Venézuéla : Ne pas confondre tourisme et immigration !

Venezuela.jpgVénézuéliens au Costa Rica et au Brésil :

Par Liliane Messika

Troc : barils contre toubibs
En 2004, le président socialiste vénézuélien Hugo Chávez a commencé à vendre du pétrole à Fidel Castro pour des clopinettes. Pas quelques gouttes : un tiers de sa production, c’est-à-dire 53000 barils par jour. En échange de cette maxi-remise, el Lider maximo lui a envoyé une armée de médecins soigner ses compatriotes déshérités. Le frère de Hugo, Adán Chávez Frías était ambassadeur du Venezuela à La Havane. Ça aide.

Maduro a remplacé Chavez en avril 2013 : pas de changement dans cette continuité-là. Depuis février 2014, les manifestations exigeant son départ se multiplient et la répression se durcit : une moyenne de 70 morts par manifestation. Si les droitdelhommistes du monde entier n’avaient pas les yeux fixés sur Israël, ils s’en seraient aperçu et auraient certainement réagi. Pas de chance pour les Vénézuéliens, tous les humanitaires étaient focalisés sur les 72 militaires du Hamas tués en quelques mois, dans le conflit initié par ce mouvement à Gaza…

Chercher à manger et trouver de la colombienne
Dans le pays sous lequel git la plus importante quantité de pétrole brut au monde, la population meurt de faim. En 2016, des Vénézuéliennes ont trouvé un filon. Pas d’or noir, non. De la nourriture : les supermarchés de la première ville de l’autre côté de la frontière colombienne. Les femmes ne savent pas garder un secret, c’est bien connu. Elles ont bavardé et pour les descentes suivantes contre les magasins de Cucuta, leurs hommes les ont accompagnées. Entretemps, la Colombie avait fermé sa frontière, mais les hordes sans fin de crève-la-faim sont passées en force. Les rapports entre le Venezuela et sa voisine sont moyens moyens…

Avec Cuba, c’est toujours la lune de miel. Sauf que l’on ne trouve pas de miel. En avril 2018, Miguel Diaz-Canel a succédé à Raul Castro, qui lui-même avait chaussé les pataugas de son frère Fidel en 2006. Pour son premier voyage officiel, il a choisi Caracas, une destination idéologiquement pas trop risquée, mais ses premiers mots : « Vive la révolution bolivarienne et vive le président Maduro ! » sont tombés sacrément à plat. Au temps pour ses espoirs de se tailler une stature internationale…

Le trésor des conquistadores a fondu comme bolivar sous Chavez
En 2008, la monnaie vénézuélienne avait dévalué en perdant 3 zéros et en devenant le « bolivar fort ». Dix ans plus tard, le Fort est tellement faible qu’il va perdre encore 5 zéros en devenant le « bolivar souverain ». Aujourd’hui 50 millions de Bolivars forts valent 7 dollars au marché noir. Demain, pour le même nombre de dollars, il ne faudra donner « que » 500 bolivars souverains. Bien que Maduro ait annoncé qu’il allait multiplier le SMIC par 34, il est peu probable que les malheureux survivants de la famine puissent se procurer un dollar en moins d’un an…

Pourtant le programme de Maduro possède tous les éléments pour sortir le pays de la crise dans laquelle ces mêmes éléments l’enfoncent depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez, mais les Etats-Unis et la droite lui mettent des bâtons dans les roues et lui ont déclaré « une guerre économique pour le renverser ». C’est Maduro qui le dit, il sait de quoi il parle, quand même !

Incroyable, le nombre de dictateurs légitimement élus !
En attendant, les Vénézuéliens crient famine et notre Mélenchon national ne défend qu’une minorité d’entre eux : ceux qui sont au pouvoir. Dès la réélection de Maduro, il s’est empressé de le féliciter, en utilisant de surcroît le terme « légitimité ». Il était en bonne compagnie, notre French gaucho : la Russie et la Turquie, deux démocraties exemplaires, ont envoyé le même message.

Les voisins, eux, n’ont pas dû avoir les informations de premier plan dont dispose l’insoumis français : le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Mexique et le Pérou ont estimé que cette élection n’avait « pas respecté les standards internationaux d’un processus électoral libre, juste et transparent ».

Ah bon ? Certes, les principaux opposants à Maduro étaient en prison ou en résidence surveillée, ce qui les empêchait de se présenter contre lui. Mais c’est eux qui n’étaient pas libres, pas le processus électoral ! Et il faut vraiment être un pisse-vinaigre pour trouver que ce n’est pas juste. D’autant qu’il y avait quand même deux autres candidats : un chaviste historique et un évangéliste. Curieusement, cela n’a pas été de nature à inspirer les électeurs. Qu’est-ce qu’il leur faut ? L’important, c’est le rose ! Maduro a été élu par une majorité des votants, qui ne représentait qu’un tiers des électeurs inscrits. Sous prétexte qu’il fallait avoir voté pour obtenir le coup de tampon indispensable à du rab de tickets de rationnement, de mauvais esprits insinuent que cela pourrait avoir influencé la participation et manquerait de transparence.

