Une conclusion s’est imposée : le pouvoir n’est jamais une récompense. Il est une charge.
Il me restait une troisième étape :CHOISIR.
Le 27 octobre, nous n’élirons pas seulement un Premier ministre.
Nous répondrons à une question que l’Histoire pose rarement à un peuple :
« Que fait-on de la souveraineté lorsqu’on a attendu deux mille ans pour la retrouver ? »
Voilà, selon moi, le véritable enjeu.
Cette élection n’oppose pas seulement des partis, elle oppose deux conceptions d’Israël.
L’une considère la souveraineté comme un simple instrument de gouvernement.
L’autre la considère comme une responsabilité sacrée. Le mot peut surprendre dans un article politique, je l’assume.
Car le retour du peuple juif sur sa terre n’est pas seulement un événement géopolitique. C’EST UN ÉVÉNEMENT DE CIVILISATION !
Pendant près de vingt siècles,
Nous avons vécu sans armée, sans frontières, sans gouvernement.
Nous pouvions transmettre la Torah.
Nous ne pouvions pas transmettre la souveraineté.
Nos grands-parents rêvaient d’un État, nos parents nous l’ont transmis.
À nous de transmettre davantage qu’un territoire.
Nous devons transmettre une nation qui croit encore en sa légitimité…
C’est là que commence mon désaccord avec une partie de la classe politique israélienne.
Je ne lui reproche pas seulement des erreurs.
Je lui reproche de ne plus mesurer la singularité historique d’Israël..
Israël n’est ni la Belgique du Moyen-Orient,
Ni une démocratie occidentale transplantée sur les rives de la Méditerranée.
Israël est le seul peuple de l’Histoire revenu sur sa terre, après près de deux mille ans d’exil, pour y retrouver sa langue, sa souveraineté et son destin…
Cette singularité impose des devoirs particuliers.
Elle interdit les raisonnements paresseux.
Elle interdit surtout les illusions.
Le 7 octobre n’a pas seulement détruit la barrière de Gaza. IL A DÉTRUIT DES CERTITUDES !
Il a rappelé qu’un peuple peut mourir de ses illusions plus sûrement que de ses ennemis…
Depuis ce jour, je ne regarde plus un programme politique de la même manière.
Je ne demande plus aux candidats ce qu’ils promettent.
Je me demande ce qu’ils feront le jour où Israël devra choisir entre être applaudi… ou survivre.
C’est à cette seule aune que je les examine.
1PREMIÈRE ILLUSION : CROIRE QUE LE MONDE NOUS ACCORDERA LA LÉGITIMITÉ QUE NOUS NE NOUS ACCORDONS PAS NOUS-MÊMES
– C’est avec Yaïr Lapid que mon désaccord est le plus profond.
Non parce que je mettrais en doute son patriotisme. Mais parce que je crois que sa vision d’Israël conduit, à terme, à l’affaiblissement de notre souveraineté.
Le point de rupture est connu, ILS’APPELLE “LES DEUX ÉTATS”.
Lapid l’a clairement exprimé à la tribune des Nations unies. Pendant des années, cette idée a été présentée comme la seule voie raisonnable vers la paix.
Le 7 octobre l’a pulvérisée.
Nous avons quitté Gaza.
Nous avons déraciné des milliers de familles juives.
Nous avons laissé des serres, des infrastructures et un territoire sans la moindre présence israélienne.
Nous n’avons pas récolté la paix.
Nous avons récolté le Hamas.
Comment peut-on, après le 7 octobre, continuer à ENVISAGER LA CRÉATION D’UN ÉTAT PALESTINIEN EN JUDÉE-SAMARIE, sur les hauteurs qui dominent Jérusalem, Tel-Aviv, Ben Gourion et le cœur démographique d’Israël ?
Ce ne serait pas un pari.
Ce serait une faute historique.
– Mon second désaccord est tout aussi profond.
Je refuse qu’Israël construise sa politique en fonction du regard porté sur lui par les Nations unies, Bruxelles, Paris, Londres ou Washington.
Les alliés méritent d’être écoutés. Ils ne doivent jamais devenir les arbitres de notre destin.
Le monde ne nous a jamais donné notre légitimité.
Il l’a parfois reconnue.
Il l’a souvent contestée.
Notre droit sur cette terre ne commence ni en 1947 ni en 1967.
Il commence il y a plus de trois mille ans.
