Deux pa-rités en avant, trois stigmatisations en arriè-reu

ParitéPar Liliane Messika

Les sociétés riches, celles où sont déjà satisfaits, pour la majorité des citoyens, les besoins primaires (ou physiques : se nourrir, se loger, se chauffer), secondaires (ou de sécurité : du corps, de la santé, de l’emploi) et même tertiaires (ou sociaux : s’éduquer, se distraire, voter), peuvent se permettre le luxe de rechercher d’autres désirs à rassasier.

C’est ainsi que sont nées, entre autres, la préoccupation environnementale, puis la parité.

Environnement : prendre les mauvaises décisions pour de « bonnes » raisons
La préoccupation écologiste, chez de nombreux Français, repose sur une totale méconnaissance des données objectives et se confond avec la nécessité de trouver un combat et d’y apporter des solutions purement émotionnelles. On pourrait donner des exemples à n’en plus finir, contentons-nous d’un symbole : le sac plastique, pour la disparition duquel des associations se créent, se vouent et se dévouent, grâce à une armée quasi inépuisable d’adeptes.

Le sac plastique est, du point de vue froidement environnemental, la meilleure solution pour transporter des marchandises, comme le prouvent toutes les ACV, analyses de cycle de vie[1] : léger (11 grammes pour porter 10 kilos), peu consommateur de matières premières puisque issu des dérivé du pétrole qui ne peuvent être utilisés ni comme carburant ni comme combustible, léger à transporter vers l’utilisateur, donc peu gourmand en énergie de transport, réutilisable en moyenne 5 fois (moyenne observée, les capacités sont bien supérieures) et restituant son énergie en fin de vie : l’incinération d’un sac dans les ordures ménagères fournit assez d’énergie pour alimenter une ampoule de 60 watts pendant une heure.

QUOI ??? C’EST VRAI ? Mais alors pourquoi le supprimer ?
Par idéologie. Parce que dans la tête des BIMI (Bien Intentionnés Mal Informés), plastique = société de consommation = profit + gâchis => culpabilité => envie d’agir moralement pour le bien => supprimer le sac plastique est le « bien » qui nous fera le moins de mal.

On a même trouvé le moyen de fabriquer du plastique biodégradable, qui est au sac à provisions ce que serait au parapluie classique une ombrelle perméable, deux fois plus lourde et trois fois plus onéreuse.

Éduquer le consommateur aux véritables enjeux de l’environnement demanderait des efforts et du temps que les politiques préfèrent utiliser à brosser le client dans le sens du poil : offrir au consommateur de mauvaises solutions pour la planète en lui faisant croire qu’il est devenu un citoyen responsable et moral coûte beaucoup moins cher et rapporte beaucoup plus.

La parité fonctionne selon les mêmes paramètres
Dans un monde idéal, chacun serait employé selon ses moyens et rémunéré selon ses besoins. Ah, mais ça a existé : cela s’appelait le kibboutz et n’a vécu à 100% selon ces principes que dans la mesure où cet îlot de communisme pouvait commercer avec l’océan de capitalisme dans lequel il était inséré. Malheureusement, plus le capitalisme se faisait attractif pour les jeunes de l’intérieur et plus l’îlot se désertifiait… Ce qui en reste aujourd’hui n’est que le squelette de l’idéologie d’origine. Belle origine, beau squelette, mais modèle économique viable seulement en étant amendé au point de devenir à peine identifiable.

Dans ce monde idéal auquel tous aspirent, mais pour lequel nul n’est prêt à sacrifier son propre confort, les salaires seraient déterminés par le travail à accomplir, les candidats seraient choisis en fonction de leurs compétences et nul autre critère n’interviendrait… Ah non ! On a tout faux : dans ce monde idéal, les emplois seraient proposés en fonction du sexe, de l’origine ethnique, de la couleur et, en dernier lieu, s’il reste des ex-æquo, en fonction des compétences.

Nous visons le monde idéal version multi-trans-communautaire
Ce n’est pas une plaisanterie, ni même un sarcasme, juste une observation. Ainsi dans le monde du spectacle, oups, de la culture, la ministre, qui a pas mal de casseroles à faire oublier dans le domaine de la protection du patrimoine, a annoncé le 20 septembre 2018, « la création d’un bonus de 15 % aux films exemplaires en matière de parité hommes-femmes (AFP) ». En ces temps de recherches d’économies, elle aurait pu suggérer un malus aux films qui ne souscrivaient pas à cette exigence, mais il ne faut pas fâcher les artistes : ce sont les seuls leaders d’opinion de notre pays.

