Ukraine : Les mystères de Simon Petlioura

Simon Petlioura.jpgPar Ada Shlaen*

Ce mardi 25 mai 1926, le temps n’est pas très beau à Paris. Au début de l’après-midi, un homme, plus tout jeune, marche le long du boulevard Saint Michel. Au coin de la rue Racine, à la hauteur de la librairie Gibert, un passant l’apostrophe. L’homme se retourne ; il a, peut-être, le temps d’apercevoir le pistolet braqué sur lui. Les coups partent, l’homme s’écroule, atteint par sept balles, dont une au cœur, mortelle.

Ce fait divers pourrait se trouver dans un roman policier. Mais la réalité dépasse souvent la fiction, car l’homme « plus tout jeune» s’appelait Simon Petlioura. Il représente pour des Ukrainiens un symbole de leur lutte pour l’indépendance nationale, mais son nom est surtout lié à la vague de pogroms antijuifs qui ensanglantèrent l’Ukraine dans les années 1918-1920. Pour cette raison Petlioura occupe une place particulière dans l’histoire des relations entre les Juifs et les Ukrainiens.

Nationaliste très jeune
Simon Vassilievitch Petlioura est né à Poltava le 22 mai 1879 dans une famille modeste et nombreuse. À l‘époque, toute l’Ukraine faisait partie de l’Empire russe, mais parmi les Ukrainiens, les mouvements nationalistes et indépendantistes étaient toujours très actifs[1]. Il était le seul enfant de la fratrie à faire des études, et encore faute de moyens suffisants, il fut scolarisé dans un séminaire, même s’il n’était pas motivé par la prêtrise. D’ailleurs avant l’obtention du diplôme, il fut exclu à cause de ses activités dans une organisation nationaliste ukrainienne, interdite par le pouvoir impérial. Pour éviter un emprisonnement, il s’était enfui à Lemberg[2] où il devient membre du parti social-démocrate ukrainien. Jusqu’au début de la guerre il menait une vie assez chaotique, gagnait difficilement sa vie comme instituteur, comptable, journaliste … En 1912 il fonda le journal « La vie ukrainienne », qu’on pourrait qualifier de feuille de chou. Ses articles de l’époque se distinguaient par une forte tonalité anti tsariste. À partir de 1905 il devint l’un des dirigeant du Parti ouvrier social-démocrate ukrainien, il représentait alors un courant social et égalitaire et semblait même se méfier du nationalisme et du chauvinisme des paysans qui formaient la majorité de la population du pays.

Maçon
Mobilisé en 1914, il quitta les tranchées dès 1916 en devenant le président de la commission de contrôle pour le front occidental. Ainsi il se trouvait constamment en contact avec les soldats et sa popularité augmenta rapidement. Parallèlement il devint membre de la loge maçonnique « Jeune Ukraine », et plus tard il deviendra le Grand Maître de la Grande Loge d’Ukraine.

La révolution de février 1917[3] lui donna l’occasion d’occuper le devant de la scène politique. Il œuvrait à la formation des régiments ukrainiens qui s’étaient doté d’un Conseil de liaison, dont Petlioura assura la présidence. Il était alors vu comme un leader charismatique. À l’époque, il paraissait être partisan d’une large autonomie pour l’Ukraine, sans réclamer son indépendance. Dans ses discours, il mettait en garde ses compatriotes contre une séparation d’avec la Russie, en disant que « Si jamais la Russie connaissait la défaite, les conséquences de cette catastrophe se feraient sentir aussi en Ukraine ». Effectivement dans les premiers temps, le 23 juin 1917, l’Assemblée ukrainienne (la Rada) prononça l’autonomie du pays.

Monument Simon Petlioura à Vinnitsa
Monument Simon Petlioura à Vinnitsa

Autonomie des minorités et indépendance
De plus, une nouvelle loi, votée le 9 janvier 1918 par cette instance suprême, prévoyait aussi une large autonomie pour des minorités nationales, nombreuses en Ukraine : Juifs, Polonais, Russes, Biélorusses, Hongrois… Remarquons d’ailleurs que la communauté juive s’était rapidement dotée d’une représentation officielle, et avait ses députés à la Rada. Le 15 juillet 1917, le poste d’un chargé des questions de la collectivité fut créé, et le Docteur Moïse Zilberfarb en fut le premier titulaire. Pourtant, le vote de cette loi s’était fait dans une ambiance tendue, voire haineuse, les attaques étant surtout dirigées contre les représentants juifs.

