« L’antisionisme d’aujourd’hui », ou les tribulations juridico-historiques du Pr CHARBIT

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Conseil National de l’A.J.C.F. le 07/01/2018[1]
Thème : « l’antisionisme »
Décryptage de la conférence de Denis CHARBIT

Par Danielle Khayat*

La conférence donnée le 07 janvier 2018 par Denis Charbit, Maître de conférences à l’Open University d’Israël, était intitulée : « Antisionisme d’hier et d’aujourd’hui : analyse et discernement ». Et d’emblée, l’orateur insistait sur l’importance du titre qu’il avait choisi pour son intervention, l’auditeur ne pouvant, pour sa part, qu’être intrigué par l’utilisation du terme de « discernement ».

Discernement contraire d’aveuglement
Selon le dictionnaire Larousse, le discernement est en effet la faculté d’apprécier sainement les choses. Synonyme d’intelligence, de clairvoyance, le discernement est le contraire de l’aveuglement, de la confusion.

Denis Charbit se proposait donc, à travers cette conférence, de nous ouvrir les yeux sur la notion d’« antisionisme », de nous mettre en garde contre une confusion avec ce qu’il ne nommera qu’à la fin de son exposé en soulignant qu’« il faut faire attention à ne pas qualifier tout propos antisioniste d’antisémite sous peine de galvauder ce terme ».

Et ce n’est qu’à cet instant que l’auditoire, du moins une partie de celui-ci – celle qui connaît l’Histoire, le droit international, l’actualité, celle qui n’est pas dans la confusion mais pas non plus dans la naïveté – a pu comprendre le sens et la portée des propos qu’il venait d’entendre.

Denis Charbit commençait son intervention en rappelant qu’avant d’être « la caractéristique gauchiste et arabe », l’antisionisme a d’abord été une « affaire de famille, une affaire juive, entre Juifs ». Et il exposait, brièvement, les trois sources de cette opposition juive à la création d’un État juif.

Israel haine

L’antisionisme d’aujourd’hui est « arabe »
Denis Charbit ne l’affirme pas explicitement mais, venant du monde juif, cet « antisionisme d’hier » ne peut être qualifié d’antisémite – le public l’aura compris.

Après avoir indiqué que cet antisionisme que l’on peut qualifier d’endogène a quasiment disparu sous le double effet de la survenance de la Shoah et de la création de l’État d’Israël en 1948, Denis Charbit en vient à ce qui va constituer l’essentiel de son propos : « l’antisionisme d’aujourd’hui » qu’il qualifie d’emblée d’« arabe ».

Ce qualificatif ainsi que plusieurs affirmations postérieures de l’orateur méritent un examen attentif. En effet, leur juxtaposition aboutit à une conclusion inquiétante, tant il est vrai que la recherche – légitime – de la paix ne peut se faire sur le dos de la réalité – fût-elle dérangeante pour la thèse que l’on défend.

1°) En qualifiant d’« arabe » l’antisionisme actuel, Denis Charbit est dans le déni du réel.
En effet l’Iran – dont les dirigeants affirment presque quotidiennement qu’ils détruiront sous peu « l’entité sioniste », sans que cela émeuve jamais l’O.N.U. pourtant prolixe lorsqu’il s’agit de condamner Israël – n’est pas un pays arabe. Pas davantage n’est arabe la Turquie – qui ne manque jamais une occasion de déverser son fiel sur Israël. Quant à certains pays asiatiques ou du sub-continent indien, eux aussi très antisionistes, on ne peut sérieusement dire qu’ils seraient arabes.

En revanche, tous ces pays sont musulmans, et antisionistes.

Ainsi, Denis Charbit n’a pas voulu qualifier l’antisionisme moderne pour ce qu’il est, à savoir arabo-musulman. Ce faisant, il dénature immédiatement la question.

