Les médias ne voient que ce qu’ils croient

Par Liliane Messika*

Les attentats de Catalogne ont réveillé nos journalistes de la morne torpeur où les avaient plongés le ronron estival : canicule, pipoles, résultats sportifs, mise en accusation de Sarkozy…
Hélas, il s’agit là d’un nouveau « marronnier
[1] » qui, contrairement aux soldes ou à la Saint Valentin, resurgit à périodicité variable.

  • 3 singes
    …mais je crois…

    Que fait la police ? Elle s’occupe de l’enquête.

  • Que fait le contre-terrorisme ? Il s’épuise, dans un contexte où le politiquement correct oblige à répéter que les attentats n’ont rien à voir avec l’islam dont ils se réclament.
  • Que font les journalistes ? En France, ils font de la morale, pas de l’information.
  • Qu’est-ce qu’une info ?

Scoop : un journaliste soulève un lièvre
La presse française constitue une élite qui partage l’habitat, les mœurs et valeurs du monde politique. A force de mariages endogamiques, leurs membres en sont venus à considérer leur monde virtuel comme la réalité et comme des ennemis les profanes qui tentent d’ébrécher leurs certitudes à l’aide de faits.

La coutume est au consensus bien pensant
On est donc plutôt habitué à voir les journalistes encourager l’apathie des autorités que la secouer et quand l’un d’entre eux fait avancer la cause de la démocratie et reculer l’islamisme, c’est assez rare pour qu’on le souligne. Cela s’est produit en 2012, mais c’est si rare qu’on y revient.

Il faut dire que le journaliste en question est plus sensibilisé que la moyenne aux dangers des églises intervenant dans la vie de la Cité : son père est un curé défroqué.

La presse française se gardant prudemment d’investiguer dès que l’islam est directement ou collatéralement concerné, il est probable que le public hexagonal aurait continué d’ignorer pendant longtemps qu’on ne pouvait épouser un/e citoyen/ne marocain/e en France sans se convertir à l’islam si un journaliste athée n’avait pas été confronté au problème.

Nos amis de la presse…
Frédéric Gilbert n’est pas un people. A notre connaissance, il n’a reçu aucun cadeau somptueux de quelque milliardaire cacochyme que ce soit. Quoique journaliste, il n’a jamais été kidnappé, même pas par des terroristes dont il aurait fait l’apologie, aussi son portrait n’a-t-il jamais orné les mairies de notre beau pays. Il n’est pas non plus journaliste d’investigation, d’ailleurs une grande part du travail de ceux-ci consiste à répéter les rumeurs d’hommes politiques sur d’autres hommes politiques, qui leur ont été confiées sous le sceau du secret dans leurs lieux communs (nous voulons dire « dans les lieux qu’ils fréquentent ensemble » et non « au milieu des banalités qu’ils profèrent habituellement »). C’est dire que leurs 35 heures s’effectuent souvent en nocturne !

Tolérance.jpgJournalistes pipoles et journalistes de base
Frédéric Gilbert ne fait pas partie des ténors à tu et à toi avec les élus. Il est surtout connu pour avoir participé à des émissions de divertissement : « On a tout essayé », de Laurent Ruquier, par exemple.

Il n’a donc pas le profil pour transformer son futur mariage en coup médiatique. D’ailleurs il n’épouse ni une chanteuse à texte mais sans voix, ni un transsexuel lesbien, mais tout simplement sa compagne, la mère de sa fille. C’est d’une banalité…

En plus, le mariage n’est prévu ni à Monaco ni à la Mamounia, bien que la fiancée soit marocaine, il y a donc peu de chances qu’il fasse la Une de Paris Match.

Pourtant on en a parlé plus que de coutume. A cause du certificat du même nom
Quand un/e citoyen/ne français/e épouse un/e étranger/ère, le maire peut demander que le/la fiancé/e produise un certificat de coutume. C’est un extrait de la réglementation du pays d’origine sur l’état-civil, qui peut être délivré par le consulat ou l’ambassade de l’État d’origine. Il n’est, en principe, nécessaire que pour les pays où l’acte de naissance ne mentionne pas le statut marital. Il permet de vérifier que le/la fiancé/e ne contrevient pas à l’ordre public français. D’ailleurs, si c’est la loi étrangère qui va à l’encontre de nos valeurs, par exemple en autorisant le mariage des petites filles ou la polygamie, le maire doit refuser de célébrer le mariage.

*** Lire les articles de Liliane Messika ***

Frédéric Gilbert s’est donc rendu au consulat du Maroc pour demander l’indispensable papier et il a eu la surprise de se voir demander de signer, en échange, un acte de conversion à l’islam. Il a refusé. Pas de conversion, pas de certificat de coutume. Pas de certificat de coutume, pas de mariage, c’est la loi.