La situation va profondément changer après le coup d’État d’octobre 1917[4]. À Petrograd on décréta alors le « droit des peuples de Russie à disposer librement d’eux-mêmes, y compris le droit de sécession et de formation d’un État indépendant ». En conséquence, la Finlande proclama son indépendance le 6 décembre 1917, l’Ukraine le 22 janvier 1918, la Géorgie le 26 mai 1918, la Pologne le 11 novembre 1918.

L’annonce de cette indépendance fera régner l’instabilité dans la région où les différentes forces s’affrontaient sous les yeux des généraux allemands qui souhaitaient utiliser les ressources de l’Ukraine pour gagner la guerre à l’ouest de l’Europe. La signature le 3 mars 1918 de la paix de Brest-Litovsk sembla leur donner raison ! Les grandes villes, surtout Kiev, furent occupées à tour de rôle par l’armée allemande, des bandes d’anarchistes, des régiments rouges, des blancs, des Cosaques… Tous se livrèrent aux pillages et surtout aux pogromes. Entre février 1917 et juin 1920 la capitale connut quatorze gouvernements différents[5] !

Apparition des premiers pogroms
La population juive était sur la sellette depuis le début de la guerre, un nombre important de Juifs se trouvèrent dans l’obligation de quitter leurs habitations, car ils étaient jugés comme des éléments peu sûrs, capables de collusion avec l’ennemi. Ensuite, dans la période entre février et octobre 1917, il y eut surtout des pillages de la part des nombreux déserteurs. La vague de pogromes en Ukraine commença après la révolution d’octobre, ressentie comme la disparition totale de l’État. Alors, les représentants de la communauté juive alertèrent les autorités, en l’occurrence Simon Petlioura, en charge des questions militaires sur le territoire de l’Ukraine. Le 28 novembre 1917 il reçut une requête qui signalait les premiers pogromes dans une trentaine de localités des gouvernements[6] de Podolsk, de Volhynie, de Kiev. Les auteurs du message précisaient : « La vie de la population est gravement menacée. Les autorités locales sont impuissantes. De plus, la plupart des hommes se trouvent sous les drapeaux, il n’y a pratiquement personne pour défendre la population juive composée de femmes, enfants, vieillards. Ils sont tous en danger de mort ».

Quant à Petlioura, qui occupait le poste du ministre de la guerre, il se consacrait surtout à la formation de l’armée nationale ukrainienne, en appelant les soldats, encore loyaux envers la Russie, à déserter massivement ; de cette manière il tentait de déstabiliser les bolcheviks. Ainsi avait-il sous ses ordres des régiments fidèles, nécessaires pour arriver au pouvoir le moment venu. Mais en avril 1918 Petlioura perdit la première manche, et le général Skoropadsky, avec le soutien des Allemands, se retrouva à la tête d’un éphémère État ukrainien et prit le titre d’Hetman[7], tandis que Petlioura était arrêté et incarcéré. Il sera libéré au bout de quatre mois. Mais l’autorité de Skoropadsky était reconnue seulement dans la capitale, les régions lui étant hostiles. Il tiendra quand même plus de huit mois (29.4.1918 – 14.12.1918). En novembre 1918, après la signature de l’armistice, les Allemands furent définitivement mis hors-jeu et durent quitter l’Ukraine.