En effet, en évacuant délibérément la dimension religieuse de l’antisionisme, Denis Charbit veut limiter celui-ci à un débat purement national.

lapin phares

Or, l’hostilité du monde arabo-musulman envers l’État juif trouve son fondement dans le Coran : les Juifs sont des « dhimmis »[2] et ils ne sauraient être admis à gouverner des musulmans. Quant à la terre sur laquelle ils ont fondé leur État, elle était musulmane et doit le rester car toute terre conquise par l’Islam est vouée à demeurer musulmane. Du reste, la Charte du Hamas, qui prône la destruction d’Israël, se réfère expressément aux sourates du Coran pour justifier et légitimer son objectif.

2°) Denis Charbit poursuit en rappelant que les premières manifestations des Arabes de Palestine ont lieu le 2 novembre 1918, un an après la Déclaration Balfour.
Et il explique que la France et le Royaume- Uni, puissances mandataires, promirent l’indépendance à tous les peuples arabes de la région, sauf à ceux de la Palestine ce qui provoqua la fureur de ceux-ci : « attachés à leur terre, ils ne supportent pas l’idée qu’elle cesse d’être arabe » et ont ainsi un « grief véritable » contre le projet de l’établissement d’un Foyer National Juif promis par la Déclaration Balfour.

Ici encore, Denis Charbit est dans le déni du réel.

En effet, depuis 1517, la Palestine, à l’instar du reste de la région, était sous domination ottomane. Elle avait cessé d’être arabe depuis quatre siècles quand le Général ALLENBY entra dans Jérusalem après la défaite et l’effondrement de l’empire ottoman.

Au surplus, et l’historien palestinien Abd Al-Ghani SALAMEH vient de l’affirmer en dépit de la propagande officielle de l’Autorité Palestinienne : « en 1917 il n’existait pas de peuple palestinien ». Et cet historien de préciser que la Palestine sous domination ottomane incluait la Jordanie et le Sud Liban, et qu’à l’instar des autres peuples de la région, les habitants de Palestine passèrent de la domination turque à la domination de la puissance mandataire « sans avoir constitué un peuple palestinien avec une identité politique». Voir Palestinian Media Watch

En vérité, ce que ne pouvaient admettre les Arabes de Palestine et d’ailleurs, tout comme le reste du monde musulman, c’est que cette terre cesse d’être musulmane : car arabe, elle ne l’était plus depuis 400 ans, mais elle était demeurée Dar-Al-Islam c’est-à-dire musulmane.

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Déclaration Balfour

3°) Quid des émeutes anti-juives de1920, 1929, 1947/48, … ?
Denis Charbit n’évoque pas les émeutes anti-juives qui se déroulent dans la Palestine mandataire, ni les pogroms de Jérusalem dès 1920, ceux de Hébron et Safed en 1929, ceux de Jaffa et bien d’autres villes dans les années qui suivent, notamment en 1947 et 1948.

Ce sont pourtant les exactions de 1929 qui décideront les dirigeants du Yichouv à vouloir un État indépendant, alors qu’au départ, leur projet n’était pas affirmé en ce sens.

En revanche, à plusieurs reprises, Denis Charbit évoquera la Palestine mandataire comme s’étendant de la mer Méditerranée au Jourdain. Or, celle-ci englobait, au-delà de ce fleuve, un vaste territoire que le Royaume-Uni retrancha de la Palestine sur laquelle il avait mandat pour l’offrir, en 1921, au Chérif Hussein en guise de remerciements pour services rendus à l’Empire – faute de pouvoir lui donner l’Arabie comme le lui avait promis Sir Lawrence. Le fils d’Hussein, Abdallah, en fit, le 22 mars 1946, le royaume hachémite de Transjordanie,

Il y eut donc bien création d’un État arabe et musulman dans la Palestine mandataire : entre 1921 et 1946 encore sous « mandat » britannique, et à partir de 1946 sous la forme d’un État indépendant : la Transjordanie (voir ici).