Mais le certificat sert justement à prouver que le mariage n’obligera pas le citoyen français à se plier à des coutumes illégales en France, non ?

Le maire est tombé de l’armoire. Dans laquelle il y avait des dossiers…
A Aubervilliers, le maire socialiste qui était en place depuis mars 2008, Jacques Salvator, était un médecin. Il s’exprimait avec aisance. Pourtant, lorsqu’il avait été mis au courant de cette exigence – pas par les fiancés indignés, mais par une avalanche de courriers suite à un article paru dans Charlie Hebdo – il avait déclaré être « tombé de l’armoire ». Il ignorait tout de cet acte de conversion, y compris le fait que dans sa mairie, on refusait de marier ceux qui ne le présentaient pas. C’était ballot, pour celui qui était chargé de procéder auxdits mariages depuis près de quatre ans ! D’autant que sur les presque 5000 mariages franco-marocains célébrés chaque année en France, il avait dû y en avoir nettement plus à Aubervilliers qu’à Versailles !

Le socialisme n’a été qu’une parenthèse historique à Aubervilliers
Pascal Baudet, que Salvator avait remplacé, était aux commandes de la ville depuis 2003. Avant lui il y avait Jack Ralite, c’est dire si les éléphants avaient à peine succédé aux mammouths ! Tout est rentré dans l’ordre grâce au Front de Gauche et à la réélection de Baudet en mars 2014 et les mariages ont pu recommencer à se célébrer dans la paix des peuples qui lisent la Pravda et qui savent que l’islam est religion-de-paix-et-de-tolérance.

Mariage maroc conversion homme
Source : cliquez

L’ordre risque encore moins d’être troublé depuis la démission du maire pour raison de santé et l’élection par 41 des 49 voix du Conseil municipal de Meriem Derkaoui, dont Le Monde et toute la presse décrite dans le premier paragraphe de cet article ont célébré la divine intronisation. En effet, c’est la première femme élue maire à Aubervilliers, la première maghrébine, aussi. Et, cerise sur le baklava, la première binationale franco-algérienne… ou plus précisément par ordre chronologique, algéro-française.

« Un an avant, tandis que la France métissée de Zidane gagnait la Coupe du monde », trémolottait Jeune Afrique lors de son élection en février 2016, « elle embrassait les couleurs tricolores en devenant française. » Deux conséquences soulignées avec admiration par le site Internet de l’hebdo : et d’une, elle s’inscrit sur les listes électorales, et de deux, elle peut « voyager où elle veut. Et d’abord en Palestine. Un premier voyage en Cisjordanie occupée en 1999, puis l’année d’après à Gaza, la conforte dans la nécessité de se mobiliser ‘’contre cette injustice’’ ».

Paris en bouteille et des conversions en pagaille
Fermeture de la parenthèse.

Et reprise du traintrain dans la salle des mariages d’Aubervilliers où l’on unit, les yeux fermés, des gens ayant obtenu le papier illégal indispensable à la légalité.

Parce qu’il faut le dire si, en 2012, le fiancé n’avait pas été journaliste et si Charlie Hebdo ne s’en était pas mêlé, personne ne se serait scandalisé : jusqu’alors, les Français d’Aubervilliers signaient l’acte de conversion, ils se mariaient, avaient beaucoup d’enfants et vivaient heureux jusqu’à un âge avancé.

Ah non, la parenthèse médiatique est refermée, mais le conte est toujours le même, et il ne se termine pas, comme La Belle au Bois-Dormant, par l’ouverture des yeux !

Dans celui-ci, les innocents ont souscrit un engagement non révisable qui fait d’eux des « soumis » (c’est le sens du mot « islam »). En théorie, ils encourent la peine de mort s’ils renient leur conversion ou s’ils se font prendre avec 0,25 mg/l d’alcool dans le sang… voire avec une Bible dans leurs bagages.

Bah, ils n’avaient qu’à aller passer leur voyage de noces à Monaco ou au Luxembourg, les imams y montrent plus de considération pour les journalistes que dans le 9-3.

Encore que…

Il était une fois un journaliste qui avait trouvé le lézard avec les coutumes made in Maroc. Y en aura-t-il un autre, un jour, pour découvrir un crocodile dans un autre pays ami de la France ? LM♦

Logo Liliane Messika[1] Info rituelle et ritournelle avec laquelle il faut faire, tous les ans, du neuf avec le vieux : fête des mères, Bison Futé au croisement des juillettistes avec les aoûtiens, décorations de Noël…

* Liliane Messika est écrivain (http://www.lili-ecritures.com/)

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