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Révolution orange

Reconquête du pouvoir
Dès le 13 novembre Petlioura et ses alliés commencèrent la reconquête du pouvoir. Le nouveau gouvernement s’appelait le Directoire, Vladimir Vynnitchenko était le premier-ministre, Petlioura occupait tout d’abord le poste du ministre de la guerre (otaman[8]), puis ensuite il allait cumuler les deux portefeuilles. Pendant toute cette période, la vague de pogromes ne faiblissait pas. Il est important de préciser que les troupes de Petlioura n’étaient pas les seules à attaquer les habitants des shtetlech. Certains régiments de l’Armée rouge se sont aussi rendus coupables de ces crimes. L’écrivain Isaac Babel, dans sa « Cavalerie rouge », en donne plusieurs descriptions. Bien que le Directoire ait annoncé qu’il garantissait aux Juifs une autonomie nationale et une égalité totale en droits, les pogromes ne furent jamais aussi nombreux et sanglants. Durant hiver 1919, l’armée de Petlioura en déroute s’était transformée en bandes de pillards et d’assassins qui attaquaient les Juifs de nombreuses localités (Jitomir, Proskourov, Vinnitsa …) D’après les statistiques de la Croix Rouge, pendant cette période, il y eut plus de 1500 pogromes, et au moins 100000 Juifs furent assassinés. On décompta 200000 blessés et 300000 d’enfants se retrouvèrent orphelins, des milliers de femmes furent violées. Dans la mesure du possible, des Juifs organisèrent des détachements d’autodéfense. Dans les endroits où cela était fait, (par exemple à Odessa avec une ancienne tradition de telles structures) il y avait beaucoup moins de victimes, mais Petlioura ne voulait pas accorder les autorisations pour former ces groupes.

Il ne pouvait pas ignorer ces faits, mais il n’avait pas tenté de mettre fin à cette violence. Lorsqu’une délégation de Juifs s’adressa à lui pour demander de l’aide, il aurait répondu : « Ne me brouillez pas avec mon armée ! » Il fallut attendre le mois de juillet 1919 pour voir son premier ordre dans lequel il déclarait que les Juifs n’étaient pas des ennemis du peuple ukrainien et où il promettait des châtiments sévères pour ceux qui avaient participé aux pogromes. Les témoignages précis manquent et il est impossible d’affirmer qu’il ait poussé à la violence ses soldats pas les paroles et les actes. Pourtant on doit bien constater sa longue et criminelle passivité !

Je me permets de citer un extrait de l’article de Vladimir Jabotinski[9], consacré à ce thème et publié le 11 octobre 1927, c’est–à-dire une semaine avant le début du procès de Samuel Schwartzbard, l’homme qui a tiré sur Petlioura :

Peut-on affirmer que Petlioura, en son âme et conscience, était l’instigateur de pogromes ? On ne peut qu’exprimer des suppositions à ce sujet. Quant à moi, je ne puis l’affirmer, d’autant plus que je ne connaissais pas personnellement Petlioura. Mais j’insiste fermement sur sa responsabilité pour ces pogromes. Petlioura était à la tête du gouvernement ukrainien et de son armée pendant plus de deux ans, et durant cette période les pogromes se sont déroulés sans discontinuer. Le chef du gouvernement et de l’armée ne les a pas arrêtés, il n’a pas puni les coupables et il n’a pas démissionné de son poste. Cela veut dire qu’il a pris sur lui toute la responsabilité pour ces actes, pour chaque goutte du sang versée par des Juifs. Il s’agit d’une évidence, sans aucune excuse. Tel est mon point de vue quant au devoir et à la responsabilité aussi bien d’un chef du gouvernement et de l’armée, mais aussi de chaque honnête homme. Comme Petlioura avait occupé le poste de premier-ministre et de chef des armées, il est coupable d’un crime impardonnable, aussi bien devant les peuples juif et ukrainien que devant toute l’humanité.