Certes, il est parfaitement injuste que les réalisatrices soient payées en moyenne 42% de moins que les réalisateurs et que la recherche de financement soit plus difficile pour les premières que pour les seconds. Mais l’usine à gaz inventée pour rétablir la « justice » va encore alourdir la machine administrative qui fait plus pour l’exceptionnalité française que les frites (qui sont belges, ne l’oublions pas) ou le fromage qui pue.

D’autant que s’il y a bien une inégalité à corriger, c’est celle qui abandonne les beurettes à une pression sociale traduite par « le voile ou le viol », la tutelle des mâles et les mariages forcés, quand ne s’y ajoute pas la mutilation génitale. Mais ça, on n’y touche pas, parce que ce serait stigmatisant pour une certaine religion qu’on n’a pas le droit de nommer sans se retrouver au tribunal.

sac plastique
Ouh le vilain sac !

Société de satiété cherche cause à défendre
Comme le fait observer un (autre) mauvais esprit, « Cette histoire de quotas est d’autant plus étonnante que, paradoxalement, une loi récente est venue graver dans le marbre le principe de la liberté de création, au même titre que les libertés d’expression ou de communication, qui ont chacune leur grand texte légal spécifique. La loi du 7 juillet 2016 dispose en effet, en son article 1er : « La création artistique est libre (Le Point). »

La liberté de la presse aussi, stipule qu’elle est libre… sauf à répondre des abus commis en son nom. Le 29 juillet 1881, quand elle a été promulguée, c’était une avancée considérable.

Mais depuis que dans notre société de satiété, nous recherchons avidement des causes à défendre, nous pratiquons une autocensure proportionnelle à la susceptibilité de certains (les mêmes qu’on ne peut pas nommer pour les mêmes raisons que dans le paragraphe précédent) quant à ce qui représente un abus à leur encontre.

Les mêmes causes suscitant les mêmes effets, on peut s’attendre à voir émerger en France des arts soviétiques avec des quotas de gays, de femmes, de blacks, de beurs et de transgenres. On attend avec impatience le remake du Cuirassé Potemkine !

Macron a inventé la stigmatisation positive
Dans les entreprises, l’inégalité salariale est déjà sanctionnée, mais il en va d’elle comme des limites de vitesse et des stationnements en zone bleue : les contrevenants sont nombreux. Comme pour les impôts, il est prévu que les amendes pour non-parité soient prélevées à la source. Depuis 2014, une loi oblige en effet toutes les entreprises de plus de 50 salariés à réaliser un état des lieux de la répartition des sexes (ou des genres ?) de leurs salariés et à construire un plan d’action pour remédier à ce qui les sépare de la parité, faute de quoi elles s’exposent à des pénalités financières, qui peuvent atteindre 1% de la masse salariale.

Jusqu’à présent, des contrôles aléatoires étaient effectués, pas assez au goût de Marlène Schiappa, la ministre qui écrit des livres sur son intimité et les envoie à la presse depuis son ministère. « Une loi existe, mais nous nous sommes aperçus avec mon collègue Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, qu’il n’y a pas de dispositif qui permette actuellement de prélever directement les amendes et de les réinjecter dans le budget de l’État », a-t-elle expliqué dans l’émission Tout est politique, sur France Info.

Cela ne suffit pas à un petit Khmer vert, qui veut une dénonciation publique, appliquant en cela un principe, celui du « name & shame » (en langue de Molière, « dénoncer et déshonorer »), énoncé par notre Président le 8 mars dernier, pour la Journée des femmes : « parce que la stigmatisation fait changer les comportements (l’Opinion) ». Intéressant concept dans un pays où la concurrence victimaire devient le secteur leader et la stigmatisation son produit phare !

Kim Jong Ju-lien Bayou veut rivaliser avec Pol Pot
On a appris le 19 septembre 2018 que Julien Bayou, conseiller régional EE-LV (Europe Écologie Les Verts) s’était associé à une association féministe et LGBT, les Éffronté.e.s, qui milite pour « dénoncer les mécanismes transversaux du patriarcat et l’assignation des personnes à des rôles stéréotypés ». Ensemble, il.lle.s ont déposé un recours auprès de la cour de Cassation afin de se procurer la liste des entreprises qui contreviennent aux obligations de la loi de 2014 en matière d’égalité salariale hommes-femmes.

