre que les hommes et maintenant je l’ai également prouvé.
Lieutenant E., navigateur de combat au 109ᵉ Escadron ; elle a 23 ans et sert sur la base de Ramat David.
Photo Porte-parole de Tsahal, site Yediot Aharonot
Les tirs massifs de roquettes depuis Gaza l’ont surprise lors d’un voyage en jeep dans le sud avec ses amis de l’escadron.
Nous nous sommes réveillés avec de forts bruits de détonation et nous avons réalisé que c’était inhabituel, Nous n’avions pas de réception, alors nous avons grimpé la colline la plus proche pour nous connecter et essayer de comprendre ce qui se passait.
À ce stade, nous n’étions pas encore au courant de l’infiltration des terroristes, mais nous avons appelé nos commandants et les avons informés que nous retournions à l’escadron. Au cours du long voyage vers le nord, nous avons commencé à comprendre l’ampleur de l’événement. Depuis ce jour, je suis dans l’escadron tous les jours. Pendant 12 heures, je planifie le travail au sol, les cibles et les méthodes d’attaque, et pendant les 12 heures restantes, je suis occupée à attaquer des cibles depuis les airs. Je ne dors pas vraiment.
3 Mania Shohat était à l’origine une révolutionnaire russe qui avait quitté sa famille à l’âge de 15 ans mais qui, après le pogrom de Kishinev en 1903, a compris que le futur ne se trouve pas en Russie mais en Eretz Israël
4 Niouta Halperin deviendra officier dans la Haganah dans les années 40 et commandera 500 combattantes.
5 La différence entre Haganah, Palma’h, Irgoun et Le’hi est expliquée dans mes articles sur La Résistance Unifiée ou Mouvement Insurrectionnel Juif, Hameri (1/4, 2/4, 3/4, 4/4)
Vous les femmes d Israel , vous etes merveilleuses , meme dans leurs cuisines , ici les femmes sont des combattantes , des guerrieres .
Sans vous rien ne serai possible .
Vous les femmes d Israel , vous etes merveilleuses , meme dans leurs cuisines , ici les femmes sont des combattantes , des guerrieres .
Sans vous rien ne serai possible .
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