Par Pasteur Gérald Fruhinsholz, [Jérusalem, 16 août 2026]
Yonah – « la colombe » – prophétisa au temps de Jéroboam II, dans le royaume du Nord (II Rois 14,25). Le livre qui porte son nom s’ouvre sur un ordre divin inattendu :se rendre à Ninive, capitale de l’Assyrie, pour amener ses habitants à se repentir. Un prophète d’Israël reçoit ainsi une mission dirigée vers une grande ville étrangère. Mais Yonah refuse et embarque à Yafo versTarshish, dans la direction opposée.
Le récit insiste sur une descente répétée : Yonah descend à Yafo, descend dans le navire, puis s’enfonce dans la cale. Après avoir été jeté à la mer, il descendra encore, jusque dans les profondeurs. Ce mouvement traduit plus qu’un déplacement :
En fuyant la parole divine, le prophète s’éloigne aussi de sa responsabilité. Pourtant, même au plus bas, la présence de Dieu ne disparaît pas…
Un sommeil prophétique
Tandis que la mer se déchaîne, les marins prient chacun leur divinité et jettent la cargaison par-dessus bord. Yonah, lui, dort dans la cale. Le capitaine le réveille et l’appelle à invoquer son Dieu. Le contraste est saisissant :
Des non-Juifs cherchent avec ferveur une voie de salut,
Tandis que le prophète chargé de porter une parole aux nations, demeure silencieux.
Ce sommeil mérite une attention particulière. Le texte emploie le verbevayeradam, apparenté àtardema, le sommeil profond que le Tanakh associe parfois à un moment décisif ou prophétique.
Dieu plongea Adam dans un profond sommeil avant l’apparition de la femme Ishah (Genèse 2,21) ;
Abram connaît untardema quand D.ieu fonde une alliance unilatérale en faveur d’Israël (Genèse 15,12).
Le sommeil de Yonah peut donc être lu non seulement comme une fuite, mais aussi comme le seuil d’une transformation, d’une création….
Dans une lecture symbolique, Yonah peut représenter Israël :
Jeté parmi les nations, englouti sans être détruit,
gardé vivant dans les profondeurs,
puis ramené sur la terre ferme.
Son tardema peut alors évoquer le long sommeil de l’exil et le réveil du peuple juif après près de deux mille ans d’errance hors de sa terre – une résurrection nationale, comme image du retour et d’une vocation retrouvée.
Dans la tempête, le tirage au sort désigne Yonah. Il se présente alors avec cette belle confession :
« Je suis Hébreu, et je crains l’Éternel, Dieu du ciel, qui a fait la mer et la terre » (Yonah 1,9).
Son attitude touche les marins. Ils hésitent à le jeter à la mer, et demandent à Dieu de ne pas leur imputer sa mort. Lorsque la mer s’apaise, ils éprouvent une grande crainte de l’Éternel, offrent un sacrifice et font des vœux.
Le texte ne présente pas les nations comme étrangères à toute conscience morale.
Les marins manifestent compassion, retenue et respect pour la vie.
La rencontre avec Yonah devient pour eux une rencontre avec le Dieu créateur. Même la fuite du prophète ne peut empêcher la souveraineté divine d’agir…
Responsabilité et techouva
« Tiré au sort » – le rapprochement avec Yom Kippour vient à l’esprit, car le sort y joue également un rôle (Lévitique 16).
Yonah n’est pas un bouc émissaire rituel, et les marins ne transfèrent pas sur lui leurs fautes.
On peut néanmoins discerner, dans une lecture messianique, une préfiguration du serviteur d’Ésaïe 53,12 :
Un homme livré à la mort, dont l’abaissement contribue à la délivrance des autres.
Le rapprochement demeure toutefois partiel, car Yonah subit ici les conséquences de sa propre désobéissance. Il reconnaît que sa fuite a mis les autres en danger et accepte d’en porter la conséquence.
Le chapitre invite ainsi chacun à examiner sa responsabilité avant d’accuser autrui…
Le mot central qui se profile est techouva. Yonah n’a pas encore accompli cettetechouva, mais la tempête l’oblige déjà à dire qui il est, qui est son Dieu et quelle faute il a commise.
Le réveil physique dans la cale annonce un réveil intérieur encore inachevé.
