Déculpabiliser la peine de mort ?

guillotinePar Liliane Messika*

Cette question suffirait à condamner à la mort médiatique tout insensé osant la poser dans un journal « mainstream ».

Un média mainstream n’est pas, comme les anglicistes l’imaginent, un journal grand public, mais un média qui appartient au courant dominant. Dominant dans le sens « c’est nous qui donnons à parole à qui nous voulons et condamnons de facto les autres au silence », pas dans celui d’un « courant de pensée de la majorité silencieuse ».

La mort médiatique n’est pas la mort tout court, sauf pour la pensée
Il était une fois la démocratie. Montesquieu, dans De l’esprit des lois, estimait que la séparation rigoureuse entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire était sa garantie.

Dans cet esprit, à la fois des lois et de la lettre, un quatrième pouvoir avait, bien plus tard, vu le jour, celui de la presse. Sa liberté, selon la loi du 29 juillet 1881, est totale, « sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Mais pour se lancer dans la procédure qui aboutira – peut-être – à la condamnation d’un organe de presse coupable d’un abus, il faut disposer d’une détermination et de moyens que l’homme de la rue (fût-il une femme) possède rarement.

L’immense majorité des procès intentés à des organes de presse au XXIe siècle l’est pour cause d’islamophobie par des lobbies dont les moyens (en temps, en argent et en avocats) sont inépuisables.

D’où l’autocensure pratiquée au su ou à l’insu du plein gré des journalistes. A l’insu du plein gré, mais avec la conscience immaculée de ceux qui SAVENT faire partie d’une élite garante du bien et du vrai. Et voilà pourquoi, dans notre belle démocratie, votre fille est muette, car incapable de trouver un média qui rendra compte de sa pensée si celle-ci ne se coule pas dans le moule.

Tous les pouvoirs couchent ensemble, le quatrième en premier
On ne parle pas là que des journalistes des deux sexes en couple avec des politiques de tous les genres.

On pense aussi aux sondages qui dictent leurs politiques aux hommes éponymes, aux juges qui font « fuiter » dans la presse leurs intimes convictions afin d’emporter celle des jurés. On rappelle les affaires où, lorsque le judiciaire a tranché, les médias obtiennent son déni : Jacqueline Sauvage, graciée malgré deux condamnations successives après une campagne médiatique d’obédience néo-féministe ; l’aéroport Notre-Dame des Landes, dont la construction, après que le judiciaire ait tranché contre tous les recours, a été annulée par l’exécutif après une campagne médiatique d’obédience écologiste…

médias.jpgLa dictature du Roi-Média a remplacé celle du prolétariat…
… Mais elles sont encore comme cul et chemise. La seule étude dont on dispose concernant les choix politiques des journalistes date de 2012, à l’occasion de l’élection de François Hollande. Vous vous souvenez, le Président normal ? Élu par 52% des 80% de votants, c’est-à-dire par 41,6% du corps électoral. Les journalistes, eux, étaient 74% à avoir voté pour lui. Dans les écoles de journalisme, il avait fait des scores plus-que-staliniens : 87% à l’ESJ et 100% au CFJ.

Rassurons-nous quant à l’évolution de la pluralité d’opinions dans les médias, car la plupart de ces étudiants de 2012 sont en poste six ans plus tard !

Ce n’est pas qu’ils mentent, ces jeunes idéalistes qui croient avoir pour mission de convertir la population au Bien et au Juste, c’est juste qu’ils parlent des sujets qui les intéressent, qu’ils interviewent de préférence ceux qui sont de leur avis et qu’ils « oublient » les événements qui donnent tort à leur idéologie.

En Israël, grand débat sur la peine de mort
Dans l’État juif, considéré par la Hollandie (pas les Pays-Bas, le microcosme socialiste) comme une parenthèse, une erreur de l’histoire, voire une entité à faire disparaître grâce aux BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), la peine de mort n’a été appliquée qu’une seule fois, contre Eichmann, en 1962.

Les journalistes français regardent ce pays, au mieux avec condescendance. Pourtant, la peine de mort y avait été abolie en 1954. Sauf pour les coupables de « génocide, de crime contre l’humanité, de crime de masse, de trahison ou de crime contre le peuple juif », aux motifs desquels la sentence contre le bourreau nazi a été appliquée.

Pour mémoire, au pays des Droits de l’Homme, il a fallu attendre 1981.

