Vladimir Poutine l’expansionniste

poutine.jpgPar Boris Kleizmer

L’année 2017 comme les deux précédentes, 2015 et 2016, eut aussi son lot des souffrances, causées surtout par le terrorisme international. Pourtant lors de sa traditionnelle conférence de presse qui s’était tenue le 14 décembre, Vladimir Poutine, a proclamé une nouvelle course aux armements. Ses paroles contenaient une menace non déguisée : Personne ne devrait nourrir d’illusion quant à la prédominance militaire sur la Russie. Nous ne le permettrons jamais. La Russie répondra à tous les défis, politiques et technologiques. Durant les prochaines années les entreprises militaires du pays seront entièrement employées à exécuter des commandes officielles.

Économie russe en faillite ?
On peut affirmer que Poutine, a repris ainsi la doctrine des dirigeants soviétiques, or cela n’a fait que précipiter le krach de l’URSS. Mais le discours de Poutine fait naître l’impression que le président reste cantonné dans l’enceinte du Kremlin et par conséquent il ne voit pas la réalité du pays, ne sait pas ce que disent et pensent ses citoyens.

Après des années fastes grâce au prix élevé des matières premières, surtout du pétrole et du gaz, l’économie russe est au bord de la faillite. Depuis ces derniers dix-huit mois la croissance industrielle et l’économie sont pratiquement au point mort. La stagnation se fait ressentir partout dans le pays. Le chômage croît de jour en jour, surtout en province et il arrive que les salaires ne soient pas payés durant des mois. Par exemple, sur le chantier du nouveau cosmodrome « Vostochny » (Oriental), qui devrait dans le futur assez proche remplacer le fameux Baïkonour, des ouvriers se sont mis en grève, car leurs salaires n’ont pas été versés pendant six mois.

Obsession de l’URSS
Tout cela n’émeut pas le président Poutine. Par contre il y a quelque temps, il a bien déclaré que la disparition de l’URSS était pour lui un événement parmi les plus tragiques du XXe siècle. Pour cette raison il considère qu’il devrait œuvrer pour la renaissance de la « grande Russie ».

Plusieurs décisions prises ces dernières années s’inscrivent dans ce schéma : la guerre contre la Géorgie et la mainmise sur une partie de son territoire, l’annexion de la Crimée, l’occupation de l’est de l’Ukraine et la séparation de la Transnistrie russophone de la Moldavie où le roumain est parlé par la majorité de la population.

Alors le moment est venu pour relancer la course aux armements qui semblait être enterrée depuis 1991. Cette option devenait prévisible lorsque les troupes russes ont débarqué en Syrie. Évidemment il ne faut pas prendre trop au sérieux les communiqués victorieux des généraux russes. Ils ont surtout procédé par des bombardements massifs face à des combattants djihadistes, moins bien armés. Mais il est bien plus difficile d’installer ses propres bases militaires et des aérodromes dans cette région si sensible du Proche-Orient, en donnant des gages aux nouveaux « amis » et alliés , comme l’Iran et le Hezbollah. De plus la Syrie est devenue un excellent terrain pour l’entraînement des militaires russes. Leur expérience peut être transposée ensuite en Ukraine, sans parler d’une perspective plus lointaine et plus incertaine, si jamais Poutine et ses généraux décideraient de s’attaquer (qui sait !) aux régions, sorties de la sphère d’influence russe, comme les pays baltes ou bien la Pologne.

Russie ukraine.jpgAprès l’Ukraine, les pays baltes ?
Tout récemment la revue bimensuelle The National Interest a publié un compte-rendu du RAND corporation[1], considéré comme un centre de recherche (think-tank) parmi les plus sérieux dans les pays occidentaux. Les auteurs y étudient l’hypothèse d’une tentative d’occupation totale ou partielle dans un avenir relativement proche des pays baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie). Une hypothèse de science-fiction ? Mais qui aurait pu affirmer il y a cinq ans à peine que la Russie envahirait l’Ukraine, un pays si proche par l’histoire et la culture ?