Mais en omettant cette partition de la Palestine et l’avènement d’un État arabe et musulman pendant le mandat britannique, et en limitant la Palestine mandataire au territoire compris entre la Méditerranée et le Jourdain, Denis Charbit reprend purement et simplement l’idéologie et la terminologie de la Charte Palestinienne adoptée par l’O.L.P. – et jamais formellement reniée – Charte qui, du reste, se réfère uniquement à « la nation arabe » sans référence à un quelconque « peuple palestinien ».

4°) Le vote de l’ONU de 1947 est oublié, seul compte le problème des réfugiés
Évoquant la guerre déclenchée par les États arabes voisins après la proclamation de l’État d’Israël le 14 mai 1948, Denis Charbit, qui ne prend la peine ni de rappeler le vote de l’O.N.U en novembre 1947 qui partage ce qui reste de la Palestine mandataire en deux États, l’un arabe (un deuxième, donc), l’autre juif, ni le refus des États arabes de cette partition et leur attaque immédiate et coordonnée, va s’attarder sur le problème des réfugiés.

Il assène que « rien ne prouve que les Arabes aient été appelés à quitter leurs terres et leurs maisons en 1947-1948 par les pays voisins », et insiste en affirmant que l’on ne dispose ni d’enregistrement, ni de journal ni d’écrit en ce sens.

Ce qui est une contre-vérité stupéfiante, les appels en ce sens ayant été nombreux et relatés par les fugitifs eux-mêmes. Que certains aient fui par panique de la guerre, cela est probable ; que, à l’instar de la famille de Mahmoud ABBAS qui l’a lui-même reconnu en 2013, des habitants arabes de Safed soient partis par crainte de représailles, les massacres de 1929 n’ayant pas été oubliés, cela ne fait pas de doute. Mais nier l’existence des appels lancés par les États arabes et les dignitaires religieux aux populations locales pour qu’elles partent avec l’assurance qu’elles reviendraient très vite et s’empareraient des biens des Juifs qu’ils allaient vaincre et anéantir, laisse pantois.

Alors, pour que Denis Charbit ne demeure pas dans l’ignorance de ce que tous savent, nous reproduisons ci-après un échantillon dûment sourcé de certains de ces appels, ainsi que des témoignages notamment de journalistes présents et d’Arabes palestiniens ayant quitté Israël en 1948 suite à ces injonctions.

UNRWA_headquarters_Amman

Denis Charbit, qui avait publié quelques jours plus tôt (le 13 décembre 2017) dans « Le Figaro » une tribune très critique de la décision du Président américain Donald TRUMP de reconnaître Israël comme la capitale d’Israël et d’y transférer l’Ambassade des U.S.A., n’a pas cru bon, lors de sa conférence, de rappeler que l’O.N.U. avait décidé en 1947 que Jérusalem serait une zone internationale placée sous son contrôle, mais que la Légion Arabe du royaume de Transjordanie s’était emparée en 1948 de la partie orientale de la ville, tuant ou chassant les habitants juifs qui y vivaient depuis toujours – car la présence juive à Jérusalem a été constante en dépit de toutes les vicissitudes et massacres opérés par les occupants successifs depuis l’Empire romain. Détruisant systématiquement toutes les synagogues et cimetières juifs – les pierres tombales furent utilisées comme pavements de route – le royaume de Transjordanie empêcha l’accès des Juifs à leurs lieux saints, allant jusqu’à installer des latrines devant le Mur Occidental. Mais l’O.N.U. ne dit rien, pas plus qu’elle ne dénonça l’occupation par le royaume hachémite de certains territoires qu’elle avait pourtant, lors du plan de partage, attribués à l’État d’Israël comme le Goush Etzion.

Sans doute, ces éléments n’ont-ils pas paru suffisamment pertinents à Denis Charbit pour les inclure dans ses propos.

L’U.N.R.W.A est aussi oubliée
Mais alors, pourquoi n’a-t-il pas davantage évoqué la création de l’U.N.R.W.A., qui perpétue depuis 1948 une situation de réfugiés héréditaires – situation unique dans le monde ?