Un peuple qui attend des autres qu’ils valident son existence finit toujours par douter lui-même de son identité…
Enfin, les évolutions récentes deYesh Atid1illustrent la volonté de ce parti d’abandonnerIsraël.
Les idées produisent des choix.
Les choix produisent des alliances.
Et les alliances révèlent souvent les idées plus clairement que les discours :
Ron Katz a quitté la Knesset et a été remplacé par Mohammad Abu al-Hija, figure du secteur arabe de Yesh Atid.
Dans le même temps, Yoav Segalovitz, ancien numéro deux de la police israélienne et député Yesh Atid, envisage de rejoindre la liste de Ra’am de Mansour Abbas, parti issu de la branche sud du Mouvement islamique.
Chacun appréciera la portée politique de ces évolutions. Pour ma part, elles confirment que nos conceptions de l’avenir d’Israël s’éloignent désormais de manière irréversible…
2DEUXIÈME ILLUSION : CROIRE QUE LE CONSENSUS PEUT REMPLACER UNE VISION
Benny Gantz est un homme respectable. Mais le respect ne suffit pas à faire un homme d’État.
Israël n’a jamais manqué de gestionnaires. Israël manque de visionnaires.
Je cherche encore, chez Benny Gantz, une doctrine claire
sur la souveraineté en Judée-Samarie,
sur l’avenir de nos institutions,
sur l’identité juive de l’État
ou sur la place qu’Israël devra occuper dans un Moyen-Orient en pleine recomposition.
Je ne la trouve pas.
Depuis des années, Benny Gantzdonne le sentiment de rechercher le point d’équilibre entre les différentes sensibilités du pays.
À force de vouloir rassembler tout le monde, on finit parfois par ne plus savoir où l’on veut conduire le pays.
Leconsensusestutile lorsqu’il s’agit de gérer le quotidien. Il devient une faiblesse lorsqu’il faut affronter l’Histoire...
Israël n’a pas besoin d’un arbitre,
ni même d’un excellent gestionnaire.
Il a besoin d’un capitaine, d’un visionnaire et d’un homme d’État capable de fixer un cap lorsque souffle la tempête.
3TROISIÈME ILLUSION : CROIRE QUE L’EXPÉRIENCE MILITAIRE SUFFIT À GOUVERNER UN PEUPLE
L’uniforme inspire le respect.
Il ne confère pas automatiquement une vision politique.
L’histoire d’Israël l’a démontré à plusieurs reprises :un excellent chef militaire ne devient pas nécessairement un grand Premier ministre.
Le chef d’état-major prépare la prochaine bataille. Le Premier ministre prépare les cinquante prochaines années…
L’un pense en campagnes militaires.
L’autre doit penser en civilisation.
C’est précisément là que je ne vois pas, chezGadi Eizenkot, la vision qu’exige aujourd’hui Israël…
Depuis plus de vingt ans, le régime des mollahs proclame sa volonté d’anéantir Israël tout en poursuivant méthodiquement son programme nucléaire.
Il s’agit d’une menace stratégique majeure pour notre avenir.
Or Gadi Eizenkot s’est constamment montré réservé sur l’idée de traiter ce danger à sa source.
Après le 7 octobre, il s’est égalementopposé à un élargissement de la guerre visant à frapper l’axe iranien.
Sa prudence est une faiblesse. Lorsqu’une menace est existentielle, attendre peut parfois coûter davantage qu’agir.
L’Histoire juive nous a appris une leçon terrible :
Lorsque ceux qui veulent notre disparition annoncent leurs intentions, il est dangereux de les prendre pour des effets de rhétorique ;
Les ennemis du peuple juif finissent souvent par tenter de mettre, leurs menaces, à exécution ;
Encore faut-il avoir le courage de les croire.
J’ajoute une dernière réserve, rarement évoquée pourtant essentielle.
Le Premier ministre d’Israël n’est plus seulement le chef du gouvernement. Il est devenu le visage d’Israël et son principal avocat devant le monde…
Il doit tenir tête aux présidents américains,
aux dirigeants européens,
aux secrétaires généraux de l’ONU,
répondre aux plus grands médias internationaux,
défendre notre légitimité dans une langue et avec une autorité qui ne souffrent aucune approximation.
Cette fonction exige aujourd’hui une stature internationale exceptionnelle.