Victoire des rougesSamuel-Schwartzbard.jpg
Mais en 1919 la débâcle n’était plus très loin ; l’Armée rouge, réorganisée par Trotski, entamait sa marche victorieuse vers l’Ouest. Kiev fut prise par les bolchéviks, et les armées de Petlioura se replièrent à Vinnitsa, puis abandonnèrent peu à peu le territoire ukrainien, s’approchant de la frontière polonaise. Le pays était à feu et à sang, le chaos total régnait, les paysans se soulevaient, encouragés par l’anarchiste Makhno ou encore l’ataman Grigoriev, qui avait trahi Petlioura. Les détachements bolcheviques et les régiments  du général Denikine s’affrontaient dans des batailles sanglantes. Visiblement, Petlioura n’avait pas l’envergure nécessaire pour diriger le peuple ukrainien, dépassé par l’indépendance, devenue un fruit empoisonné. Il est bien probable que dans l’histoire du XXe siècle aucun pays n’ait eu à affronter une telle anarchie totale, une guerre civile aussi dévorante et sanglante, comme l’Ukraine à l’époque.

Simon Petlioura essaya de gagner du temps en concluant un accord avec la Pologne en guerre contre l’Armée rouge, mais ses troupes ne le suivaient plus. Pour finir, ces troupes furent obligées de quitter l’Ukraine en novembre 1920. Mais Petlioura n’acceptait pas la défaite, il croyait encore à la reconquête du pouvoir. Il était assez bon tacticien et pensait pouvoir utiliser la peur du cataclysme révolutionnaire qui régnait en Occident. Car à la suite de la révolution d’octobre (ou plutôt le coup d’État bolchevique), l’Europe victorieuse, mais exsangue, tremblait et craignait la propagation des mouvements sociaux. L’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie s’embrasaient déjà. Des grèves en France, en Grande-Bretagne, en Belgique devenaient dures. Les communistes commençaient à s’organiser[10]. Les gouvernements occidentaux étaient prêts à aider les troupes de Petlioura qui promettait de combattre l’« hydre communiste ». Jusqu’à l’automne 1921, le gouvernement en exil de Petlioura garda un certain crédit auprès des vainqueurs de la Grande Guerre. Les organisations juives craignaient même la reprise des pogromes, dans le cas d’un retour de l’armée de Petlioura en Ukraine. En septembre 1921, au 12ème Congrès Sioniste, Vladimir Jabotinski et le représentant du gouvernement ukrainien en exil Maxime Slavinski signèrent un accord prévoyant cette fois-ci la création des milices juives d’autodéfense. Mais Simon Petlioura ne franchira plus jamais la frontière de son pays. En décembre 1920 les bolchéviks occupèrent pour la troisième fois en trois ans Kiev et proclamèrent la République socialiste soviétique d’Ukraine qui durera 71 ans jusqu’au 24 août 1991.

Les soldats de Petlioura furent internés dans des camps en Pologne tandis que les dirigeants de la République populaire ukrainienne partirent en exil. Au bout de quelques années d’errance, Petlioura s’installa à Paris en 1924 où le 25 mai 1926 il fut assassiné par Samuel Schwartzbard[11] un jeune horloger naturalisé français, décoré de la Croix de guerre obtenue dans l’armée française pendant la première guerre mondiale. Arrêté, il avouera spontanément qu’il voulait, par son geste, venger les siens, victimes des pogroms en Ukraine.

Les Vengeurs Samuel Schwartzbard.jpgLe « procès des pogromes »
Le procès de Samuel Schwartzbard commença à Paris le 18 octobre 1927. Il aura un énorme retentissement et se transformera très vite en « procès des pogroms ». L’accusé a été défendu par Me Henri Torrès, très célèbre à l’époque. Dans la longue liste de témoins il y avait Maxime Gorki et Joseph Kessel. Comme l’accusé reconnut d’emblée être l’auteur des coups mortels, la question de sa culpabilité est passée au second plan. Une autre question fut débattue avec beaucoup plus de flamme : quelle était la responsabilité de Simon Petloura dans les pogromes ? Les témoins ukrainiens insistaient sur le fait que les troupes en débâcle transgressaient les ordres reçus. Petlioura était chef des armées en titre, mais son pouvoir réel était insuffisant. Alors il aurait dû démissionner, plutôt que couvrir de son nom des crimes multiples. Pour déconsidérer l’accusé, les témoins ukrainiens présentèrent Samuel Schwartzbard comme un agent de l’Union Soviétique. À l’issue du procès il fut déclaré non coupable par le jury populaire, bien qu’il eût clairement revendiqué l’assassinat de Petlioura.