« Amassés aux frontières du nouvel État, ils ont vécu avec une obsession : revenir sur leurs terres », a clamé Denis Charbit. Il aurait pu – et dû – ajouter « et massacrer les Juifs qui s’y trouvaient » car telle a été et demeure la réalité ainsi qu’en attestent, par exemple, les déclarations à Dallas en novembre 2017 de Hanan ZOABI, députée arabe israélienne à la Knesset, pour qui les Juifs « ne sont pas une nation et ne peuvent constituer une nationalité » et « il ne suffit pas pour Israël de quitter Gaza et la Rive Ouest, c’est le sionisme qui doit disparaître, parce qu’il est un racisme ».

Pourquoi ne pas avoir évoqué ces terribles paroles de haine en brossant le tableau de « l’antisionisme d’aujourd’hui » ?

Elles y auraient pourtant mérité, sinon une place de choix, du moins un développement sur le rejet viscéral qui persiste, y compris chez des descendants d’Arabes musulmans n’ayant pas quitté le pays en 1948, qui bénéficient de la nationalité israélienne et de tous les droits qui y sont attachés et sont même des élus siégeant au Parlement.

Denis Charbit a préféré évoquer une « tragédie » au sens qu’Albert CAMUS lui donne dans son discours à Athènes en 1955, celle constituée par « deux vérités légitimes » car deux peuples considèrent une même terre comme étant à eux.

Mais cette tragédie n’a aucune originalité : les Iles Malouines ou l’Alsace pourraient aussi illustrer pareil propos, sans parler du million de Juifs qui ont dû quitter les terres arabo-musulmanes où ils étaient établis plusieurs siècles avant la conquête arabe (voir ici).

5°) Le droit international mis à mal
Il est un dernier point évoqué par Denis Charbit, que l’on ne peut passer sous silence car, après l’Histoire, c’est le droit international public qui a été en butte à un déni du conférencier.

Evoquant la Guerre de juin 1967, dite guerre de ou des Six Jours, Denis Charbit a repris à son compte la conception qui prévaut à l’O.N.U., à savoir qu’Israël a été l’agresseur puisqu’il a commencé les hostilités, et qu’en conséquence, la présence israélienne dans les territoires conquis lors de cette guerre est « illégitime au regard du droit international ».

Faut-il rappeler à Denis Charbit,

  • Que dans les semaines et les jours qui ont précédé le déclenchement des hostilités, NASSER, alors Président de l’Égypte, avait exigé et obtenu le retrait des Casques Bleus de l’O.N.U. et bloqué le détroit de Tiran ?
  • Que l’Égypte, la Syrie et la Jordanie massaient leurs troupes aux frontières, formant, avec l’Irak, une coalition qui voulait anéantir l’État juif selon les termes de NASSER (« Notre objectif sera la destruction d’Israël») ?
  • Que, créée en 1964, et multipliant les attentats de ses feddayin, l’O.L.P., comme son nom l’indique, voulait « libérer la Palestine » c’est-à-dire éradiquer Israël ?

Faut-il rappeler à Denis Charbit

Faut-il également lui rappeler

  • qu’une attaque préventive en cas de guerre imminente est légitime, parce qu’elle relève du droit à la légitime défense, surtout lorsque la disproportion des forces en présence impose, pour y parer, un effet de surprise ? (D De Cockborne – ‎2011, notamment pp. 65-69)
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1967 : l’Egypte bloque le détroit de Tiran

Faut-il en outre rappeler à Denis Charbit

  • que le territoire de Gaza, la Judée, la Samarie et la partie orientale de Jérusalem avaient été conquis et occupés par l’Égypte pour le premier, et, pour les autres, par le royaume de Transjordanie rebaptisé en conséquence royaume de Jordanie – puisque la même souveraineté s’exerçait sur les deux rives du Jourdain ? Ces occupations ont duré de 1948 à 1967, sans susciter d’émoi ni à l’O.N.U. ni dans les Chancelleries, et sans que soit créé d’État palestinien, sans même que soit évoqué par l’O.L.P. le désir d’un tel État sur des territoires qui étaient aux mains des Égyptiens et des Jordaniens.

