A la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859 – 1917)

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Ludwik Zamenhof

Par Ada Shlaen*

Ces dernières années l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, plus communément appelée l’Unesco, s’était fait remarquer par l’adoption des résolutions anti-israéliennes, qu’on pourrait qualifier surtout d’antisémites, en flagrante contradiction avec des objectifs culturels et scientifiques censés être les attributions principales de cette institution internationale.

Or il est intéressant de noter que de temps en temps même l’Unesco revient à ses obligations premières ; ainsi lors de la 38e Conférence générale il fut décidé que l’année 2017 serait une période commémorative, dédiée à la mémoire de Ludwik Zamenhof (1859-1917), médecin et linguiste, connu surtout comme le créateur de la langue internationale espéranto, à l’occasion du centenaire de sa mort. La résolution officielle stipule que « la célébration de cet anniversaire servira les objectifs de l’UNESCO, à savoir le renforcement du dialogue interculturel pour le rapprochement des cultures, la promotion du patrimoine et de la créativité, la diffusion et l’échange d’informations du niveau local au niveau mondial ». Espérons que cette louable initiative, puisse devenir une première hirondelle …

« Zamenhofa Tago »
Ludwik Leyzer Zamenhof est né le 15 décembre 1859 à Białystok, une ville de la Pologne orientale qui à l’époque était incorporée dans l’Empire russe. Il n’est pas inutile de rappeler que depuis la fin du XVIIIe siècle (1795) la Pologne avait perdu son indépendance au profit de ses trois puissants voisins : la Russie, la Prusse et l’Autriche. Elle redeviendra un pays libre seulement en 1918.

Nous pouvons d’ailleurs remarquer que le 15 décembre est considéré par les espérantistes comme une sorte de fête officielle, appelée Zamenhofa Tago, pendant laquelle on organise des concerts, des expositions et des rencontres amicales.

Au milieu du XIXe siècle, Białystok, une ville alors de 15 000 habitants, était un vrai shtetl,[1] car la communauté juive y était la plus importante. Il y avait évidemment d’autres nationalités : des Polonais, des Allemands, des Russes, des Ukrainiens, des Biélorusses. Tous utilisaient leur propre langue et cette multitude créait beaucoup d’incompréhension et de conflits.

Pourtant, dans le cas de la famille de Zamenhof ce multilinguisme ne semblait pas poser trop de problèmes. Déjà Fabian, le grand-père de Ludwik, disciple de la Haskhala[2], était passionné de langues ; son père, Markus, enseignait le français et l’allemand dans une école juive où, à côté des cours traditionnels, des matières nouvelles, telles les mathématiques ou les langues furent introduites. Il était connu comme l’auteur de plusieurs manuels réputés. Son dictionnaire de phraséologie comparée russo-polono-française était très populaire, tandis que son manuel d’allemand fut réédité quatorze fois !

Cette nombreuse famille avec ses onze enfants utilisait couramment trois langues : le yiddish, le russe et le polonais. Quant à Ludwik, avec le temps il apprendra encore l’hébreu, l’allemand, l’anglais, le français, l’espagnol et l’italien ainsi que deux langues anciennes, le latin et le grec.

Comme la plupart des garçons juifs, il commença par fréquenter le heder[3], ensuite à l’âge de treize ans il fut inscrit dans le plus ancien lycée de la ville, fondé en 1777 et qui existe encore de nos jours. En 1873 les Zamenhof déménagèrent pour Varsovie où Ludwik obtint son baccalauréat en 1879.

Souvenir de Babel
Dès ses plus jeunes années il fut très sensible à la mésentente qui régnait souvent dans son entourage et il considérait que l’incompréhension entre les hommes était générée par la barrière linguistique. Encore enfant, il fut très fortement impressionné par l’épisode biblique de la tour de Babel, vue comme une punition divine face à l’arrogance humaine. Ce n’est pas un hasard, si à l’âge de dix ans il avait écrit une pièce en cinq actes qui s’intitulait précisément La Tour Babel ou la tragédie de Białystok ! Déjà à l’époque il pensait qu’une langue commune serait une bonne solution.