L’auteur de l’article Michael Peck a fait le calcul suivant : les armées de trois pays baltes qui comptent un peu plus de 6 millions d’habitants réunissent 22 000 soldats et 450 unités d’artillerie ; en revanche, ils n’ont ni chars ni avions. En face, les Russes auraient non seulement la majorité écrasante en hommes, mais surtout en matériel : 2600 chars, 5500 unités d’artillerie et 1400 avions. Une telle action pourrait être extrêmement rapide, avec une participation assez modeste en hommes et en matériel, vu la différence en taille et en population entre la Russie et les trois pays baltes. Une vraie résistance militaire serait absurde, tout au plus la population pourrait envisager une résistance passive.

Un tel scénario suppose un rôle très important de l’OTAN qui devrait assurer la sécurité des pays baltes ce qui d’ailleurs est envisagé depuis la crise ukrainienne et la guerre en Syrie qui a marqué le retour offensif de la Russie au premier plan de la diplomatie mondiale. Mais est-il envisageable de se lancer dans une contre-attaque en Europe au risque de provoquer un conflit nucléaire ? Probablement pas, bien que depuis 2014 l’OTAN ait renforcé sa Force de réaction[2]. Ainsi les Alliés tiennent compte de l’environnement mondial où la menace russe est devenue bien plus sensible.

Parallèlement la Russie tente depuis des années d’affaiblir la solidarité des membres de l’OTAN, en sapant les bases des régimes démocratiques. Dans cette optique elle soutient des mouvements extrémistes, à la droite et à la gauche de l’échiquier politique. Elle utilise dans ce but les campagnes de désinformation et l’influence des minorités russophones, bien nombreuses, dans les pays de l’UE et aux États-Unis.

Soutiens publics à la Russie
On peut aussi rappeler l’action de certains hommes politiques occidentaux, bien sensibles aux sirènes du Kremlin. Moscou peut être très généreuse pour récompenser la flatterie et le soutien public.

Actuellement nous pouvons trouver des admirateurs de Poutine dans tous les pays et dans tous les spectres idéologiques. Pour Vladimir Poutine quelques millions de dollars ne sont pas une somme importante mais seulement un moyen d’exercer le pouvoir, tandis qu’un député européen lambda a rarement eu une telle somme entre ses mains. Imaginez l’utilisation d’une telle manne pendant des campagnes électorales !

Marine poutine.jpg
Marine ?

Marine Le Pen, Philippe de Villiers…
Ce n’est pas un hasard si Marine Le Pen a emprunté en 2014 dans une banque russe 9,4 millions d’euros. Elle a renvoyé ensuite l’ascenseur en soutenant ouvertement la politique de la Russie en Ukraine et au Proche-Orient et en reconnaissant l’annexion de la Crimée. Comme depuis, la Société Générale a fermé plusieurs comptes des eurodéputés du FN en France, le parti pense solliciter des emprunts supplémentaires auprès des banques russes. On peut aussi rappeler qu’elle a rendu une visite à Poutine le 25 mars 2017, pendant que la campagne électorale en France battait son plein.

On pourrait aussi citer Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, ancien député et candidat aux élections présidentielles en 1995 et en 2007. Il ne cache pas son admiration pour Poutine. En été 2014, quelques mois à peine après l’annexion de la Crimée, il a rencontré le président russe à Yalta et a déclaré qu’il échangerait volontiers Hollande et Sarkozy contre Vladimir Poutine. Après sa rencontre avec Poutine il a déclaré : « J’ai découvert que Poutine était un vrai chef d’État. J’ai aussi compris pourquoi en Occident les élites mondialistes ne cessent de le critiquer: l’Amérique veut que l’Europe soit la cinquante et unième étoile du drapeau américain. Pour cela, elle doit maintenir les Européens inféodés à l’Otan. Vladimir Poutine est le prétexte parfait, le diable idéal. La différence avec la France est la suivante: en Russie, il y a une véritable restauration des valeurs morales, civiques, patriotiques, spirituelles. Les petits Russes apprennent la fierté d’être russes. On parle aux Russes de la Russie, de sa grandeur, de son riche patrimoine, de son rayonnement eurasiatique. Que dit-on aux jeunes Français? Que la France est une honte, que les Français sont des racistes et que le patriotisme est une tare. Il y a plus de liberté d’expression en Russie que chez nous ».