Dans le compte-rendu que fait M. CLIQUOT de MENTQUE de la conférence de Denis Charbit j’ai eu la surprise de lire des mots que j’eusse aimé entendre dans la bouche du conférencier : ainsi de
« La reconnaissance préalable et irréductible du droit d’existence de l’État d’Israël, ce qui suppose justement la fin de l’antisionisme », ou encore des « revendications visant jusqu’à exterminer tout Israël, nourrissant un antisionisme attisé par l’antisémitisme sous-jacent ». Il est vrai que Denis Charbit s’exprimait sans note, ce qui explique que la synthèse de ses propos remise aux organisateurs ne corresponde pas aux propos tenus. Mais le mot d’antisémitisme n’a été prononcé que dans la conclusion, et sous la forme d’une injonction : « il faut faire attention à ne pas qualifier tout propos antisioniste comme antisémite sous peine de galvauder ce terme ».

A quoi nous répondrons en citant V. JANKELEVITCH qui, en 1971 déjà, prévenait : « l’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous » (« L’Imprescriptible- Pardonnez ? », Ed. Seuil, coll. Points Essais n° 327).

Mal gré qu’en ait Denis Charbit, à la différence de celui d’hier, l’antisionisme d’aujourd’hui est antisémite, tant dans les pays arabo-musulmans qu’en Occident : là-bas, la haine du « Yehud », qui désigne indistinctement les Juifs et les Israéliens, est toujours bien présente – et ce n’est pas le discours de M. ABBAS à Ramallah le 14 janvier 2018 qui pourrait le démentir :

Et, ici, dans les rues de Paris, on entend, lors de manifestations de « soutien au peuple palestinien », les cris de « Mort à Israël ! Mort aux Juifs ».

Il faut en effet faire preuve de discernement, Monsieur CHARBIT : contrairement à celui « d’hier » l’ « antisionisme d’aujourd’hui », c’est de l’antisémitisme. DK♦

justice

* Magistrat à la retraite

[1] « l’antisionisme en question » par Jacqueline Cuche
et « Antisionisme d’hier et d’aujourd’hui » de Denis Charbit
[2] Danielle Khayat : « La dhimmitude » ou le sort des non musulmans en terre islamique

ANNEXE :
Quelques citations tirés d’articles publiés dans des livres ou la presse, de propos tenus sur les radios arabes, ou issues de témoignages directs d’habitants arabes ayant fui Israël après la Déclaration d’Indépendance le 14 mai 1948 :

15-03-1948 : Déclaration du Premier Ministre d’Irak, parue dans la presse de Bagdad
« Nous écraserons le pays avec nos fusils et nous détruirons tout lieu où les Juifs chercheront refuge. Les Arabes devront emmener leurs femmes et leurs enfants à l’abri pendant le danger, après quoi toute la Palestine sera à eux ».
18 et 24-03-1948 : Déclaration du recteur d’Al Azhar, parue dans la presse du Caire
« Nous jetterons à la mer les bandes sionistes criminelles, et il ne restera plus ainsi un seul Juif en Palestine. Pour que nos armées victorieuses puissent accomplir leur mission sacrée sans s’exposer à faire de victimes parmi nos frères arabes, il faut que ceux-ci quittent provisoirement le pays, afin que nos combattants exercent, dans une liberté totale, l’œuvre d’extermination ».