Bien plus tard, dans une lettre à Nikolaï Borovko (1863-1913), un espérantiste russe de première heure, il écrivait au sujet de sa ville : « La ville où je suis né a déterminé toute ma vie future. On m’a éduqué pour être un idéaliste, on m’a appris que tous les hommes sont des frères. Mais moi, dans chaque cour intérieure, à chaque pas, je sentais que ce n’était pas des frères que j’y voyais, mais des Russes, des Polonais, des Allemands, des Juifs, d’autres encore. Cette pensée à rebours traversait mon âme d’enfant, je me répétais souvent que c’était moi qui, lorsque je serai devenu grand, changerai tout cela. »

esperanto conjugaison.jpg« Lingwe Uniwersala »
La première tentative de Zamenhof pour créer cette nouvelle langue internationale date de ses années du lycée. L’adolescent rédigea un projet, sous le titre de « Lingwe Uniwersala » qui avait une grammaire très riche, mais bien trop compliquée. Il reconnut vite les défauts de son invention et arriva à la conclusion que cette nouvelle langue internationale devrait avoir une grammaire assez simple, avec la morphologie des mots basée sur l’utilisation des suffixes et des préfixes. Il travailla plusieurs années avant de rédiger la version jugée comme satisfaisante.

La fin du XIXe siècle et le début du XX correspond dans la communauté juive de l’Europe à des discussions acharnées sur le destin du peuple juif, menacé par l’antisémitisme ambiant. Ludwik Zamenhof, comme la plupart des jeunes de sa génération, était fortement préoccupé par cette question. Parallèlement au travail sur la langue internationale, il rédigea une grammaire de yiddish, dans laquelle il décrivait ses structures et il proposa d’adopter l’alphabet latin ce qui provoqua des réactions indignées. Il pensait aussi que les Juifs devraient avoir leur propre pays, même si cette opinion était quelque peu contradictoire avec son rêve d’unir tous les peuples grâce à une langue commune.

Cette tâche avançait assez lentement, surtout à cause de ses études de médecine commencées à l’université de Moscou en 1879, deux ans avant l’assassinat du tsar Alexandre II, le dirigeant le plus libéral de l’histoire russe. Son règne (1855-1881) vit plusieurs reformes (abolition du servage, réformes territoriale, judiciaire et administrative, suppression de la censure, raccourcissement du service militaire de 25 à 6 ans …) et pendant ces années des étudiants juifs intégraient assez facilement les établissements d’enseignement supérieur.

Opposition de son père
Le jeune étudiant se retrouva tout seul à Moscou où il recevait souvent des lettres de son père le pressant de travailler assidûment la médecine et d’abandonner ses idées, quant à la création de cette nouvelle langue qui passionnait tant son fils. Markus Zamenhof, bien que professeur de langues, était hostile aux activités de Ludwik, considérées comme chimériques. Avant son départ, il lui avait même fait promettre de ne pas s’en occuper durant son séjour à Moscou. Markus préféra garder les manuscrits sous clé dans l’appartement familial de Varsovie. Il parait même qu’à son retour à la maison, Ludwik ne retrouva pas ces documents, surtout la première mouture du dictionnaire et de la grammaire qui avaient été détruits par son père.

Le 13 mars 1881, le tsar Alexandre II était assassiné par les membres du mouvement Narodnaïa Volia[4] (la Volonté du Peuple). Depuis 1866, date de la première tentative, le tsar fut la cible de onze attentats dont il sortit miraculeusement indemne. Avant ce fatidique 13 mars 1881, Narodnaïa Volia avait réussi à organiser cinq attentats dont l’un, le 17 février 1880, en plaçant une charge explosive dans les sous-sols du palais d’Hiver, au-dessous de la salle à manger. Le tsar, arrivé en retard, échappa alors à la mort, mais l’explosion fit de très nombreuses victimes parmi des soldats de la garde impériale.

Médecin diplômé
Après la mort de l’empereur, la Russie connut une vague d’antisémitisme sans précédent avec plusieurs pogroms sanglants. La famille pressa alors Ludwik de revenir à Varsovie et il rejoignit l’Université de la capitale polonaise où il obtint son diplôme de médecin généraliste en 1885. Il ouvrit son premier cabinet dans une bourgade lithuanienne Veisiejai, peuplée en majorité de Juifs, ensuite il s’installa à Płock, une ville bien plus grande, éloignée de Varsovie d’une centaine de kilomètres. Il exerçait surtout dans des quartiers pauvres, ses patients souvent n’arrivaient pas à régler les honoraires, bien modestes pourtant. Il avait en outre un autre problème, bien plus grave pour un médecin, car il n’arrivait pas à s’habituer à la douleur physique des malades. Pour cette raison il décida de changer de spécialisation ; il alla pour un an à l’Université de Vienne pour devenir ophtalmologue.