Les « journées de Petlioura »
Peut-on considérer que ce verdict signifiait la fin de cette tragique histoire ? Malheureusement, non ! Des Ukrainiens (peut-être pas tous, mais probablement la majorité) ne veulent pas laisser Simon Petlioura reposer en paix dans sa tombe au cimetière du Montparnasse. Il est représenté comme martyr et est devenu une sorte de porte-drapeaux pour nationalistes de tous poils. Déjà pendant la 2e guerre, les supplétifs ukrainiens qui combattaient aux côtés des nazis organisaient des pogromes en sa mémoire. À Lvov en juillet 1941 après l’arrivée des troupes allemandes, les pogromes furent organisés surtout par des Ukrainiens ; ces actions de terreur furent appelées des « journées de Petlioura ».

Cette reconnaissance posthume s’était même accélérée depuis la révolution orange[12], car le 16 mai 2005 le président Victor Iouchtchenko a signé un décret pour immortaliser la mémoire de Simon Petlioura. Contrairement à Bandera et Choukhevitch[13], il était mort bien avant la 2e guerre mondiale et la Shoah, donc on ne peut pas lui reprocher la collaboration avec les nazis. Par conséquent, les nationalistes ukrainiens le présentent comme une personnalité exemplaire, un martyre de la cause nationale. En 2006 à l’occasion du 80e anniversaire de sa mort, des commémorations et des colloques eurent lieu, surtout à Kiev et Lvov. En Ukraine, depuis, on érige des monuments et on baptise les rues de son nom.

Connivence de la France
Il est intéressant de signaler que la communauté ukrainienne de France, soutenue par l’ambassade à Paris, a organisé du 25 au 27 mai 2006, sans complexes, tout un programme commémoratif avec dépôt de gerbe au cimetière, un colloque organisé par la bibliothèque ukrainienne Simon-Petlioura[14] intitulé « La place et la perception de la personnalité de Simon Petlioura aujourd’hui » et la visite du musée qui se trouve au même endroit que la bibliothèque.

Il faut reconnaitre malheureusement qu’il existe actuellement en France des intellectuels et des universitaires qui sont tout à fait prêts à partager cette mansuétude des autorités ukrainiennes. En mars 2017 j’ai pu assister à la Sorbonne à un colloque intitulé : « La Shoah en Ukraine – Les Nouvelles perspectives sur les malheurs du XXe siècle » en présence d’historiens français, ukrainiens, polonais, hollandais, britanniques, israéliens et canadiens. Si je devais définir par un mot certains « historiens » ukrainiens, je dirai qu’ils sont tout simplement révisionnistes, et de plus, d’une rare agressivité envers toute personne qui exprime un avis différent. Ils viennent, en espérant, peut-être, la méconnaissance du sujet par le public, pour blanchir le passé de nombreux Ukrainiens impliqués personnellement dans les pogromes et la Shoah. Ainsi un certain Volodymyr Vyatrovitch qui occupe le poste de directeur de l’Institut de Mémoire Nationale, oscille constamment dans ses écrits entre la négation et les mensonges. Avec de tels maîtres, des militants nationalistes en uniformes nazis prennent l’habitude de se dresser avec des saluts réglementaires dans les rues de Kiev et de Lvov. Aussi longtemps que de telles tendances s’exprimeront ouvertement, l’Ukraine sera vue comme un pays qui n’a pas tiré les leçons de son passé ! AS♦

Ada Shlaen est professeur agrégée de russe, et a enseigné aux lycées La Bruyère et Sainte-Geneviève de Versailles

