
Par Eran Shishon,
[23 juillet 2026]
À la lumière de profonds changements géostratégiques du Moyen-Orient et dans le cas où les États-Unis, à l’occasion d’éventuels changements politiques, moins amicaux, voire carrément hostiles, Israël doit initier une préparation sécuritaire, politique et industrielle. Les derniers développements politiques internes aux États-Unis, rendent possible une éventualité que les États-Unis ne soient plus son alliée privilégiée.
Israël doit commencer à se préparer au jour où les États-Unis ne seront plus son alliée privilégiée. La révélation du magazine Time selon laquelle Israël mène une campagne, en vue d’influencer l’opinion publique américaine, financée par le ministère israélien des Affaires étrangères, à hauteur de 50 millions de dollars, a provoqué une crise dans les relations entre les deux pays, d’une ampleur comparable à celle de l’affaire Pollard.
Le vice-président américain Vance a vivement attaqué cette campagne, affirmant qu’Israël tente d’entraîner les États-Unis dans une escalade contre l’Iran.
La semaine dernière, Trump a annoncé qu’il soutiendrait la vente d’avions F-35 à la Turquie, malgré l’opposition d’Israël. Bien entendu, au sein du Parti démocrate, la situation est bien plus grave : 103 élus démocrates ont voté en faveur de l’arrêt de l’aide américaine à Israël.
Même l’effondrement de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, conclu « par-dessus la tête » d’Israël, ne peut masquer la nouvelle : nous assistons à la fin des « relations spéciales » entre les deux pays.
Depuis sa création, la doctrine de sécurité nationale d’Israël a accordé une importance particulière à un lien stratégique avec une grande puissance.
- Dans les premières années du pays et jusqu’à la guerre des Six Jours, il s’agissait de la France,
- Depuis lors, ce sont les États-Unis ont pris cette place.
Les « relations spéciales » qui se sont développées entre Israël et les États-Unis incluaient, entre autres :
- une aide économique et militaire américaine (qui s’est progressivement réduite qu’en une aide militaire),
- le maintien de l’avantage qualitatif militaire d’Israël,
- une coopération militaire approfondie comprenant le développement conjoint d’armes,
- une coordination opérationnelle,
- un partage mutuel de renseignements
- et même une coordination sur la politique d’ambiguïté nucléaire d’Israël.

Malgré cela, jusqu’à récemment, Israël est resté indépendant dans ses décisions et fidèle au principe d’une défense exclusivement israélienne...
Aucune autre grande puissance ne peut offrir la qualité de relation et les avantages que les États-Unis procurent à Israël, et même un « cocktail » de plusieurs puissances ne saurait constituer un substitut, d’autant plus, qu’elles « ne se bousculent pas au portillon » pour prendre la place.
Dans un monde qui revient à la realpolitik, Israël a actuellement beaucoup à offrir grâce à sa puissance.
Cependant, il n’est pas clair quelle sera la dépréciation de l’image de puissance israélienne sans le soutien plein et entier des États-Unis.
La question stratégique centrale qui doit préoccuper les dirigeants sécuritaires israéliens est la suivante : à quoi ressemblera la sécurité nationale d’Israël sans les États-Unis ?
Israël est appelé à naviguer en permanence entre
- la nécessité d’agir selon le principe de la défense passive, également connu sous le nom poétique de « villa dans la jungle »,
- et le principe de prévention, qui l’amène à agir de manière préventive pour neutraliser les menaces émergentes.
En apparence, la leçon du 7 octobre exige une stratégie préventive permanente, mais celle-ci risque
- d’entraîner Israël dans une guerre d’usure chronique,
- accompagnée d’un isolement international,
- d’une pénurie de munitions et d’armes,
- et cette fois sans le soutien total de Washington.
Israël dispose d’outils nécessaires pour adapter sa doctrine de combat aux nouveaux dangers apparus dans la région.
La supériorité de Tsahal ne découle pas uniquement de sa supériorité technologique, mais surtout de l’état d’esprit de ses défenseurs.
Le général Israël Tal (Talik) disait à l’époque :
« C’est l’homme dans le char, qui vainc ».
Même dans un monde de technologie avancée, l’avantage décisif sur le champ de bataille dépend de l’esprit combatif, de l’ingéniosité et de la qualité des combattants.
On peut supposer que les responsables sécuritaires israéliens mènent déjà un travail concernant la production nationale de munitions et de pièces de rechange. Il s’agit d’une mission complexe, mais en fin de compte, d’une mission éminemment technique.
Les guerres se mesurent aux tendances qu’elles génèrent et à leurs résultats politiques.
Une leçon importante de la campagne actuelle contre l’Iran est, qu’il n’y a pas toujours de corrélation entre la supériorité sur le champ de bataille et ces tendances ou résultats.
- La réalité exige donc le développement d’une doctrine, où Israël doit construire des capacités qui lui permettront, par exemple, d’élargir et d’approfondir ses liens avec des pays et des groupes de la région ;
- de mener des manœuvres économiques et politique contre l’Iran, et peut-être aussi contre la Turquie.
- De forger une approche face aux nouveaux acteurs géostratégiques, notamment les entreprises technologiques et d’intelligence artificielle
- et de développer une résilience reposant sur la cohésion sociale et à une répartition plus équitable du fardeau du service militaire.
- En particulier, Israël doit se débarrasser de l’idée simpliste selon laquelle son problème sur la scène internationale est un problème de communication et éviter de s’empêtrer dans des campagnes comme celle qui a été révélée cette semaine.
Il est possible que le scénario d’un Israël sans les États-Unis ne se réalise pas et même s’il se réalise, cela pourrait se faire progressivement.
Mais une stratégie nationale ne se construit pas sur l’espoir, mais sur la préparation.
Un État responsable ne se demande pas comment préserver l’ancien ordre, mais comment garantir sa sécurité face aux nouveaux défis, qui se profilent à l’horizon.
Si l’ère des « relations spéciales » touche effectivement à sa fin,
Le grand défi d’Israël ne consiste pas seulement à produire davantage de chars, de munitions ou de systèmes de défense,
Mais à façonner une nouvelle doctrine de sécurité nationale,
Une doctrine reposant sur la puissance militaire, la résilience intérieure, l’influence politique et la capacité d’agir dans un monde où personne n’est plus tenu d’assurer sa sécurité que lui-même.EC♦

Eran Chichon, NEWS1
Traduction et adaptation : Édouard Gris
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