En Israël, début 2018, 52 députés contre 49 ont voté une loi rétablissant la peine de mort pour les terroristes. On ne sait pas s’ils ont été convaincus par l’argument du ministre de la défense, Avigdor Lieberman, qui voit dans cette loi « un moyen de dissuasion puissant contre les terroristes, sûrement plus efficace que la destruction des maisons de leurs proches ».

noeud coulant.jpgLa peine de mort n’est plus une conséquence, c’est une cause
Dans les années qui ont suivi mai 1968, l’idée de l’abolition de la peine de mort a gagné du terrain dans l’Hexagone. Le châtiment suprême existait dans de très nombreux pays, barbares comme civilisés, au motif de punir les coupables et de dissuader les impétrants.

Ce dernier argument était facile à contrer : chiffres à l’appui, les abolitionnistes (dont l’auteur de ces lignes) prouvaient que la modification de la loi sur la peine de mort, dans le sens de l’abolition, ou au contraire dans celui du rétablissement, n’avait aucune incidence sur le nombre de crimes.

En 1976, la France était sous le coup de l’exécution de Christian Ranucci. Il fut le dernier guillotiné de notre pays. Sa défense post mortem par Gilles Perrault, dans L’homme au pullover rouge, convainquit une large part du public sinon de son innocence, du moins de la grande probabilité d’une erreur judiciaire. Ce fut un élément déclenchant dans la voie de l’abolition, en 1981. Depuis cette date, la peine de mort est devenue un repoussoir, non pas du crime pour les criminels, mais de l’État pour les Français en général : c’est la marque d’un État barbare (les États-Unis, par exemple), par opposition aux pays civilisés, dont la France est l’étendard.

Aujourd’hui, la barbarie a changé de camp
L’argument « ne nous abaissons pas à devenir aussi sanguinaire que l’assassin » ne tient plus. En effet, les criminels qui kidnappent, violent, torturent, réduisent en esclavage et assassinent leurs victimes selon des scenarii de plus en plus sadiques et sanglants ne commettent plus, ce faisant, des délits de droit commun, mais des extases orgasmiques censées les mener au paradis d’Allah où 72 vierges les attendent.

A l’époque de l’abolition de la peine de mort, on n’imaginait pas qu’un jour viendrait où des crimes de masse seraient mis en scènes de façon érotisée par des assassins aspirant à mourir : « Quiconque meurt au cours du djihad entrera au Paradis et deviendra un martyr », et précisément, « les délices du Paradis consistent principalement en voluptés sensuelles » dit le Coran. En les condamnant à mort, on accèderait donc à leur désir. Au temps pour la dissuasion !

Le débat qui agite Israël est confisqué avant de commencer en France
On ne revient pas sur l’abolition de la peine de mort sous peine de passer pour un lepéniste. C’est déjà le cas de 4 millions d’électeurs, mais ce « détail » est rangé dans le tiroir Déni-du-Réel de notre médiacratie : le FN a obtenu 20% des voix lors de la dernière présidentielle, une donnée purement abstraite. Ce n’est pas pareil que d’évoquer quatre millions d’êtres de chair et de sang doués de raison.

Passer pour un lepéniste condamne à la mort sociale. Émettre sur la peine de mort une opinion qui s’éloignerait de la doxa médiatique, fût-ce d’une nuance infime, suffit pour figurer dans la liste noire.

Les journalistes en sont convaincus, qui cherchent à en convaincre leurs publics avec la même certitude d’être dans le Vrai que lorsqu’ils expliquaient l’échec inéluctable de Sarkozy en 2007, et ceux du Brexit et de Trump dix ans plus tard.

Ce que les journalistes n’aiment pas ne peut pas exister, c’est aussi simple que cela. Et quand cela se produit quand même, c’est une faute des électeurs qui ont mal voté, pas une erreur des journalistes qui ont mal prévu.

presseEn France on est très tolérant pour ceux qui partagent nos préjugés…
… Les autres sont méprisés, vilipendés et privés d’antenne, ce qui limite leur pouvoir de nuisance vis-à-vis du « Bien Penser Le Vivre Ensemble » tel que défini par les médias dans le cadre étroit de ce qu’ils considèrent comme l’humanisme.