« Ce que nous voulons faire, c’est (les) pointer du doigt. Toute la société est impactée, on n’a pas le droit de se contenter de demi-mesures (Le Figaro) » a expliqué Julien Bayou. Cela donne envie de pointer Julien Bayou du doigt. Et d’abord d’où parle-t-il ? Libé, qui lui a consacré un portrait, en 2011, laisse entendre qu’il est né avec une cuiller en bambou garanti sans OGM dans la bouche. Extraits choisis :

« Look destroy d’ado attardé … C’est en CDI qu’il part à la défense des précaires … Son père, Pierre, 64 ans, architecte aujourd’hui guérisseur à Béziers, était ‘’anarcho-fanfariste’’, dit Bayou. Mylène, sa mère, ‘’était une vraie maoïste’’, livre son père (Source Libération). »

Il a dû être élevé dans l’injonction paradoxale, ce garçon : la vraie maoïste était prof de fac et enseignait les sciences économiques et sociales. Elle militait donc pour que les profs de fac soient envoyés mourir aux champs. Dans la phrase « la prof maoïste enseigne l’économie » cherchez la cohérence…

La photogénie compense-t-elle un CV d’enfant gâté ?
Est-ce cette éducation ou un goût prononcé pour la teuf, qui explique une « carrière » avec un seul CDI, et encore, chez SUD, la coordination française des ONG de solidarité internationale !? Une carrière très courte pour un jeune velléitaire qui n’a, de sa vie, jamais mis les pieds dans une entreprise, sauf si l’on compte comme telle la coopérative de « conseil en communication et mobilisation » qu’il a créée avec un ami, ce qui le vexerait probablement.

C’est au titre de cette ignorance abyssale qu’il réclame la liste noire des entreprises à stigmatiser. Mais quand on a une jolie gueule et la certitude de représenter le bien, on se permet tout (comme les quoi, déjà, disait Audiard ?).

La preuve, le CV de petit Bayou minou cumule toutes les fiestas de la bien-pensance la plus creuse : participation à Nuit Debout, création de « Génération Précaire, un collectif dénonçant la condition des stagiaires via des actions médiatisées (Wikipédia) », Flottille de la « paix » à Gaza, et maintenant, recours auprès de la Cour de Cassation pour obtenir la liste des entreprises qui rament dans le sens de la survie plutôt que dans celui de la parité, afin de les précipiter plus rapidement vers le Tribunal de commerce, celui qui gère les faillites.

Dans la famille « la petite bête qui monte, qui monte » et qui descend les entreprises…
Difficile de ne pas penser à Arnaud Montebourg, jolie gueule également et Ministre Hollandien de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique qui, quittant le gouvernement, fin octobre 2014, après deux ans en charge de l’économie et donc des entreprises, déclarait candidement : « J’ai décidé de reprendre des cours, parce que diriger une boîte est un vrai métier, je m’en suis rendu compte ces deux dernières années (l’Express). » Un stage de quatre semaines lui suffirait-il pour apprendre tout ce qu’il avait ignoré pendant ses deux ans en poste ? Ceux qui en doutaient n’avaient pas tort : la société productrice d’éoliennes New Wind, au capital de laquelle il abonda en 2015 et dont il présida le conseil de surveillance, fut mise en liquidation judiciaire 17 mois plus tard. Coïncidence ? Histoire de se refaire, il se lança alors dans une tentative de faire son miel de celui des abeilles (Marianne).

Celui qui a mis la charrue avant les bœufs avec tant de prétention aura-t-il plus de succès avec les hyménoptères ?

Dans notre société de l’image, on peut devenir célèbre juste parce qu’on est « vu à la télé ». Parmi ceux qui aiment s’y voir, petit Bayou qui espère devenir grand, avouait déjà en 2011 : « Se faire remarquer par les médias, c’est pas mal finalementça évite de devoir lécher les bottes aux politiques. »

Le problème, c’est que pour gouverner, il faut faire plus que se faire remarquer. Le remarquera-t-il avant ou après avoir ruiné des entreprises françaises pour se faire bien voir ? LM♦

22 septembre 2018

Logo Liliane Messika[1] Selon l’ISO, l’ACV est la « Compilation et l’évaluation des consommations d’énergie, des utilisations de matières premières, et des rejets dans l’environnement, ainsi que de l’évaluation de l’impact potentiel sur l’environnement associé à un produit, ou un procédé, ou un service, sur la totalité de son cycle de vie ». Le cycle de vie d’un produit, procédé ou service rassemble les phases de fabrication, de transformation, d’utilisation et de destruction.

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