La vie juive à Venise jusqu’à Bonaparte

Venise 1640Par Rose Halber

Un premier recensement en 1152 indique que mille trois cents juifs vénitiens sont commerçants. Venise est constituée d’ilots, et les juifs sont dans la Giudecca (la juiverie) de l’ile de Spinalunga. En 1290 une taxe est instituée pour les juifs et vers cette époque on signale un rabbin : Isaïe de Trani. En 1314, à la suite de leur demande au doge Soranzo, un juif et un médecin sont autorisés à venir sur son territoire. En 1385 une première concession (pour dix ans) est accordée aux prêteurs juifs, les Judei, sur le territoire de Venise …. contre une taxe de quatre mille ducats.

Déjà le jaune
En 1386 un cimetière est signalé, malgré l’opposition des religieux de San Nicole. Et on a retrouvé la pierre tombale de Samuel fils de Samson. En 1389, des juifs allemands de Nuremberg et Franzosi (de France) font un prêt au seigneur Antonio de la Scala de Vérone, petite ville située sur la terre ferme en face de Venise. Ils sont autorisés à vivre dans sept mètres carrés par personne … d’où des constructions de neuf étages pour utiliser au mieux la surface au sol. En 1397, c’est la fin de la concession accordée aux juifs sur les îles, ils vont à Mestre, sur la terre ferme. Mais cependant ils sont autorisés à séjourner à Venise quinze jours par mois en portant un disque jaune ( ! ) distinctif.

 

Banques de prêt
A partir de 1402 les juifs ont droit à résidence, mais avec des restrictions. Les médecins sont là, avec leur disque jaune. Vers 1423, interdiction de posséder des biens immobiliers et interdiction, sous peine de douze mois de prison, de rapports sexuels entre les hommes juifs et les femmes chrétiennes … (et pas l’inverse ?). Cependant une loi interdit les écoles juives. Petit à petit l’état vénitien fait preuve de bienveillance, et des décrets imposent aux autorités locales de défendre les juifs et de les laisser vivre selon leurs lois religieuses. Ainsi en 1463, le cardinal Bessarrone, émissaire de Pie II, considère que le rapprochement avec les chrétiens pourrait conduire certains juifs à la conversion. Les autorités vénitiennes pouvaient donc librement traiter avec les juifs, sans craindre les foudres papales. Seule restriction imposée : le port d’un signe distinctif jaune. Et déjà le rabbin vénitien Léon de Modène, comme le rabbin Joseph Colon, critiquent la multiplication des banques juives de prêt, mettant la communauté juive dans une position délicate vis-à-vis du peuple chrétien.

Création des Monts de Piété
Puis pendant quelques années les juifs obtiennent de n’avoir pas de signes distinctifs, mais cependant Bernardino de Siena, franciscain, compromet leur situation, en luttant contre les prêts. D’où la création des premiers Monts de Piété, financés par des indulgences, considérées comme œuvre de charité. Et déjà fin du 15ème, début du 16ème, un couvre chef jaune est réimposé aux juifs, avec cependant des exceptions, par exemple pour David Mavroganato, ambassadeur, qui peut circuler en armes avec gardes du corps !

Autodafé
Autodafé

En 1475, Simon de Trente disparaît et des juifs sont accusés de meurtre rituel et exécutés, même si le pape les déclare innocents. Les papes Martin V, puis Paul III ordonnent que « soit renouvelée aux juifs la protection que leur avaient garantie leurs prédécesseurs ». A la fin de ce siècle, le Pape Paul III, Alexandre Farnèse, déclare : « Les ennemis des juifs, aveuglés par la haine et l’envie, ou ce qui paraît plus vraisemblable, par l’avidité, et dans le but de s’emparer de leurs biens, accusent à tort les juifs de tuer de jeunes enfants et de boire leur sang, et tentent de soulever contre eux les âmes simples des chrétiens, de sorte que souvent les juifs sont injustement privés non seulement de leurs biens, mais aussi de leur vie.».

Ghetto
Mais la psychose de l’homicide rituel se propage. En 1492 Venise mettait en garde la ville de Brescia, contre Bernadino de Feltre « qui soulevait le peuple contre les juifs, provoquant scandale, tumultes et perturbations. ». En 1516 le Conseil des Doges demande que les juifs habitent tous regroupés dans un quartier appelé ghetto, quartier des fonderies. Dans ce quartier il y avait des fonderies dans lesquelles on jetait canons et bombardes pour y récupérer leur cuivre. Ceci dit, habiter le même quartier favorise la vie communautaire. Sauf que le Conseil des Doges y établit un couvre-feu, « afin qu’ils ne circulent pas toute la nuit, nous décrétons la fermeture à minuit des deux portes de ce quartier, par des gardiens appointés par les juifs. » C’est le début du Ghetto … Même les chefs de famille des banquiers les plus importants de Venise, sont contraints d’y habiter. Seuls les médecins pouvaient en sortir de nuit.

Les immigrants les plus récents, de la « nation tudesque », s’installent dans le ghetto Novissimo, où l’on construit les premières synagogues : la Scola Grande Tudesca (allemande), la Scola Canton (française), la Scola Italiana. Mais les deux synagogues les plus spacieuses, Levantina et Spagnola, sont construites dans le vieux ghetto.

BonaparteAutodafés
A Venise comme ailleurs en Italie, on pratique des autodafés de livres juifs, comme en 1553 sur la place St Marc. Il faudra attendre le 17ème pour que la République reconnaisse comme interlocuteurs habituels, les chefs de « l’Universita degli Ebrei », qui réunissait les trois communautés : allemande, levantine et ibérique. Dans le ghetto, on notait des marchands de vêtements usagés, des artisans, des teinturiers, des petits commerçants de nourriture casher, et des aubergistes qui accueillaient les voyageurs juifs. Le métier d’imprimeur était interdit, mais les juifs travaillaient comme relieurs ou typographes (en italien et en hébreu) d’imprimeurs nobles.

L’université de Padoue, qui dépendait de Venise, accueillit de nombreux étudiants juifs en médecine. Toujours au 17ème,, d’après le hollandais Manassé ben Israël, cinq mille juifs résidaient à Venise, mais la peste de 1630 causa beaucoup de pertes. Puis au 18ème, une certaine ouverture du Sénat, permit aux juifs de naviguer, de faire du commerce, d’avoir des domestiques chrétiens…

rose halberMais le 7 juillet 1797 les portes du ghetto sont définitivement abattues, grâce à l’arrivée des armées du général BonaparteRH♦

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