Gadi Eizenkot ne possède pas cette stature ni cette capacité de représentation qui sont devenues indispensables à un Premier ministre israélien.
4QUATRIÈME ILLUSION :L’INSTABILITÉ ÉRIGÉE EN MÉTHODE N’EST PAS UNE HABILETÉ POLITIQUE. ELLE EST LE RENONCEMENT PROGRESSIF À LA FIDÉLITÉ DUE À LA PAROLE DONNÉE.
Naftali Bennett ne dispose plus, du capital de confiance qu’exige la fonction.
En démocratie, le premier contrat n’est pas celui qui lie les partis entre eux. C’est celui qui lie un élu à ses électeurs…
En 2021, Naftali Bennett est devenu Premier ministre, par défaut, avec sept députés. Je ne lui reproche pas d’avoir saisi une opportunité.
Je lui reproche le prix politique auquel cette opportunité a été obtenue.
Une coalition peut être parfaitement légale.
ELLE PEUT AUSSI ÊTRE PERÇUE COMME UNE RUPTURE DU MANDAT CONFIÉ PAR LES ÉLECTEURS.
La démocratie ne vit pas seulement de la légalité. Elle vit de la confiance.
Or la confiance est le seul capital qui, une fois perdu, ne se reconquiert jamais complètement.
Depuis quinze ans, Naftali Bennett a changé de partis, d’alliances, de positionnements et de stratégie.
Évoluer est parfois une qualité.
Changer continuellement de cap finit par rendre la destination elle-même illisible.
Israël traverse une période où il a besoin d’une colonne vertébrale. Pas d’une trajectoire en perpétuelle recomposition…
5CINQUIÈME ILLUSION : CROIRE QUE LES MOTS D’UN DIRIGEANT S’ARRÊTENT AUX FRONTIÈRES D’ISRAËL
Je défendrai toujours le droit de critiquer un gouvernement.
Aucune circonstance atténuantepour celui qui, en temps de guerre, affaiblit son propre pays et nourrit la propagande de ses ennemis.
Lorsqu’un ancien général affirme qu’Israël devient un « État paria » et qu’« un pays sain ne tue pas des bébés comme un hobby », il ne parle plus seulement à l’opinion israélienne...
Il fournit à ceux qui cherchent à délégitimer Israël les mots qu’ils n’auraient jamais osé inventer eux-mêmes.
Les ennemis d’Israël n’attendent pas nos chars. Ils attendent nos aveux.
Les rectificatifs arrivent toujours trop tard. Les slogans, eux, parcourent le monde en quelques minutes.
La responsabilité d’un dirigeant ne s’arrête pas à son intention. Elle commence avec les conséquences de ses paroles.
Et lorsqu’une phrase devient une arme dans les mains de ceux qui veulent détruire votre pays, ce n’est plus une maladresse. C’est une faute grave,Yair Golanen paiera le prix fort..
Mon choix
Au terme de cette réflexion, mon choix ne procède ni de l’habitude, ni de la fidélité, ni de l’affect.
Il procède d’une comparaison.
Je ne me suis pas demandé quel candidat était le plus sympathique.
Je me suis demandé lequel était aujourd’hui le plus nécessaire à Israël.
Car une élection ne consiste pas à choisir un homme idéal. Elle consiste à choisir le dirigeant dont le pays a besoin dans les circonstances qui sont les siennes...
Or ces circonstances sont exceptionnelles.
L’Iran poursuit sa course au nucléaire.
Le Hamas et le Hezbollah restent déterminés à nous détruire.
L’antisémitisme explose dans une grande partie du monde.
Et la délégitimationd’Israël est devenue une stratégie politique à part entière.
Dans un tel contexte, je ne cherche pas le dirigeant qui rassure.
Je cherche celui qui tient.
Une conclusion s’est imposée.
Aujourd’hui, un seul homme répond aux quatre exigences que je considère comme vitales.
La souveraineté.
La sécurité.
L’identité.
Le courage politique.
Sur la souveraineté, Benjamin Netanyahou a démontré qu’il considérait l’indépendance des décisions israéliennes comme une ligne rouge.
Sur la sécurité, il a identifié très tôt la menace iranienne comme le défi stratégique majeur de notre génération, alors que beaucoup continuaient à la relativiser.
Sur l’identité, il assume que le sionisme ne consiste pas seulement à administrer un État, mais à poursuivre le retour du peuple juif dans son Histoire.
