Les terroristes sont avant tout victimes de la France. Vraiment ?

Drapeau français mitraillé.jpgPar Liliane Messika

Nouvel antisémitisme et nouveaux négationnistes
Philippe Val, initiateur du manifeste contre le « nouvel antisémitisme » en avril 2018, a suscité une contre-pétition d’intellectuels français cramponnés par leur dentier à leurs deux certitudes préférées :

  1. l’antisémitisme ne peut être issu que de l’extrême-droite
  2. les terroristes qui tuent des Juifs parce qu’ils sont juifs sont eux-mêmes victimes d’une injustice ontologique qui justifie qu’on les décharge de toute responsabilité de leurs actes.

Interrogé par Causeur sur sa réaction vis-à-vis de ses contradicteurs, l’intéressé a répondu :

« Ceux qui pensent ainsi ne sont pas descendus sur terre depuis longtemps. (…) Ce n’est pas la République française qui est responsable de la radicalisation au Yémen ! Et pourtant, c’est la même radicalisation. Tout cela est un discours absurde sorti des cuisines fast-food de la sociologie française (ici).»

Val a raison, mais malheureusement, le fast-food est désormais le modèle économique, idéologique et philosophique des penseurs officiels, qu’ils soient intermittents du spectacle « humoristique », indigènes antirépublicains ou soumis à leur chef autoproclamé Insoumis majuscule et mal-aimé des médias où il est omniprésent.

Le « nouvel antisémitisme » est facilité par l’a-pensée. Et l’ancien ?
L’antisémitisme français est un remugle historique. S’il est aujourd’hui l’apanage de politiciens à courte vue, de croyants au cerveau lavé et de militants incultes, cela n’a pas toujours été le cas. Des intellectuels et non des moindres ont été antisémites.

Les Céline et les Brasillach ont traduit littérairement leur haine tripale, les Doriot et les Déat ont collaboré… Ce n’était pas une question de droite ou de gauche : comme aujourd’hui, l’antisémitisme transcendait les clivages politiques. Cela se faisait d’autant plus naturellement que Jacques Doriot, journaliste, créateur du fasciste PPF (parti populaire français) venait du parti communiste et que Marcel Déat, normalien, agrégé de philo, fondateur de l’ultra-collaborationniste RNP (rassemblement national populaire) était issu de la SFIO.

Pour autant, dans l’inconscient collectif français, l’antisémitisme est ancré à droite de la droite et, pour les intellectuels parisiens dont le cerveau refuse ce que leurs yeux leur montrent, il y est toujours et nulle part ailleurs.

« Il y a une espèce de recyclage d’un antisémitisme d’élite en France, qui est passé de droite à gauche tout en restant résiduel au sein de l’extrême droite. Inversement, une partie de la gauche a transformé son anticolonialisme en antisionisme puis en antisémitisme, renouant de ce fait avec l’antisémitisme de gauche du XIXe siècle, le fameux ‘’socialisme des imbéciles’’ » analyse Philippe Val sur Causeur.

En ce qui concerne le passage de l’antisémitisme à l’antisionisme en France, on peut résumer les étapes marquantes.

1967, six jours pour affubler les victimes du costume des bourreaux
Israël gagna la guerre d’annihilation annoncée par l’Égypte, secondée par la Syrie et la Jordanie, qui partageaient ce que Le Monde appelle poétiquement « une euphorie anti-israélienne. » (Ici)

Cinq ans après l’indépendance de l’Algérie, la France était le seul fournisseur d’armes du jeune État juif. Le Général de Gaulle décréta un embargo, alimentant l’euphorie moyen-orientale et rendant encore plus aléatoire la survie d’Israël. Idem dans l’Hexagone où, pourtant, depuis « les heures les plus sombres », les antisémites faisaient profil bas.

Que les ex-déportés, mués en soldats, vainquent une coalition d’armées largement supérieure en nombre et en armement a balayé toute pusillanimité : la parole antisémite s’est déliée.

Au fur et à mesure que leurs adversaires vaincus opposaient un refus de les reconnaître, de négocier avec eux et de faire la paix, les Israéliens se retrouvaient acculés à une position d’occupants et devenaient impopulaires.

Le vocabulaire du colonialisme remplaça la description du réel et l’antisémitisme se para de nouveaux atours : l’antisionisme permettait désormais de haïr les Juifs avec bonne conscience sous le label de l’anticolonialisme.

1989 sonna la deuxième étape de la défaite de la pensée, faute de penseurs
Le mur de Berlin était tombé, l’euphorie antisoviétique des Allemands de l’Est rendait impossible de continuer à considérer l’expérience communiste comme « globalement positive[1] » et les condescendantes bonnes âmes militantes se retrouvaient orphelines de prolétariat à chouchouter afin de se voir si belles en leur miroir.

