Diététiques traditionnelles… Sagesses oubliées ?

diet chinoisePar Cécile Lévy

Pas à pas, l’homme du monde occidental semble s’éloigner de ses racines et de son bon sens. Il peut même en être déboussolé à ne plus savoir ni quoi, ni quand, ni comment manger, tant il entend des discours contradictoires sur le sujet. C’est pourquoi, je prends mon clavier et ma souris pour parler aujourd’hui d’alimentation. Car se nourrir est la première des fonctions que même l’animal doit assurer. C’est en étudiant la diététique traditionnelle chinoise, qui fait partie de la médecine chinoise, que j’ai enfin ( !) compris comment la qualité de l’alimentation, selon des critères bien différents de ceux de la nutrition moderne, était fondamentale pour la santé … après tant d’années d’études dans le domaine de la science moderne de l’alimentation… !

Tout est apparu tellement clair lorsqu’on m’a expliqué qu’une graine, qui est capable de donner, seule, naissance à une plante, est très riche en énergie vitale, et va donc nourrir l’énergie profonde du corps ! Qu’elle ira plus particulièrement nourrir celle des reins, si elle a en plus la forme de reins, comme le haricot ! Ou que la pomme, qui est mûre juste avant l’automne, tombe à pic pour « nourrir le yin du poumon » (les liquides organiques) pour éviter les toux sèches ! … Ou que chaque partie du végétal a une fonction ou un tropisme particulier : les racines, ou rhizomes agissent en profondeur, les fleurs en haut du corps ou vers les yeux, les tiges sur la circulation du sang et de l’énergie dans les vaisseaux….

Mais voilà, plutôt que de parler de la diététique traditionnelle chinoise, j’ai envie de parler de diététique tout court ! En général peu averti, le quidam occidental aura du mal à distinguer les mots « diététique » et « nutrition ». Et, pendant ses voyages à l’autre bout du monde, négligeant son quota d’émission de CO2, il découvrira des habitudes alimentaires traditionnelles singulières. Il pourra les trouver drôles ou étonnantes, exotiques ou ridicules, délicieuses ou dégoûtantes, relevant de la pensée magique ou de la croyance religieuse. Car, dans ce monde occidental, tout nous porte à croire que : un la science est plus pertinente que les anciennes traditions, deux il serait risqué de croire en quoi que ce soit qui ne puisse être démontré par la science moderne, et trois il n’y a aucune preuve quant à la véracité des règles (alimentaires ou autres) basées sur des croyances religieuses…

*** Lire les publications de Cécile Lévy ***

Mais voilà : qui se questionne un peu et creuse sous le poteau rouge, découvrira que les diététiques traditionnelles désignent des règles alimentaires aussi anciennes que l’homme. On explique dans les ouvrages spécialisés que ces règles ont été établies de façon empirique à travers les siècles, et/ou sur des croyances religieuses.

Empirique, donc non pertinente ? Pas si sûr… car des règles élaborées sur l’expérience de milliers d’individus pendant des centaines d’années pourraient bien être plus proches de la réalité que des études scientifiques contemporaines qui sont généralement basées sur un échantillon restreint d’individus, des outils statistiques de modélisation, et sur des durées de quelques mois, voire quelques années dans les meilleurs des cas. Et que penser des règles alimentaires basées sur des croyances religieuses ? On pourrait répondre que tout n’est qu’une question de croyance ! Mais mis à part ces questionnements, les faits sont là : depuis toujours, les différentes cultures à travers le monde ont accordé beaucoup d’importance à la qualité des aliments pour rester en bonne santé, « un esprit sain dans un corps sain », ainsi qu’aux vertus des plantes pour guérir en cas de maladies.

hippocrate
Hippocrate

Différents axiomes font encore un lointain écho : « Que ton aliment soit ton premier médicament » Hippocrate (célèbre médecin grec considéré comme le père de la médecine, 460-370 Av J.C.)

“Une bonne alimentation peut évacuer les facteurs pathogènes, apaiser les viscères, inspirer l’esprit et renforcer le sang et le QI” Sun Si miao (célèbre médecin chinois, 581-682 après J.C.)

« Dis-moi ce que tu manges : je te dirai ce que tu es. » Brillat-Savarin (célèbre gastronome français, 1755-1826)…

De nombreuses diététiques traditionnelles sont encore vivantes à travers le monde (diététique taoïste, diététique ayurvédique, diététique arabe, diététique hébraïque aussi appelée kasherout !…etc….). Chacune d’entre elle a sa spécificité, en lien avec son origine géographique, le climat et la matière alimentaire disponible, et selon l’histoire et la culture du peuple à laquelle elle est rattachée.