Enfin, je lui reconnais une qualité devenue rare en politique : la constance et sa détermination face aux dirigeants du monde.
On peut discuter certaines de ses décisions.
On ne peut pas lui reprocher de changer de doctrine au gré des circonstances ou des sondages.
Je ne prétends pas qu’il soit irréprochable. Dans le judaïsme, aucun dirigeant ne l’est. Le roi lui-même portait un Sefer Torah pour se rappeler qu’il demeurait soumis à une Loi plus grande que lui.
Les circonstances exceptionnelles ne permettent pas toujours de choisir le dirigeant dont on rêve. Elles obligent à choisir celui dont le pays a besoin...
En conscience, c’est la conclusion à laquelle je suis parvenu. Le 27 octobre, je voterai pour la liste du Likoud.
Non par fidélité à un homme.
Mais parce que je considère qu’aujourd’hui, c’est la formation la plus à même d’assumer les responsabilités qu’impose la souveraineté retrouvée du peuple juif.
Un dernier mot.
En refermant cette réflexion, je mesure combien il est facile de réduire une campagne électorale à un affrontement de personnes.
Ce serait une erreur, les hommes passent, Israël demeure.
Les gouvernements se succèdent. Le peuple juif, lui, poursuit son histoire.
Au fond, une élection ne révèle pas seulement nos préférences politiques. Elle révèle ce que nous croyons être l’avenir d’Israël…
Chaque génération reçoit un héritage.
La nôtre a reçu un privilège qu’aucune génération juive n’avait connu depuis près de deux mille ans : celui d’exercer à nouveau la souveraineté sur sa terre.
Rien ne nous garantit que cet héritage se conservera de lui-même.
Une souveraineté se protège, se mérite, se transmet.
C’est pourquoi je ne considère pas mon vote comme un simple choix électoral.
Je le considère comme un acte de responsabilité envers ceux qui nous ont précédés et envers ceux qui nous succéderont.
J’ignore comment les historiens jugeront notre époque. Mais je sais une chose.
Nos petits-enfants nous demanderont moins pour qui nous avons voté…
… que ce que nous avons fait de l’État que nos grands-parents n’avaient connu qu’en rêve.
C’est à cette question que chacun de nous devra répondre.
Cher Serge… tout comme vous j’ai fait mon choix et que Dieu m’aide à y parvenir. Netanyahu et le likoud sont ceux que mon intelligence, ma conscience et ma responsabilité envers mes frères et envers les générations à venir, me dictent.
Amitiés
Therese
Merci pour cet excellent article: il est très clair!
Beaucoup de candidats et d’égos se bousculent au portillon, considérant que c’est maintenant leur tour de gouverner, et que l’alternance au pouvoir est indispensable.
Mais en fait, dans le cas unique et spécifique d’Israël, et dans les circonstances historiques présentes, ce qui est indispensable, ce sont les qualités exceptionnelles de clarté d’analyse, de détermination et de courage dont a fait preuve le Premier Ministre actuel, a qui les électeurs feront une fois de plus confiance, dans leur sagesse, car « on ne change pas de cheval au milieu du gué », avec le combat existentiel engagé et en cours, contre l’hydre nazislamiste, sur de multiples fronts.
Cher Serge… tout comme vous j’ai fait mon choix et que Dieu m’aide à y parvenir. Netanyahu et le likoud sont ceux que mon intelligence, ma conscience et ma responsabilité envers mes frères et envers les générations à venir, me dictent.
Amitiés
Therese
J’aimeJ’aime
[…] évolutions récentes de Yesh Atid1 illustrent la volonté de ce parti […]
J’aimeJ’aime
Merci pour cet excellent article: il est très clair!
Beaucoup de candidats et d’égos se bousculent au portillon, considérant que c’est maintenant leur tour de gouverner, et que l’alternance au pouvoir est indispensable.
Mais en fait, dans le cas unique et spécifique d’Israël, et dans les circonstances historiques présentes, ce qui est indispensable, ce sont les qualités exceptionnelles de clarté d’analyse, de détermination et de courage dont a fait preuve le Premier Ministre actuel, a qui les électeurs feront une fois de plus confiance, dans leur sagesse, car « on ne change pas de cheval au milieu du gué », avec le combat existentiel engagé et en cours, contre l’hydre nazislamiste, sur de multiples fronts.
J’aimeJ’aime