
Par Richard Abitbol,
[24 juillet 2026]
Et si l’élection présidentielle de 2027 révélait davantage qu’un choix politique ? Richard Abitbol défend une thèse radicale : face à un antisémitisme devenu, selon lui, un critère politique majeur, le bulletin de vote engage une responsabilité morale. Une réflexion qui ne prétend pas sonder les consciences, mais interroger les actes.
« Il y a une place spéciale en enfer pour ceux qui ne prennent pas position lors d’une crise morale »
Richard Abitbol
L’élection présidentielle de 2027 ne désignera pas seulement le prochain président de la République. Elle permettra également d’effectuer, grandeur nature, le premier recensement politique de l’antisémitisme français.
Le mot choquera. Tant mieux.
Depuis trop longtemps, l’antisémitisme bénéficie d’un privilège dont aucun autre racisme ne devrait bénéficier : CELUI D’ÊTRE INDÉFINIMENT ANALYSÉ, RELATIVISÉ, CONTEXTUALISÉ ET FINALEMENT ABSOUS.
On distingue
- l’antisémitisme de haine de l’antisémitisme d’indifférence ;
- l’antisémitisme « véritable » de l’antisionisme prétendument légitime ;
- l’intention personnelle de la conséquence politique ;
- le militant convaincu de l’électeur qui aurait voté pour d’autres raisons.

Toutes ces distinctions ne servent qu’à obscurcir une vérité pourtant élémentaire :
EST ANTISÉMITE TOUTE PERSONNE POUR LAQUELLE L’ANTISÉMITISME N’EST PAS DISCRIMINANT ET ÉLIMINATOIRE...
L’antisémitisme ne se sonde pas dans les reins et les cœurs.
Il ne dépend pas de ce que chacun prétend ressentir intimement envers les Juifs.
Il se constate objectivement lorsqu’un citoyen, parfaitement informé des paroles, des alliances, des silences et des actes d’un parti, décide néanmoins de lui accorder son suffrage.
Celui qui vote pour un parti antisémite vote antisémite.
Point barre.
Le bulletin de vote est un acte
On nous opposera que tous les électeurs d’un parti antisémite ne détestent pas personnellement les Juifs.
L’objection est sans valeur :
- Un bulletin de vote n’est pas une confidence psychologique.
- C’EST UN ACTE POLITIQUE.
Il apporte une voix, une légitimité et une part de pouvoir à L’ENSEMBLE D’UN PROJET.
On ne peut pas sélectionner secrètement, dans l’isoloir, les parties du programme que l’on approuve et celles que l’on refuse. On donne sa voix au tout.

Nul ne songerait à absoudre les électeurs du parti nazi au motif que certains auraient principalement voté pour l’emploi, l’ordre, le redressement économique ou la restauration de la puissance allemande…
Dès lors qu’ils avaient accepté de donner le pouvoir à un parti dont l’antisémitisme était connu, leur préférence pour d’autres aspects de son programme ne pouvait effacer la signification ni les conséquences de leur vote.
IL EN VA DE MÊME AUJOURD’HUI !
Lorsqu’une formation
- désigne systématiquement l’État juif comme l’incarnation absolue du mal ;
- lorsqu’elle transforme les Juifs français en suspects permanents sommés de se désolidariser d’Israël ;
- lorsqu’elle reprend les accusations ancestrales de puissance occulte, de privilège, de domination ou de double allégeance ;
- lorsqu’elle refuse de nommer clairement l’antisémitisme dès qu’il provient de son propre camp ;
- lorsqu’elle relativise les massacres du 7 octobre,
SES ÉLECTEURS NE PEUVENT PLUS PRÉTENDRE QU’ILS NE SAVAIENT PAS.
La France sait d’ailleurs que l’antisémitisme n’appartient pas seulement aux vestiges de l’extrême droite historique, devenus résiduels.
Un rapport parlementaire rappelait encore en 2025 qu’il se rencontre surtout dans une partie de l’extrême gauche,
dissimulé sous l’antisionisme
et alimenté par l’importation du conflit israélo-palestinien.
Parallèlement, la CNCDH constate que les actes de haine restent à un niveau très élevé.
Nous ne sommes donc plus devant quelques dérapages isolés.
Nous sommes devant un phénomène politique installé.
Le premier tour établira la carte des responsabilités
- Au premier tour de l’élection présidentielle, le recensement pourra s’effectuer par cercles concentriques, selon le degré d’implication de chaque formation.
- Au centre se trouvera La France insoumise, devenue le principal foyer politique de légitimation, de diffusion et de banalisation du nouvel antisémitisme.
- Autour d’elle apparaîtront les Écologistes, le Parti communiste et le Parti socialiste, selon leur degré respectif de participation, de complaisance, d’alliance ou de soumission électorale.
Tous ne portent peut-être pas l’antisémitisme avec la même violence.
Mais la qualification ne dépend pas de son intensité.
On n’est pas « un peu » antisémite parce que l’on se contente de s’allier aux antisémites.
On n’est pas innocent parce que l’on préfère se taire afin de préserver une coalition.
On n’est pas exonéré parce que l’on condamne abstraitement l’antisémitisme tout en apportant concrètement son soutien à ceux qui l’utilisent.