Parmi les personnalités qu’on pourrait classer plutôt à droite, on peut aussi citer François Fillon, l’adversaire malheureux d’Emmanuel Macron aux élections présidentielles ; par contre à gauche, Jean-Luc Mélenchon, tout en exprimant ses réserves d’ordre général, considère que la politique russe en Syrie est un point positif pour l’équilibre du monde.

En en Grande Bretagne ?
Traversons maintenant la Manche et regardons la situation dans la brumeuse Albion. Là aussi, Poutine est soutenu par la droite. Nick Griffin, leader du Parti national britannique (BNP) de 1999 à 2014 et député européen de 2009 à 2014, est très engagé dans son soutien à Vladimir Poutine. Le président actuel du PNB Adam Walker qui a repris le flambeau en 2014 suit exactement la même ligne.

RT russia today.jpgToujours à droite de l’échiquier, Nigel Farage fondateur du parti souverainiste britannique (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni -UKIP), qu’il a dirigé entre 2006 et 2016 et qui a été un partisan acharné du Brexit, est aussi un admirateur de Poutine. Il était député européen depuis 1999 et co-président à ce titre du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) au Parlement européen. Or dans ce cadre, la Russie de Poutine joue un rôle déterminant dans les relations internationales des différents partis européens de droite, qui se retrouvent d’ailleurs de temps à temps à Moscou ou à Saint-Pétersbourg dans des forums tout à fait officiels, organisés souvent par le parti nationaliste Rodina (La Patrie) de Dmitri Rogozine, le vice premier-ministre du gouvernement russe depuis 2011. Ils réclament alors l’arrêt des sanctions contre la Russie, introduites depuis le conflit russo-ukrainien. Toujours en Grande-Bretagne une récente enquête du Sunday Times a également révélé des affinités entre Kremlin et certains membres du parti conservateur.

La main de Moscou est arrivée jusqu’à Washington où par exemple Ron Paul, représentant du Texas jusqu’en 2013 à la Chambre des Représentants, a défendu publiquement le droit de la Russie d’organiser un référendum d’autodétermination en Crimée et a affirmé que la loi était du côté de Vladimir Poutine ! Et évidemment il ne faut pas oublier des liens équivoques de l’entourage du président américain avec plusieurs émissaires du Kremlin.

Les media RT et Spoutnik
Il est important d’indiquer que la Russie utilise pour sa propagande les médias, surtout la chaine RT (Russia Today) et la station de radio Spoutnik qui émettent en plusieurs langues. D’ailleurs depuis le 18 décembre 2017 la chaîne RT a commencé ses émissions en français. Deux jours plus tard, le 20 décembre, dans le Monde, une lettre ouverte, adressée au président du CSA, Olivier Schramek lui demandait de « suspendre l’attribution de la licence de diffusion à Russia Today ». Une belle bataille en perspective !

Les actions de propagande suivent leurs cours, tandis que les nuages continuent d’assombrir l’horizon politique en Russie. Le 18 mars 2018 les élections présidentielles doivent avoir lieu en Russie. Sans aucun doute Vladimir Poutine en sera le vainqueur pour entamer son quatrième mandat de six ans. D’après les politologues cela devrait être son dernier. Pour le pays cette période pourrait avoir des conséquences très graves, car le régime risque de devenir encore plus dur et autoritaire.

Vladimir Poutine aura à affronter un problème pratiquement impossible à résoudre : comment quitter le pouvoir en gardant ses privilèges, tous ses acquis financiers et en garantissant sa sécurité personnelle et celle de son entourage le plus proche. BK♦

[1] La RAND Corporation (« Research And Development ») fondée en 1948 est une institution de conseil sur des questions de défense et de sécurité, mais aussi sur l’économie. Au début elle travaillait pour le gouvernement américain, mais ensuite elle a élargi son champ d’action vers les autres gouvernements occidentaux, des fondations privées, des organisations internationales, voire des entreprises privées.
Boris Kleizmer[2] La Force de réaction de l’OTAN (en anglais NATO Response Force – NRF) est la force de réaction rapide de l’OTAN ; depuis le conflit dans l’est de l’Ukraine en 2014, les alliés ont adopté un plan d’action qui contient un ensemble de mesures de réassurance des pays membres de l’OTAN en Europe centrale et orientale pour renforcer leur défense et rassurer leurs populations.

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