En Australie, une immigration africaine inédite

Rhinocéros_blanc.jpgDe votre envoyée spéciale,
Liliane Messika

Au Kenya, un mort soudanais de 45 ans a fait la une de nombreux magazines scientifiques en mars 2018. Il était le dernier exemplaire vivant de son espèce.

Il s’appelait Sudan
C’était un rhino blanc,
Il était leur idole,
Il avait 45 ans…

C’était le dernier mâle d’une race désormais éteinte, les rhinocéros blancs du Nord. Toute la population mondiale de l’espèce est en voie d’extinction. Pour l’instant, elle est estimée à 20.000 individus de cinq races différentes, deux qui vivent en Afrique et trois en Asie. Parmi les dernières, les rhinos de Sumatra et ceux de Java totalisent moins de 100 individus.

Les rhinocéros africains, les congénères de Sudan, ont été décimés par la guerre civile : ils vivaient paisiblement dans le sud du Soudan, là où les troupes du Président Nimeiry ont voulu imposer l’islam et la sharia à la population chrétienne et animiste du sud, exterminant deux millions de personnes, un millier de rhinocéros blancs et transformant quatre millions de non-musulmans en réfugiés fuyant le jihad (sur une population de douze millions).

On peut mourir aussi d’autre chose que du jihad

Les rhinocéros sont d’énormes mammifères pacifiques, peu méfiants, à la vue basse et au comportement casanier, donc prévisible. C’est ce qui est à l’origine de la disparition du petit nombre qui avait survécu à la guerre civile, non qu’ils soient victimes d’accidents de la circulation, mais parce qu’ils sont la proie de braconniers : leurs cornes se revendent plus cher que l’or, car on leur attribue des vertus aphrodisiaques.

La rumeur des propriétés médicales de la corne de rhinocéros n’a pas cours en Australie, ou alors les habitants sont peu motivés par la tentation du priapisme. En revanche, ils sont très sensibles à la protection de la faune, leur pays étant un des rares à rassembler trois groupes de mammifères : les monotrèmes (pour frimer dans les dîners en ville : ce sont des mammifères qui pondent des œufs), les marsupiaux (ceux qui ont une poche ventrale) et les placentaires (comme nous, quoi).

L’occasion faisant le larron, votre envoyée spéciale vous emmène en safari

On trouve, en Australie, 800 espèces d’oiseaux dont le kiwi, le casoar et l’émeu, deux espèces de crocodiles, 4000 sortes de poissons et 50 types de mammifères marins.

L’Australie est la patrie d’espèces autochtones que l’on ne trouve nulle part ailleurs à l’état sauvage, d’où l’attraction qu’elles exercent sur les touristes du monde entier : kangourous, koalas, wombats (également très appréciés des joueurs de scrabble).

Commençons par les dingos, qui n’ont rien à voir avec les assassins au nom d’Allah qui-ont-des-antécédents-psychiatriques. Ceux-là sont des chiens sauvages, carnivores comme leurs congénères domestiques. Le diable de Tasmanie, lui, semble sorti d’un dessin animé avec son look de petit cochon noir à tête de chien. Les fourmiliers marsupiaux, ou numbats (moins rémunérateurs que les wombats, mais cependant intéressants pour le scrabble) sont une espèce protégée, aussi a-t-on peu l’occasion de les rencontrer dans la nature. Ils ont l’air de provenir d’un croisement entre un écureuil et un raton laveur et ont la taille d’un chat.

À propos de chats, le chat marsupial ne ressemble ni à un chat ni à un kangourou, plutôt à un rat qui se déplacerait comme une version dalmatienne (points blancs sur fourrure brune) du wallaby. Avec le W ou le Y sur lettre triple, ce dernier fait un malheur.

Le wombat aussi, qui ressemble à un ourson miniature… pouvant atteindre la taille d’un berger allemand. C’est beaucoup moins que l’exemplaire de la taille d’un 4×4, âgé de deux millions d’années (le wombat, pas le 4×4) qui vient d’être découvert dans le Queensland. Le wombat est un marsupial, comme le kangourou, dont les 55 espèces endémiques échelonnent le poids de leurs animaux de 500 grammes à 90 kilos.

L’Australie, ses plages, ses surfeuses blondes, ses monotrèmes…

Les monotrèmes pondent des œufs, mais ne pratiquent pas le surf, même les femelles, bien qu’ils et elles vivent exclusivement en Australie. L’ornithorynque, le plus connu, n’a rien à voir avec le triceratops : il a un aspect beaucoup plus saugrenu. Imaginez un canard amoureux d’une hamster (hamstère ?). Ils pourraient donner naissance à ce petit mammifère au corps recouvert d’une fourrure imperméable, au bec de canard et aux pattes palmées, qui creuse son terrier au bord des rivières. Les Australiens, qui sont beaucoup moins snobs que nous, donnent en général des noms simples aux animaux. Certains sont descriptifs : les « pink and red parrots » (perroquets roses et noirs), d’autres pas : pour les Aussies, l’ornithorynque est un « platypus » (prononcer pleï-ti-pousse).