Heureusement, notre Méluche n’est pas influençable
Il a assuré son pote de son soutien indéfectible. Et a abondé dans le sens de son explication : « Il y a un certain nombre de pays, autour des larbins des USA, qui ont décidé que cette élection ne leur convenait pas. »

MélenchonOn cherche partout ceux à qui elle pourrait bien convenir, dans ce pays qui possède la plus grande richesse naturelle du monde et où sévit une gravissime pénurie de tous les produits de première nécessité, notamment la nourriture, les médicaments et les vaccins.

Interviewé sur les tourments des Vénézuéliens, obligés de traverser la frontière brésilienne pour se faire soigner ou pour accoucher, Mélenchon a répondu : « Oh mon dieu, comme vous me faites pleurer ! … Et le massacre au Yémen, on en parle quand ? »

Les Vénézuéliens, en tout cas, préfèrent voir midi à leur porte et ils n’y voient que famine et pandémies. Dans un passionnant article du Point du 18 août 2018, le professeur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses à la Faculté de médecine de Marseille, explique que « les épidémies reflètent souvent des changements d’écosystème sociaux en particulier les changements brutaux. C’est la raison pour laquelle les pandémies ont suivi les troubles sociaux majeurs, notamment les guerres. La peste d’Athènes, probablement causée par la typhoïde, a succédé à l’invasion par les Perses de la Grèce. … Il est vraisemblable que la peste du Moyen Âge ait été une des conséquences des croisades. … Plus récemment, les troubles sociaux liés à l’effondrement du communisme en Russie et à la guerre contre les islamistes en Algérie ont entraîné des épidémies de diphtérie dans des pays où elle avait quasiment disparu. »

Il faut être un scientifique bien ignorant du politiquement correct pour oser l’hypothèse que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le professeur Raoult n’hésite pas, incriminant l’état de décrépitude économique, sociale et politique du Venezuela pour deux épidémies : « Une diphtérie et une épidémie de rougeole, liée à un variant banal (susceptible d’être parfaitement couvert par la vaccination) dans une population non vaccinée. … La première cause d’épidémie réside dans les troubles sociaux qui déséquilibrent l’écosystème local, qui entraînent des migrations et qui sont à l’origine des pandémies les plus meurtrières auxquelles nous ayons eu à faire face. »

La misère est-elle vraiment plus légère au soleil ?
Au siècle dernier, Joséphine Baker a chanté le Brésil en français : Brazil, Terre d’ombre et d’amour / Doux rivage au ciel lourd /Où mon cœur a fait escale…/ Où la danse est endiablée / Où les nuits sont étoilées / Où dans l’ombre ensorcelée / Chaque rêve offre un asile

Un asile, les Vénézuéliens en ont bien besoin. C’est en masse (2,3 millions comptabilisés à fin juillet 2018) qu’ils fuient le paradis socialiste que Mélenchon veut œuvrer à faire advenir en France. Ils trouvent refuge au Brésil, au Pérou et au Costa Rica, où ils ne sont pas accueillis par les flonflons et le tapis rouge. L’Amérique latine est moins bienveillante que l’Europe. Pourtant, au total, il y a moins de migrants vénézuéliens que ceux qui affluent depuis des années chez nous en provenance du Maghreb et du Mashrek.

Au Pérou, qui a vu débarquer pas loin de 20000 migrants, l’État s’apprête à prendre des mesures protectionnistes pour limiter leur accès. En Argentine, où un peu plus sont arrivés (25000) un renforcement des mesures de contrôle des frontières est à l’ordre du jour. Le pompon, c’est la Colombie : 800000 demandeurs d’asile vénézuéliens.

Le Costa Rica est un pays si pacifique qu’il ne possède pas d’armée. Pourtant, c’est là que des manifestations ont rassemblé des centaines de personnes, opposées à la venue des migrants vénézuéliens. Certains ont tenté de les attaquer, d’autres (ou les mêmes ?) arboraient des symboles nazis. En France, on a l’habitude, sauf que ceux qui vocifèrent les slogans nazis arborent keffieh et drapeau palestinien. Mais bon, vous voyez l’idée…

Au Brésil, il en débarque en moyenne 400 par jour. Ce n’est pas énorme, mais le problème, c’est qu’ils arrivent du nord, dans un des États les plus pauvres, le Roraima, qui n’a déjà pas assez de ressources pour sa population. Alors 57000 de plus depuis janvier, ça crée des tensions. La preuve, à Pacaraima, des camps de réfugiés ont été attaqués, incendiés et partiellement détruits, suite à l’agression d’un commerçant local dont la rumeur accusait les réfugiés. L’affaire a escaladé jusqu’au niveau diplomatique. Le ministre des Affaires étrangères vénézuélien et celui des Relations extérieures brésilien ont échangé des amabilités, le premier demandant au second d’offrir des « garanties concernant les citoyens vénézuéliens et de prendre toutes les mesures pour la protection et la sécurité des familles et de leurs biens »

Il faut avoir un sacré culot pour affamer les citoyens de son pays, surtout quand c’est le plus riche au monde, et exiger du pays voisin, moins bien loti, qu’il les soigne aux petits oignons. Quand on écoute Maduro et son souteneur français, on se rend compte que certains pètent tellement plus haut que leur culot qu’ils finissent par avoir mauvaise haleine (halitose en dentiste dans le texte).

Logo Liliane MessikaIl a pas des dentistes à envoyer à Maduro, en plus des médecins, Miguel Diaz-Canel ? LM♦

20 août 2018

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