Du politiquement correct au parler-vrai

Par Michel Bruley*

Fait opinion Gorce.jpgLa société de l’information est polluée par le politiquement correct
Il est courant de présenter la société actuelle comme celle de l’information, qui aurait grâce à l’apparition de nouvelles technologies, succédé à la société industrielle qui la précédait. Sans entrer dans ce débat, force est de constater que l’information joue un rôle fondamental aujourd’hui. Dans ce contexte il faut avoir bien conscience que l’information ce n’est pas quelque chose qui existe à l’état brut dans la nature, mais c’est le résultat du traitement, de la manipulation et de l’organisation de données. Une information c’est un message (un ensemble de faits), reçu et compris, à partir duquel des conclusions peuvent être tirées, c’est quelque chose qui ajoute à la connaissance de la personne qui le reçoit. C’est aussi une marchandise, une propriété, un pouvoir.

Le problème avec l’information d’aujourd’hui c’est qu’elle doit passer sous les fourches caudines du politiquement correct qui la déforme et qui ne permet pas de décrire le monde tel qu’il est, qui fausse donc la perception et la compréhension des personnes qui la reçoivent. Le politiquement correct décide de ce qui doit ou ne doit pas être appelé, limite, contrôle le langage et indirectement nos pensées, car le langage fournit un cadre à nos pensées et il est très difficile de sortir de ce cadre.

Le politiquement correct est une manipulation politique
Au départ le politiquement correct avait pour objectif de protéger les gens contre les stéréotypes injustes, d’empêcher d’offenser les autres et de protéger nos droits en tant que citoyens. Par exemple, il est politiquement correct de parler de : personne de couleur, défavorisée, du 3ème âge, à mobilité réduite, handicapée, non voyante ; ou de demandeur d’emploi, technicien de surface, SDF, disparition suite à une longue maladie… ; ou de dommages collatéraux, frappe chirurgicale, théâtre des opérations … ; ou de rationalisation du personnel, réorientation de carrière, contre-performance, de tarif qui évolue … ; ou de pays émergents …

Politiquement correct

À noter que les expressions politiquement correctes sont très volatiles, et s’usent très vite. Mais la maîtrise du politiquement correct est un grand enjeu de pouvoir, et en maîtrisant ce qui est déclaré correct ou incorrect, on a le pouvoir de contrôler les valeurs, les perceptions, les comportements, les décisions des autres. Cela n’a échappé ni aux idéologues de tout bord ni aux journalistes qui se sont autoproclamés comme le 4ème pouvoir et qui cherchent ouvertement à influencer la société. Cependant, dire aux gens quoi et comment ils devraient penser par ce qu’ils peuvent dire, est contraire à la liberté d’expression qui est garantie par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

L’information aujourd’hui = politiquement correct, désinformation et post-vérité
Parce que la tromperie et la confusion sont les moyens les plus faciles pour contrôler les gens, le politiquement correct et la désinformation sont largement pratiqués dans la société d’aujourd’hui, que cela soit pour des visées commerciales, managériales, politiques ou idéologiques. Si vous êtes confus au sujet de quelque chose, alors vous comptez sur de l’information pour vous faire une opinion, mais les problèmes surgissent chaque fois que le processus d’information est défectueux : manque de pluralisme, manque d’exhaustivité, manque de preuves, manque d’objectivité, propagande, manipulation délibérée de l’information.

Politiquement correct2.jpgÀ cela s’ajoute l’avalanche de données due aux nouvelles technologies de l’information et des communications qui nous a fait entrer dans l’ère de la post-vérité. C’est particulièrement vrai en politique, où tout fait que l’on tente d’établir est aussitôt contesté avec toute sorte de données qui traitent plus ou moins du même sujet sur des angles différents. Finalement, compte tenu de la complexité des multiples dimensions d’un sujet de politique nationale, il est souvent difficile pour le citoyen de se faire une idée de la réalité.

Le rêve du parler-vrai
Parler vrai, dire la vérité, ce sont des expressions qui reviennent souvent dans la bouche des politiques. Le parler-vrai d’après le Larousse est une manière sincère et simple de s’exprimer ; authenticité, franchise. Le parler-vrai est de plus en plus valorisé, au fur et à mesure que la société s’enfonce dans l’aseptisation, l’uniformité et la défiance.

Michel BruleyMais comme l’a dit Michel Rocard, « cette expression est devenue rituelle et – paradoxe – figure parmi les stéréotypes qu’elle entendait combattre ». MB♦

* cadre supérieur du privé

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Un commentaire

  1. Dans le Monde du 5 avril 2010 – Christophe Deloire (directeur du Centre de formation des journalistes – CFJ) précise: “En ces temps de crise, la vérité est une valeur sérieusement en baisse… La vérité est sans doute une construction du réel, puisqu’elle repose sur un choix immanquablement subjectif de faits, mais elle ne souffre pas la négation du réel, ni la récusation des faits gênants. Ce devrait être le rôle premier des journalistes, de collecter tous les indices possibles pour comprendre le monde et la société, plutôt que de s’instituer en clercs proférant un prêchi-prêcha « responsable » et « moral ». C’était en 2010, quel chemin parcouru!
    Jean-Claude Guillebaud, Journaliste apprécie l’audiovisuel: « C’est la manie de juger, le souci présomptueux d’asséner une opinion, la tentation de réinventer, au jour le jour, une sous-pensée… tout cela l’emporte sur le souci de comprendre… Sur telle ou telle embardée de l’actualité, on n’hésite donc pas à formuler avec emphase des diagnostics d’autant plus cocasses qu’ils s’appliquent à des sujets mal connus et à peine examinés ».
    Brice Couturierqui a été le chroniqueur matinal de France Culture pendant cinq ans décrypte le monde médiatico-intellectuel où le pluralisme et le vrai débat sont en voie de disparition. « Le Parti des médias préfère nous abreuver de petites nouvelles insignifiantes, d’une part, de ses grandes indignations, de l’autre ».

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