3615-Migrants

3615 minitel.jpgPar Liliane Messika

Il n’y a que les cacochymes ancêtres nés avant le troisième millénaire pour qui « 3615-quelquechose » évoque le Minitel, l’attendrissant aïeul français de l’ordinateur. Pour les autres, c’est « migrants » qui provoque un réflexe conditionné compassionnel.

Voyant une photo représentant des naufragés voguant sur un canot pneumatique, légendée : « en pleine mer, ils appellent Strasbourg », un internaute (dont on ne connaît pas l’âge) s’est interrogé, lui, sur l’apparente impossibilité pour un migrant perdu en mer de composer précisément un numéro de téléphone inconnu du grand public (français en tout cas) et bien plus difficile à se remémorer que 3615.

Rien d’incohérent, tout est dans la préparation
En effet, les migrants en détresse savent composer le +33486517161 pour joindre le bureau strasbourgeois de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France.

Waouh ! Un Somalien ou un Irakien connaîtrait par cœur le numéro du bureau local de cette association confidentielle ? Oui.

En théorie, le Somalien-qui-est-plus-souvent-maghrébin téléphone et il tombe aussitôt sur un standardiste dont la première question est : « avez-vous un problème avec un bateau ? »

Le présumé-Somalien est extralucide, son interlocuteur également, qui lui en passe un plus chevronné, prêt à noter la position du bateau, le nombre de personnes à bord et le nombre, s’il y en a, de blessés et/ou malades.

Il transfère aussitôt toutes ces informations aux garde-côtes du Frontex, l’organisme européen de surveillance des frontières, ce qui enclenche le sauvetage du bateau et aussi celui des « migrants » en difficulté.

En effet, il s’agit là de deux problématiques différentes : le bateau a besoin d’une assistance technique, les migrants d’une assistance humanitaire et juridique. Le préposé au téléphone du bureau strasbourgeois de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France délègue la première aux autorités et la seconde à « Watch the Med ».

Watch the Med.jpgCes SOS ne sont donc pas la réaction spontanée de malheureux pris au dépourvu ?
Pas le moins du monde. Les appels sont planifiés par le collectif « Watch the Med » (Surveiller la Méditerranée), qui se revendique sur son site comme « une plate-forme de cartographie en ligne pour surveiller les morts et les violations des droits des migrants aux frontières maritimes de l’UE ».

L’association définit ses missions : informer, rapporter (« les informations envoyées par téléphone ou par internet par des migrants, leurs familles, des marins ou d’autres témoins de violations des droits des migrants en mer, qu’elles soient en cours ou passées »), observer (« combiner les témoignages ainsi que d’autres formes de preuve avec des technologies telles que la cartographie géo référencée et les images satellites pour reconstituer des violations sur la plateforme en ligne »), « faire pression sur les autorités afin qu’elles respectent leurs obligations et sauvent les migrants en mer » et porter plainte (contre qui ? ce n’est pas précisé) en utilisant « les informations et les preuves sur les violations passées pour déterminer les responsabilités et soutenir des procédures légales visant à mettre un terme à l’impunité » (des mêmes non précisés). ICI

A voile, à vapeur et sur des roulettes
C’est Watch the Med qui distribue aux candidats à l’émigration des cartons à son en-tête imprimés en anglais, en français et en arabe, avec son numéro de téléphone et des encouragements.

Où les candidats au voyage les trouvent-ils, ces cartons ? En Tunisie et au Maroc, oui, d’abord. En Syrie, en Irak, en Somalie ? Peut-être aussi. Et puis à Calais (un peu éloigné de la Méditerranée, mais ne pinaillons pas) et à Vintimille.

Watch The Med met tout en œuvre pour sauver les migrants, à commencer par des sous-traitants qu’elle possède à la perfection l’art de piéger. En effet, les garde-côtes et les autorités n’interviennent que s’il y a danger ou si le bateau n’est pas en état de continuer son voyage. Cela arrive souvent, car les passeurs qui ont extorqué des sommes pharamineuses aux migrants les ont entassés sur des rafiots de fortune. Mais il arrive aussi qu’aucune avarie de moteur ne soit à déplorer. A déplorer ? A exhiber, plutôt ! Eh bien, on la provoque. Cela se produit plus souvent que ne le croient les BIMI (Bien Intentionnés Mal Informés).

Une fois l’avarie détectée/provoquée, sera lancé l’appel qui mettra en route toute la procédure, aussi huilée que la surface de la Méditerranée par temps calme.

ATMF assoc Travailleurs Maghrebiens FranceAu BIMI qui poserait la question de savoir comment un portable a survécu à toutes les avanies du voyage et aux installations spartiates du bateau et comment, parti de Migrant-City, il a pu se doter à l’avance de l’abonnement nécessaire à une communication Pleine Mer-Strasbourg, on dit bravo pour sa perspicacité et on répond : téléphone satellitaire.

C’est un appareil hors de prix que Vouzémoi n’a pas les moyens de s’offrir, mais qui est mis à disposition des clandestins, qui sont rarement des réfugiés, en témoigne l’intitulé de l’association qui organise leur immigration : l’Association des Travailleurs Maghrébins de France.

Migrants, réfugiés, clandestins… Qui est quoi ?
La législation, qui n’est pas avare de termes administratifs, divise les migrants en plusieurs catégories en fonction de leurs situations. Selon les définitions du HCR, le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, certains peuvent postuler à la demande d’asile : ce sont les réfugiés, caractérisés par le fait qu’ils ont été chassés de leur pays par la guerre, un conflit ou la persécution. Les migrants, eux, ont quitté leur pays volontairement pour chercher de meilleures conditions de vie : ce sont des exilés économiques.

L’octroi du droit d’asile prend en compte prioritairement le danger encouru par le demandeur s’il retourne dans son pays. La législation considère que ce danger n’est pas justifié dans le cas des migrants économiques.

Curieusement (?), l’évolution conjuguée de la langue médiatique et de l’oreille idéologiquement formatée a fait du « migrant » un synonyme de « réfugié politique », ce que la langue française et le droit international lui refusent, voire de « boat people », ce que la raison récuse comme comparaison.

Certes, il serait plus généreux d’accueillir tous ceux qui en font la demande. Nul ne le nie, mais pour cela, il faudrait en avoir les moyens. Or dans notre pays, 6,255 millions de personnes, soit à peu près 10% de la population totale (par opposition à la population en âge de travailler) est au chômage.

C’est un donc un pays qui a déjà du mal à subvenir aux besoins de ses citoyens, sans parler, comme le disait Michel Rocard, « d’accueillir toute la misère du monde ».

Solidarité oui, fraternité, non !
Des qui seraient fondés à prendre leur part dans cet accueil de migrants –dont une immense majorité est musulmane–, ce sont les riches pays du Golfe, qui se définissent avant tout comme membres de la Oumma, la communauté de tous les musulmans, quelles que soient leurs nationalités et leurs ethnies.

Mauvaise pioche : l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et les Émirats Arabes Unis ont clairement annoncé qu’ils ne voulaient rien avoir à faire avec ces gens « trop différents d’eux pour pouvoir les intégrer. »

Il est donc exigé de nous que nous soyons solidaires avec des gens dont les frères ne veulent pas s’occuper au motif de leur différence.

Logo Liliane MessikaChez nous, on a le droit à la différence, qui donne des droits au pluriel, chez eux, la différence justifie l’absence de droit. C’est singulier ! LM♦

7 juillet 2018

Publicités

Laisser un commentaire. Il sera visible dès sa validation.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s