Les boycotteurs boycottés

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Par Liliane Messika*

Il était une fois des gens dont le seul point commun était la haine.

Certains ne savaient pas pourquoi ils haïssaient, ni qui ils haïssaient. Tout ce qu’ils savaient c’est que la haine était leur raison d’être et leur drogue.

D’autres se haïssaient eux-mêmes de se voir si laids en ce miroir qu’était le regard d’autres haineux.

La haine, cest comme Duracell : ça propulse plus loin, plus vite
Il y a beaucoup plus d’associations qui se créent contre… que pour…

C’est parce que la haine motive plus que l’amour et qu’elle est plus répandue.

En plus d’alimenter les petits lapins à s’agiter pendant plus longtemps, la haine alimente aussi les pitbulls de toutes les races à agresser leurs mauvais objets sans relâche.

Il est des Mère Teresa de la bouche desquelles coulent le miel et les pétales de rose.

Il est des militants anti-pays du lait et du miel de la gueule desquels coulent des torrents d’injures et de menaces. Ils sont malheureusement plus nombreux que les Mère Teresa.

La haine est puissante, mais inavouable. Alors on la déguise en amour
C’est pourquoi la plupart de ceux qui haïssent les Juifs ne se définissent pas comme antisémites, mais comme pro-palestiniens.

Ils se donnent ainsi des raisons de haïr non pas « les Juifs » mais l’État juif, avec une bonne conscience immaculée.

Cela marche à tous les coups, ou presque : une « victime » palestinienne des Juifs doit être défendue bruyamment et spectaculairement, quoi qu’elle ait fait et même si elle a avoué être un assassin, alors que la Jordanie ou la Syrie peuvent tuer des dizaines de milliers de civils palestiniens sans qu’une protestation s’élève dans les rangs des nombreuses associations créées pour leur défense.

Tous les moyens sont bons…
Même ceux qui sont illégaux, puisque tous les moyens justifient la faim de haine des faux aimants. Le boycott, par exemple.

Comment cela ? Le boycott, c’est une arme pacifique contre l’État tueur d’enfants, rien d’autre !

Ah bon ? Alors pourquoi n’y a-t-il au monde qu’un seul mouvement BDS (Boycott Désinvestissements Sanctions), et pas autant qu’il y a d’États qui tuent les petits enfants ?

En six ans de guerre civile, la Syrie totalise près de 475 000 morts et disparus (d’après l’OSDH), dont près de 96 000 civils et 17 500 enfants. Des victimes dont on connaît les assassins : les forces de Bachar el-Assad et leurs complices iraniens, russes et libanais. Et on ne parle pas des 4 millions et demi de réfugiés.

nul maths

Israël, 49ème conflit mondial en nombre de victimes depuis 1950
En 2007, un décompte fait pour Frontpage Magazine par Gunnar Heinsohn et Daniel Pipes analysait les victimes du conflit israélo-arabe depuis 1950 :

  • « 32 000 morts dues aux attaques arabes
  • et 19 000 dues aux attaques palestiniennes,
  • soit un total de 51 000.
  • Les Arabes constituent environ 35 000 de ces victimes et les Israéliens juifs quelque 16 000. (…)
  • Les morts causées depuis 1950 par les affrontements israélo-arabes représentent 0,06% du total de victimes des tous les conflits de cette période (source) ».

Réactualisés en 2015 pour le volet israélo-palestinien (sur une durée de 20 ans), les chiffres n’apportent aucune explication numérique à l’importance accordée en exclusivité au conflit israélo-palestinien d’entre tous les conflits de la planète :

  • Nombre de victimes palestiniennes = 11 200 en 20 ans.
  • Par année, cela fait donc en moyenne : 11 200/20 = 560.
  • A comparer avec la guerre civile en Syrie, soit 475 000/6 = 79 167.

*** Lire les articles de Liliane Messika ***

Chaque année 79 167 morts syriens et 560 morts palestiniens ?
Alors pourquoi choisir d’agir exclusivement contre celui à qui on attribue zéro et quelque pour cent des morts tués par l’autre dans une optique locale, ou bien, soyons plus mondialistes que les altermondialistes, « 0,06% du total de victimes des tous les conflits » ?

figure-thinking-mdLe choix de BDS de concentrer l’intégralité de son action sur Israël se justifierait-il par l’amour porté aux Palestiniens ?

Peut-être les membres de BDS aiment-ils les Palestiniens 141 fois plus que les Syriens…

Cela expliquerait aussi pourquoi ces militants « pacifistes » préfèrent aller en « mission d’information » en Israël plutôt qu’en Syrie. Pas parce que c’est moins dangereux, non, au contraire !

