Syrie : Les conséquences de la victoire d’Assad

Victoire Syrie.jpgPar Ron Ben Yishai*

(Traduit et adapté par Edouard Gris)

Les rebelles de Deraa s’étant rendus, le Golan syrien est sur le point de tomber entre les mains du régime d’Assad.

Tsahal est inquiet, car Israël devra maintenir d’importantes forces de sécurité sur les hauteurs du Golan, afin d’empêcher l’infiltration de terroristes iraniens protégés par l’armée syrienne. Mais la situation comporte également des aspects positifs.

La conquête de zones dans le district de Deraa ainsi que celle des passages frontaliers vers la Jordanie au sud de la ville constituent, outre un succès militaire, une importante victoire idéologique pour Bachar Al Assad et les Russes. Cette avancée porte un coup sévère au moral des rebelles sunnites. Deraa représentait en effet un symbole pour ces rebelles – en recul dans presque toutes les zones : c’est là que la rébellion a commencé il y a sept ans, et qu’ils ont résisté aux attaques répétées de l’armée du régime, des milices iraniennes et du Hezbollah,

En fait, il reste maintenant en Syrie deux provinces toujours sous le contrôle des rebelles anti- Assad : d’une part, celle d’Idlib dans le nord, largement soutenue par la Turquie et ses partisans ; d’autre part, la région à l’est de l’Euphrate, tenue par les Kurdes, appuyés par les Américains.

Le district de Deraa a résisté longtemps grâce à l’approvisionnement et aux renforts reçus des pays arabes, notamment de l’Arabie saoudite et des États du Golfe, via la frontière jordanienne. Celle-ci a également permis aux Américains et aux Britanniques de soutenir les rebelles syriens, par l’envoi de conseillers et de matériels. A présent, c’est terminé.

L’armée syrienne a pris le contrôle des passages frontaliers avec la Jordanie, coupant une importante route d’aide par voie terrestre aux rebelles syriens dans le sud et le sud-ouest de la Syrie. Les rebelles de Quneitra sont maintenant privés de leur principale source d’approvisionnement depuis la Jordanie. Par conséquent, le Golan syrien est sur le point de tomber aux mains du régime d’Assad.

Israël continuera à fournir une aide humanitaire tant qu’il pourra aider les rebelles et les réfugiés dans la zone frontalière sur les hauteurs du Golan, mais pas plus. La coupure de la ligne d’approvisionnement depuis la Jordanie a scellé le sort des rebelles sur le Golan syrien, qui devraient bientôt signer une reddition négociée sous le patronage de la Russie.

Présence réduite du Hezbollah
Pour Israël, la nouvelle situation dans le sud de la Syrie, n’a pas forcément que des aspects négatifs. Il en va ainsi de la faible participation des forces du Hezbollah et des milices irakiennes chiites opérant pour le compte de l’Iran, qui participent à l’occupation de Deraa et des villages environnants. Ces miliciens et les hommes du Hezbollah ont revêtu des uniformes de l’armée syrienne. Les Iraniens ne se sont toutefois impliqués dans des combats que de façon minimale. Il en a été de même pour le Hezbollah, dont la participation aux combats a été limitée au strict minimum.

Syrie guerre.jpgSuite à la demande israélienne de réduire la présence iranienne et du Hezbollah près de sa frontière, les Russes se seraient engagés auprès d’Assad à combler la diminution de troupes au sol, par une augmentation des bombardements aériens. L’efficacité des frappes russes a conduit les rebelles à Deraa à céder et à négocier un cessez-le-feu, puis à rendre leurs armes lourdes.

Il est important de rappeler que la région de Deraa était, à l’origine, le centre opérationnel de l’organisation « Jabhat al-Nusra » affiliée à Al-Qaïda. Aujourd’hui, cette organisation combat Assad sous l’appellation de Front du Fatah al-Sham. La prise de Deraa par les forces d’Assad a détruit l’emprise des organisations affiliées au djihad mondial dans cette ville. Le point frontalier entre la Syrie et Israël à Quneitra est pratiquement sous le contrôle syrien. Jabbat al-Nusra est toujours présente dans le Golan syrien, mais elle est isolée et semble sur le point de se rendre.

Une autre poche de Daesh se trouve au sud du Golan, dans le triangle frontalier entre Israël, la Jordanie et la Syrie. Toutefois, elle est à présent isolée. Sa chute n’est qu’une question de temps.

Du point de vue israélien, ce sont de bonnes nouvelles. La dissuasion de Tsahal a bien fonctionné à l’égard des organisations du djihad basées dans le sud de la Syrie. Par conséquent, leur dangerosité a été fortement amputée.

La crainte que la « fuite en avant » d’Assad ne conduise à une détérioration
Les développements sur le terrain comportent toutefois, du point de vue israélien, deux aspects négatifs.