16-05-1948 : Appel du haut commandement des volontaires arabes pour la Libération de la Palestine, diffusé sur Radio Le Caire
« Frères arabes de Palestine, nos armées libéreront en quelques jours le territoire sacré profané par les bandes criminelles athées. Afin que les Juifs, mille fois maudits par Allah, ne se vengent pas lâchement sur vous avant leur anéantissement total, nous vous invitons à être nos hôtes. Les Arabes vous ouvrent leurs foyers et leurs cœurs. Nous vaincrons les infidèles, nous écraserons les vipères. Votre patrie purifiée par vos frères vous accueillera à nouveau dans la joie et l’allégresse ».

6-08-1948 : Déclaration de Mgr. Hakim, archevêque grec –catholique de Galilée, parue dans « Sada al Djenoub », quotidien de Beyrouth (Liban)
« Les réfugiés étaient sûrs que leur absence de Palestine ne serait pas longue et qu’ils retourneraient au bout de quelques jours, au bout d’une semaine ou deux. Leurs chefs leur avaient promis que les armées arabes écraseraient les bandes sionistes rapidement, et qu’ils n’y avait nul besoin de se livrer à la panique ou de craindre un long exil ».

6-09-1948 : Déclaration d’Emile Ghoury, secrétaire du Haut Comité arabe de Palestine, parue dans « Le Télégraphe », quotidien de Beyrouth (Liban)
« Le fait qu’il y ait des réfugiés est la conséquence directe de l’intervention des États arabes, de leur opposition au partage et à l’État d’Israël. Les États arabes ont adopté unanimement cette politique ».

02-10-1948 : Récit d’un témoin oculaire de l’exode arabe de Haïfa, paru dans « The Economist », Londres
« Il n’y a aucun doute que le facteur décisif (quant à la décision de fuir) était les appels radiodiffusés du Haut Comité Arabe demandant aux Arabes de Haïfa de partir. La raison qu’on donnait était qu’avec l’évacuation britannique, les armées unies des États arabes envahiraient la Palestine et jetteraient les Juifs à la mer. Il était clairement précisé que ceux des Arabes qui resteraient à Haïfa et accepteraient la protection juive seraient considérés comme des traîtres ».

19-02-1949 : Extrait d’un article paru dans « Falastin », quotidien jordanien
« Les États arabes ont encouragé les Arabes de Palestine à quitter temporairement leurs foyers afin de ne pas gêner les armées d’invasion. Ils n’ont pas tenu leurs promesses de venir en aide aux réfugiés ».

1950: Extrait d’un livre de Kenneth Bilby, “New Star in the Near East”, (pp 30-31)
«L’exode arabe, dans sa phase initiale du moins, a été encouragé par de nombreux dirigeants arabes, tel Hadj Amin El Husseini, le mufti pro-nazi de Jérusalem, et par le Haut Comité Arabe de Palestine. Ces ardents nationalistes ne voulaient pas que les Arabes vivent sous l’hégémonie militaire des Juifs. Les Arabes devaient fuir dans les pays voisins. Ils serviraient à stimuler les autres peuples arabes à fournir un plus grand effort, et quand (les États arabes) déclencheraient leur invasion, les (Arabes) palestiniens retourneraient chez eux et seraient dédommagés de leur absence par les biens des Juifs jetés à la mer».

21-04-1951 : Tibor MENDE, « Le Monde », Paris
« Certains ne voulaient pas vivre dans un État juif ; d’autres ont fui la bataille et, une fois celle-ci terminée, n’ont jamais trouvé l’occasion de rentrer chez eux. Beaucoup plus nombreux sont ceux qui sont partis parce qu’on leur avait dit que c’était pour quelques jours, quelques semaines au plus, et qu’ils reviendraient avec les armées arabes triomphantes ; ils travaillaient comme ouvriers agricoles chez des propriétaires arabes, et n’avaient fait qu’obéir, comme toujours, aux ordres de leurs supérieurs ».