Mais la diététique traditionnelle occidentale, elle, s’est éteinte petit à petit, à partir des XVII – XVIII ème siècles, au fur et à mesure de l’essor de la chimie, qui a permis la naissance de la physiologie de la nutrition.

Et finalement, la nutrition moderne désigne la science qui étudie la nature et les effets des aliments. Elle se base sur l’étude des mécanismes biochimiques tels qu’ils ont lieu au niveau microscopique ou cellulaire, dans le corps. C’est pourquoi la nutrition moderne caractérise la matière alimentaire selon sa nature moléculaire (protéines, glucides, lipides…) et en termes de calories (qui donne une indication de la quantité d’énergie chaleur qui peut se dégager lors de la digestion de cet aliment).

Et il est alors intéressant de constater que, malgré leur spécificité respective, les diététiques traditionnelles à travers le monde, ont des points communs. Par exemple :

  • pour comprendre leur action sur l’organisme, elles utilisent comme critères des caractéristiques physiques des aliments, perceptibles par les sens, comme leur caractère « sec» ou « humide », leur caractère « chaud » ou « froid » ; le raisonnement est basé sur du bon sens : « si tu es sec, mange plutôt des aliments humides, si tu as froid, mange plutôt des produits chauds (qui réchauffent) … » ;
  • elles considèrent en général la digestion comme une sorte de cuisson ou maturation des aliments dans une grande marmite (estomac) qui va permettre de transformer et d’extraire l’essence raffinée dont a besoin le corps pour fabriquer le sang et les liquides subtils, et puis l’élimination ce qui n’est pas utilisable ;
  • elles s’accompagnent de principes logiques, comme par exemple de ne pas manger à satiété, ou de desserrer sa ceinture avant le repas, selon les traditions… ;
  • elles valorisent la fraîcheur ou vitalité, autre forme d’énergie, des ingrédients, et sont finalement très écologiques, la matière alimentaire étant à l’époque de proximité et de saison.

    Maimonide
    Maimonide

Malheureusement, je ne peux pas vous parler de façon avertie de la diététique hébraïque, fondée sur les préceptes de la Thora et développée en particulier par le « Rambam » (Moïse Maïmonide, célèbre rabbin, penseur et médecin juif médiéval 1138 -1204). Quelqu’un d’entre vous pourrait-il nous faire entrevoir sa richesse ? Ce serait un grand plaisir ! Car du peu que je l’ai abordée, il est certain qu’au-delà de l’énumération des interdits alimentaires, il y a probablement beaucoup plus à découvrir ou à redécouvrir ce que nous avons probablement oublié, pour rester en bonne santé ! CL

Références bibliographiques :

– « Notions de santé et de prévention dans la tradition hébraïque », Docteur Hervé Aarone Mimoune, Ed. Otsar (1985).
– « Alimentation et médecine – Histoire de l’alimentation occidentale : Diététique ancienne, cuisine et formation du goût. Autres diététiques traditionnelles » Jean-Louis Flandrin lemangeur-ocha.com.
– « Guérir par les plantes selon le Rambam » , Rabbin Moché Cohen-Shaouli ; Ed. Salomon, 1990.

Cécile Lévy – « La diététique du Tao » , Philippe Sionneau et Richard Zagorsky ; Ed. Guy Trédaniel, 2001.
– « Médecines du monde. Histoire et pratique des médecines traditionnelles », Claudine Brelet , Ed. Robert Laffont, Paris, 2002.
– « Diététique et Nutrition » , M. Apfelbaum, M. Romon, M. Dubus ; Abrégés , Ed. Masson, Paris 2004.

 – « Ces aliments qui nous soignent », P Sionneau et J Chapelet, Ed. Guy Trédaniel, 2005

Site de Cécile Lévy

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2 commentaires

  1. Salut, merci pour votre article très plaisant! Mon compagnon et moi tentons d’avoir une alimentation équilibrée au quotidien. j’avoue que des fois ce n’est pas facile!!! mais la santé passe avant tout par là. Au plaisir de vous lire.

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  2. Petite merveille cet article ,Cécile !! Depuis déjà pas mal de temps j’ai été initiée à ce point de vue sur les diététiques traditionnelles et j’essaye de m’en approcher .Chez MICHEL et chez Claude ,il y a une orientation analogue ,mais ce n’est pas évident de modifier ses habitudes alimentaires …Bises à toi et aux tiens , à bientôt j’espère . Elyane Duranseaud

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