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Congrès d’esperanto, Anvers 1911

Nouvelle version de la langue
Ni ses études de médecine, ni son travail ne l’ont détourné de la mise au point de la langue internationale. Enfin, en 1885, il acheva une nouvelle version, définitive celle-là. Depuis, l’espéranto que nous connaissons, tout en s’enrichissant, garda les bases, définies par Zamenhof. Pour finir, la grammaire de l’espéranto n’a que seize règles de base ! L’espéranto répond presque complétement aux exigences définies par le philosophe René Descartes dans une lettre écrites en 1629 : « Il faudra que l’humanité crée une langue internationale ; sa grammaire sera si simple qu’on pourra l’apprendre en quelques heures ; il y aura une seule déclinaison et une seule conjugaison ; il n’y aura point d’exceptions ni irrégularités et les mots dériveront les uns des autres au moyen d’affixes. »

*** Lire les articles d’Ada Shlaen ***

« Docteur qui espère »
En 1885 le jeune médecin n’avait pas les moyens de publier ce premier manuel, mais en 1887 il reçut une aide inattendue de la part de son futur beau-père, Alexandre Zilbernik. Grâce à ces subsides, il put publier en russe sous le pseudonyme de Dr Esperanto l’ouvrage, connu parmi les espérantistes comme Le Premier livre (Unua libro) et intitulé : Langue internationale. L’avant-propos et le manuel complet. (« Lingvo internacia. Antaŭparolo kaj plena lernolibro»). À partir du pseudonyme de son créateur (Docteur qui espère) cette langue fut nommée « l’espéranto ». La même année les traductions polonaise, française, allemande et anglaise suivirent.

L’année 1887 pourrait être considérée comme très heureuse pour Ludwik Zamenhof. Le 30 mars il se fiance avec Klara Silbernik, (1863-1924), le 26 juillet paraît le premier manuel de la langue internationale et le 9 août il épouse l’élue de son cœur. Klara était une compagne idéale, dès le début elle partageait l’intérêt de son mari pour les langues, la littérature et la musique. Elle hérita de l’esprit pratique de son père et aida Ludwik à concilier ses activités de médecin et de linguiste, de plus en plus connu.

Le couple eut trois enfants : un fils, Adam (1888-1940) et deux filles, Sophie (1889-1942) et Lydia (1904-1942). Ludwik et Klara ne pouvaient qu’être fiers d’eux : Adam et Sophie deviendront médecins comme leur père, Lydia fera les études de droit. Comme cela arrive souvent, les filles étaient très proches de leur père et avec le temps elles participeront activement au mouvement espérantiste mondial. C’était surtout le cas de la fille cadette, Lydia qui deviendra avec le temps professeur d’espéranto.

Montée en puissance
Dès la parution du premier manuel, il s’est avéré que la création de cette nouvelle langue répondait à une vraie attente, tant l’accueil du public fut prometteur. L’espéranto attirait des gens grâce à sa simplicité et à sa souplesse. Cette langue, bien qu’artificielle, permettait de rendre les différentes nuances de la pensée humaine, des sentiments, des sensations. En Europe apparurent les cercles d’espérantistes, (en 1905 il y en avait 308 officiellement enregistrés), aux États-Unis, les échos se firent plus que favorables. Des personnalités célèbres, telles Léon Tolstoï ou Gandhi se mirent à étudier l’espéranto. Ludwik Zamenhof est devenu alors une personnalité très populaire parmi les intellectuels européens. Des traductions des œuvres de la littérature mondiale commencèrent à paraître. Zamenhof lui-même traduisit plusieurs œuvres classiques comme Hamlet de Shakespeare ou le Revizor de Gogol ; il consacra beaucoup de temps aux poèmes du grand poète polonais Adam Mickiewicz. Pendant des années il travailla à la traduction de la Bible qu’il acheva en 1915.

Après la publication du manuel, l’engouement pour l’espéranto devint réel et se concrétisa par les Congrès mondiaux d’espérantistes qui se sont tenus entre 1905 et 1913. Le premier eut lieu à Boulogne-sur-Mer avec 688 participants de 20 pays. Pendant son séjour en France Ludwik Zamenhof fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur et il vit la tour Eiffel illuminée pour lui rendre hommage. À plusieurs reprises (1907, 1909, 1910, 1913, 1914, 1915, 1916, 1917) il fut nominé au prix Nobel de la Paix, hélas, sans jamais l’obtenir.

Ensuite les congrès annuels s’enchaîneront : Genève, Cambridge, Dresde, Barcelone, Washington, Anvers, Cracovie, Berne.