1 Le premier est que l’armée d’Assad pourrait profiter de l’abandon par les observateurs de l’ONU de certains points de contrôle de l’accord de cessez- le- feu de 1974 pour essayer d’introduire, dans la zone démilitarisée du Golan, des armes lourdes et des chars. Cette violation des accords, de la part d’Assad, ne pourrait se faire qu’avec l’assentiment des Russes.

2 Le deuxième aspect négatif est que, si cela arrivait, cela créerait une situation inédite depuis quarante cinq ans (depuis la guerre du Kippour), où Tsahal serait pratiquement en contact direct, à quelques centaines de mètres, des forces syriennes, sans aucune force d’interposition entre les deux armées et où les villages israéliens du Golan seraient à portée de fusil de la ligne de front.

Cette situation nouvelle obligerait Israël à maintenir de très importants effectifs sur les hauteurs du Golan, pour empêcher les infiltrations terroristes du Hezbollah ou de miliciens chiites, parrainées par l’Iran ou la Syrie. Les combats des forces d’Assad contre les milices, du fait de la proximité avec le territoire israélien, pourraient « glisser » du Golan syrien vers le Golan israélien. Une telle situation serait potentiellement susceptible d’entraîner une escalade hors de contrôle et dégénérer en une bataille ouverte, et finalement aboutir à une véritable guerre entre Israël et la Syrie. Israël n’a aucun intérêt à un conflit ouvert avec la Syrie.

Intérêt des Russes
Le tableau ne sera pas complet si nous oublions les Russes. Ils ont un intérêt à ménager Israël afin de gagner sa bonne volonté. En effet, il est important pour les Russes que Tsahal ne s’oppose pas à la réoccupation du Golan syrien par le régime d’Assad. Leur but est de réinstaller Assad au pouvoir, et, pour cela, la Russie souhaiterait ardemment que l’armée israélienne n’interfère pas dans ses plans.

  1. Poutine s’est empressé d’inviter M. Netanyahu à la demi-finale de la Coupe du monde de football en tant qu’hôte d’honneur, espérant par là atténuer l’éventuelle opposition israélienne à la réinstallation de l’armée syrienne sur les zones proches de la frontière avec Israël. Poutine accepte apparemment la demande israélienne d’interdire aux Iraniens l’accès aux bases militaires en Syrie. Toutefois, contrairement aux Israéliens, la Russie souhaiterait que le départ de Syrie des Iraniens et des milices chiites soit mis en œuvre progressivement.

Pour l’instant, il n’y a pas d’accord sur cette question, mais les Russes croient qu’ils parviendront à s’entendre avec Israël. Ils savent très bien que si le calme règne à la frontière, Israël sera prêt à aller dans leur sens beaucoup plus que les Américains et les Kurdes. Les Kurdes occupent un quart du territoire syrien à l’est de l’Euphrate, face aux Turcs, qui, par leur présence sur le territoire syrien, empêchent la naissance d’un Kurdistan indépendant.

Edouard GrisLe tableau est compliqué et la guerre en Syrie n’est toujours pas achevée. La chute de Deraa constitue, néanmoins, le début de la fin et Israël doit se préparer pour le jour d’après. EG♦

*Source : Ron Ben Yishai, Ynet le 07 juillet 2018 (Anglais) – (Hébreu)

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2 commentaires

  1. Téhéran a investi plus de 30 milliards de dollars en Syrie. Le corps des gardiens de la révolution islamique a établi des unités au sein des structures officielles de l’État syrien (les forces de défense nationales), recruté de jeunes Syriens dans des groupes paramilitaires locaux (Quwaat al-Ridha, bataillon 313) et, bien sûr, les miliciens paramilitaires sur le sol syrien, avec le personnel de l’IRGC.

    C’est un processus majeur et de grande envergure qui ressemble à ses principaux projets parallèles au Liban et en Irak. L’intention est d’établir des structures politico-militaires qui permettront de projeter le pouvoir iranien sur le long terme. L’expertise iranienne dans ce domaine est sans équivalent dans la région. À la suite de cette approche, Téhéran domine maintenant le Liban et a le dessus en Irak. La Syrie d’Assad, qui a un système ouvertement dictatorial, est un contexte politique différent, bien sûr, mais les preuves suggèrent que les Iraniens cherchent à rester.

    Les Russes vont-ils agir comme levier pour l’annulation de ce projet iranien? Cela semble être l’espoir des décideurs israéliens. Mais les faits sembleraient indiquer que la Russie n’a ni la volonté ni même la capacité d’atteindre cet objectif.
    https://tinyurl.com/yav6u5o9

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  2. Israël a prévenu : si Assad (et surtout les Iraniens et Hezbollani déguisés en armée du régime) s’avisait d’occuper la zone  » démilitarisée, ce serait la guerre. Assad n’a pas les moyens militaires, et les Russes n’y ont pas intérêt, qui préfèrent une stabilité de la région pour conserver leurs bases et ports.

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