Son cousin l’échidné est un autre monotrème, c’est-à-dire mammifère ovipare, marsupial de surcroit. Il ressemble à un hérisson ébouriffé… à l’âge adulte. Car sa maman l’a pondu, au sens littéral, dans un œuf qu’elle couve dans sa poche ventrale où il éclot au bout de dix jours. Le bébé échidné qui en sort est tout nu. Il continue sa croissance dans la poche en tétant les mamelles qui y sont fort opportunément situées et c’est pendant cette période que ses poils commencent à pousser.

Les espèces protégées comme le numbat et le wombat (Scrabble !) que l’on ne voit pas dans la nature, peuvent être observées dans les nombreux zoos et réserves naturelles australiennes, qui participent tous et toutes à la sensibilisation du public à la protection de l’environnement.

L’Australie, pays d’immigration sélective, choisit le rhinocéros blanc

Comme beaucoup d’Européens, les rhinocéros, surtout les blancs (!) seraient bien plus heureux en Australie. Le pays possède des savanes en abondance et des forêts, tropicales ou pas, qui leur conviennent parfaitement. Sauf que l’Australie n’accueille pas n’importe qui et qu’elle sélectionne avec sévérité les candidats à l’immigration. Elle est également d’une rigidité exemplaire envers les braconniers, qui sont donc infiniment rares, aussi les rhinocéros blancs qui ont disparu du reste de la planète y seraient en sécurité.

Celui qui a eu cette idée encore plus folle que d’inventer l’école porte le joli nom de Ray Dearlove, Ray Cher-Amour en français. Né en Afrique du sud, il a immigré en Australie avec sa famille à la fin des années 1980 et y a ouvert plusieurs agences immobilières. « L’immobilier est l’un des boulots les plus difficiles que j’ai jamais fait, mais sauver les rhinocéros de la terrible mort que leur infligent les braconniers et construire un troupeau qui vivra en sécurité en Australie est encore plus difficile… mais c’est infiniment plus gratifiant. Si nous ne faisons rien, nous pourrions vraisemblablement voir la fin des rhinocéros de notre vivant, alors je m’emploie à ce que l’Australie participe à aider ces magnifiques animaux à survivre », a-t-il déclaré dans une interview. Pour cela, il a créé le Australian Rhino Project, qui consiste à convoyer des rhinocéros d’Afrique en Australie par avion et à les installer ensuite dans des endroits adaptés à leur mode de vie, où ils pourront vivre sans prédateur et se multiplier. Il a commencé les expéditions en 2016 et vise un troupeau de 80 immigrés. À une moyenne de deux tonnes la bête, le voyage coûte 40 000€, financés par des dons de particuliers et de fondations. On peut participer : http://www.theaustralianrhinoproject.org/ Certains rêveraient que se révèle un Dearlove intéressé par la survie de l’Homo franciscus normalus (alias Gilet Jaune), qui se lance dans un Australian Franco Project !

Pendant ce temps-là, en Israël…

…Madame Tanda et Monsieur Atari ont eu la joie d’annoncer, le 16 septembre 2018, la naissance de leur fille Petite Rhinocérosse Blanche du Sud (qui n’a pas encore de prénom), au centre zoologique de Tel Aviv-Ramat Gan, que les abonnés appellent « le safari ».

La maman et le bébé vont bien, la nouvelle-née pesait 50 kilos. Ce sont les visiteurs du zoo qui choisiront son prénom au sein d’une liste affichée sur place. Elle est la cinquième d’une fratrie qui comptait déjà trois mâles et une femelle. Le centre de Tel Aviv-Ramat Gan participe à un programme d’élevage européen avec 77 autres établissements. Avec la dernière-née, le troupeau israélien possède 13 animaux. C’est le plus important des 78 participants au projet. Outre l’expérience de l’État juif en matière d’élevage (bovin et ovin), son succès peut aussi provenir du climat, qui est très proche de celui de l’habitat naturel de l’espèce africaine.

Cette nouvelle naissance peut rendre optimiste sur la renaissance des mammifères périssodactyles de la famille des rhinocérotidés, ce qui est également très proche de l’expérience du peuple juif revenu dans son habitat naturel après 2000 ans d’exil ! LM♦

Logo Liliane MessikaVoir aussi :
Un bébé rhino ravit le Safari de Ramat Gan, une nouvelle étape vers la préservation des espèces menacées

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Un commentaire

  1. Poilant, si j’ose dire. La disparition des rhinos est aussi due à la coutume inepte des Yéménites consistant à offrir à chaque garçon un poignard dont le manche est en corne de rhinocéros, cadeau censé faire d’eux de vrais hommes. La virilité des esprits simples.

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