Elles commencèrent alors à courtiser les « Arabes », puis les « musulmans », jouissant d’une divine surprise à leur fréquentation : ceux-ci haïssaient les Juifs avec la même ferveur que leurs nouveaux amis exécraient le capitalisme… et les Juifs en étaient le symbole idéal à leurs yeux. (Oui, on sait, le judéo-bolchévisme, Karl Marx, Trotski, Léon Blum et tous les autres… mais ça c’est pour justifier l’antisémitisme d’extrême-droite. Pour l’extrême gauche, les Juifs c’est les Rothschild, point barre. Pas Raymond, hein !)

pessin-antisémitismeL’an 2000 : le passage à l’antisémitisme du troisième millénaire
L’Intifada déclenchée grâce à un reportage bidonné de France2 permit aux nouvelles dames patronnesses (y compris les hommes) de voir dans « les Palestiniens » des Gavroche innocents par essence[2].

C’est l’époque où l’antisémitisme-alias-antisionisme est devenu une vedette médiatique séduisante et où les nouveaux antisémites ont eu droit au glorieux qualificatif de « militants ».

L’année suivante, ces militants ont transformé la conférence de l’ONU contre le racisme, à Durban, en pogrome intellectuel contre l’État juif.

2015-2016 – Les attentats ciblent aussi les Français innocents
Jusqu’en 2015, seuls les Juifs étaient ciblés par les attentats, que ce soit en Israël ou en France, aussi pouvait-on expliquer benoîtement que ces « incidents » n’avaient rien à voir avec l’islam et que les assassins étaient des « loups solitaires » affligés d’un « passé psychiatrique ».

En 2015, les cris d’Allahou Akbar qui accompagnaient les tueries retentirent chez Charlie Hebdo, puis à l’Hyper Casher de Vincennes. Cela n’avait encore aucun rapport avec l’islamisme ou l’antisémitisme : les nouvelles victimes étaient des journalistes ou des Juifs, donc des catégories désignées comme « à risque », voire « qui l’avaient bien cherché ».

Mais le Bataclan, le Stade de France… Là, c’était des gens comme Vouzémoi, des Français innocents, bref, on a ouvert les yeux. C’est-à-dire que les autorités ont ouvert la bouche et prononcé le mot « terrorisme ». Pas « islamisme », hein, on en était à 239 morts pour l’année, on n’allait pas fâcher des gens si susceptibles, déjà qu’on avait vu des Français AllahouAkbarisés pour un mot ou un regard de travers…

Le 14 juillet 2016 est le jour où, pour la première fois, le public français a compris, dans sa chair et celle de ses enfants, ce que vivaient les Israéliens depuis des décennies. Cela n’a pas empêché les pancartes « Vous n’aurez pas ma haine » devant les tombes, mais elles n’étaient plus applaudies comme auparavant et le concept « israélisation de la sécurité » a vu le jour dans nos médias.

Paris n’est pas la France
Les intellectuels parisiens ont encore attendu deux ans et l’assassinat brutal de deux grands-mères juives au cri de Allahou Akbar avant d’écrire en noir sur blanc ce que les provinciaux disaient à voix haute depuis l’attentat de Nice : le périph est aux mentalités ce que le Rhin est au nuage de Tchernobyl.

Eh oui, il y a encore à Paris des gens qui confondent « intellectuel » et « intelligent » et qui se croient capables de nous convaincre qu’Allah n’est pas musulman, que tuer des Juifs parce qu’ils sont juifs n’est pas antisémite et que si on donnait aux habitants des « té-ci » l’espoir d’un avenir professionnel, les attentats cesseraient du jour au lendemain.

Cela dit, dans toute la France, il y a bien des Antisionix persuadés que si on effaçait Israël de la carte, la paix universelle parfumerait aussitôt la terre entière !

C’est sûrement la faute à la France, aux Juifs et à Israël
A la fin du mois de mai dernier (2018), la deuxième ville d’Indonésie, Surabaya, a été frappée par une vague d’attentats suicides perpétrés par des familles, qui y ont impliqué leurs jeunes enfants.

Une famille de six personnes, avec des enfants de 9 à 18 ans, a tué au moins sept personnes en attaquant trois églises. Quelques heures plus tard, une autre famille de 5 personnes circulant sur deux motos s’est fait exploser devant le siège de la police. Quatre membres de la famille ont été tués et l’attentat suicide a fait deux victimes. Une fillette de sept ans a été éjectée de la moto par l’explosion et a survécu.

Une autre famille de six personnes a accidentellement fait sauter son appartement en fabriquant des bombes. Trois des enfants ont survécu.

Les trois pères de famille étaient soupçonnés d’appartenir au groupe Jamaah Ansharut Daulah, une émanation de l’État islamique.

Il y a des « intellectuels » français qui vous expliqueront que ces attentats contre des chrétiens et contre la police dans un pays musulman sont la conséquence de la colonisation de l’Algérie par la France jusqu’en 1962 et de l’occupation de Gaza par Israël jusqu’en 2005…LM♦

18 juin 2018

Logo Liliane Messika[1] En mai 1979, au XXIIIe congrès du PCF, le communiqué final reprend une phrase de Georges Marchais, secrétaire général : « le bilan des pays socialistes est globalement positif. »
[2] L’affaire al-Dura : Youtube

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Un commentaire

  1. Il n’empeche, que l’antisemtisme n’est que la consequence de la politique francaise. \et aussi l’enseignement chretien qui a vehicule l’antisemitisme au travers d’un mensonge ressasse par le soi disant crime contre Jesus.
    Or ne les uns ni les autres n’ont veritablement retabli la verite.

    J'aime

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