Cet « humanisme » manichéen évoque irrésistiblement Dostoïevski : « J’aime l’humanité, mais, à ma grande surprise, plus j’aime l’humanité en général, moins j’aime les gens en particulier (…) En revanche, invariablement, plus je déteste les gens en particulier, plus je brûle d’amour pour l’humanité en général.[1] » Belle description du Journaliste majuscule… dont Malcolm X, l’inspirateur des Black Panthers, assassiné en 1965, n’était pas dupe : « La presse a un pouvoir de l’image si puissant qu’elle peut faire passer un criminel pour une victime et montrer la victime comme un criminel. »

Leader d’opinion ou conformiste radical ?
Le fait de prendre systématiquement le bon sens à contrepied ne fait pas du bien-pensant français un juste penseur. Les héros qui sous-tendent l’inconscient collectif de nos compatriotes ne sont ni Louis XIV ni Jacques Anquetil, mais Cosette et Poulidor : des victimes et des perdants. Pas des vainqueurs, surtout pas des vainqueurs. D’ailleurs, on préfère une brute et un truand à un bon. Car « Rien ne paraît plus innocent que celui qui arrive à rendre coupable sa victime de ses méfaits. [2] » Rien ne paraît si séduisant, surtout…

A force de chouchouter les criminels et de faire d’eux des victimes du sssyssssstème, on en vient à faire figurer les parents de gamines violées et assassinées sur le Mur des Cons du Syndicat de la magistrature.

anquetil poulidor.jpg
Anquetil et Poulidor

Quand les temps changent, pourquoi les mentalités restent-elles immuables ?
« Il n’y a rien de plus séduisant pour l’homme que le libre arbitre, mais aussi rien de plus douloureux », faisait dire Dostoïevski à l’un de ses personnages[3]. Être mis au ban de sa société est la forme que prend cette douleur pour celui qui pense par lui-même.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les auteurs passent, mais les valeurs restent : le pauvre vaut mieux que le riche, le faible que le fort, le minoritaire que le majoritaire… Les chiffres changent, les images d’Épinal demeurent.

Le Musulman imaginaire reste le pauvre, même si les pays les plus riches du monde ont l’islam comme religion d’État. A l’inverse, Israël, dont la seule matière première est sa matière grise, est vu comme l’archétype du riche. Qu’importe aussi, si le PIB par habitant des Palestiniens est le 168ème mondial (sur 237), juste devant le Maroc, avec 2 867 dollars. Pour mémoire, chez le dernier de la liste, le Burundi, il est de 286 $, très exactement un dixième de celui des Palestiniens.

Vus des rives de la Seine, les Palestiniens sont les damnés de la terre les plus faibles et les plus vulnérables, quand Tsahal (acronyme de l’Armée de Défense d’Israël en VO) est la plus haïe de la planète. Pourtant, lorsqu’Israël est attaqué, c’est toujours par une coalition de voisins, dont l’armement est tout aussi sophistiqué que le sien, mais la motivation des soldats bien moindre.

Enfin, les Palestiniens, que d’innombrables ONG françaises décrivent comme une espèce génocidée, sont 5,3 millions d’âmes. Leur nombre a été MULTIPLIÉ par sept depuis 1967, quand les Israéliens ont conquis la Cisjordanie sur la Jordanie et Gaza sur les Égyptiens. C’est une goutte d’eau au sein de l’Oumma, la population musulmane mondiale qui se monte à UN MILLIARD 300 millions d’âmes. En face, les Israéliens sont 8 millions, dont 6 millions de Juifs (et un million et demi d’Arabes), soit la moitié de la population juive mondiale (un peu plus de 13 MILLIONS au total).

La peine de mort, un usage disproportionné de la force ?
Quand un terroriste se fait exploser au milieu d’un bus au moment de la rentrée des classes, quelle serait la réaction proportionnée qui trouverait grâce aux yeux des médias ? Envoyer un soldat se faire sauter au milieu d’un bus à Ramallah à l’heure de la sortie ?

Quand les soldats d’Allah mitraillent à bout portant des civils attablés à une terrasse de café, quelle serait la réponse appropriée ? Mitrailler la population gazaouie ?

Quand un héros palestinien, rémunéré par l’Autorité Palestinienne pour son acte de bravoure, écrase la tête d’un nourrisson contre un rocher, quelle réaction ne serait pas condamnée par nos médias moralistes ? Et quand ce meurtrier emprisonné est libéré dans le cadre d’un échange de mille prisonniers contre un jeune appelé et qu’il recommence dans la semaine qui suit sa libération, quelle réponse est adéquate ?

