Encore un navet sur la scène de l’université Lille 1

bds2.jpgPar Liliane Messika

Premier tableau

La scène se passe à la Maison des étudiants,
sur le campus à Villeneuve d’Ascq.

  • Côté Jardin, une quinzaine d’étudiants de l’IAE, Institut d’Administration des Entreprises de Lille, rattaché à l’université Lille 1, prépare des ateliers de découverte de la culture israélienne, notamment de cuisine et de musique, en lien avec le calendrier de l’Institut français, qui mène en 2018 une « Saison croisée France-Israël ».
  • Côté cour, entrent quelques dizaine d’activistes de l’association France Palestine Solidarité Nord-Pas-de-Calais (AFPS) et deux professeurs de l’université de Lille 1 : Moussa Nait Abdelaziz et Abdellatif Imad.

Dialogue :

Gaëlle Robin, 22 ans étudiante en marketing, communication et culture, membre de l’IAE :

– On ne veut pas créer de polémique, juste mener un projet en ligne avec notre cursus. D’ailleurs, il a été validé par l’établissement.

Les deux profs, uniquement préoccupés de justice et du succès de leurs étudiants aux examens :

– On viendra manifester à toutes vos activités. Votre démarche met en valeur l’État d’apartheid israélien en prétendant se placer sur le terrain culturel en occultant les crimes commis régulièrement par cet État colonial à Jérusalem, en Cisjordanie, à Gaza.

Affiche Lille Univ Israel.jpgDeuxième tableau

  • Côté cour, entre un professeur chenu, traînant la patte et un cartable[1] en cuir[2].
  • Côté jardin, entrent deux professeurs barbus tapotant sur leur tablette.

Dialogue :

– De mon temps, commence le vieux professeur d’une voix tremblante, l’université enseignait aux étudiants à réfléchir à partir de tous les éléments disponibles sur un sujet.

– Crétin dégénéré ! Si on laissait les étudiants réfléchir, quelle garantie aurions-nous qu’ils feraient les bons choix et non les mauvais ?

Les deux jeunes barbus se regardent, éclatent de rire et se tapent
rituellement dans la main puis sur les phalanges des poings fermés.

– La mission des professeurs n’est pas de choisir les options politiques des étudiants, elle est de leur donner les outils pour qu’ils choisissent eux-mêmes. Cela s’appelle la démocratie, insiste le vieillard. C’est pour cela que les jeunes doivent apprendre à réfléchir.

– Il est bien plus sûr de leur faire acquérir des réflexes, de cette manière, on est sûrs de leurs réactions aux stimuli. Vous vous rendez compte de ce qui se passerait, s’ils connaissaient les deux sons de cloche, pauvre cloche ?

– Oui, et au lieu de réflexes, utiliseraient la réflexion afin de faire des choix en connaissance de cause.

Les deux jeunes profs se jettent sur le vieux professeur
et le rouent de coups.

Troisième tableau :

Le vieux professeur est dans la coma et il rêve.

Les étudiants des deux groupes du premier tableau se parlent et s’écoutent, au lieu que les plus nombreux menacent les minoritaires.

Dialogue.jpg– Renoncez à votre projet de présenter la musique et la gastronomie israéliennes, demandent les pro-palestiniens.

– Pourquoi ?

– Parce qu’Israël est un Etat d’apartheid qui commet des crimes coloniaux à Jérusalem, en Cisjordanie et à Gaza.

– A Gaza aussi ? Mais les Israéliens se sont retirés de Gaza en 2005, cela fera treize ans cet été !

– Ah bon ? Vous êtes sûrs ?

– Lisez les comptes rendus de l’époque, y compris ceux de votre association.

– On devait être contents !

– Non, vous étiez contre, parce que c’était une décision unilatérale d’Ariel Sharon et vous détestiez Ariel Sharon. D’ailleurs les Palestiniens ont immédiatement détruit les synagogues et toutes les infrastructures agricoles laissées par les pionniers israéliens.

– Pourquoi auraient-ils fait ça ?

– Parce que cela venait des Juifs.

– Vous voulez dire que les colons sont partis en faisant cadeau aux Palestiniens de leurs serres qui valaient de millions ? On n’y croit pas !

– Non, ils voulaient les emporter, mais des millionnaires juifs pour la paix les ont rachetées pour qu’elles restent et offrent aux Gazaouis une opportunité de prospérité économique.

– Ben pourquoi ils les ont détruites ?

– Posez-leur la question.

– Bon, OK, mais il reste la Cisjordanie et Jérusalem. L’apartheid.

– Qu’appelez-vous apartheid ?

– Nos professeurs l’ont écrit à la direction de l’université : « Monsieur le Président, aurions-nous accepté d’organiser une manifestation édulcorée sur l’Afrique du Sud, au temps de l’Apartheid et de Mandela en prison ? » C’est la même chose qui se passait en Afrique du sud, une minorité de blancs, là les Juifs, interdisaient tout à une majorité de noirs, là les Palestiniens, réduits en esclavage.

