Esther ou l’orpheline devenue reine

Esther et Mardochee Pourim
Esther et Mardochée

Par le Rabbin Arié Toledano

Une enfance difficile
Esther était devenue orpheline à la naissance. Le texte de la Méguila[1] dit ainsi: « Car elle n’avait ni père ni mère, et à la mort de son père et de sa mère, Mardochée la prit chez lui, comme sa fille ». Le Talmud (Méguila 13a) précise : les mots « car elle n’avait ni père ni mère » viennent nous enseigner que son père était mort, alors que sa mère était enceinte d’elle, et que sa mère était morte à sa naissance. Autrement dit, elle n’a jamais pu connaître ses parents. C’est alors que Mardochée, son oncle, un ancien membre du Sanhedrin, l’adopta. Quand les messagers du roi Assuérus vinrent chercher des jeunes filles à présenter au roi, en remplacement de la reine Vashti, Mardochée fit tout son possible pour cacher Esther. Mais rien n’y fit, elle fut prise, contre son gré, avec toutes les jeunes filles du royaume au harem du roi, sous la direction d’Egaï, gardien des femmes.

Mardochée se déplaçait tous les jours pour aller devant la « maison des femmes » s’enquérir du sort d’Esther. Au-delà du geste naturel d’attention de la part d’un tuteur envers sa fille adoptive, il y avait selon nos Sages un signe prémonitoire qu’il venait de percevoir. Il se demandait pourquoi la Providence divine a mené cette orpheline qu’il avait élevée dans la sainteté et la crainte de D-ieu au harem d’un idolâtre. Tant de filles étaient disposées à se lancer dans la course des reines potentielles ! Il était de fait convaincu qu’un évènement exceptionnel viendrait justifier la présence d’Esther à la place où elle était (voir Rachi sur Esther 2/11).

Son séjour au harem d’Assuérus annonçait déjà l’issue du « concours » : Egaï, gardien des femmes, se prit de sympathie pour cette jeune orpheline. Il faisait de son mieux pour l’aider à se préparer à l’entrevue avec le roi en lui fournissant cosmétiques, parfums et servantes. Il faisait même une mesure d’exception pour son alimentation : il lui servait des graines ! Car, fidèle à l’éducation de Mardochée, elle ne mangeait que des graines pour ne pas se souiller avec des aliments non-cachers (voir Guémara Méguilla 13b).

n°47 Mars 2014
n°47
Mars 2014

L’intronisation forcée
Durant tout son séjour au harem, Esther ne révéla pas ses origines juive et royale. Esther était en effet une descendante du roi Saül, ce qui pouvait jouer en sa faveur dans le « concours » de la meilleure reine. Car Assuérus qui s’était imposé roi, cherchait à se légitimer par le sang royal de sa future épouse. Vashti lui assura bien cette fierté d’avoir épousé la petite-fille de Nabuchodonosor roi de Babylone, mais une fois celle-ci mise à mort pour avoir désobéi, il lui fallait une remplaçante de même stature.

Mais pourquoi Esther ne révélait-elle pas ses origines ? Car Mardochée l’avait exhortée de ne pas le faire, afin qu’elle ne soit pas retenue !

Finalement, ce fut lors de la septième année de son règne, au mois de Teveth, qu’Esther fut prise au palais d’Assuérus, et elle lui plut plus que toutes les autres candidates. Ainsi dit le texte de la Méguila (Esther 2/17): « il plaça une couronne royale sur sa tête et l’intronisa à la place de Vashti ».

Exergue Esther 47Une fois reine, les choses ne se précipitèrent pas. En effet, le décret d’Haman, ministre tout-puissant du roi qui voulait exterminer tous les juifs du royaume, n’est daté que de la douzième année du règne d’Assuérus, soit plus de quatre ans après l’intronisation d’Esther. Durant cette période, Esther resta fidèle à l’exhortation de Mardochée quant à la révélation de ses ascendants : elle ne révéla jamais au roi son origine royale.

Une fois le décret promulgué, Mardochée demanda à Esther d’intervenir auprès du roi. Sachant que ce dernier était très versatile, et que Vashti avait payé cher de lui avoir désobéi, elle hésita à venir le voir sans être attendue. Elle accepta finalement en demandant à Mardochée d’organiser un rassemblement de tous les juifs de Suze avec jeûne et prière. Mais que fit-elle ?

Elle demanda au roi de se rendre au festin qu’elle lui avait préparé, accompagné d’une seule personne : Haman. En plein milieu du festin, elle l’invita à revenir le lendemain à un deuxième festin, en compagnie d’Haman, au cours duquel elle lui révèlerait (enfin !) ses origines. Pour comprendre la stratégie d’Esther, il faut nous référer au texte de la Guémara (Méguila15b) pour savoir ce qui motiva cette décision : il y avait dans son invitation à Haman pas moins de douze motivations ! Citons ici deux d’entre elles, la première étant d’ordre spirituel : elle cherchait à faire croire aux juifs qu’ils ne pouvaient compter sur elle pour annuler le décret. Ils se tourneraient ainsi vers la recette ancestrale en cas de détresse : prier D-ieu pour implorer Sa miséricorde. La seconde, était une manœuvre politique : étant préoccupé et honoré par les festins du roi, Haman ne pouvait préparer un complot contre ce dernier, alors que, ambitieux et orgueilleux, tout semblait lui réussir.

C’est finalement lors du second festin qu’Esther révéla ses origines, et demanda simultanément au roi de préserver sa vie et celle de son peuple du décret d’Haman-« ici présent ! » – qui visait à les éliminer. A cet instant précis, le valet Harbona rappela au roi qu’Haman avait préparé une potence pour pendre Mardochée, qui avait préservé la vie du roi du complot des deux sentinelles (voir Esther 2/21). Esther qui connaissait le caractère emporté d’Assuérus avait réussi son coup : « pendez Haman sur cette potence ! » ordonna le roi. Or, la règle était stricte : une fois un ministre mort, tous ses décrets étaient abolis. C’est ainsi que Mardochée eut la réponse à sa question : pourquoi Esther fut-elle sélectionnée comme reine malgré tous ses efforts pour échapper à ce destin ? Car le peuple juif avait besoin d’elle ! Une fois le décret aboli, Esther informa le roi de sa parenté avec Mardochée. Le roi lui donna les attributions qu’avait Haman et tous les honneurs qui y étaient attachés. AT♦

Rabbin Arié Tolédano[1] Rouleau où est inscrite l’histoire d’Esther

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Un commentaire

  1. Message à la rédaction: Aaron Avshalomov, compositeur russe du début du XXème siècle, a vécu aux États-Unis et en Chine. Une de ses compositions « Quatre tableaux bibliques » commence par « La prière de la Reine Esther ». C’est une belle et évocatrice page de musique que l’on peut l’écouter sur YouTube :

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