08-06-1951 : Témoignage d’Habib Issa, paru dans « Al Hoda », journal libanais paraissant aux États Unis
«Dès que les Anglais annoncèrent la date de leur départ, Azzam Pacha assura les Arabes que l’occupation de la Palestine et de Tel Aviv seraient une promenade militaire. Les armées arabes campaient déjà aux frontières, et les millions que les Juifs avaient investis en terres et en développement économique seraient une proie facile pour les Arabes, car rien ne serait plus simple que de les jeter à la Méditerranée.
«On lança des appels fraternels aux Arabes de Palestine, les exhortant à abandonner leur pays, leurs foyers et leurs biens et à se réfugier temporairement dans les pays arabes frères, afin que les canons des armées d’invasion arabes ne les tuent point.
Les Arabes palestiniens n’avaient pas d’autre choix que de suivre le «conseil» de la Ligue et de croire ce que Azzam Pacha et d’autres responsables de la Ligue leur disaient, à savoir que leur exil du pays ne serait que temporaire, qu’il prendrait fin après quelques jours avec la conclusion favorable de l’action punitive arabe contre Israël ».
16-10-1951 : Mémoire des réfugiés du village d’Abu Gosh au Parlement et au Sénat jordaniens, paru dans « Falastin », quotidien jordanien
«Ils ont fui… abandonnant leurs biens et leurs terres volontairement, afin de retourner chez eux en temps voulu sous la protection des sept armées, fièrement et dans l’honneur, en dépit des promesses et des affirmations des dirigeants juifs».

1951 : Extraits d’un livre de Haj Muhammad al-Khatib, chef des «Frères Musulmans» dans la Palestine mandataire, intitulé «Min athar al- Nakba» (les conséquences de la catastrophe)
« Safed : Le 9 mai, le commandant (arabe) Sari Anfish, partit pour Damas. Le 10 mai, Amin Jamian (le commandant adjoint des forces arabes) ordonna à ses troupes de se retirer. Les résidents (arabes), soudain sans défense, pris de panique, s’enfuirent.

«Tira : Un jour un officier de la Légion Arabe (de Transjordanie) apparut dans le village… déclarant qu’il était venu organiser l’évacuation».
01-11-1952 : Témoignage d’un journaliste américain, paru dans « Newark News », Newark, New Jersey
«A propos de cette controverse pour déterminer par qui et par quoi a été causée la fuite des Arabes de Palestine, nous voulons rappeler les dépêches du correspondant de notre journal, W. G. Hertherington, qui a couvert la guerre israélo-arabe de 1948. M. Hertherington rapporte qu’à cette époque, il a entendu les appels des autorités juives, demandant aux Arabes de ne pas quitter leurs foyers, alors que les radios du Caire, de Damas et de Beyrouth leur demandaient de fuir».

09-04-1953 : Témoignage d’un Arabe palestinien, paru dans « Al Urdun », quotidien jordanien
«Ce sont nos chefs qui sont responsables de la fuite et de l’abandon d’autres villages car ils ont répandu des rumeurs exagérant les crimes commis par les Juifs, les décrivant comme des atrocités afin d’exciter les Arabes… Ils ont inspiré la peur et la terreur dans les cœurs des Arabes de Palestine jusqu’à ce qu’ils fuient et abandonnent leurs foyers et leurs biens à l’ennemi».

06-09-1954 : Témoignage d’un Arabe palestinien, paru dans « Al Diffa », quotidien jordanien
«Les gouvernements arabes nous ont dit : Sortez pour que nous puissions entrer – nous sommes sortis mais ils ne sont pas entrés ».

17-05-1955 : Témoignage d’un Arabe palestinien, paru dans « Falastin », quotidien jordanien
«L’évacuation d’Akko (Saint Jean d’Acre) (le 17 mai 1948) s’est passée comme l’évacuation d’autres localités ; les chefs militaires et politiques ont dit aux Arabes de Palestine : «Evacuez, car votre absence sera de courte durée » et que nous reviendrons bientôt ».

