Servilité – Inégalité – Hostilité

Crowdfunding.jpgPar Liliane Messika

Le 6 août 2018, le Point s’extasiait sur « la bonne idée des pompiers pour renouveler leur matériel trop vétuste », citant son confrère le Figaro : « Des pompiers ont recours au financement participatif afin de pouvoir changer une partie de leur équipement, faute de moyens municipaux »

L’histoire est caractéristique de la déliquescence des affaires de l’État dans un pays communiste… mais cela se passe en France.

Il était une fois …
… les pompiers d’une commune de Saône-et-Loire, devenus incapables d’intervenir auprès de la population, faute d’une camionnette en état de marche. Le budget du conseil départemental et celui de la commune étaient sous l’eau, donc dans l’impossibilité de financer les outils nécessaires à la mission des soldats du feu.

Moins 25% des crédits en cinq ans, soit moins 83 millions d’euros entre 2015 et 2016, mais plus 2% d’intervention par an. Comment ? Ils ne savent pas faire mieux avec moins, les pompiers ? Peuvent pas aller éteindre les incendies avec leur petit arrosoir ?

Non, mais ils ont décidé de trouver tout seuls, comme des grands, la solution trop compliquée pour l’État français : ils ont eu recours au crowd funding, le financement participatif, pour essayer de trouver les 8000€ indispensables. Au bout de quelques semaines, ils avaient rassemblé le quart de la somme. Espérons que les incendies attendront qu’ils aient atteint leur objectif pour se déclencher…

Vraiment admirables, ces soldats du feu, non seulement courageux mais débrouillards ! Et les Français, ne sont-ils pas mignons de verser leurs maigres économies dans une dépense qui devrait être régalienne ?

Fonctions régaliennes comme « royales » ou comme « on se régale » ?
Les deux, mon Général. Quand on a les moyens de choisir les dépenses pour vider les caisses… on a les moyens de vider les poches des contribuables pour les remplir.

Les missions régaliennes sont celles que l’État doit accomplir, notamment tout ce qui concerne la sécurité, que ce soit au plan collectif : la défense du territoire par l’armée, ou au plan individuel : la sécurité des citoyens et le maintien de l’ordre public, qui garantit les conditions du « vivre ensemble ». Les conditions, pas le « vivre ensemble » lui-même, qui ressemble plus à une juxtaposition de particularismes « vivement » concurrents qu’à un « ensemble » harmonieux…

Pour remplir ces fonctions, ce n’est pas Monsieur Macron qui descend dans la rue chasser les malfaiteurs avec son gourdin : « Le ministère de l’intérieur, de la sécurité intérieure et des libertés locales, sa direction de la défense et de la sécurité civiles au niveau central et les préfets de département ou de zone, au niveau déconcentré, sont chargés de veiller à la cohérence des interventions et de prendre en charge la coordination de la réponse des pouvoirs publics en cas de crise de grande ampleur, en appliquant les principes opérationnels qui sont à l’origine de l’efficacité des secours français… » (ici) Efficacité ? Vous avez dit efficacité ? Bizarre…

Gnafron Guignol Gourdin.jpgLe train des sénateurs accélère les mises en garde
Rapport pour avis au nom de la commission des Finances sur la loi relative à la démocratie de proximité (rapporteur Michel Mercier) : « Le paradoxe veut cependant, alors qu’il fixe des normes ayant une incidence financière, que l’État n’en assume pas le coût financier (…) En matière de sécurité civile, les collectivités locales payent mais ne commandent pas. »

L’État a d’autres chats à fouetter que la sécurité de ses citoyens, avec ou sans le gourdin de Gnafron : le renflouement de la SNCF et d’Air France pour combler les déficits nés des grèves à répétition, les amendes liées aux débrayages des contrôleurs aériens, les soutiens à la presse, le financement des syndicats qui ne représentent que 11% des salariés (8,7% dans le privé), les soins gratuits aux étrangers en situation illégale, les subventions aux arrière-petits-enfants des Arabes de Palestine qui ont écouté les conseils de leurs frères et ont quitté la zone de combat pour ne pas gêner l’épuration ethnique contre les Juifs en 1948… On ne va pas vous saouler avec la liste complète : vous attraperiez une cirrhose du foie avant d’arriver à la moitié du verre vide !

