
Par Pierre Lurçat,
[28 juillet 2026]
« Coming out » littéraire et mensonges politiques
J’ai abordé le roman de Dory Manor avec un préjugé favorable. Je connaissais de nom l’auteur, traducteur du français en hébreu, ayant à son actif des traductions de Baudelaire, Flaubert et Rimbaud. Manor est aussi le fondateur des éditions Altneuland, première maison d’édition hébraïque établie en Allemagne depuis la Shoah. Ce « pedigree » augurait à mes yeux d’un talent littéraire prometteur.
Son livre est déroutant à plusieurs égards.
Écrit en français (langue que Manor maîtrise parfaitement), il s’ouvre par un chapitre intitulé « Mon père mis à nu » et par une description du sexe et du prépuce de son père. Dans son avant-propos, Manor s’adresse à celui-ci : « Je t’écris en français, une langue que tu ne connaissais pas… »
La « précaution » littéraire de Manor envers son défunt père s’explique selon l’auteur par le conflit ouvert qui l’a opposé à celui-ci, conflit violent revêtant différents aspects, liés tant à l’histoire de la famille et du couple de ses parents qu’à ses propres choix, identitaires et intimes.
Le reproche principal que l’on peut faire à Dory Manor n’est toutefois pas d’ordre littéraire, mais politique.
Dans une récente intervention sur une chaîne de télévision française, il prétend que le mot « paix » est devenu péjoratif en Israël. Et il enfonce le clou :
La paix selon lui serait quelque chose de « trop doux »,« trop faible », et« trop juif diasporique ». « C’est tout ce que le sionisme triomphant a voulu refouler » conclut Manor sous l’œil approbateur de ses interlocuteurs.
Un tel discours mensonger séduit apparemment un certain public en France.
Le mensonge de Manor transparaît également dans la présentation de son livre sur le site de son éditeur, évoquant :
« Son père, symbole d’un Israël conquérant et militarisé »,
ou encore Une « société de gorilles… en perte de repères démocratique et humanistes ».
La réalité d’Israël aujourd’hui est en vérité à mille lieues de ces clichés réducteurs et mensongers.
L’État juif, îlot de démocratie dans un océan de régimes autoritaires rétrogrades, a réussi malgré la guerre à conserver son caractère démocratique et pluraliste.

Le portrait d’une « société de gorilles » que dresse Manor décrit une vision fantasmée d’un pays qui n’est pas Israël….
Exilé volontaire à Berlin depuis vingt ans, l’auteur ignore la réalité profonde d’Israël, société profondément divisée mais intrinsèquement démocratique, qui réussit miraculeusement à devenir (contre son gré) Sparte, tout en restant Athènes.
Dans ce contexte,
Le choix de Manor d’écrire en français n’obéit peut-être pas tant à une pudeur ultime envers son père défunt, qu’à une sorte de « double discours », hélas répandu dans le monde de la culture israélienne,
Qui consiste à dire au public occidental ce qu’il aime entendre.
Ajoutons que le livre de Dory Manor, malgré ses défauts, a aussi des aspects touchants et intéressants. PL♦

Pierre Lurçat, Vu de Jérusalem
Dory Manor, Le Gorille, Grasset 2026, 320 pages.
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Merci Pierre
C’est bien d’avoir fait la part des choses…
Plutôt bizarre ce grand connaisseur des gorilles qui habite si loin pour suivre de près Israël…
Amitiés Alain
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