Une prière depuis les profondeurs
Dans Yonah 2, Dieu appelle un grand poisson pour engloutir le prophète, qui y demeure trois jours et trois nuits.
Le poisson n’est pas décrit comme un simple châtiment : il empêche le prophète de périr.
Ce lieu étroit devient à la fois refuge, épreuve et espace de prière.
La justice divine et la miséricorde divine ne s’excluent pas ; elles conduisent ensemble l’être humain à reconnaître sa dépendance envers le Créateur…
La prière de Yonah (chapitre 2) reprend le langage des Psaumes. Elle évoque les flots, l’abîme, le Shéol, les portes de la terre et le souvenir du Temple.
Yonah prie comme un homme déjà sauvé, alors même qu’il se trouve encore dans le poisson.
Cette tension exprime la confiance :la délivrance commence lorsque la personne se tourne vers Dieu et retrouve la capacité de prier…
« Dans ma détresse, j’ai appelé l’Éternel, et Il m’a répondu ; du sein du Shéol, j’ai crié, Tu as entendu ma voix » – Yonah 2,3
Le salut appartient à Dieu
Le sommet du chapitre se trouve dans la formule : Yeshou‘atah la-Adonaï –יְשׁוּעָתָה לַיהוָה – « le salut appartient à l’Éternel » (Yonah 2,10) . Le mot yeshou‘ah signifie ici délivrance ou salut. L’affirmation porte sur la souveraineté de Dieu.
Yonah ne peut ni maîtriser la mer, ni sortir du poisson par ses propres forces.
Il peut cependant reconnaître la source de sa délivrance, rendre grâce et s’engager à accomplir ses vœux.
Cette conviction traverse le Tanakh : Dieu entend le cri venu des profondeurs, relève celui qui chancelle et ouvre une voie là où l’être humain n’en voit plus.
La prière n’efface pas la responsabilité de Yonah ; elle le prépare à recevoir de nouveau sa mission…
Jonas 2 est un psaume prophétique de descente au tombeau et de nouvelle naissance, proclamant que le salut vient exclusivement de YHWH.
Le poisson : tombeau, matrice et relèvement
Concernant le Poisson, le texte emploie d’abord le masculin dag, puis la forme féminine dagah.
Le passage de דגà דגה(dag à dagah) permet une lecture symbolique de la gestation.
Le lieu qui ressemble d’abord à un tombeau devient une matrice : Yonah est englouti, caché et travaillé dans les profondeurs avant d’être rendu à la terre ferme.
Le ventre du poisson est ainsi à la fois lieu de mort, de conservation et de renaissance.
Cette image rejoint la lecture collective – Israël, gardé vivant au milieu de l’exil, ramené à sa terre et remis en marche.
Une seconde chance
« L’Éternel parla au poisson, et le poisson rejeta Yonah sur la terre » (Yonah 2,11).
Sa délivrance n’est donc pas la fin du récit, mais le renouvellement de son appel.
Le prophète revient à layabbashah, la terre sèche, comme au seuil d’une existence rendue à sa vocation…
En Genèse 1,9-10, la yabbashah apparaît lorsque Dieu rassemble les eaux. Jonas émerge lui aussi des eaux par la parole souveraine de Dieu : c’est comme une re-création.
Les deux premiers chapitres de Yonah enseignent qu’on ne peut fuir indéfiniment sa mission, que la prière reste possible même depuis les profondeurs et que Dieu accorde une nouvelle possibilité d’agir.
Ils préparent aussi la grande question du livre :
Pouvons-nous accepter que la miséricorde divine s’étende au-delà de nos frontières, jusque sur ceux que nous considérons comme nos ennemis ?…
« Ainsi parle l’Eternel, qui t’a créé, ô Jacob ! Celui qui t’a formé, ô Israël ! Ne crains rien, car Je te rachète, Je t’appelle par ton nom : tu es à moi ! Si tu traverses les eaux, Je serai avec toi » – Ésaïe 43,1-2 GF♦
double aspect contradictoire de la mer qui nourrit ou noie, du poisson qui mange ou protège. Le sel de la terre donne joie et goûts aux a.iments, ou tué par hypertension. L eau est transparence et simplicité ou encore inconnue. Aux grandes pression ses qu’à,ités physiques changent. Le dessalement de l’ eau de mer pourrait se faire par hyperpressions. Insensi le â la tur imité, moins cher. Ce serait une solution pratique et économique en énergie
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