Autre fonction régalienne en stand-by : la sécurité des biens et des personnes
Contrairement à ceux des pompiers, les véhicules de la police ne sont pas trop vieux pour fonctionner, mais la maréchaussée elle-même est paralysée par des ordres anticonstitutionnels : on lui demande de réagir différemment en cas de crime et de délit, selon la catégorie à laquelle appartient le coupable présumé.

– S’il est blanc et hétérosexuel, foncez ! S’il est de droite, foncez doublement ! Mais s’il appartient à une minorité visible, envoyez des photos à votre hiérarchie, qui les fera remonter et vous donnera des ordres précis en fonction de l’espèce protégée.

– Pas en fonction du crime ou délit ?

– Non. Ce qui compte c’est d’éviter l’amalgame, pas de protéger la victime.

– Mais si le type est en train d’assassiner une vieille dame ?

– S’il crie « Allahou akhbar, sale Juive ! », ce n’est pas un crime d’islamiste ou d’antisémite, c’est la crise d’un psychiatrisé, attendons que ça passe.

Mêmes maux, mêmes remèdes, mais pas les mêmes titres du tout
Il finira par arriver un jour où, fatigués de voir que leur sécurité n’est pas assurée, des citoyens se constitueront en milice privée ou en financeront une, éventuellement par le biais du crowd funding.

Là, pas besoin d’être extra-lucide pour imaginer les titres scandalisés des médias : « La bonne idée des pompiers pour renouveler leur matériel trop vétuste » ? Non ! plutôt : « L’ignoble initiative des populistes pour s’armer contre des jeunes ». « Des pompiers ont recours au financement participatif afin de pouvoir changer une partie de leur équipement, faute de moyens municipaux » ? Encore moins. Plutôt quelque chose comme : « Des fascistes ont recours au financement participatif afin de pouvoir armer leur milice, faute de moyens municipaux pour les en empêcher. »

La France d’en haut, la France d’en bas et les médias libérés de la gravitation
« En haut, la noblesse et le pouvoir, en bas le commerce et l’argent ; deux zones sociales constamment ennemies en tous lieux », écrivait Balzac. La comédie humaine n’a pas changé, seul le casting s’est renouvelé. La noblesse au pouvoir sort de l’ENA, pas des châteaux de la Loire et le commerce qui a de l’argent copule avec elle. Tout en bas, les travailleurs travaillent toujours plus pour gagner toujours moins, afin d’entretenir une noblesse pléthorique et l’armée d’assistés qui assure sa réélection.

Entre les deux, sévit le clergé, sauf qu’aujourd’hui, il a pour nom « médias » et s’il se sent dépositaire de la vérité divine, la révélation vient de l’évangile de Karl ou de Mahomet, loin du message de Jean, François, Luc et les autres.

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Ceux qui constatent l’unanimisme des médias sont observateurs, pas complotistes
En effet, on ne fantasme pas un réseau de journalistes pilotés par des malfaisants qui les obligeraient à écrire en suivant la ligne d’un parti qu’ils contestent.

D’abord, il est inutile de contraindre des gens qui partagent la même idéologie. Laquelle ? Voyons… Juste après l’élection de Hollande, un sondage a montré que 82% des journalistes avaient voté pour lui (et zéro pour Sarkozy) et 87% à 100% des étudiants des écoles de journalisme (ici).

L’inutilité de la contrainte est proportionnelle à la force de la motivation des journalistes à éduquer, voire rééduquer, au sens maoïste ou pol-potien du terme. Dans les pays anglo-saxons, ils croient que leur mission est de diffuser des informations. Petits joueurs ! Leurs confrères français n’ont pas une ambition aussi exiguë : ils se sentent investis du devoir de contrôler la morale de leurs concitoyens et de l’aiguiller dans la bonne direction s’ils s’égarent vers la droite.