30-05-1955 Témoignage d’un Arabe palestinien, paru dans « Falastin », quotidien jordanien
«Nous, les réfugiés, avons le droit de dire aux membres du Conseil de la Ligue Arabe : Nous avons quitté notre patrie sur la foi de fausses promesses faites par les dirigeants malhonnêtes des États arabes. Ils nous ont promis que notre absence ne durerait pas plus de deux semaines, qu’elle serait une sorte de promenade, après quoi nous reviendrions ».
1955 :Extrait d’un livre d’Edouard Attiya, secrétaire du bureau de la Ligue Arabe à Londres de 1945 à 1950, «The Arabs» paru à Londres (p. 183)
«Cet exode en masse est particulièrement dû à la croyance qu’avaient les Arabes, encouragés en cela par les vantardises et par les déclarations inconscientes de certains chefs arabes, selon lesquelles la défaite des Juifs par les armées des États arabes était l’affaire de quelques semaines et qu’elle permettrait aux Arabes palestiniens de rentrer dans leur pays et d’en reprendre possession».

1955 : Extrait de «Sirr al Nakba» (le secret du désastre), livre de Nimr al Hawari, ancien commandant de l’organisation paramilitaire Nedjada, paru à Nazareth.
«Les chefs brandirent leurs sabres, prononcèrent des discours enflammés et rédigèrent des articles retentissants. Nous fracasserons le pays à coups de canon, tonna le Premier Ministre d’Irak, nous détruirons tout endroit où les Juifs chercheront un abri. Les Arabes devront conduire leurs femmes et leurs enfants dans des régions plus sûres en attendant que les combats se soient apaisés».

1956 : Extrait de «H’aqai’q A’n Kadiyat» (Des faits sur le problème palestinien), livre de Haj Amin El-Husseini, publié par le Haut Comité Arabe de Palestine, au Caire.
«Dans plusieurs pays arabes, des appels commençaient à être lancés, sur la nécessité de transférer les femmes, les enfants, les vieux et les infirmes de la Palestine (vers les pays arabes)».

Janvier-mars 1957 : Extrait du Bulletin du REMP (Groupe de recherches pour les problèmes des migrations européennes), La Haye (pp 10-11)
«Dès les premiers mois de 1948, la Ligue Arabe publiait des instructions demandant aux gens de chercher refuge temporairement dans les pays voisins, pour revenir plus tard à leurs domiciles dans le sillage des armées arabes victorieuses, et recueillir leur part des biens juifs abandonnés.

Les raisons de cet encouragement de l’évacuation étaient les suivantes :
1) Prouver au monde qu’aucun Arabe ne demeurerait en Palestine dans les circonstances données, et prouver par-là que l’intervention des Nations-Unies en faveur des Arabes était essentielle.
2) Une raison militaire tactique : il est plus facile d’opérer sans être gêné par les non-combattants amis, vivant dans des villages surpeuplés sur les lignes de front même.
3) Attirer l’attention des États arabes voisins sur la guerre de cette manière dramatique, et amener les populations à embrasser la cause arabe avec un plus grand zèle».
12-04-1963 : Témoignage égyptien, paru dans le journal El Yom, Le Caire
«Le 15 mai1948 arriva… et le dernier soldat britannique quitta la Palestine. Ce même jour, le mufti de Jérusalem demanda aux Arabes de Palestine de quitter le pays, de quitter Haïfa, Jaffa et les autres villes… car les armées arabes étaient sur le point de pénétrer dans le pays et de se battre à leur place, contre les bandes juives pour les chasser de Palestine».
1973 : Extrait des Mémoires de Haled Al Azm, Premier Ministre de Syrie en 1948 et 1949, (paru à Beyrouth)
[La raison de l’échec arabe en 1948 fut] «l’appel des gouvernements arabes aux habitants de la Palestine, pour qu’ils se rendent dans les pays voisins… C’est nous qui les avions encouragés à partir… Nous avons amené la destruction sur un million de réfugiés arabes, en les incitant et en les adjurant de quitter leurs terres, leurs foyers, leur travail et leurs commerces». DK

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