En France l’espéranto devint vite populaire et en 1902 Ludwik Zamenhof signe un contrat avec la maison d’édition Hachette qui prévoyait la publication de plusieurs livres en espéranto. Mais il ne voulait pas devenir riche grâce au succès croissant de cette langue, il avait abandonné ses droits d’auteur, au profit de tous.

Timbre Zamenhof.jpgLa première guerre…
Le Xe Congrès devait être inauguré le 2 août 1914 à Paris ; on attendait alors près de 4000 congressistes de 50 pays ; or le 1 août l’Allemagne déclarait la guerre à la Russie, enclenchant ainsi le mécanisme qui aboutira au premier grand conflit mondial. Ce jour-là les époux Zamenhof se trouvaient en Allemagne dans un train qui fut stoppé, les deux voyageurs, officiellement considérés comme les citoyens de l’Empire russe, durent rentrer à Varsovie par un chemin détourné, en passant par des pays neutres.

Ludwik Zamenhof ne vivra pas assez longtemps pour voir la fin de cette grande guerre qui était pour lui une tragédie personnelle, car elle était en contradiction flagrante avec les idées qu’il défendait tout au long de sa vie.

À l’époque il avait écrit un article qui fut publié dans la revue suisse Esperanto. Il laissa voir son pessimisme, car il craignait que cette guerre ne puisse point résoudre des conflits mondiaux ; au contraire elle pourrait devenir même le début d’une autre discorde, plus sanglante encore. Aujourd’hui nous savons qu’il avait entièrement raison :

« Lorsque le massacre mutuel, si compromettant pour le monde civilisé prendra fin, des diplomates vont se réunir et tenteront de mettre en ordre les relations entre les peuples. Je m’adresse précisément à ceux qui vont participer au processus de cette mise en ordre. Avez-vous l’intention de rafistoler et de rapiécer tout simplement la carte de l’Europe ? Déciderez-vous qu’un tel morceau de terre devrait appartenir au peuple X et un tel autre au peuple Y ? Si vous vous limitez au ravaudage de la carte, sans tenir compte des victimes tombées pendant le conflit, votre travail sera, je le crains, sans aucune valeur. Vous n’arriverez à rien, car les peuples garderont le sentiment d’injustice flagrante. Vous sèmerez seulement les graines du conflit futur. »

Ludwik Zamenhof est mort le 14 avril 1917 à l’âge de 58 ans et il fut enterré le 16 avril au cimetière juif de Varsovie.

Klara qui participa si étroitement à la naissance de l’espéranto continua l’œuvre de son mari jusqu’à sa mort en 1924.

… et la seconde…
Les destins d’Adam, de Sophie et de Lydia furent tragiques ; la clairvoyance de leur père s’est avérée d’autant plus poignante que dans le conflit qu’il pressentait, pratiquement toute la communauté juive de Pologne sera anéantie, y compris ses trois enfants qui étaient si très proches de lui.

Son fils ainé, Adam, fut ophtalmologue comme son père ; il a choisi cette profession par vocation et était non seulement un clinicien reconnu, mais aussi un bon chercheur. Il avait soutenu une thèse consacrée aux moyens de dépister des anomalies du champ visuel. Il était médecin-chef et ensuite directeur d’un grand hôpital de Varsovie. En 1939 dès le début de l’occupation il fut arrêté par des Allemands et fusillé, probablement le 29 janvier 1940 à Palmiry[5]. La femme d’Adam, Wanda (également ophtalmologue) et son fils Ludwik, un tout jeune adolescent (il est né en 1925) se sont retrouvés dans le ghetto de Varsovie. Grâce à l’aide des amis polonais, ils purent s’en échapper et sous le faux nom de Zaleski ont survécu à l’occupation allemande. Au début des années 1950 Wanda et son fils ont pu quitter la Pologne pour la France où Wanda est morte en 1954. Un peu plus tard le petit-fils de Ludwik Zamenhof francisa ses prénoms en devenant Louis-Christophe Zaleski-Zamenhof. Il s’est éloigné des traditions familiales, en devenant ingénieur[6]. Il a même travaillé à l’élaboration de la Croix de Lorraine du Mémorial Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises.

Lidia ZamenhofLes deux filles de Ludwik et de Klara, Sophie et Lydia, périrent en 1942 dans le camp de concentration de Treblinka. Toutes les deux étaient des espérantistes accomplies, surtout Lydia qui avait seulement treize ans au moment de la mort de son père. Bien que diplômée de droit, elle n’avait jamais exercé et se consacra entièrement à l’enseignement de l’espéranto. Elle faisait aussi des traductions, avec une prédilection pour des œuvres de Henryk Sienkiewicz, le prix Nobel de littérature de 1905. Dans les années 1930 elle séjourna souvent en France où elle donnait des cours d’espéranto. Dans les années 1930, Lydia devint l’adepte du bahaïsme. Comme leur centre principal se trouve à Haïfa, elle a fait un voyage en Palestine pour le visiter.