[1] Il faut préciser que l’Ukraine fut rattachée à la Russie en 1654 par une démarche officielle de Bogdan Khmelnitski qui préféra dépendre de la Russie orthodoxe que de la Pologne catholique.
[2] Quand on dit Lemberg, Lwȯw, Lvov, Lviv c’est toujours la même ville. Ces noms différents correspondent à des époques différentes. La ville s’appelait Lemberg quand elle faisait partie de l’Empire Austro-hongrois.
[3] La Révolution de février eut lieu du 23 février au 3 mars 1917 d’après le calendrier julien, utilisé alors en Russie. Ces dates correspondent à la période du 8 au 16 mars du calendrier grégorien, introduit en Russie tout de suite après la révolution.
[4] La Révolution d’Octobre eut lieu le 25 octobre, d’après le calendrier julien, utilisé alors en Russie. Cette date correspond au 7 novembre du calendrier grégorien.
[5] Cette période est très bien présentée dans le roman « La Garde blanche » de Mikhaïl Boulgakov, natif de Kiev et qui fut témoin de tous ces évènements.
[6] Gouvernement (en russe : губерния/goubernia) était une unité territoriale de l’Empire russe. Sa formation remonte à 1708 par Pierre le Grand et les gouvernements furent abolis en 1929 par Staline.
[7] Historiquement hetman est un titre désignant le commandant en chef des armées du grand-duché de Lituanie et du Royaume de Pologne. Les Cosaques ukrainiens désignaient également leur commandant élu par ce terme à partir du XVIe siècle.
[8] Otaman (en ukrainien) était un titre de chef remplissant des fonctions politiques et militaires chez les Cosaques.
[9] Vladimir Jabotinsky (né le 18 octobre 1880 à Odessa, mort le 4 août 1940 à Hunter, (État de New-York). Il était leader de l’aile droite du mouvement sioniste et pendant la Première Guerre mondiale a fondé la Légion juive qui a combattu à côté des Anglais.
[10] Le Parti communiste français fut créé en décembre 1920.
[11] Samuel (Sholem) Schwartzbard , né en 1886 en Bessarabie, revendiquait son appartenance au courant anarchiste. Il trouva asile en France en 1910 et dès le début de la Première Guerre mondiale s’engagea dans la Légion étrangère et combattit sur le front d’Artois où il fut blessé. Après sa démobilisation, il regagna la Russie où il fut témoin des évènements révolutionnaires. Au cours de la guerre civile, quinze membres de sa famille furent massacrés lors de pogromes. Il est revenu en France en 1920 et a été naturalisé en 1925. Il reprit son métier d’horloger, boulevard de Ménilmontant à Paris. Le 25 mai 1926 il tira sur Simon Petlioura. Défendu notamment par maître Henry Torrès, Schwartzbard fut acquitté. Il se consacra par la suite aux activités de la Ligue contre les pogromes (future LICRA) qui avait été fondée à l’occasion du procès. Il essaya d’immigrer en Palestine, mais n’obtint pas de visa. Il est mort à Capetown (Afrique du Sud) le 3 mars 1938, d’une crise cardiaque, lors d’une tournée de conférences contre l’antisémitisme. Au début des années 1960, sa dépouille fut transférée de Capetown en Israël.
[12] La révolution orange : on appelle ainsi les manifestations de protestation après la proclamation le 21 novembre 2004 du résultat du 2e tour de l’élection présidentielle, lorsque Victor Ianoukovutch fut déclaré vainqueur contre Victor Iouchtchenko. La Cour Suprême a annulé ce scrutin et de nouvelles élections eurent lieu. Viktor Iouchtchenko fut déclaré vainqueur le 26 décembre 2004. Pendant son mandat les tendances nationalistes se sont affirmées dans le pays.
[13] Stepan Bandera (1909-1959) Dirigeant des mouvements extrémistes ukrainiens, il a collaboré avec l’Allemagne nazie en créant la légion ukrainienne sous commandement de la Wehrmacht. Cette légion (Nachtigal) a organisé en juillet 1941 le pogrom de Lvov. Roman Choukhevitch (1907-1950) est une figure majeure du nationalisme ukrainien. En 1941 il faisait partie du bataillon Nachtigall et ensuite dirigea la légion ukrainienne de la Wehrmacht. D’après plusieurs sources, il participa aux pogroms à Lvov en juillet 1941.
Ada Shlaen[14] A Paris il existe bien la bibliothèque ukrainienne Simon-Petlioura à l’adresse 6, rue de Palestine dans le XIX ème arrondissement.

 

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