Même quand il est de droite, l’État français finance la presse de gauche
L’Humanité a-t-elle encore des lecteurs en France ? C’est peu probable, mais qu’importe, puisque ce quotidien survit grâce à la générosité de l’État qu’il vilipende à longueur de colonnes. En 2016 (derniers chiffres disponibles ici) L’huma a touché 3,7 millions d’euros, Libé presque 6,4 millions et Le Monde plus de 5 millions. Certes, toute la presse quotidienne est ainsi arrosée. Mais le plus intéressant est le ratio de la répartition au nombre d’exemplaires. Le grand gagnant est sans conteste le journal du Parti communiste : 0,38€/exemplaire. Le Figaro, qui a coûté à l’État près de 5,8 millions, ne perçoit en réalité « que » 0,05 centimes à l’unité et L’Équipe, le seul quotidien français qui dépasse encore le million d’exemplaires, est doté d’un tiers de ce que touche L’Huma, ce qui représente 0,01 centime par exemplaire publié.

La plus marquée idéologiquement est celle qui fournit les titres aux autres
L’AFP (Agence France Presse et non Agence France Palestine comme la surnomment des frustrés de mauvais goût) est un rejeton de l’agence Havas d’avant-guerre, qui a longtemps été financée par l’État. Depuis 2015, un contrat d’objectifs et de moyens a été signé entre les deux, qui définit une dotation du second à la première, laquelle est, juridiquement, une agence de presse privée. Cette dotation a été augmentée d’un million et demi la première année, de quatre et quelques la deuxième…

En supplément des dotations, l’État s’est engagé à fournir à l’AFP 40% de son chiffre d’affaires (soit 116 des 290 millions d’euros en 2015) par le biais des abonnements d’organismes publics (notamment ambassades, ministères, préfectures, etc.).

L’AFP informe en six langues et se vante qu’une part importante de sa facturation provient de ses fournitures d’informations en arabe.

Cherchez l’argent et vous trouverez la flamme antisioniste qui anime les journalistes de l’agence française. Ils ne sont pas du tout influencés par la dépendance de leur employeur vis-à-vis du Quai d’Orsay (dont on sait qu’il déborde de sympathie pour l’État juif) ou par le chiffre d’affaires qu’il réalise en langue arabe (dans des pays très amis avec Israël comme on s’en doute). Pas besoin de les influencer, ils sont formés pour penser dans le sens de l’islam au sein des écoles de journalisme.

De gauche + antisioniste = objectivité selon l’AFP
Les Français démontrent un aveuglement qui étonne ceux qui ignorent le formatage de leur source d’informations.

Il est hilarant de constater que l’antienne antisémite selon laquelle les Juifs possèderaient les médias et les influenceraient en faveur de l’État hébreu n’a rien perdu de sa vigueur, quand toutes les analyses de presse montrent un biais généralisé et massif de la presse française CONTRE lui.

Il est tout aussi désopilant de s’apercevoir qu’un seul pays a mis en œuvre le communisme sans dévier vers le despotisme. Il a inventé le kibboutz et même si son fonctionnement au jour le jour évolue parallèlement avec le reste de la société, les moyens de production sont toujours communs et les principes demeurent : pour le travail, « à chacun selon ses moyens » et pour la répartition des biens produits, « à chacun selon ses besoins ».

C’est précisément ce pays, Israël, que l’on se doit de haïr quand on se revendique de gauche, sous peine d’être accusé de fascisme d’extrême-droite.

Logo Liliane MessikaL’exception française, ce n’est pas seulement le protectionnisme culturel dans un pays qui se veut le chantre du multiculturalisme, c’est aussi le refus de laisser la réalité s’immiscer entre les citoyens et leurs préjugés. LM♦

10 août 2018

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