Le « omer » : compter pour se préparer

sfirat omer
Décompte de l’Omer

Par le rabbin Arié Tolédano

La période qui va du second jour de Pessah à Chavouot comporte deux facettes : la joie de se préparer au don de la Torah et le deuil relatif que nous observons en souvenir des vingt-quatre mille élèves de Rabbi Akiva. Ces deux aspects à priori contradictoires, se complètent en réalité pour donner à cette période une valeur ajoutée.

La joie du don de la Torah s’exprime par l’impatience que nous manifestons par le compte. Tel un prisonnier à qui on annonce la libération prochaine, qui sera suivie après un certain délai, d’une nomination très honorable. L’homme n’aura de cesse de compter les jours qui le séparent de l’évènement attendu. Ainsi l’Eternel avait annoncé à Moïse : « Quand tu auras fait sortir ce peuple de l’Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même » (Exode 3/12). L’affranchissement du joug égyptien était en fait une préparation au don de la Torah sur le mont Sinaï. Et sitôt la sortie d’Égypte fêtée, on entame avec joie la période qui va nous mener à la grande fête de Chavouot. Selon nos Maîtres, cette période est comme une mi-fête qui relie Pessah à Chavouot, à l’instar de Pessah et Soukot, qui comportent une période intermédiaire appelée Hol Hamoed (voir Ramban Lévitique 23/36).

C’est donc au deuxième soir de Pessah, au lendemain de l’anniversaire de la sortie d’Égypte, que nous débutons le compte du Omer pour le terminer la veille de Chavouot. Ce compte est une chaîne ininterrompue, et il faut s’appliquer à ce qu’aucun jour ne passe sans prononcer le compte du jour, sous peine de remettre en cause, selon certains décisionnaires, la validité de ce commandement.

simhat toraMais pourquoi comptons-nous les jours passés au lieu de ceux qui restent à vivre jusqu’au jour de Chavouot ? Car le fait de rappeler les jours passés donne de la joie au cœur de ceux qui attendent l’évènement, car ils auront déjà capitalisé tant de jours consacrés à une préparation active au don de la Torah. Le compte des sept semaines rappelle le compte des sept jours de purification requis pour celui qui a contracté une impureté quelconque.

Les 49 jours sont également un rappel des 48 qualités requises pour acquérir la sagesse de la Torah, ainsi que nous l’enseigne le Traité Avoth (chap. 6) que nous lisons durant les six Chabatot qui séparent Pessah de Chavouot. A raison d’une qualité à acquérir par jour, il nous restera le dernier pour faire la synthèse de toutes les 48 qualités.

Quant à l’aspect de deuil qui est observé durant le Omer, il consiste en fait en une revalorisation du respect dû à ceux qui étudient la Torah. On s’abstient durant une partie de cette période de célébrer des mariages et de se couper les cheveux. C’est pour se souvenir que les vingt-quatre mille disciples de Rabbi Akiva qui ont péri d’une même maladie durant cette même période. Il leur a été reproché de n’avoir point eu suffisamment d’égard les uns envers les autres. L’étude de la Torah était si naturelle à leurs yeux que le respect leur semblait être une norme dépassée.

C’est pour cette raison que l’austérité relative que nous observons nous rappelle à ce devoir sacré de respect de la personne qui porte le message de la Torah. On sera ainsi préparé à recevoir la Torah et à veiller à ce qu’elle rayonnRabbin Arié Tolédanoe par le respect que l’on témoignera à ses sages. C’est en fait l’objet du commandement qui dit : « Lève-toi à l’aspect d’une tête blanche et honore la personne du vieillard » (Lévitique 19/32). Selon le Talmud (Kidouchin 32b), le « vieillard » dont il est ici question est en réalité l’érudit, qui a acquis même jeune la sagesse des longues années. AT♦

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Un commentaire

  1. Je voudrais ajouter à l’enseignement de Rav Tolédano deux enseignements, l’un de Rav Rubinstein qui fut le rav de la rue Pavée et dont les enseignements en yddisch ont été traduits en hébreu dans un ouvrage: Cheérit Menahem et le second du Maharal dans ses derachot al hatorah qui se trouve à la fin de son livre Beér Hagola. Le rav Rubinstein écrit:  » On commence à compter immédiatement après la sortie d’Egypte, car la libération physique comporte un danger: la satisfaction, libres il n’est pas besoin d’aller au-delà. Alors immédiatement on compte les jours qui nous séparent de la libération spirituelle: Chavouot »
    Le Maharal écrit:  » l’homme a été créé pour l’effort. Dès le lendemain de la libération l’homme doit se préparer à recevoir la Torah. Et il apporte une offrande d’orge( l’Omer), nourriture animale car comme le bœuf ou l’âne il doit supporter le joug de la Torah: comme l’âne il doit supporter par son corps le joug et avec toute sa force vitale comme le bœuf. »

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