C’est en tout cas ce que laisse entendre le site de CAPJPO-Europalestine, l’écume sur la vague française des militants pour le boycott d’Israël :

« …nous souhaitons que les parlementaires français aient accès à l’ensemble des interlocuteurs qu’ils veulent rencontrer pour remplir leur mission d’information.
Nous y sommes attentifs s’agissant d’Israël comme de tous les pays où les élus français se rendent.
Comme si les élus français rencontraient ce genre de problème ailleurs qu’en Israël ! »
Source Europalestine

Mais ch’est bien chûr !
Imaginons que des élus français souhaitent se rendre en Syrie pour s’informer de la façon dont sont traités les prisonniers de Bachar el-Assad. Là, ça vaudrait vraiment le coût, car ils n’y passent pas des doctorats de droit : près de 15 000 civils syriens sont morts sous la torture dans les prisons syriennes[1].

Nul doute que nos petits parlementaires obtiendraient leur visa sur un simple coup de fil. Et une délégation gouvernementale les attendrait certainement à l’aéroport de Damas avec un coupe-file…

Au fait, de qui tenaient-ils leur mission, ces élus ? Il n’est pas impossible que seul leur amour des terroristes tueurs de Juifs les ait motivés. Alors qu’ils le disent !

Lorsqu’on lit la formulation Capjipienne, on en retire l’impression que des ambassadeurs plénipotentiaires ont été missionnés par l’ONU, alors qu’il s’agit de militants français qui se sont arrogé une mission anti-israélienne. C’est un détail sémantique qui a son importance.

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Le plus important semble la blessure d’amour-propre
Voilà des gens gonflés de leur propre importance, partant de leur propre initiative libérer des citoyens condamnés par la justice d’un pays, et ce même pays qu’ils voulaient vaincre avec leurs petits poings français leur refuse l’entrée !

Quand on a de soi-même une opinion aussi haute, on en appelle au président de la République, au gouvernement et au président de l’Assemblée nationale pour gronder les vilains Israéliens. Car les ronchonneurs voient dans la manœuvre d’autoprotection de l’État juif un « déni de démocratie et de liberté » à leurs yeux « aussi consternant qu’inacceptable ».

Des observateurs moins bienveillants à leur égard diraient que leur déni de la démocratie israélienne est une attitude consternante et inacceptable. Mais quand on a un ego de montgolfière, on estime que si son petit caprice n’est pas satisfait, « il y va de la démocratie et de la paix ». Rien que ça !

Eh M’sieu, M’sieu ! Y’m boycottent !
En France, le boycott d’un groupe, d’un pays ou d’une ethnie est illégal. Cela n’empêche évidemment pas les BDS de tout casser dans les supermarchés qui osent braver leur interdiction de vendre du Juif ou de l’Israélien. Ça, Coco, c’est pas un déni de démocratie, c’est du militantisme politique !

Israël a copié la France en adoptant, lui aussi, une loi anti-boycott. Pour une fois que les Israéliens s’inspirent des Français, on devrait être contents ! Ben non.

Un officiel israélien interviewé par Libé estime que « la loi anti-boycott est un instrument légal qui nous permet désormais d’empêcher des gens qui cherchent à porter atteinte à notre pays d’entrer sur le territoire. Cette délégation exprime sa solidarité avec un assassin. Par conséquent, nous n’avons aucune obligation envers eux. Qu’ils expriment leur soutien aux prisonniers de loin. »

Si je n’incarne ni la démocratie ni la paix, je ne suis rien ?
Rien ou pas grand’ chose…

C’est plutôt sympa, comme attitude de la part d’un pays aussi vilipendé qu’Israël, de se contenter de ne pas laisser approcher ses ennemis.

Ou alors c’est une juste appréciation de leur capacité de nuire ?

A l’inverse, on peut craindre que ceux qui veulent en découdre avec Israël pour libérer un tueur de Juifs arrivent au pouvoir quelque part.

Où que ce soit, ils ne laisseront sûrement pas leurs opposants politiques exprimer leur haine, fût-ce de loin. LM♦

Capture

[1] http://www.lemonde.fr/ op. cit.

* Liliane Messika est écrivain (http://www.lili-ecritures.com/)

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2 commentaires

  1. Merci pour cet article percutant dont les données chiffrées sont sans appel.
    Joli « coup de gueule ».

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  2. Liliane… encore une fois un article décalé, original. Vous montrez dans celui ci, le visage de ceux qui se disent « les militants de la paix »…
    merci pour avoir su mettre en lumiere les informations contenues dans
    cet article.

    J'aime

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