L’antisémitisme que l’on accepte pour gagner une circonscription
DEMEURE DE L’ANTISÉMITISME...

L’antisémitisme que l’on tolère pour conserver une alliance
DEMEURE DE L’ANTISÉMITISME...

L’antisémitisme devant lequel on s’efface pour ne pas rompre avec son camp
DEMEURE DE L’ANTISÉMITISME...
En 2027, les scores additionnés de ces formations permettront donc de mesurer
– non pas une vague sympathie envers leurs programmes,
– mais le nombre de citoyens pour lesquels leur rapport aux Juifs n’aura pas constitué une cause absolue d’élimination électorale.
Le second tour pourrait fournir le chiffre définitif
Si le second tour devait opposer le Rassemblement national à La France insoumise, l’expérience politique deviendrait décisive.
Le score obtenu par LFI donnerait alors la mesure la plus large de l’antisémitisme français :
Non parce que chacun de ses électeurs éprouverait nécessairement la même haine,
…Mais parce que chacun aurait décidé que l’antisémitisme de cette formation n’était pas suffisamment grave pour lui interdire l’accès à l’Élysée.
L’alibi du « barrage républicain » n’y changerait rien.
- On ne combat pas un danger politique supposé en donnant le pouvoir à un autre danger bien réel.
- On ne sauve pas la République en choisissant un mouvement qui a contribué à faire des Juifs la variable d’ajustement de sa stratégie électorale.
- On ne peut davantage prétendre lutter contre l’antisémitisme historique en légitimant son incarnation contemporaine.

Celui qui voterait LFI en connaissance de cause ferait un choix clair : il déciderait que l’antisémitisme n’est pas éliminatoire...

Or, celui pour qui l’antisémitisme n’est pas éliminatoire accepte qu’il puisse accéder au pouvoir...
L’abstention appelle une distinction.
Beaucoup de citoyens s’abstiennent pour des raisons qui n’ont aucun rapport avec cette question.
Mais une abstention volontaire motivée par le refus de faire obstacle à un parti dont l’antisémitisme est connu constituerait, elle aussi, unrenoncement moral.
Face à une crise de cette nature, choisir délibérément de ne pas choisir n’est plus tout à fait une neutralité.
Car une démocratie ne mesure pas seulement des opinions. Elle mesure des décisions.
Le bulletin de vote ne révèle pas les consciences. Il engage les responsabilités.
Voilà ce que l’élection présidentielle de 2027 pourrait révéler.
Non pas le nombre de Français qui déclarent haïr les Juifs, mais le nombre de ceux pour lesquels l’antisémitisme n’aura pas constitué une cause absolue d’élimination électorale.
Il ne sera pas nécessaire de leur demander ce qu’ils pensent.
Leur bulletin répondra pour eux. RA♦

© Richard C. Abitbol
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