La morale au service des amoraux
Pourquoi le journalisme français considère-t-il comme normal de ne pas tolérer les ennemis de la tolérance, mais trouve-t-il inenvisageable la mise à mort d’un meurtrier multirécidiviste ?

Ilan Halimi
Ilan Halimi

Pourquoi le père d’un enfant assassiné est-il admirable quand il clame que les assassins « n’auront pas sa haine » et barbare quand il voudrait les voir exécutés ?

Pourquoi certains membres du gang des barbares autoproclamé ont-ils été condamnés à des peines symboliques pour avoir kidnappé, torturé pendant trois semaines et brûlé vif Ilan Halimi à Bagneux, pour la seule raison qu’il était juif ?

Pourquoi, quand le ministère public a fait appel de ces peines légères, est-ce le ministre de la justice qui a été blâmé et accusé d’être à la solde des Juifs ?

Et si l’on regardait la réalité en face sans se cacher derrière l’idéologie Bisounours ?
Les Israéliens ont l’air d’accepter de justesse le principe de la peine de mort pour les terroristes coupables de meurtre(s).

Les opposants à cette mesure arguent, comme ils le firent en France, d’une raison morale, le refus de « s’abaisser au niveau de l’assassin » et aussi de l’inefficacité de la peine de mort comme outil dissuasif.

Les islamistes utilisent le terrorisme comme une voie directe pour accéder au paradis d’Allah où ils pourront consommer sans modération des vierges à l’hymen renouvelable.

Des pragmatiques font remarquer que si l’on veut les en dissuader, il conviendrait de se placer sur leur propre terrain.

On n’est admis au Paradis que si l’on est halal ?

Alors, faire savoir qu’avant l’exécution, une transfusion de sang porcin a été effectuée sur le coupable convaincra les impétrants que la porte du Paradis leur demeurera fermée.

On ne peut jouir des voluptés sensuelles que si le Jugement dernier nous retrouve avec un corps en état de marche ? Oui. C’est pourquoi les islamikazes protègent leur sexe de plusieurs couches superposées de sous-vêtements.

Incinérer la dépouille peut répondre à cette croyance-là.

Voilà de quoi tiédir quelques vocations…

terrorisme.jpgOn est contre la guerre, contre la maladie, contre la pauvreté et contre la peine de mort
La maladie, on n’a pas trouvé comment l’éviter.

La pauvreté, on la décuple à l’interne dans l’espoir de la diminuer dans le reste du monde. Quant à la guerre, on vit dans l’illusion que, comme la paix, il faut être deux pour la déclarer. Et puisqu’on s’y refuse, il faut nommer autrement celle que nos ennemis mènent contre nous avec détermination.

De la même façon, on décrète la peine de mort sujet clos et non révisable.

Il faudra donc apprendre à vivre avec la menace d’un terrorisme croissant au rythme de son impunité.

Pourtant, la guerre existe, déclarée unilatéralement contre nous. Les terroristes nous font la guerre.

Si les Américains ne nous avaient pas sauvés de la dernière, la France aurait été engloutie par le Reich. Qui nous sauvera de celle-ci ?

« Depuis un siècle les États arabes qui entourent Israël et les pays arabo-musulmans dans le reste du monde ne cessent de faire la guerre aux Juifs. Disposant enfin d’un pays, ceux-ci ont pu se doter d’une armée qui les défend. Or la guerre, c’est essayer de donner la mort à l’adversaire dont on cherche à se préserver », a écrit Jean-Pierre Lledo.

Il a raison, les terroristes nous tuent un par un, la guerre nous tue en grand.

La guerre, c’est la réponse proportionnée à la guerre, la peine de mort est peut-être la réponse proportionnée au terroriste individuel. Pas comme dissuasion, mais pour éviter les récidives, la contamination dans les prisons et le chantage pour la libération des « héros » emprisonnés. LM♦

* Liliane Messika est écrivain (http://www.lili-ecritures.com/)

Logo Liliane Messika[1] Les Frères Karamazov, Dostoïevski, traduction Henri Mongault, 1923.
[2] Agent logistique, Serge Zeller, les Belles Lettres, 1958.
[3] Dostoïevski, op. cit.

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