– Les Israéliens n’ont pas grand-chose à dire sur les Palestiniens, aujourd’hui. Ceux-ci sont administrés en Cisjordanie par l’Autorité Palestinienne et à Gaza par le Hamas. Vous avez dû entendre parler d’eux, quand même ?

– Euh, oui, ch’est ben vrai, cha, on en entend même parler tous les jours. Mais nos professeurs ne peuvent pas avoir écrit officiellement une lettre dans laquelle ils parlent d’apartheid sans fondement !? Ah, je sais ! Ils voulaient dire les Arabes israéliens !

Le reste du groupe AFPS applaudit et s’esbaudit.

– Vous croyez que les cinq millions d’Israéliens tiennent les deux millions d’Arabes israéliens en esclavage et leur dénient tous les droits ?

– Ben oui, c’est cela même.

Israel raciste .jpg– Vous ignorez donc que tous les citoyens israéliens, quelle que soit leur origine, leur religion ou leur couleur, possèdent absolument tous les mêmes droits ?

– Vous vous moquez ? Apartheid, on vous dit !

– Pourtant ils ont le droit de vote, ils ont des députés et il y a deux partis arabes à la Knesset, le parlement israélien.

– Pas possible !

– Regardez sur Wikipedia : « Le Parti démocratique arabe (hébreu : מפלגה דמוקרטית ערבית, Miflaga Demokratit Aravitarabe : ألحزب الديمقراطي العربي, al-Hizb al-Dimuqrati al-Arabi), plus communément désigné en Israël par son acronyme en hébreu Mada (hébreu : מד »ע) était un parti politique israélien. Depuis la fin des années 1990, il est un courant au sein de la Liste arabe unie. » En 2014, Israël a adopté une loi qui relève le seuil des groupes parlementaires à 4% d’électeurs, alors les trois partis arabes se sont coalisés pour améliorer leurs chances.

Knesset Mai 2015.jpg
Elections de Mai 2015

– Peut-être, mais justement, ils doivent être tellement minoritaires que les majoritaires leur font subir un apartheid.

– Vous savez qu’un deuxième juge arabe vient d’être nommé à la Cour Suprême ? Et savez-vous à quoi il doit sa nomination ?

– Non. On ne savait pas, mais c’est surement un alibi. Deux alibis.

– Il s’appelle George Kara. Il a été nommé pour avoir envoyé en prison, après un procès exemplaire pour harcèlement sexuel, le président de l’Etat d’Israël, Moshe Katzav. Il a été accueilli à la Cour Suprême par le vice-président, Salim Joubran, un autre Arabe israélien qui y siégeait depuis 2003. D’après vous, combien de juges noirs y avait-il en Afrique du Sud du temps de l’apartheid ? Et les aurait-on nommés à la Cour suprême ?

– Mais enfin, il doit bien y avoir une raison pour que nos professeurs refusent tout contact avec les Israéliens en évoquant un crime aussi grave que l’Apartheid ?

– La première raison qui vient à l’esprit, c’est qu’ils ne veulent pas que vous ayez accès aux informations.

– Mais les professeurs sont forcément objectifs !

– Regardez ce que donne Google quand on tape le nom de vos deux professeurs :

Google : recherche Moussa Nait Abdelaziz et Abdellatif Imad

Cela vous paraît-il représenter l’objectivité ?

– Euh…

– Vous devriez aussi consulter le rapport de l’Anti Defamation League, la Ligue anti-diffamation américaine. C’est là : http://global100.adl.org/. Elle constate qu’il y a dans le monde un milliard d’antisémites. Cela fait 70 antisémites par Juif dans le monde. Qu’en pensez-vous ? Est-ce que d’après vous, cela pourrait expliquer la profusion des mouvements qui prônent le boycott d’un seul pays, l’Etat juif ? Ce qui permettrait aussi de maintenir les troupes de militants dans l’ignorance des faits et des chiffres.

Occupation juive terre arabe.jpgUn médecin en blouse blanche arrive sur scène

Il se penche sur le vieux professeur inanimé, lui prend le pouls et déclare :

– Il est mort !

Les étudiants de l’IAE :

– C’était donc un rêve !

Les activistes de l’AFPS :

– Ouf, c’était un cauchemar ! LM♦

Voir également :
Devant la polémique, des étudiants lillois annulent leur festival consacré à Israël (Europe1)

[1] Jusqu’au siècle dernier, avant l’invention du sac à dos, les professeurs et les élèves transportaient leurs cours dans une sorte de mini-valise sans roues appelée « cartable ».
[2] Le cuir est une matière naturelle qu’on doit utiliser de préférence au plastique (version écolo 0.1) issue de la peau obtenue sur des animaux morts (écolo 0.2) après qu’on ait criminellement mangé leur chair au lieu de se nourrir de soja (version vegan).

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