Lela Migirov, peintre, Géorgie, Israël, Paris…

Lela Migirov Kafka l'art de la conversation.jpgIl a quelques jours, en participant aux activités de LIMOUD Paris 2019, j’ai eu le plaisir de découvrir la peinture de Lela Migirov et j’ai été très touchée par leurs couleurs, leurs formes et même par la facture des surfaces.

L’auteur se trouvait à côté de ses tableaux, prête à donner les explications et les précisions. J’ai profité de sa présence et nous avons parlé un long moment. Après cette conversation je me suis sentie toute surprise et admirative.

Lela Migirov est née en Géorgie, à Gori ; comme j’ai beaucoup aimé ce pays, visité il y a quelques mois à peine, j’avais d’autant plus envie d’entendre son histoire mouvementée ce qui devient une règle pour les ressortissants de l’ex-Union Soviétique.

Au bout de quelques années sa famille a déménagé à Naltchik, la capitale de la république de Kabardino-Balkarie qui se trouve dans le Caucase du Nord. Dans cette ville depuis le début du XIXème siècle il existe une communauté juive, compacte mais bien active. Lela y a fait ses études de médecine, en se spécialisant dans l’Oto-Rhino-Laryngologie.

Comme de nombreux Juifs de l’ex-URSS, elle a quitté cette région pour l’Israël au début des années 1990. En Israël elle a continué pendant plusieurs années à exercer la médecine, en devenant une spécialiste de renommée mondiale dans le domaine des opérations de l’oreille.

Évidemment la médecine était alors au centre sa vie, néanmoins elle s’intéressait aussi à l’art, et tout particulièrement à la peinture. Pendant longtemps la lecture, la musique, la peinture l’aidaient à « recharger les batteries », mais en 2011 alors qu’elle se trouvait à Paris pendant un « congé sabbatique », la peinture s’est imposée et lui a fait prendre une toute nouvelle voie dans la vie. Mais le moment du choix définitif, viendra un peu plus tard, dans des conditions dramatiques.

Il faut dire que Paris occupe dans la vie de Lela une place particulière. D’ailleurs pour la plupart des gens qui viennent de l’Europe de l’Est et surtout pour les anciens citoyens soviétiques, Paris symbolise la culture universelle. Sans être forcément francophones, ils sont fortement francophiles ! Lorsque Lela parle de Paris nous sentons il y a une vraie d’histoire d’amour entre la ville et cette femme.

Lela Migirov Kafka la Métamorphose
Lela Migirov : Kafka la Métamorphose

En 2015 la mort de son mari lui a fait abandonner la médecine, elle ne se voyait plus dans une salle d’opération, il fallait qu’elle quitte son ancienne vie. Quelques mois plus tard lors d’un nouveau séjour à Paris elle se lance dans de nouvelles activités centrées sur les cours de peinture et de français à la Sorbonne. À partir de ce moment la peinture supplante la médecine. Depuis huit ans elle partage son temps entre la France où se déroule la majeure partie de sa vie professionnelle, et l’Israël où elle a des attaches familiales.

Dans les premiers temps Lela peignait avec des pastels, mais ensuite elle a adopté les peintures acryliques, trouvant qu’elles offrent plus de possibilités d’expression. Pour donner plus du volume elle inclut d’autres matières, par exemple le sable ou bien l’écorce d’arbres.

Une autre particularité : elle peint souvent par cycles comme celui inspiré par Franz Kafka, intitulé les Anges ne volent pas[1], par Georges Perec ou bien la série « La folie » qui est certainement une réminiscence du thème de la Shoah. Dans le cas de Kafka, il ne s’agit pas d’illustrations, plutôt d’une proximité avec les idées et les images, exprimées par l’écrivain de Prague. Les tableaux de ce cycle sont presque monochromes, aux couleurs assez sombres, parfois avec une touche plus claire qui attire le regard. Elle est aussi l’auteur du beau portrait de Franz Kafka.

Lela expose en Israël, en France mais aussi en Espagne, en Italie, en Russie, en Tchéquie. Ces dernières années elle a reçu plusieurs prix internationaux pour ses mérites artistiques comme le prix Velasquez (2019) ou Caravage (2018). Elle est membre de l’Académie Européenne des Arts France (AEAF) et de l’Association des peintres et des sculpteurs en Israël. Ses tableaux sont présentés à l’European Art Museum au Danemark et dans des collections privées en France, aux États-Unis, en Allemagne ou bien en Russie.

Elle est aussi l’auteur de livres d’art d’une forme très particulière, il s’agit presque d’objets précieux qui s’apparentent à un bijou. J’en ai feuilleté deux, l’un, en anglais, intitulé Tales of Odradek qui prolonge sa proximité avec Kafka et un autre qui existe aussi en français : Paris, Éclairs & Vous. Ce deuxième porte un sous-titre alléchant : Guide de la Haute Pâtisserie parisienne. Il se trouve d’ailleurs à la bibliothèque du Centre Pompidou à Paris.

Exposition à Paris du 21 au 27 mars

Au Concept Store Gallery (18, rue Dauphine, 75006-Paris) les tableaux de Lela Migirov seront présentés lors d’une exposition collective.

Excellente occasion de découvrir ces œuvres et de ressentir une très forte émotion. AS♦

Ada Shlaen, mabatim.info

Ada ShlaenVoir :
Israeli Market Art
Concept Store Gallery

[1]Il s’agit d’une citation de Franz Kafka (Les anges ne volent pas, ils n’ont pas besoin d’ailes…)

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