En 1937 elle entama un long séjour aux-États-Unis pour donner des conférences et des cours. En 1938 des nouvelles alarmantes d’Europe lui parviennent : la violence contre les Juifs croît de plus en plus, surtout en Allemagne. Après l’Anschluss[7], Lydia demanda aux autorités américaines l’autorisation de rester dans le pays, ce qui lui fut refusé. Le 29 novembre 1938 elle partit de New-York sur le transatlantique «Pilsudski» qui arriva dans le port polonais de Gdynia le 9 décembre. La guerre commença quelques mois plus tard …

Lydia réussit à faire parvenir un message à la Croix Rouge Internationale en 1940. Elle informe de la mort de son frère et on peut comprendre que les deux sœurs se trouvaient déjà dans le ghetto de Varsovie. Des témoins de l’époque confirmèrent leur courage et l’abnégation. Toutes les deux tentèrent d’aider les personnes de leur entourage, Sophie soignait les gens, elles portaient aussi des médicaments et de la nourriture aux prisonniers. Les deux sœurs furent déportées à Treblinka pendant les grandes rafles de l’été 1942.

Cent ans après…
Que peut-on dire aujourd’hui, 100 ans après la mort du créateur de l’espéranto, de son œuvre ?

Peut-on parler de la victoire ou bien de la défaite d’un idéaliste ? Évidemment l’espéranto n’est pas devenu une langue universelle qui pourrait renforcer la compréhension entre les gens. On peut même dire que dans le monde actuel ce rôle est dévolu à l’anglais. Mais cette langue peut se prévaloir de très nombreux locuteurs réguliers dans 120 pays du monde. C’est une des langues les plus utilisées pour communiquer et elle est considérée comme l’une des plus rapides à maîtriser. Le nom de Ludwik Zamenhof a été donné à des rues, des monuments, des musées, des bibliothèques et même à des astéroïdes.

Nous restons toujours fascinés par l’idée d’une langue commune à toute l’humanité, l’espéranto n’est pas l’unique dans ce domaine, mais cette œuvre de Ludwik Zamenhof est la seule à avoir connu un vrai succès mondial. AS♦

[1]Le shtetl (du yiddish : שטעטל), on appelle ainsi une petite ville ou un quartier juif en Europe de l’Est avant la Seconde Guerre mondiale.
[2]La Haskala (hébreu : השכלה) était un mouvement des Lumières juif du XVIIIe et XIXe, fortement influencé par la philosophie occidentale.
[3] Le heder (hébreu :חדר) était l’école traditionnelle juive de l’Europe Centrale et Orientale, fréquentée par des garçons.
[4] Narodnaïa Volia était une organisation terroriste russe du XIXe siècle responsable de plusieurs attentats des hauts fonctionnaires russes. Les terroristes russes de l’époque organisèrent en outre de l’assassinat d’Alexandre II, celui de son fils, le grand-duc Serge Alexandrovitch en février 1905.
[5] Palmiry est un village qui se trouve dans la forêt de Kampinos près de Varsovie. Pendant toute la guerre les Allemands ont fait de cet endroit un lieu d’exécutions massives, surtout des intellectuels polonais. Comme dans « Mein Kampf », Hitler désigne explicitement l’espéranto comme un danger, on peut supposer que la Gestapo de Varsovie ait reçu l’ordre d’éliminer le plus rapidement possible les membres de la famille Zamenhof.
Ada Shlaen[6] Dans le livre La rue Zamenhof, éditions l’Harmattan, 2003, le journaliste polonais Roman Dobrzynski présente la biographie du petit-fils de Ludwik Zamenhof.
[7] Anschluss : il s’agit de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie le 12 mars 1938.

* Ada Shlaen est professeur agrégée de russe, et a enseigné aux lycées La Bruyère et Sainte-Geneviève de Versailles.

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3 commentaires


  1. https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsFigurez-vous qu’en 1945/46 , juste après la guerre, dans mon lycée Carnot à Cannes , j’ai eu des cours … d’espéranto !!! ça me plaisait beaucoup … car très facile … avec aussi des racines un peu espagnoles … (et je connaissait le ladino !! ).. Je découvre que c’est toujours d’actualité !! Ce qui veut dire que cette construction est absolument remarquable !!!

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